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Fabrice Virgili, La France « virile » : des femmes tondues à la libération, Payot, Paris, 2000.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Des fautes d’expression mais, surtout, les faiblesses intrinsèques de l’ouvrage n’ont pratiquement pas été vues. Aucun usage des comptes-rendus universitaires ne semble avoir été fait, pourtant plusieurs sont facilement disponibles en ligne :

http://www.ihtp.cnrs.fr/spip.php%3Farticle173&lang=fr.html

http://www.arkheia-revue.org/La-France-virile-des-femmes.html

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_2001_num_71_1_1398_t1_0131_0000_2

 

 

Note sur 20 : 06

 

1        : DU MYTHE A LA REALITE

 

1.1              Une collaboration purement sexuelle ?

La collaboration féminine lors de la Seconde guerre mondiale n’est pas exclusivement sexuelle mais elle s’articule autour d’une relation avec l’ennemi. La nature de cette relation de collaboration est variable : elle concerne principalement des relations intimes avec l’ennemi (à 42,1 pour cents simplifier partout en : 42,1%), des relations économiques (à 14,6 pour cents), des relations politiques et militaires (à 8 pour cents), des faits de dénonciation (à 6,5 pour cents), une nationalité ennemie (à 2,1 pour cents), et enfin des faits de collaborations qui restent indéterminés pour plus d’un quart des femmes (soit 26,7 pour cents). Ce que l’auteur va appeler « collaboration horizontale » correspond en fait à une collaboration sentimentale et sexuelle. Cette collaboration horizontale est particulièrement visible dans un contexte d’Occupation où la figure de l’allemand est présente au quotidien aussi bien à l’échelle locale et nationale. La typologie que réalise Fabrice Virgili à propos de la « collaboration horizontale » est particulièrement intéressante car elle révèle les différences fondamentales entre les groupes de femmes qui fréquentent les allemands. L’auteur distingue cinq profils de collaboratrices horizontales : les prostituées, les relations « discrètes » et « accidentelles », les relations assidues et assumées, les relations « totales » avec l’ennemi (travail et vie intime), les relations idéologiques manifestes.

 

1.2. Une tonte d’importance à l’échelle hexagonale

La pratique de la tonte est repérable dans l’ensemble des régions françaises, sans exception. Seul le degré varie. Cette pratique épuratoire se répand dans l’ensemble des villes et des villages. L’auteur explique qu’il est difficile de donner un chiffre précis concernant le nombre de tontes dans l’ensemble du territoire français. En effet, cette pratique qui peut paraître légitime à certains dans un contexte de guerre s’inscrit dans une illégalité consentie et sur laquelle les autorités ont réagi de façon sensiblement différente : soit en décidant de fermer les yeux, soit en signalant les débordements que causent ce genre d’action en quoi cela constitue-t-il une réaction ?. Il avance toutefois une estimation autour de 20 000 femmes tondues sur l’ensemble de la période. Cependant, l’auteur reconnaît que ce chiffre n’est qu’une « projection ». On apprend également que la tonte, même si elle a concerné en grande majorité les femmes, a aussi été appliquée sur des hommes même si leur pourcentage (1,6 pour cents des tontes) est faible et que le sévice, quoiqu’humiliant, ne condamne pas une sexualité c’est oublier que, par nature, ce genre de phénomène n’a guère pu concerner que des femmes, les soldats allemands étant des presque exclusiveent des hommes et est vite oublié dans le sens où il est habituel qu’un homme puisse avoir les cheveux rasés. La tonte est un phénomène qui touche aussi bien les zones libérées par les alliés que les zones libérées par la Résistance.

 

 

2 : LE TEMPS DES TONTES

 

2.1. Une première période : sous l’Occupation

La première mention de tonte, d’après l’auteur, date de juin 1943 et a lieu à Pau. Cette action a lieu dans les premiers mois de l’occupation des Pyrénées Atlantiques, car la région était auparavant en zone libre pas assez explicite. Les premières publications d’une presse clandestine refusant l’occupation allemande font état d’une volonté de punir physiquement les « traîtres et les collaborateurs ». La tonte, sous l’occupation, a lieu dans l’ancienne zone libre et semble correspondre à une réaction des populations à l’installation de l’ennemi. L’exception de la Bretagne qui connaît de nombreuses tontes alors qu’elle est occupée depuis le début de la guerre par les soldats allemands confirme la règle. Le phénomène se développe particulièrement en Corse. Suite au constat qu’il dresse, l’auteur s’interroge sur la question de savoir si la tonte peut être considérée comme un acte de résistance dans un pays occupé. L’auteur finit par affirmer que même si la tonte permet d’instaurer une certaine crainte dans les troupes allemandes et chez les collaboratrices, l’acte en lui-même n’a aucune incidence sur la guerre et on ne peut guère le considérer comme un acte de résistance en soi non, sans rire ?.

 

2.2 Une deuxième période : à la Libération

La Libération progressive de la France s’accompagne d’une accélération de la tonte pour les femmes suspectées de collaboration. La tonte est légitimée dans le but d’épurer la nation de ses traîtres et d’affirmer le plus rapidement possible une autorité républicaine d’envergure nationale. Ainsi, la tonte se développe particulièrement au lendemain de la libération des villes et des villages français et s’inscrit dans le besoin d’oublier la souffrance de la guerre ou de faire oublier une attitude pour le moins contestable. La tonte apparaît comme un moyen d’exorciser cette souffrance et ainsi de participer à une renaissance nationale par le châtiment de ceux qui auraient choisi l’ennemi. La future tondue se voit raser la tête sur la place publique avec une foule pour le moins importante. Dans cette organisation de la tonte, les résistants occupent une place importante et s’impliquent donc dans cette épuration. Face à ces actions, la réaction des autorités apparaît ambiguë et tout en réaffirmant leur fermeté face à toute sorte de collaboration, ils semblent regretter le caractère « ostentatoire » de ces tontes. Les autorités, considérant qu’une grande partie de la population soutient ce phénomène, n’interviennent pas soit par conviction, soit par volonté d’unification nationale. Une certaine tolérance humour noir ? s’instaure surtout à la suite des journées libératrices. A leur décharge, la rapidité du déroulement de ces tontes instaurait souvent un décalage entre l’échelle locale et l’échelle régionale sens ?. Le châtiment épuratoire est même parfois légalisé et administré par les autorités comme ce fut le cas dans le Languedoc.

 

2.3 Une dernière période : après la Libération

Le phénomène de la tonte se prolonge après la Libération mais il entre progressivement dans une certaine illégalité ; les français, dans leur majorité, souhaitant désormais que soit mise en place une « épuration judiciaire ». Ainsi, on perçoit dans l’opinion française une contestation de plus en plus prononcée qui va de pair avec un accroissement de la violence (et notamment les lynchages) lors des tontes. Les principales contestations portent sur les possibles débordements que peuvent contenir cette épuration comme le développement des dénonciations qui peuvent parfois reprocher à une femme une attitude privée (adultère, « mauvaise vie ») plus qu’une quelconque relation avec l’ennemi. De plus, le dépôt de plaintes par certaines femmes fait prendre conscience aux autorités qu’il s’agit désormais de tenter de mettre fin à ce phénomène. La capitulation allemande retardera une dernière fois cette échéance et le phénomène se prolongea à l’échelle nationale jusqu’en juillet 1945. Quelques tontes se déroulèrent encore jusqu’au début de l’année 1946 mais le caractère de celles-ci apparaissait comme anecdotique. Après la « purification » des membres de la nation, il s’agissait désormais de se reconstruire et de reconstruire la nation dans un contexte d’après-guerre où renaissait doucement une société française sous l’égide du Général de Gaulle. Ainsi, à partir de 1946, l’épuration demeura limitée et se concentra dans le domaine judiciaire. Le châtiment de la tonte disparut par lui-même.

 

 

3 POURQUOI LA TONTE ?

 

3.1. Une violence de proximité

La violence de la guerre précède la violence des journées libératrices. En effet, la coupe des cheveux est souvent exercée de force et passe donc par une arrestation au domicile de la tondue, un transfert souvent chaotique et une exécution de la sanction en public. La contrainte des personnes qui encadrent cette sanction est continue, les femmes concernées sont menacées par des armes. De plus, cette contrainte peut parfois s’accompagner d’une véritable violence, soit individuelle soit collective. L’humiliation de la tonte ne suffisant plus, la collaboratrice horizontale est parfois contrainte de se dénuder en public. Dès lors, la coupable devient victime et le corps féminin est la cible de ces violences. L’auteur souligne le fait qu’il est difficile de savoir si les violences ont pu atteindre leur paroxysme comme le rapporte les nombreuses rumeurs pour le moins frappantes de « seins arrachés » dans la ville de Drancy notamment. La frontière entre la réalité et la rumeur souvent mince dans une société encore désinformée est difficile à percevoir. Toujours est-il que les rumeurs vont bon train et les pires atrocités (arrachage de langue, des yeux, transpercements des pieds) sont évoquées. L’auteur évoque toutefois des faits de violence tout à fait avérés comme l’utilisation de ceinturons lors d’interrogatoires, ou encore le viol, la torture ou l’exécution sommaire qui sont des risques certes marginaux mais réels pour la tondue. La participation physique de la foule au châtiment, à travers des claques ou des fessées, n’est pas rare. Il s’agit de faire souffrir et d’humilier l’ennemi dans une période où les Allemands et les collaborateurs ont déjà déserté. La tonte s’organise autour d’un parcours type : les futures tondues sont arrêtées chez elles ou ont déjà été arrêtées, elles se dirigent vers la mairie et se font couper les cheveux sur la place publique avant parfois d’être promenées dans la ville ou le village. L’auteur en vient à se demander si la tonte canalise la violence. Il explique que ce n’est pas le cas car les exécutions sommaires continuent de se multiplier et que la tonte devient un fait habituel dans certaines villes comme Périgueux, Bergerac, Valence, Montélimar, Die ou encore Romans qui ont la particularité de multiplier la tonte par cinq par rapport à la moyenne nationale. De la même façon, une femme sur mille est tondue en Haute-Savoie et en Ardèche. Virgili explique que cette généralisation de la tonte correspond à une violence de transition entre la douleur toujours vive de l’occupation et l’épuration d’une société qui tend à se reconstruire au plus vite.

 

3.2 Punir les femmes

La violence de la tonte est réservée aux femmes comment aurait-il pu en être autrement ?. L’auteur propose d’établir le profil type de la tondue. Celle-ci a la plupart du temps entre 20 et 25 ans même si l’âge moyen de la tondue est de 29 ans. De manière générale, les femmes concernées ne sont pas mariées (seulement 35,5 pour cents). 36 pour cents des femmes tondues avaient une profession, notamment pendant la guerre. Certaines professions paraissent comme particulièrement exposées aux relations avec les allemands. En effet, l’allemand devient le client ou le collègue dans une France occupée et le lien social est par conséquent plus facile à établir sens ?. Les professions les plus touchées sont l’administration, les commerces et les services (restaurant, hôtel, salon de coiffure). Cette violence réservée aux femmes n’est pas une invention de la Libération, la tonte ayant des antécédents remontant jusqu’à l’époque de Charlemagne et le cas célèbre de Marguerite de Bourgogne (femme adultère de Louis X) vient aussi l’attester. Néanmoins, la contestation de cette pratique est croissante avec notamment les voix de Sartre, d’Eluard et de manière plus générale les mouvements intellectuels qui s’élèvent contre cette violence contre cette violence là, peut-être, contre celle de l’occupation, on ne peut pas dire qu’on les ait beaucoup entendus. La chevelure, « symbole » par excellence de féminité, est donc éradiquée avec l’objectif de mener un processus de désexualisation afin de mettre à l’écart du champ social toute femme coupable on n’abu. Ce processus s’accompagne d’insultes parfois très crues souvent lancées par la foule afin de condamner une sexualité coupable. Cette forme de sanction spécifique aux femmes apparait comme une discrimination là encore, c’est totalement oublier le contexte où l’on condamne aussi bien la femme collaboratrice qu’une attitude prétendue immorale. La tonte des femmes s’inscrit dans un contexte de refus de l’indépendance féminine là encore, c’est totalement oublier le contexte et conduit à une opposition entre deux types de femmes. La première est patriote et sa virginité est perçue comme un idéal car elle ne peut avoir failli. La deuxième est une femme de « mauvaise vie » qui le plus souvent a une sexualité débridée. Cette brutale reprise en main du masculin sur le féminin à travers le phénomène de la tonte n’est pas spécifique à la France. En effet, les mêmes faits sont avérés au Danemark ou encore en Belgique à la même époque. On sait que d’autres tontes ont eu lieu dans la plupart des pays concernés par la guerre mais le manque d’étude sur la question est édifiant selon l’auteur. Néanmoins, il affirme que sur l’île de Jersey, on s’insurge surtout contre les 3000 enfants nés d’unions entre les insulaires et les soldats allemands.

 

3.3 La France « virile » ou les méfaits de la sociologie appliquée à l’histoire

L’expression d’une France « virile » s’inscrit dans un contexte d’ « affirmation patriotique d’un espace commun » qui expliquerait et justifierait la nécessité de l’épuration et donc de la tonte. L’auteur donne des précisions concernant les tontes publiques : 42 pour cents d’entre elles ont lieu dans des rues sans autre précision (inscription dans un cadre local), 21 pour cents sur des grandes places (inscription dans un cadre « patrimonial » et culturel), 18 pour cents devant les mairies et les préfectures (inscription dans le champ politique) et 19 pour cents dans des lieux de détention (inscription dans le champ répressif). La volonté commune passe donc par la « réappropriation » du territoire urbain, quel que soit l’échelle de ce dernier. L’intention patriote est donc présente dans le châtiment public de la tonte avec l’importance remarquée de la présence de résistants ainsi que la résurgence de l’hymne national et du drapeau tricolore en toiles de fond. L’ « extériorisation des sentiments » enfouis met en perspective la construction d’une identité nationale qui met fin à la faillite masculine de la défaite de 1940 et du régime de Vichy et s’attaque particulièrement à la trahison féminine. Ainsi, l’auteur explique que la collaboration horizontale n’a pas eu d’effet particulier sur la défaite française mais elle est l’expression même de la défaite totale de la France et du nouvel ordre établi où l’occupé accepte la présence de l’occupant. Le phénomène de la tonte est donc perçu comme la réaction d’une France virile qui reprend ses droits. L’affirmation du rétablissement de la puissance française passe donc par une fermeté remarquable face à la collaboration. Suite à cet élan patriotique et à cette reconstruction identitaire de la nation française, la tonte s’efface d’elle-même bien que l’opposition entre femme combattante et femme collaboratrice perdure encore et continue à être instrumentalisée. Le droit de vote donné aux femmes en 1944 montre bien cette fracture ; les femmes tondues ayant vu leur droit civique retirer temporairement. Cependant, cette stigmatisation ne perdura pas et peu à peu on assiste pour les femmes tondues à un rétablissement progressif de la frontière entre sphère publique et sphère privée qui a pour conséquence directe le lent processus de reconstruction de la nation. Ce passage aurait mérité une critique sévère

 

Critique

L’ouvrage traitant d’un thème particulièrement précis, l’auteur choisit judicieusement de remettre dans son contexte initial et général le phénomène de la tonte. La structuration du plan de l’ouvrage jouit d’une certaine pertinence dans le sens où elle commence par délimiter thématiquement le sujet pour ensuite traiter le sujet dans sa continuité chronologique avant d’expliquer les différents enjeux que représentent cet exemple d’épuration. Fabrice Virgili ajoute à cette étude particulièrement bien documentée une bibliographie exhaustive qui ouvre des perspectives intéressantes et parfois surprenantes autour du sujet des tontes lesquelles ?. Le traitement du sujet est par ailleurs particulièrement bien nourri malgré la difficulté de l’auteur à se procurer certaines sources d’informations dans un premier temps. Le travail de recherches historiques est bel et bien perceptible dans cet ouvrage et révèle le sérieux de l’analyse historique de l’auteur ce n’est pas évident à lire le 3.3. Néanmoins, la principale fausse note de cet ouvrage est le recours systématique à l’exemple qui rend poreuse la frontière entre l’information historique et le recours à l’anecdote. Cependant, l’ouvrage, écrit dans un français abordable et intelligible, a le mérite de présenter un large éventail sur une question sensible qui n’avait été abordée que de façon transversale auparavant. La capacité de l’historien à interroger le sujet et à se consacrer à un exposé historique pur sur la question est exemplaire et le 3.3 ?. En évitant d’adopter un point de vue militant, il éclaire le sujet en nous révélant sa déboussolante complexité grâce notamment à un véritable travail d’écriture qui, s’il n’évite pas quelques maladresses et quelques répétitions, rend la lecture accessible.

L’ouvrage présente un grand intérêt pour notre sujet de tronc commun car le phénomène de la tonte est inscrit dans une seconde guerre mondiale qui voit la victoire changer progressivement de camp. Cette progression lente et inconstante s’accompagne d’une renaissance de l’Etat après une transition vichyste particulièrement douloureuse, ainsi que de la renaissance d’une société endolorie par l’occupation et qui cherche à se renouveler et à renaître de ses cendres en mettant à l’écart, en marginalisant, les égarés de la collaboration et en réaffirmant le pouvoir viril de la nation française.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

stephane Tison, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), 2011, coll. « Histoire », Presses Universitaires de Rennes, 2011.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce travail ne constitue pas un compte-rendu, c’est un simple résumé, de ce fait, il sera très difficile d’usage. La critique, presque purement formelle, et souvent même ultra formaliste, n’intègre aucune critique universitaire, même celles facilement accessibles en ligne, comme :

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2725

http://www.histoire.presse.fr/lhistoire/378/comment-sortir-de-la-guerre-deuil-memoire-et-traumatisme-1870-1940-par-stephane-tison-rennes-presses-26-06-2012-46

 

 

Note sur 20 : 07

 

Stéphane Tison est agrégé d'histoire et docteur en histoire, ainsi que maître de conférences en histoire contemporaine à l'université du Maine. Cet ouvrage est une version contractée et actualisée de sa thèse de doctorat dirigée par Elisabeth du Réau. Stéphane Tison y développe comment la question du deuil, de la mémoire et du traumatisme sont vécus à l'époque de la première guerre franco-prussienne, mais plus principalement lors de la Première Guerre mondiale qui s'inscrit dans « un héritage de rites et de mots » (p.21), et lors de l'entrée en guerre de la Seconde Guerre mondiale. L'auteur décrit l'impact de la guerre sur la société et l’État, à travers le prisme de la mémoire et de la douleur qu'elle peut engendrer. L'ouvrage traite donc de la mémoire de guerre, la culture de guerre, et le culte du souvenir entrepris par l’État et la société française, et alterne régulièrement entre l'opinion collective et individuelle. Pour plus de précision et de cohérence ?, l'auteur a préféré cibler sa thèse sur deux départements : la Sarthe et la Marne. Nous suiverons le plan de l'ouvrage divisé en trois parties : Le traumatisme de guerre en lien avec la mémoire du conflit, le monument comme objet de transfert, et l'interface guerre-paix dans les rites et les mots.

 

1-  LE TRAUMATISME DE GUERRE EN LIEN AVEC LA MEMOIRE DU CONFLIT

 

1.1- Aux sources du traumatisme : Pertes et désordres causés par la guerre

Le bilan de la guerre est la plupart du temps la cause d'une rupture ressentie par la société. Suite à la guerre de 1870-1871, les journaux ne mentionnent pas le nombre de morts, mais l'historien François Roth les estime à 156 000 soldats français. Pourtant, nous pouvons voir très tôt dans le journal La Sarthe une souscription mentionnant le désir d'ériger un monument aux morts du département tombés pendant la guerre (le monument sera érigé place de la Lune à Pontlieue au Mans en 1873). Quant au Journal de la Marne, il relate les batailles qui ont marqué la terre marnaise, et publie la liste des morts. En ce qui concerne la Grande Guerre (1914-1918), l’État, les populations et les journalistes font l'inventaire des pertes qui ont garanti la victoire. Le général March estime à 1 305 000 hommes morts pour la France, et plus de deux millions de blessés. La Marne effectue le même travail et éprouve le besoin de faire l'inventaire des destructions et des morts causés par les bombardements de l'artillerie ou de l'aviation allemande (62% des communes marnaises ont subi des destructions, des villages entiers et 50% des habitations ont disparu). On publie au préalable les pertes allemandes, probablement pour justifier le sacrifice national. Le 1er juillet 1919, une circulaire du Ministère de la Guerre est envoyée dans tous les départements pour dresser la liste des militaires morts pour la France. Malgré l'absence de réponses de certains maires, il résulte en 1919 que les plus touchés sont les jeunes de 20 à 35 ans, les plus en contact avec l'ennemi, et les agriculteurs. D'après l'auteur, « le traumatisme prend racine dans ces pertes militaires » (p.35). En 1872 et 1918-1920 des enquêtes sont effectuées pour connaître les exactions commises par les troupes allemandes et leur politique de la terreur : condamnations à mort, civils comme boucliers humains, brutalisations, déportation et mauvais traitement, otages, sont aurant d'exactions répondant à une probable volonté de contrôle et à une peur du franc-tireur civil. En 1919, Colliard, le ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale demande à ce que l'Office National des Mutilés recense les invalides de guerre, dont le résultat est transmis à l'Hôtel des Invalides (déjà 8382 mutilés de guerre et 6421 veuves sont recensés dans la Sarthe). Entre 1911 et 1921, la population sarthoise diminue de 9,4%, la population marnaise de 20,3%, et la population nationale de 5,4%.

 

1.2- Une définition du traumatisme de guerre

La population manifeste des sentiments de rupture et de décalage par rapport à l'avant-guerre, que ce soit en 1871 ou 1920. Le discours commémoratif apparaît comme un acte de réminiscence et de libération d'un certain traumatisme, comme l'ancien combattant Thilly à Châlons-sur-Marne en 1926 : « Où sont donc la plupart de nos camarades d'enfance ? Restés là-bas, identifiés ou anonymes ». Pour d'autres, la mort des soldats reste un enseignement pour les futures générations, beaucoup essaient de donner du sens à ces morts parfois absurdes, « depuis l'engagement par le service national jusqu'à l'exemplarité du sacrifice » (p.48). De même, il s'avère que le traumatisme est vécu différemment selon la violence subie et le deuil, les bouleversements environnementaux et sociaux, et le lieu géographique (la Sarthe paraît moins traumatisée par rapport à la Marne qui se trouvait de manière consécutive sur la ligne de front). Dans les discours et les photographies, le paysage de ruines est couramment employé pour illustrer la rupture causée par la guerre massive que fut celle de 1914-1918. Certains champs de bataille deviennent même des attractions touristiques de la part de civils, d'anciens combattants ou d'écoliers. Certains lieux sont même classés par les autorités comme étant des « paysage[s] de guerre » (p.56). D'autre part, être un survivant de la guerre engendre le fait d'être considéré comme un être à part de la société. On qualifie les démobilisés de la Grande Guerre comme des « anciens combattants », un groupe séparé du reste de la population car il a vécu le combat, certains se qualifient eux-même de survivants. Une hiérarchie des situations, déjà présente avant 1914, réapparaît après la Première Guerre : au plus haut point surviennent les morts, puis les mutilés, les blessés et les combattants survivants. Le traumatisme de guerre est dû à l'expérience de la violence et peut être d'ordre individuel ou collectif selon les représentations. Ce traumatisme est relayé par le mouvement commémoratif, qui semble être le médiateur de ces sentiments la plupart du temps partagés et compris par les auditeurs (le traumatisme individuel est rarement exprimé, mais plutôt suggéré). Le deuil de guerre, créé par la mort à la guerre, est décrit par six paramètres : la violence du décès, la mort liée à un rôle assigné par une institution, la jeunesse du défunt, l'absence de rites, le caractère massif des décès ( qui donna une grande ampleur au mouvement commémoratif), et leur origine violente. Le travail de deuil s'inscrit dans la relation du soldat, l'individu-citoyen disparu, avec l’État : cette relation est soit valorisée pour donner un sens au sacrifice, soit rejetée et bafouée (Marie Rondeau écrivit sur la tombe de son fils : « Maudite soit la Guerre on a tué notre enfant » p.66). L'annonce des suicides est aussi la preuve que certains anciens combattants ne peuvent se réadapter à une vie de tous les jours.

 

1.3- La démobilisation des « Morts pour la France »

Alors que la fosse commune était réservée après la guerre de 1870-1871 aux soldats tués au cours d'une bataille, ceci paraît inconcevable en 1914, une année qui voit se développer la politique de rapatriement des corps dû à ce regain de respect envers les morts. Après 1871, on fait construire des cimetières ou des carrés militaires. On remarque que lescorps des officiers sont traités avec plus de considération. Cependant, en 1914-1918 la recherche des corps et leur inhumation se démocratisent. Le nombre de demandes faites par les familles à cette période est incommensurable avec la guerre précédente : 257 demandes d'exhumation et de transport du corps à la commune des parents dans la Marne. Les opinions politiques sont divergentes, le ministre de la Guerre autorisant l'exhumation avec hygiène, mais le directeur des Etapes et Services veut les éviter car elles constitueraient une violation des corps par la fouille dans la fosse commune. La loi du 30 juillet 1920 statue sur « l'organisation des cimetières militaires (article 105) et la restitution et le transfert des corps aux frais de l'Etat (article 106) » (p. 72). Les opérations ne commencent qu'en janvier 1921 : dans chaque département, une gare réceptionne et réexpédie des cercueils de militaires exhumés des cimetières du front : « des honneurs militaires et civils sont rendus à l'ouverture de chaque wagon » (p.88) ou bien la Marseillaise retentie. Ce rite symbolise « le passage d'un pouvoir à un autre, de l’État à la municipalité »  (p. 96). De retour dans la commune, on insiste sur le fait que le soldat soit mort pour la France et qu'il a accompli son devoir de défense de la patrie. Les familles en deuil demandent le rapatriement des corps ou leur exhumation en vue de respecter le vœu du soldat ou par consolation après ce sacrifice rendu à la Patrie. Cependant, la mort ne se fait point attendre, et dès 1914 des familles réclament des exhumations en vain. Par conséquent, certaines pratiquent des exhumations clandestines afin de se réapproprier le corps de l'être cher encore propriétaire de l’État (188 exhumations clandestines en 1919 dans la Marne). Certains même profitent de ce trafic illégal pour gagner de l'argent sur la douleur des familles, S.Tison les appellent les « mercantis de la mort » (p.80).

 

1.4- Deuil personnel et mémoire privée

L’État français choisit le regroupement des cimetières provisoires dans de vastes nécropoles nationales. Néanmoins, certaines familles ont demandé à ce que la tombe de leur proche reste en place, ou qu'elles puissent ériger un monument personnel à l'endroit où le soldat est tombé. Ces pratiques demeurent exceptionnelles en 1870-1871. D'autres familles souhaitent maintenir une tombe isolée sur un terrain privé, un accord doit donc être passé entre le propriétaire et l’État, à moins que la famille ne rachète le terrain. De plus, les femmes jouent un rôle important pour la mémoire et le deuil. Des mythes ou des réalités se fondent autour de ces femmes associées à la transmission d'une citoyenneté à leur enfant, ou à la formation d'un citoyen-soldat.  Il semble aussi que la transmission des souvenirs se fasse par les femmes, susceptibles d'exprimer d'une meilleure façon une angoisse ou une douleur vécues. Il n'est donc point étonnant de retrouver ces femmes en voyage sur l'ancien front avec leurs enfants, en pèlerinage initiatique ou essentiel pour prendre conscience de la transition et de la sortie de guerre.

 

 

2- LE MONUMENT COMME OBJET DE TRANSFERT

 

2.1- Les monuments de la « Glorieuse défaite »

Le monument aux morts est l'objet sur lequel les endeuillés ont pu « transférer leurs souffrances » (p.129). Le premier mouvement commémoratif d'ampleur apparaît dans les années 1870 : à partir de 1871 la population éprouve un désir d'hommage funéraire et d'une reconnaissance civique. Cependant, peu de monuments commémoratifs sont recensés, mis à part ceux dédiés aux guerres du Premier Empire, qui comportent toujours une connotation militaire insistant sur la République et la défense de la patrie. La défaite de 1870-1871 n'incite pas les communes à ériger des monuments aux morts. En effet, ce sont davantage les monuments régimentaires que l'on voit surgir des lieux de combats ou des cimetières, inscrit dans un nouveau culte du drapeau français qui « permet de renforcer la cohésion par le développement d'un esprit civique » (p.138) (60 monuments commémoratifs furent érigés dans la Sarthe de 1871 à 1918, en partie dus aux combats de janvier 1871 près du Mans et à la diagonale d'affrontement qui traverse le département). La proximité avec la frontière peut aussi expliquer un nombre plus important de monuments, par exemple en Champagne. Certains monuments sont même inaugurés avant même que les troupes allemandes aient quitté le territoire, de ce fait l'inauguration hésite à se confondre avec un acte politique ou une revendication des combats violents de 1871, à Passavant dans la Marne par exemple. L’État peut aussi prendre des initiatives pour des monuments à la gloire des citoyens-soldats : il participe par exemple à la crypte de Passavant et veille sur l'entretient des édifices. Les monuments funéraires prennent souvent la forme d'une obélisque, qui devient le symbole de l'honneur des morts pour la patrie, une mention que l'on voit souvent inscrite sur les monuments de cette époque. Certaines allégories sculptées sur les monuments visent à renforcer l'attaque, la résistance et la défense pour servir la patrie : le soldat est alors héroïsé, ce qui apaise la défaite en 1870-1871 et donne un sens à la mort massive de 1914-1918. L'invitation au sacrifice est omniprésente.

 

2.2- Les monuments communaux

Le deuil de la guerre 1914-1918 est celui d'une hécatombe. A partir de 1919 le mouvement commémoratif commence à s'organiser simultanément avec les recherches de l’État et des municipalités pour établir un bilan de cette guerre dévastatrice. La motivation pour ériger un monument communal est souvent la même : à Lamnay on estime que l'on doit un hommage à « nos héros tombés pour la sauvegarde de la Patrie, de nos libertés, de notre civilisation latine » (p.156). Certains villages martyrs rayés de la carte (Le-Mesnil-les-Hurlus par exemple) possèdent un monument aux morts, comme une survivance de leur identité dans l'absence de vie et du paysage d'antan. Certaines communes n'hésitent pas à investir de grosses sommes dans la construction de monuments qui se doivent de représenter la mesure du sacrifice des soldats, auxquelles participent les familles, les notables et les conseillers municipaux, ou un élu local. Les communes peuvent demander une aide de l’État, car si l'on s'en réfère à la loi du 31 juillet 1920, une subvention peut être accordée proportionnellement au nombre de combattants tués par rapport au recensement de la population de 1911. De  plus, la majorité des monuments sont édifiés dans des lieux religieux (67% dans la Sarthe, 65% dans la Marne), ce qui révèle que la population éprouve le besoin de s'agripper à des valeurs morales stables suite à cette hécatombe. L’État ne parvient pas à contrôler pleinement la construction des monuments communaux, mais ceux-ci contribuent toujours à affirmer une participation à l'effort national. L'inscription des noms des soldats sur les monuments suit principalement l'ordre alphabétique ou l'ordre de disparition du soldat, et le monument se doit d'être orné d'une formule consacrée officiellement par l’État (dès 1915) comme « La commune de...à ses enfants morts pour la France » (p.177) qui accorde une reconnaissance à l'individu.

 

2.3- Du moment régimentaire au monument national

Le caractère national des édifices après 1914-1918 paraît plus affirmé et les monuments régimentaires se font hommages nationaux. Les monuments régimentaires rappellent les combats d'une grande intensité sur le front. Il rejoint l'hommage national dans son sacrifice pour la patrie. Ainsi sur la stèle de Maurupt dans la Marne est inscrit le nom des régiments et l'ordre du général Joffre qui avait invité les soldats au sacrifice suprême plutôt que de subir le déshonneur. En ce qui concerne l'apparition de monuments nationaux, elle surgit peu après le premier conflit mondial, en particulier à Paris, notamment avec le tombeau du soldat inconnu dont la flamme inextinguible tel l'hommage que nous la nation lui doit fut allumée en 1922. Le monument national est caractérisé par une contribution de l’État, une souscription nationale qui permet de l'ériger, une inauguration en présence de personnalités politiques importantes, une iconographie commune à la nation et un pèlerinage possible (voir aussi le monument de Mondement dans la Marne ou encore la cathédrale de Reims devenue emblématique de la lutte française contre l'armée allemande). De même, les nécropoles nationales sont une exception française : ces regroupements concernent par exemple « plusieurs dizaines de milliers de tombes » (p.215) dans la Marne. La plus vaste nécropole reste celle de              Souain-Perthes-les-Hurlus qui comprend 30 793 soldats français. En vertu des articles 225 et 226 du Traité de Versailles, l’État français devait se charger de regrouper les tombes françaises d'une part et les tombes allemandes d'autre part. Certaines familles refusent bien évidemment que leur proche soit de nouveau exhumé et dérangé au lieu qu'il reste en paix dans la commune : « Nos enfants sont tombés là, ils doivent y rester. » (p.221) écrivaient les parents Pimont au maire-adjoint le 18 mars 1922. Dans les nécropoles nationales, la croix de bois est identique pour tous, quel que soit le grade, et l'ornementation des tombes doit être uniforme. Par conséquent, la personnalisation du deuil est donc difficile.

 

 

3- L'INTERFACE GUERRE-PAIX DANS LES RITES ET LES MOTS

 

3.1- Les structures d'une culture guerrière

En 1871-1873, les premières cérémonies apparaissent et laissent place au temps du deuil et de la libération du territoire (p. 242). La fin de l'occupation allemande marque le début du temps commémoratif, mais il fallut attendre deux à trois mois pour exprimer un deuil à cause de la présence des troupes d'occupation dans la Sarthe jusqu'en mars 1871 et la mobilisation de certains combattants pour la Commune de Paris. Cette guerre aura permis aux soldats et au peuple de prendre conscience qu'ils appartiennent à la nation, à ce propos Littré explique en 1871 : « Nous qui élevions nos enfants dans un bienveillant respect des peuples étrangers, il faut changer tout cela. Il faut leur inculquer qu'ils doivent toujours être prêts à tuer et à être tués. » (p.265). Par ailleurs, le devoir de mourir pour la patrie concerne tous les citoyens en âge de porter les armes depuis l'instauration du service national universel en 1889. Autour des années 1890-1895, des cérémonies annuelles durables éclosent, ainsi que plusieurs associations comme l'Association des Vétérans des Armées Françaises de Terre et de Mer de 1896. L'association du Souvenir français est l'instigateur de nombreuses cérémonies et d'inaugurations de monuments. Il est arrivé que des membres du clergé rejoignent l'association du Souvenir français, mais « vétérans, adhérents du Souvenir français, et clergé font partie d'un cercle culturel aux valeurs communes, mélange de patriotisme, de souvenirs guerriers et souvent de convictions religieuses. » (p.248). Les cérémonies commémoratives de la guerre de 1870-1871 prennent la forme d'un rituel civique et patriotique, par exemple en n'étant pas fermées mais ouvertes à plusieurs sections de vétérans ou aux habitants de communes alentours. Les cérémonies conservent pendant la période étudiée une dimension militaire et belliciste, ne serait-ce que par la présence d'une délégation de l'armée à la plupart des cérémonies. On peut aussi observer un changement dans les discours : au départ patriotique et défensif dans la Sarthe, il glisse vers « un nationalisme germanophobe » (p.257) plus présent dans la Marne par la proximité de la frontière avec le département.

 

3.2- La déprise de la violence par les rituels et les mots (1919-1924)

Les valeurs qui avaient été véhiculées durant la guerre franco-prussienne sont de nouveau mobilisées pendant la Grande Guerre. Entre 1920 et 1923 les deux batailles de la Marne sont célébrées dans le département en septembre et en novembre de chaque année. Après de nombreux débats, les anciens combattants réussirent à établir un jour national consacré à la reconnaissance : le 11 novembre, mieux suivi à l'arrière. La déprise de la violence se fait aussi grâce au retour des soldats de la guerre, la réception des régiments dans les villes de garnison, et les fêtes des combattants ou « fête du Poilu » dans lesquelles les soldats expriment le bonheur de s'en être sorti. A partir de 1920 de nombreuses communes du département de la Marne se voient décerner la croix de guerre, un hommage pour des populations qui ont été meurtries. Parallèlement, l'expérience du combat est tue, car les images évoquent davantage un traumatisme et une atrocité qu'une victoire. Des valeurs sont néanmoins toujours présentes dans les esprits : l'union, la défense du sol et l'héroïsme.

 

3.3- D'une société guerrière à une société pacifiste (1924-1939)

A partir de 1924-1925, le mouvement commémoratif est désormais stable et traité de manière égale dans les deux départements. Il demeure toutefois des différences entre l'arrière et le front, un décalage qui serait d'environ six mois. Les discours commémoratifs sont de plus en plus empreints de pacifisme : même dans les faits, un arbre de la Paix est par exemple planté sur la place de l'église à Poncé. Mais dans les années 1930 la chute est brutale : les nazis deviennent de plus en plus populaires et Hitler prend le pouvoir en 1933. Le culte du souvenir devient une manifestation d'opposition à la guerre ou d'un attachement à la mémoire des morts. Malgré tout, des pèlerinages continuent à être organisés avec des enfants pour leur apprendre l'histoire. Autour de 1930, la peur et l'angoisse gagnent la population qui se paralyse : l'échec de la conférence sur le désarmement et la montée au pouvoir des nazis inquiète, et on peut voir dans la thématique des discours sarthois et marnais une montée de la menace et de l'union. Le message est clair, face à la menace, il faut s'unir et défendre de nouveau le sol français.

 

 

CRITIQUE

L'étude de Stéphane Tison est irréprochable ce n’est pas ce qui ressort de ce que vous dites infra. Son travail, qui s'est appuyé sur près de 8800 articles de presse, dont 6500 sur les cérémonies, est détaillé et minutieux. De même, par la richesse de cette étude et les travaux effectués auparavant, il s'avère que la bibliographie de l'ouvrage est extrêmement riche. Ainsi le livre est formellement bien construit : il est divisé en trois parties, elles-même partagées en quatre chapitres et sous-parties. Chaque chapitre est composé d'une introduction et d'une conclusion transitoires qui permettent de mieux saisir ce qui va être dit ou vient d'être dit. Au centre du livre, un dossier photographique nous permet de visualiser les plusieurs formes de monuments commémoratifs et autorise le lecteur à souffler pour entamer la troisième partie de l'ouvrage qui concernera justement le clivage entre guerre et paix. Enfin, l'ouvrage se clôt sur un épilogue et une conclusion générale. Ensuite, nous avons accès aux annexes de cartes  des deux départements traités, les sources et la bibliographie qui ont permis l'étude, un index, une table des figures (des schémas intéressants si l'on veut mémoriser visuellement des idées développées dans le chapitre), et enfin la table des matières, très détaillée et explicite, qui offre au lecteur la possibilité de se repérer ou de trouver rapidement une page recherchée. La forme de l'ouvrage est donc pratique et de bonne qualité. Cependant, des erreurs soulevées peuvent être gênantes à la lecture : environ dix fautes d'orthographe relevées, des mots répétés à la suite, ou encore des « coquilles » (la date de 2019 au lieu de 1919 par exemple).

De même, le contenu du livre est un pari. L'auteur a choisi de centrer son étude sur seulement deux départements. Par conséquent, il a pu approfondir ses analyses et donner des exemples et des témoignages pertinents, qui donnent une réelle valeur à l’œuvre : la sincérité des témoignages agrémentent notre lecture, d'autant plus que de tels témoignages ou extraits de discours sont rarement à la portée de tout étudiant en recherche. Nous pouvons cependant regretter que l'écrivain se perde dans des détails dignes d'une enquête scientifique ou criminelle et qui n'ajoutent rien au développement du chapitre :certaines phrases ont l'apparence d'équation mathématique par la multitude de nombres qu'elles comportent, et qui ne font qu'alourdir la lecture de l’œuvre. De plus, Stéphane Tison répète dans certains chapitres des choses qu'il a d'ors-et-déjà dites auparavant, certaines phrases semblant même avoir subi un copier/coller. C'est pour cette raison que le compte-rendu qui vient d'être fait est exempt de certains passages ou chapitre (le dernier chapitre n'est qu'une redondance des précédents). Son langage est très abordable, malgré qu'il soit quelques fois teinté d'un ton lyrique qui n'a pas lieu d'être dans un ouvrage historique.

Malgré ces désagréments qui peuvent  nous perturber ou nous irriter, l'ouvrage de Stéphane Tison reste un livre qui aborde notre sujet « Guerre, Etat, société en France de 1851 à 1945 » d'un point de vue sociologique très intéressant et original, un livre qui sort de l'ordinaire tout en étant historique et surtout authentique. Curieux mélange thématique

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Yves Santamaria, Le pacifisme, une passion française, coll. « Les classiques du fond », Armand Colin, Paris, 2005

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce compte-rendu est rendu difficile d’utilisation du fait de la lourdeur de sa rédaction: vous auriez dû, au moins, ne pas vous sentir obligée de reprendre à votre compte le jargon d’on abuse l’auteur. Mais surtout, votre compte-rendu est souvent d’une grande naïveté, ce qui le rend pour partie inutilisable, d’autant que votre critique ne met aucunement le lecteur en garde contre les erreurs d’interprétation de l’auteur, et ne pointe aucun des angles morts de l’ouvrage. Vous auriez pu tirer grand profit des nombreuses critiques universitaires et journalistiques disponibles facilement par l’Internet:

http://www.evene.fr/livres/livre/yves-santamaria-le-pacifisme-une-passion-francaise-13975.php

http://www.franceculture.fr/oeuvre-le-pacifisme-une-passion-fran%C3%A7aise-de-yves-santamaria.html

http://fiches.lexpress.fr/livre/le-pacifisme-une-passion-francaise_14620

http://www.recensio.net/rezensionen/zeitschriften/annales/2008/x5-guerre-et-paix/ReviewMonograph893175074/@@generate-pdf-recension?language=de

 

Note sur 20 : 04

 

L'introduction est une clé pour comprendre l'ensemble de l'ouvrage. Elle pose d'emblée les limites du sujet, autrement dit l'ouvrage s'attache à analyser l'ensemble des forces et courants qui dans une période donnée, a affiché une volonté de s'opposer à une décision perçue comme belligène, mais aussi la part des opinions publiques partisane de ces forces. L'auteur énonce les deux éléments essentiels qui ont conditionné les positions pacifistes ou au contraire bellicistes, le nationalisme et la révolution sociale. Il rend de plus, compte de la classification des différentes natures possibles de pacifisme, du philosophe allemand Max Scheler en 1927. Cette classification est un outil judicieux pour comprendre les traits les plus pertinents des différentes positions anti-guerre, sans tomber toutefois dans l'écueil d'une généralisation. Le « pacifisme héroïque », tout d'abord, se caractérise par un refus qui prône une non-résistance à la violence, combat basé sur des raisons morales dans la plupart des cas mais qui peut s'allier à une analyse des « considérations d'efficacité ». Puis, le « pacifisme chrétien » qui se base sur la position du Vatican il y a peu de chances que cela ait-été le cas des protestants, autrement dit régler les conflits par des négociations. On distingue ensuite le « pacifisme économique », fondé sur le libéralisme économique, hostile à des alliances favorisant des partenaires spécifiques, il envisage la colonisation comme un fardeau source de conflits. Le « demi-pacifisme du communisme et du socialiste marxiste », envisage la paix dans une société sans inégalité sociale pas très clair. Enfin, le « pacifisme juridique » ou « pacifisme du droit », s'attache à faire respecter les droits de l'homme, en souhaitant la création d'organismes supranationaux, il tente donc d' « arracher la société internationale à son état de guerre perpétuelle ». Nous nous concentrerons sur les six premiers chapitres de l'ouvrage de la page 15 à la page 176, les suivants dépassant chronologiquement notre question.

 

1- DU COUP D'ETAT A LA PERIODE PRECEDANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

1.1 Louis-Napoléon Bonaparte : « l'Empire c'est la paix. »

Dans un premier temps, l'auteur s'attache à décrire les diverses réactions provoquées par les débuts de Louis-Napoléon. Ce dernier, entame une politique centrée sur les forces armées. Cela va déclencher des réactions que l'on peut qualifier « d'antimilitaristes », dans le sens où elles condamnent l'outil militaire existant. Ainsi, les républicains, comme Gambetta, vont demander la suppression de « l'armée prétorienne » et le remplacement par une armée de milices. L'Internationale ouvrière va quant à elle demander « l'abolition des armées permanentes » et « l'armement général du peuple ». La volonté d'instaurer un service militaire à partir de 1867, va provoquer une opposition vive au sein du corps législatif. Notamment de la part du républicain Jules Simon qui s'exclamera « Vous voulez donc faire de la France une caserne. ». Le général Niel, au cœur du projet ripostera « Et vous, prenez garde d'en faire un cimetière. ». La guerre de Crimée, tout comme l'intervention en Italie, obtenu un soutien « par défaut » de la part de la population, après une la même impopularité initiale. L'auteur offre par ailleurs dans ce chapitre un exemple pertinent de pacifisme au service d'une toute autre cause, à peine masquée d'ailleurs. En effet, l'opposition républicaine a très largement exploité la rancœur des jeunes gens qui pensaient être quitte de leur obligation militaire. Sur leur profession de foi des législatives de 1869, figuraient  la promesse d'une réduction des obligations militaires. Ici ce n'est pas tant le caractère pacifiste du projet qui paraît essentiel mais bien l'utilisation de celui-ci pour conquérir un électorat. On remarque ainsi un progrès de la part de la gauche dans cette élection. Vraiment peu clair

 

1.2 Les désillusions liées au conflit franco-prussien de 1870-1871

L'auteur rappelle que la position face à la guerre dépend de plusieurs éléments : le régime politique qui mène à la guerre, les rapports d'un point de vue militaire, les conséquences possibles du conflit et les systèmes d'alliances. Et c'est seulement une fois que ces paramètres sont étudiés que vient s'ajouter une dimension éthique afin de déterminer si le combat est juste ou non. L'exemple des différentes réactions que le conflit franco-prussien a suscité illustre cette idée de manière claire. Au moment où l'armée française se trouve en difficulté, la perspective d'une défaite pousse de nombreux paysans a prendre position pour une « paix à tout prix ». Ainsi, c'est plus le défaitisme qui se fait sentir, qu'un véritable pacifisme. La capitulation de Metz déclenche quant à elle une vague antimilitariste, qui hausse le maréchal Bazaine au rang de « antihéros national ». L'indiscipline chez les combattants se fait sentir, mais sous la forme d'une refus d'aller au front sans équipement adéquat. La nécessité de trouver un responsable à la débâcle est forte, et la presse conservatrice s'insurge contre un gouvernement qui n'a apporté « ni la victoire, ni la paix. ». La question de la paix sera une nouvelle fois au centre des élections du 8 février, il s'agira d'élire ou non des députés décidés à mettre fin au conflit, si possible dans l'honneur. Les deux forces en présence sont Gambetta et Thiers, élus respectivement dans huit et vingt-six départements. Les républicains sont divisés sur l'arrêt ou non des combats. Alors que les droites, ont une volonté partagée de mettre fin à une guerre jugée sans issue. Les réactions au moment des négociations préliminaires à la paix, sont donc contrastées : les parisiens refusent la capitulation alors qu'en province le soulagement est presque unanime.

 

1.3 Une multitude de positions pacifistes

Le premier Congrès universel pour la paix se tient à Paris en 1889. Cela provoque une certaine vague nationaliste confusion entre bellicisme et nationalisme, et l'idée majeure qui se détache de cet événement est que les échanges peuvent constituer la clé des relations humaines M. de La Palice n’aurait pas mieux dit. L'auteur expose les différentes positions pacifistes de la période de manière assez complexe. Ce qu'il faut savoir c'est que les deux événements qui vont perturber s’agit-il de cela ? de manière significative les courants pacifistes sont la loi des Trois Ans et l'affaire Dreyfus. En effet, nombres de pacifistes prennent position dans l'affaire Dreyfus pacifiquement ?, et cela conduit parfois à un mépris plus fort encore de l'armée confusion entre guerre et armée. Le socialisme se rapproche d'une gauche républicaine qui prône une « préférence nationale ». quel lien logique avec ce qui précède, et quel est le sens de cette phrase ? Ce credo est illustré par Ferdinand Buisson explic. ans son Manuel général de l'instruction primaire en 1905: « L’École primaire, tout au moins, n'a ni à enseigner, ni à prêcher un mode précis de revanche à main armée. » toutes les citations doivent être mises en italique, guillemets compris Le pacifisme catholique est guidé par Pie X qui préconise une « solution pacifique des litiges internationaux ». L'année 1909 voit même la création d'une Ligue des Catholiques français pour la paix. La CGT quant à elle présente « l'antimilitarisme comme un moyen de propagande et de lutte économique pour la suppression du salariat ». En cela elle possède un point commun les marxistes, même s'il ne faut pas perdre de vue que leur principale ligne directrice reste une opposition à l'implication de l’État français dans un conflit. De la même manière, Jean Jaurès, figure du socialisme français dira la phrase suivante « Nous détestons la guerre, malgré les possibilités révolutionnaires qu'elle contient. »  En effet d’ailleurs, la SFIO ne consacrera pas moins de quatre congrès nationaux à la question de la guerre. Néanmoins, un recul des idées pacifistes des opinions est observé par l'intermédiaire d'enquêtes d'opinions réalisées en 1912-1913 menées par qui ? dans quel but ? quel en sont les résultats ?. Il y a ainsi l'idée d'une génération en rupture radicale avec le pacifisme intellectuel de leur aîné. C'est ce qui conduit le général Lyautey, à la remarque suivante, au cours d'un discours devant les étudiants de Sciences po. : « Ce que j'aime dans la jeunesse d'aujourd'hui, c'est qu'elle n'a pas peur de la guerre, ni du mot, ni de la chose. »

 

2- DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE AUX PREMISCES DU CONFLIT DE 39-45

 

2.1 Les réactions au moment de l'entrée en guerre

Le déclenchement des hostilités à l'été 1914, provoqua des agitations anti-guerre qui ne furent pas fructueuses. C'est donc un sentiment d'échec et d'impuissance qui se fait sentir chez les personnalités pacifistes. Le XXI congrès universel de la paix n'a pas lieu. Néanmoins, les membres de la paix par le droit, autant que dans les rangs de la SFIO, s'accordent pour admettre le bien-fondé du conflit étant donné la violence de l'Allemagne, qui n'a eu aucun scrupule à violer la neutralité de la Belgique. L'auteur s'attache à montrer que les mouvements pacifistes persistent en temps de guerre, mais prennent une forme différence, somme toute s'adaptent à la situation. Les pacifistes sont donc plutôt dans une phase « défensiste » : ils cherchent à préserver à tout prix l'honneur de la France. C'est le cas par exemple de Michel Alexandre explic., qui prône une « paix blanche », autrement dit la fin du conflit sans annexion ni indemnité. L'assentiment à la guerre se déplace également sur le front, où les soldats respectent la guerre « à la fois comme une fatalité inséparable de la vie des nations et comme le terrain du courage et du patriotisme... ». En effet, la guerre paraît si violente que Ruyssen fait remarquer que « l'atrocité de la guerre actuelle a dégoûté à jamais les plus acharnés des adversaires du pacifisme ». Le prix Nobel de la paix de l'année 1916 est attribué à Romain Rolland. Ce dernier s'inquiète de la présence de races extra-européennes dans le conflit et craint « le suicide d'une civilisation ». Par ailleurs, les pacifistes catholiques attendent que le Pape prenne position mais Benoît XV se défend en 1915 : « Mêler l'autorité pontificale aux disputes des belligérants ne serait ni convenable ni utile. » faux-sens Mais la France est caractérisée à cette époque par une « morosité patriotique », dans laquelle se regroupe lassitude et résignation, qui se traduit par des mutineries au front début 1917.

 

2.2 La presse : un relais pour les pacifistes

Les journaux se multiplient durant cette période et permettent aux pacifistes d'exprimer leurs inquiétudes et opinions. Le canard enchaîné de Maurice Maréchal, s'applique à dénoncer les « professeurs de patriotisme » et autres « grands chefs des bourreurs de crâne ». De nombreuses « revues-familles » s'allient c’est beaucoup dire à cette cause, et Maurice Wullens dans sa revue les humbles, déclare en mai 1916 : « Après avoir manié pour la France en danger le terrible et lourd fusil, nous pouvons bien reprendre la plume fragile dont on voulut maintes fois nous dénier l'usage. ». Chaque parti politique possède son journal pour dévoiler ses idées : Le Populaire-Revue de Pierre Brizon du SFIO ; La vie ouvrière avec des figures du syndicalisme révolutionnaire comme Pierre Monatte, Alfred Rosmer ; Demain une revue réfugiée en Suisse, qui abrite tous les opposants à la guerre et enfin CQFD de Sébastien Faure, figure de l'anarchisme. Et même si certains pacifistes sont au front, ils militent toujours comme tient à la rappeler l'écrivain Jean-Richard Bloch, parti à la guerre : « réfractaire matériellement non, mais au moins réfractaire moral. ». Par ailleurs, le prix Goncourt 1916, s'intitule le feu et prétend être  « le journal d'une escouade », reflétant une vue d'officier. L'auteur est  un « socialiste antimilitariste », Henri Barbusse, proche de la minorité de la SFIO. L’œuvre est blâmée par l’extrême gauche car analyses trop modérées et enthousiasme la part majoritaire des pacifistes. Ce qui est certain c'est que l'ouvrage s'est vendu à 200 000 exemplaires pendant la guerre.

 

2.3 La reconstruction d'une atmosphère de paix

Lors des manifestations commémoratives, et cela dès 1919, l'accent est mis plus sur la paix retrouvée que sur la défaite infligée. Et même si les pacifistes règlent leur compte au sein de leur parti, comme la Ligue des droits de l'homme par exemple dans laquelle les militants reprochent aux majoritaires leur soutien à une guerre capitaliste, les tendances se retrouvent lorsqu'il s'agit de commémorer les disparus en tant que victimes pas très clair. Une campagne est même organisée pour réhabiliter les « fusillés « pour l'exemple », y participent anciens combattants, la ligue des Droits de l'homme et des partis de gauche dont le PCF. Cela débouche sur la création de la cour spéciale de justice militaire plus tard dans les années 1932. Ainsi, la rhétorique pacifiste devient l'« ingrédient indispensable de l'homme politique en mal d'élections ». sens ? Cette période est en fait caractérisée par un mouvement d'apaisement intérieur. Dans cette logique, cent quatre vingt-six intellectuels signèrent en janvier 1931, un manifeste « contre les excès du nationalisme, pour l'Europe et pour l'entente franco-allemande ». Néanmoins, force est de constater que parmi les signataires tous n'ont pas pris le même chemin : Jean Luchaire sera fusillé pour faits de collaboration, mais il y a aussi des futurs résistants comme Pierre Brossolette ou Jean Prévost. La démarche de rapprochement entre la France et l’Allemagne devient un marqueur identitaire à gauche. De plus, le poids des français est important dans les milieux pacifistes internationaux : deux français obtiennent le prix Nobel de la paix. Léon Bourgeois, l'initiateur de l'Association pour la SDN en 1920 et Ferdinand Buisson le président de la Ligue des droits de l'homme en 1927.

 

3- LA SECONDE GUERRE MONDIALE ET L'OCCUPATION

 

3.1 La question du désarmement

Il y a deux camps en France à la veille de la Conférence sur le Désarmement de 1932. Le mot d'ordre du camps antifasciste est « sécurité d'abord ».  Quant aux militants radicaux et socialistes, ils prônent « une sécurité par l'arbitrage et le désarmement ». Mais l'anxiété générale empêche les groupes pacifistes de déclencher des dynamiques pouvant peser sur les décisions du gouvernement. En 1930, la pétition « pour le désarmement et la paix » de la Ligue des droits de l'homme, n'obtient qu'une centaine de milliers de signatures. Le cœur de cible des pacifistes est les anciens combattants. Ces derniers sont habités par un refus de la guerre et une méfiance quant à la hiérarchie militaire. Un certain sentiment de solidarité est ressenti chez les pacifistes et cela conduit à une universalisation de leur cause. C'est ce qui pousse Charles Péguy a dire la phrase suivante durant la seconde guerre mondiale ???? : « je pars comme soldat de la République, pour la dernière des guerres et le désarmement général ». Anatole France s'inscrit également dans la lutte pour le désarmement durant la seconde guerre mondiale ???? : « on croit mourir pour la Patrie. On meurt pour des industriels. ». Mais certain socialiste, Léon Blum notamment met en valeur la justification d'une programme d'armement par la phrase suivante Si vis pacem para bellum. C’est une citation de Blum ?

 

3.2 La dépression

A cette période d'avant guerre en France, l'idée d'une « dépression pacifiste » se fait sentir, celle-ci est caractérisée par un sentiment de faiblesse, dû à une auto-dévalorisation. Cela provoque une augmentation du « défensivisme », qui consiste à attendre que « l'adversaire potentiel administre définitivement son agressivité. ». De plus, la stratégie d'Hitler, et tout particulièrement lorsqu'il s'adresse au milieu pacifiste français, parvient à manipuler un part des français qui concluent à « l'évidente volonté de rapprochement avec la France » du peuple allemand et ses dirigeants. L'organisation des Jeux Olympiques à Berlin en 1936, symbolisa un sommet a exprimé l’évidente volonté de rapprochement avec la France ? dans ce genres d'opérations. L'état d'esprit dominant dans la gauche non communiste peut se résumer par la déclaration de Léon Blum en 1947 « Nous éprouvions l'horreur religieuse de la guerre. ». Cette idée peut également s'étendre aux radicaux, même si eux n'ont jamais « transigé avec le principe de la Défense nationale ». Des négociations conduisent ainsi en janvier 1936, à la signature d'un programme de Rassemblement pour le Front Populaire sauf que cela n’explique pas la position des communistes. Au moment de l’avènement d'Hitler, les positions changent et Léon Blum se rallie finalement à la formule qu'il avait précédemment condamné : « La France devra assurer elle-même sa sécurité ». Ainsi, à cause du caractère menaçant de la situation de l'Allemagne, la guerre est envisagée de manière sérieuse et Blum arrive à la conclusion suivante : « La guerre répressive est une extrémité atroce comme la guerre défensive, mais elle n'est pas la pire de toutes, elle vaut encore mieux qu'un lâche abandon du monde aux guerres d'agression. » Et malgré des courants « anti-belliciste », qui parviennent à réunir plusieurs dizaines de milliers de signatures vous avez dit plus haut que 100 000 ce n’était pas grand chose à une pétition stipulant « Nous ne voulons pas de la guerre », le fait est que la situation ne possède que peu de solutions.

 

3.3 La Seconde Guerre Mondiale

Les grands prix du cinéma en disaient long sur l'état d'esprit au moment de l'entrée en guerre, ainsi une production officielle se clôture sur « Vous pouvez dormir tranquilles, nous sommes défendus. » pas très préci. En effet, le cours des événements qui suivent le déclenchement du conflit n'a aucune raison de faire chuter l'optimisme  et donc de déclencher des mouvements d'hostilités humour noir... ou citation de Gamelin ?. Et, au moment où la France n'est plus dans le mesure de continuer les combats, l'armistice ne fait pas l'objet d'un vote au parlement, pas plus que la déclaration de guerre phrase plus qu’ambiguë. L'idée de mettre un terme au conflit est largement partagée, c'est la forme que fait débat : armistice ou capitulation. A l'automne, les rafles policières s'intensifient et témoignent d'une « vanité d'illusions légalistes » sens ?. En avril 1941, le Komintern sacrifie sa « lutte pour la paix », qui se trouve être impossible si la France n'est pas libérée, paix qui ne doit pas être confondue avec « la paix du cimetière et de la prison, la paix de la servitude et de l'oppression. » Cette constatation coïncide avec un appel qui invite les patriotes à former un « Front National » pour défendre leur pays. Vous donnez un caractère industriel à l’humour noir... le Komintern aurait fait le sacrifice de sa lutte pour la paix... ainsi que de la vie de quelques centaines de milliers de Polonais et de Baltes dont 25 à 26 000 froidement exécutés d’une balle dans la tête selon une méthode industrielle (massacres de Katyn) Même si les politiques, comme Laval, s'évertuent à répéter que « nous ne sommes pas dans la guerre », les faits sont là et le pillage incessant des ressources nationales par le Reich ne place pas la France dans une posture avantageuse. Les Français se retrouvent en fait prisonniers de « l'immense concours de la peur, de l'intérêt et du désespoir » qui les ont poussé a faire confiance à Pétain. Ainsi pour rendre compte de la position des Français face au conflit, il ne faut pas négliger les paramètres suivants : « la haine des Allemands, l'évolution de la situation militaire, le sentiment d'angoisse et la volonté d'engagement ». Certains pacifistes voient dans la résistance une manière de continuer à lutter, Yves Farge par exemple mais force est de constater que de nombreuses personnalités pacifistes ont opté pour une franche collaboration avec l'Allemagne tels que Alain, Jean Giono, et Céline et une liste beaucoup plus longue de militants de gauche de tous horizons, manifestement ignorés d’Yves Santamaria (cf. ouvrages d’Epstein)

 

CRITIQUE

L'auteur dresse un tableau complet, parfois assez complexe, des différents courants hostiles à la guerre, en s'attachant à donner leurs spécificités politiques.

De plus, il nous montre de manière très nette, et cela tout au long de l'ouvrage, à quel point, comme le souligne Henry Rousso « le pacifisme est une attitude dictée par le contexte ». Dans la mesure où, dans la plupart des cas, en plus de ne pas conserver une attitude constante, le pacifisme est bien souvent au service d'une autre cause.

Néanmoins, dans un souci d'exhaustivité probablement, les lignes de l'auteur se montrent à certains moments opaques et la compréhension est difficile manifestement.

Ce qui fait la richesse de cet ouvrage est l'utilisation abondante de citations d'époque (discours, ouvrages...), ce qui facilite la compréhension et apporte une illustration adéquate aux propos de l'auteur à articuler avec ce que vous dites auparavant. Cela permet donc un florilège appréciable de citations réutilisables en vue du concours lesquelles ?. La bibliographie est conséquente, mais il est dommage que les ouvrages soient classés par chapitre et non par thème ce qui aurait rendue son utilisation plus rapide.

 

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (NANTES), Promotion 2012-2013


 

 

Odile Roynette, « Bons pour le service » : L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXème siècle, coll. « Histoire et société : Modernité », Belin, Paris, 2000

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce compte-rendu est fortement affaibli par une expression écrite qui rend difficile la compréhension de certaines phrases. Il y a aussi de nombreuses fautes d’interprétation et des naïvetés, qui reproduisent, sans esprit critique, celles de l’auteur : de ce point de vue, le 4.2 constitue un véritable morceau d’anthologie qui contredit d’ailleurs presque totalement le 4.1. On regrettera aussi que la critique n’ait pas eu recours à la critique universitaire, pourtant nourrie.

 

Note sur 20 : 06

 

1-                 Renover l’armée pour regenerer la nation

 

 

1.1. Etat des lieux en 1872 et réformes

L’opinion publique attribue la responsabilité de la défaite de la guerre de 1870 et l’épreuve de la Commune, à une armée dangereusement obsolète, le discours devient alarmiste et Chasseloup-Laubat explic. va jusqu’à parler de dégénérescence. En effet, on ne peut que constater le manque d’entraînement, l’insuffisance numérique et les défaillances du commandement. L’armée est perçue comme forte mais impuissante, protectrice mais nocive. On parle de perte des vertus civiles et guerrières pourtant traditionnelles au tempérament français, d’un « abâtardissement » de la race. Le service inspire la répugnance aux jeunes hommes, il est perçu comme un fardeau, une expérience abrutissante, inutile.

Les remplacements qui provoquaient le malaise général ont été interdits par la loi du 26 avril 1855 qui autorise les hommes d’un même canton à échanger leurs numéros mais le remplacement privé est interdit (sauf au sein d’une même famille jusqu’au quatrième degré) et l’exonération est mise en place. L’armée peut alors payer les volontaires et rengager les anciens militaires en cas de manque d’effectifs. La réforme provoque l’enthousiasme chez les civils et chez les militaires. Cependant, au bout de quelques années on constate que de piètres soldats se réengagent par confort matériel, et que l’armée vieillit. En 1858, la loi Niel impose uniquement cinq années de service actif puis quatre dans la réserve pour les « mauvais numéros » explic. qu’est-ce ?, l’exonération laisse sa place au retour du remplacement et surtout crée la garde mobile pour les « bons numéros » explic., les exemptés et les remplacés qui n’ont que quinze jours d’entrainement par an. La véritable rupture dans l’histoire de la conscription est la loi du 27 juillet 1872 qui abolit le remplacement et établit notamment que tous les hommes de vingt à quarante ans peuvent être appelés. Certains cas sont exemptés (élèves des grandes écoles, élèves ecclésiastiques, orphelins…), d’autres obtiennent un sursis de deux ans et l’élite intellectuelle pour 1500 francs est limitée à un an de service. Ceux-ci sont mobilisables en cas de danger au nom du sacrifice commun. Le principe du service long fait l’unanimité mais une partie du contingent sera renvoyée au bout d’un an selon le verdict du tirage au sort. Ainsi, l’image du service reste liée à la mauvaise fortune. Une nouvelle loi s’avère nécessaire en 1889, l’obligation militaire est désormais de vingt-cinq ans et le service maximal est de trois ans mais impose sept années dans la réserve avec les manœuvres annuelles.

 

 

1.2. Moraliser et discipliner

 

1.2.1. Redorer le blason de l’armée : la priorité à l’enseignement moral

Il s’agit de réveiller « l’instinct guerrier inhérent à la race gallo-romaine » (p.81), par un rassemblement social. L’armée doit être un modèle moral et c’est un véritable défi étant donné le discrédit des officiers, objets de critiques acerbes. On a recours à l’Histoire, pour exalter un passé national glorieux et forger une identité commune, un esprit de corps. A partir de 1882, l’enseignement moral est officiel. Il faut que les hommes se sentent investis d’une responsabilité : être à la hauteur de leurs prédécesseurs et un exemple. Cela se concrétise par une attitude irréprochable dans la vie civile à savoir ?. On veut faire ainsi comprendre que l’armée est le lieu où se prépare la fortune future sens ?, où se forgent des bases pour toute une vie. Un bon militaire est un homme sain et viril qui plait aux femmes. Les deux thèmes phares sont le devoir d’obéir et l’amour de la patrie (la petite, c'est-à-dire le village stimule celui de la grande, la France).

 

1.2.2 Resserrer la discipline 

On s’ennuie à la caserne et l’oisiveté favorise la grossièreté, la brutalité, le relâchement de la discipline. Il faut attendre le XXème siècle pour qu’apparaissent des salles de récréation qui permettent de contrôler les loisirs. La visée de ce contrôle est de combattre les deux fléaux qui ravagent l’armée : la syphilis et l’alcoolisme. Une certaine indulgence s’était installée à propos de la consommation d’alcool, surtout chez les sous-officiers et officiers (qui ont les moyens et la fréquentation pour boire) ce qui provoquait l’inquiétude des médecins. Thiers signe en 1872 un décret intensifiant les punitions pour ivrognerie. Par ailleurs, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, œuvre pour que les emplois du temps permettent que les hommes puissent assister à l’office, on craint en effet les conséquences de plusieurs années sans pratique religieuse. De manière globale, au début des années 1870, la surveillance s’intensifie. Le principe de subordination ne peut en aucun cas être discuté lien logique ? mais les règlements mettent l’accent sur le caractère mutuel du respect entre deux hommes de rangs différents. Pour ce qui est de la punition, Odile Roynette rappelle que dans toute la société les travailleurs connaissent la sévérité et la menace de la prison, ce n’est pas le propre de l’armée. La peine maximale pour un soldat est de soixante jours de prison (ou l’envoi aux bat’ d’af’ explic.), pour les gradés il y a aussi la menace de la suspension ou de la cassation. La codification est stricte, comporte cinq degrés de punition, et sépare les grades à partir de 1883. Même si depuis 1790 les châtiments corporels sont interdits, demeure une certaine brutalité. La peine de mort est réservée aux investigateurs et aux chefs de révolte. Toute infraction est plus sévèrement punie si commise pendant le service, et encore davantage en présence de l’ennemi. Parfois la prison est une « planque » car il n’y a plus d’exercices physiques obligatoires, plus de corvées : en 1872 on les impose aux prisonniers et cette mesure est applaudie par les prisonniers ?. Les fortes-têtes, les incorrigibles étaient déjà en conflit avec la justice avant le service, on les considère comme dangereux. Ces cas se font rares grâce au caractère dissuasif des punitions et à l’efficacité de l’acculturation que voulez-vous dire ?. En effet, l’autorité s’applique sans difficultés, l’esprit de soumission se substitue à l’esprit de corps c’est l’inverse.

 

 

1.3 Mais surtout instruire

 

1.3.1 Apporter une instruction primaire solide

La pédagogie des cours élémentaires est à revoir tant ses conséquences sont non pas nulles mais néfastes. On pense ici à la méthode Rolland qui s’appuie sur le « par cœur » et la répétition de phrases et exercices d’une seule voix, et qui fatigue plus les hommes en fin de journée qu’elle ne fait reculer l’illettrisme. Le général Véron dit Bellecourt mit particulièrement de zèle à améliorer l’instruction. A partir de 1872, les cours se font dans les chambres (et n’apparaissent donc plus comme contraignants) et dépendent d’un officier. Cependant, ces séances sont souvent parasitées par les obligations du service et il convient d’en relativiser les résultats. Dès leur arrivée à la caserne, les recrues passent l’épreuve de la page d’écriture à l’issue de laquelle ils sont répartis en groupes de niveau (tri parfois humiliant) dans le but de repérer les futurs brigadiers et caporaux (le besoin de cadres subalterne devient urgent). Ces évaluations révèlent le niveau toujours insuffisant de l’instruction élémentaire de la jeunesse. Sont aussi examinés les métiers des recrues dans le civil afin de placer les hommes qualifiés aux postes de tailleurs, selliers, cordonniers ou encore musiciens, autant de postes indispensables au fonctionnement de la caserne. Les soldats en questions sont exemptés de corvées, les ces postes sont donc convoités.

 

1.3.2 La formation militaire se modernise

La formation pratique se fixe pour objectif de faire intégrer au soldat les diverses formations que prend un régiment. Lors d’exercices quotidiens en rang serrés, on apprend à écouter les ordres, à se mouvoir sans confusion. L’accent est mis sur les activités de gymnastiques, surtout pendant les six premiers mois, c’est la période du « dressage » : il faut s’habituer à une nouvelle culture somatique était-ce bien utile de parler grec ?. Les témoignages montrent combien il est difficile d’intégrer la position de base (peu naturelle, extrêmement précise, le corps est en déséquilibre et les muscles tendus). Il faut aussi s’entrainer à enchainer les cinq pas règlementaires, à porter l’arme et à l’utiliser. La formation est  donc individuelle et les six mois suivants elle devient collective et rassemble les jeunes et les anciens militaires. La pratique de la marche se développe dans le but d’endurcir la recrue : en période de campagne les marches seront conséquentes. Il faut souligner que cette instruction est plus longue et complexe dans l’artillerie et la cavalerie. Par ailleurs, se développe un souci pour la respiration et l’assouplissement d’où la pratique de la natation (qui se heurte au manque d’infrastructures et d’instructeurs). Les soldats (sauf les nouvelles recrues) doivent en plus participer à tour de rôle au service de garde : il s’agit de surveiller l’entrée de bâtiments comme les prisons, les forts ou les dépôts de munition, ou même des bâtiments officiels. Cela se double parfois de patrouilles de nuit dans les villes pour maintenir l’ordre public. Cet exercice demande un effort physique important, il faut savoir faire preuve de sang-froid, supporter l’immobilité, la solitude toute la nuit dans la peur mais c’est pour toutes ces raisons qu’on dit qu’il s’agit d’une très bonne école.

A la fin de l’année d’instruction le corps hétérogène des réservistes est rappelé pour les 28 jours des manœuvres d’automne. On consent à l’effort malgré les contraintes. De l’intérieur, cet événement marque un agréable changement dans la routine et apporte des nouvelles du pays. Le jargon parle de « petite guerre » : état d’esprit comparable à un départ en campagne, investissement personnel, enthousiasme. Malgré l’absence de l’ennemi, du risque de mort et le fait que les scènes soient organisées à l’avance, l’exercice est un réel progrès qui marque le souci de fournir un entrainement le plus complet possible.

 

 

 

2-etre « bon pour le service »

 

 

2.1 L’épreuve du tirage au sort

Tous les ans, la mairie de chaque commune affiche la liste des noms des hommes qui ont eu vingt ans l’année écoulée, c’est le premier signe vers le service et un groupe se crée déjà. En février ou en mars, ils doivent se rendre au chef-lieu de leur région pour procéder au tirage au sort. Celui-ci représente une épreuve angoissante pour toute la famille. Pour le sociologue Michel Bozon la conscription est « un mélange de maturité et d’immaturité, de joie et de désespoir, d’imagination et de conformisme, de virilité agressive et de sentimentalisme » p. 171 avec ça on est avancé : où est l’nformation objective ?. Les comportements des conscrits révèle leur euphorie, la fierté d’accomplir ce rite de passage qui marque un pas décisif vers l’âge adulte, une reconnaissance mais aussi leur profonde appréhension à l’idée de s’aventurer (souvent pour la première fois) hors du cocon familial du village. Le tirage au sort est lié à tout un folklore c’est l’inverse qui varie selon les régions, il est fortement empli de superstitions en tout genre. L’événement est aussi bien marqué par une ferveur religieuse que par un sentiment patriotique qui se rapproche souvent du chauvinisme. Odile Roynette explique que ce rite est devenu très festif et solennel comme pour conjurer la peur mouais, on pourrait en dire autant des repas de famille. Notons que ce comportement reste toujours plus marqué en campagne qu’en ville.

 

2.2 Des rituels en amont : examens et attente

Une fois le bon ou le mauvais numéro tiré, il faut passer devant le conseil de révision composé de personnalités civiles et militaires. Le premier impératif est la vérification de l’âge, il faut avoir vingt ans, pas moins de dix-huit pour les engagés volontaires. L’auteure cette pratique très à la mode n’est toujours pas validée par l’Académie explique la pertinence de ces limites d’âges aux pages 182 et 183. Le critère de dispense en tête de liste est la faiblesse de constitution et demeure flou. Il faut ajouter les hommes chez lesquels on détecte des « troubles de l’intelligence et de la raison » (p.186) notamment le crétinisme ou l’aliénation mentale. Par ailleurs, les hommes aux affectations légères sont intégrés dans les corps auxiliaires, mesure problématique dans le sens où si boiteux et bègues peuvent rendre service dans les bureaux, il leur faudra en campagne marcher des jours entiers et être réactifs aux ordres comme les autres. Il s’agit là de l’une des limites du désir d’égalité des chances devant le service en dehors de la forme contournée de ces phrases, elles reposent sur un sophisme : pensez-vous qu’envoyer un boîteux à l’assaut soit une « limite à l’égalité des chances » ? N’est-ce pas tout simplement l’application du principe de réalité ?. En outre, l’examen ne se déroule pas dans les conditions idéales et les comptes-rendus révèlent qu’à peine une minute est accordée à chaque cas. C’est le regard de l’expert médical qui prime, une physionomie harmonieuse ne devant pas tromper. Cet examen expéditif laisse une impression d’arbitraire et de brutalité chez la recrue est-ce propre au monde médical militaire ? qui demeure d’ailleurs silencieuse intimidée par la nudité n’exagérons rien en public (il faut attendre 1873 pour que l’examen ait lieu à huis clos) et anxieux par rapport au verdict. En effet, celui-ci est comparé à un brevet de virilité dans le cas où le jeune homme est déclaré « bon pour le service » mais représente dans le cas contraire un handicap à vie. Cependant, pour certains, il n’est pas rare que les médecins découvrent des ruses des conscrits cherchant à se faire exempter, il faut cependant souligner que c’est de moins en moins le cas. Après la loi de 1873, 48 à 52% d’une classe d’âge est appelé et apte pour le service, c’est un taux en baisse car les critères de sélections sont plus rigoureux (dans le but de protéger les faibles et d’assainir l’armée). Les conscrits sont répartis par armes selon des critères physiques et leurs aptitudes professionnelles. Ainsi, les hommes grands et particulièrement robustes sont envoyés dans la cavalerie ou dans les armes spéciales (c'est-à-dire qu’ils seront cuirassiers ce ne sont pas des cavaliers ?, artilleurs, pontonniers…), ils correspondent donc aux critères les plus exigeants d’où le sentiment de fierté pour la recrue et pour sa famille. On trouve dans cette catégorie plutôt les citadins. Au contraire ce sont les paysans que l’on retrouve dans l’infanterie, arme dévalorisée par contraste. Cette réputation est l’objet d’une remise en cause dans les années 1870 et on tente de redorer le blason de l’infanterie mais Odile Roynette ne constate que peu de progrès.

Le lapse de temps entre le verdict et l’appel est particulièrement étudié et révèle une forte ritualisation régionale de l’attente. Elle est marquée par les chansons de conscrits (où la gaieté de façade est mêlée à une tristesse légitime et à la résignation comment l’auteur a-t-il mesuré cela ?) et les repas de famille où on reçoit conseils d’anciens (anecdotes grivoises prennent le pas sur le mal-être du début, tabou quelques traces en a-t-on ?) et petit pécule. Le départ à la gare est euphorique et marque la fin de la solitude et la première rencontre avec la hiérarchie on dirait un rendez-vous amoureux, soigneusement choisie pour inspirer confiance et autorité ouais, on voit qu’elle n’a pas fait son service militaire, ce qui accentue le sentiment que plusieurs de ses appréciations reposent sur des impressions.

 

 

 

3 Formes et modalités du nouveau service

 

 

3.1 Création des corps d’armée

En 1873, on distingue dix-huit régions métropolitaines, plus une en Algérie, sous la responsabilité d’un général. Chacune comporte deux divisions d’infanterie (quatre brigades, donc seize régiments), une brigade de cavalerie (un régiment de cavalerie légère, un régiment de dragon), et une brigade d’artillerie (deux régiments, deux compagnies de train, et une école). Chaque région frontalière possède en outre des unités supplémentaires. Au chef lieu de région se trouve le bureau de recrutement. Cette organisation géographique divise l’opinion et provoque l’anxiété générale. On vante alors l’ancienne organisation qui mélangeait les hommes d’horizons différents et permettait qu’en cas de guerre les pertes soient réparties sur l’ensemble du territoire. C’est pourquoi reviens un temps au recrutement national et aux vertus de la mobilité (qui développe la capacité d’adaptation des soldats et prévient un attachement trop fort.) avant d’adopter un système mixte. Les réservistes et les « bons numéros » en service pour un an uniquement restent dans leur région. L’auteur souligne ici que ces décisions sont toujours prises dans l’optique d’offrir un meilleur redressement à la fois physique et moral.

 

 

3.2 La présence militaire dans la ville

L’auteure s’appuie une nouvelle fois sur ces régions pour comprendre les modalités de la présence d’une caserne militaire dans une ville. Elle représente des sacrifices mais aussi des avantages économiques pour les commerçants qui semblent d’ailleurs parfois ne pas avoir trop de scrupules à duper les soldats. Le sacrifice initial d’abandonner l’alternative industrielle pour se développer est vite compensé avec les liens d’interdépendance qui se créent avec la caserne. Odile Roynette s’attaque alors à un lieu commun qui veut que les villes de casernes soit des villes où l’on trouve un grand nombre de cabarets ou de maisons closes. En fait, ces services sont trop chers pour la plupart des hommes. D’autre part, les recrues recherchent à travers la séduction à se rassurer, à retrouver une figure de femme à la fois maternelle et amoureuse, la conquête est plus attirante quand la femme n’est pas une prostituée non, sans rire ? Ce genre de psychologeries était-il absolument indispensable à l’éclairage de la question d’année ?. Ainsi ce sont en fait plus souvent les ouvrières qui fréquentaient, dans la clandestinité, les hommes lors de leurs sorties hebdomadaires. Ce phénomène est évidemment à lier avec la prolifération dramatique des maladies vénériennes à la caserne chiffres ?, d’autant plus que tues, elles ne sont souvent pas soignées à temps).

 

 

3.3. Difficiles progrès du bien-être à la caserne

Au début des années 1870, le réseau des casernes militaires françaises est vétuste. La plupart a été construite entre le dernier tiers du 17ème siècle et la moitié du 19ème. Entre 1875 et 1890 on peut constater un vrai effort d’aménagement puisque cent-cinquante casernes sont construites suivant les principes suivants : les bâtiments doivent être bien éclairés, aérés, correspondre aux normes d’hygiène modernes et se trouver en périphérie des villes. Il faudra du temps pour que les cantines remplacent les cuisines de fortune et que les infirmeries soient saines. Du fait du peu de témoignages sur la chambrée, Odile Roynette invite à se méfier de l’opinion des observateurs occasionnels (comme les médecins) qui la décrivent avec dégoût. Pour beaucoup elle représente un mieux. Depuis l’immense progrès de 1826 imposant les lits et traversins individuels il y eut peu de nouveautés. En général, on y trouve de vingt-quatre à cinquante lits et au moins une fenêtre obligatoire. Il y a peu d’intimité ménagée pour chacun, (l’étagère pour les objets du paquetage, seul lieu de rangement individuel est organisé par des règlements est particulièrement petite). Cela dit, la notion d’intimité n’existe pas pour tout le monde à l’époque. La chambrée est enfin caractérisée par une forte odeur qui revient dans la plupart des récits et qui témoigne de l’insalubrité du lieu qui devient propice à la prolifération des maladies par les odeurs ?. Enfin, les latrines sont encore dans un état primaire et finissent souvent par contaminer l’eau : elles inspirent le dégoût pour la corvée et l’inquiétude des médecins. Cette même inquiétude est inspirée par la promiscuité avec les écuries (sources de chaleur et havre de paix pour beaucoup). Cependant, malgré ces bémols, il convient de ne pas négliger les progrès et en particulier le rôle grandissant de l’eau. Le progrès vise surtout les officiers, dont le rôle pourtant capital est dénigré et n’inspire plus la vocation ?????. Pendant les temps-morts de la journée, les moments de loisirs consistent surtout à s’allonger sur son lit (seul espace d’intimité) ouf, on respire ! le corps enfin détendu, et à rêver. Le plaisir de fumer devient vite un besoin. On préfère en général la cantine à la chambrée qui reste froide et sombre mais l’hiver des veillées sont organisées dans celles-ci et c’est dans ces moments-là que les complicités se créent. Le service est aussi marqué par l’initiation sexuelle qui passe par la glorification d’exploits personnels, et par l’importance des fêtes. Là encore, où est l’information objective ? Ces moments de répits et de liberté sont précieux dans un quotidien répétitif, c’est aussi pourquoi on ménage des faveurs pour les anciens et qu’on autorise plus de permissions pour les conduites exemplaires. Les permissions ont lieu pour les fêtes de fin d’année, à Pâques et on autorise les agriculteurs à rentrer quinze jours chez eux pendant les moissons

 

 

 

4- de la vulnérabilité des débuts à l’esprit de corps

 

 

4.1. Les premiers pas : une brutale transition vers cette microsociété

A partir de 1857, après une ultime visite médicale – pour prévenir en particulier de la tuberculose – chaque recrue se fait vacciner contre la variole. Cela soldat représente pour certains le premier acte médical et est souvent impressionnant surtout qu’elle se fait en public. La modification physique quelle horreur ! continue avec le passage systématique chez le coiffeur et la réception essentielle  ? de l’arme et celle du paquetage elle modifie le « physique » ? (on peut se reporter à la page 231 pour la description exhaustive du contenu). Chaque nouvelle recrue a pour camarade de lit un ancien qui va jouer le rôle fondamental d’initiateur (une tradition typiquement française). Celui-ci éprouve de la sympathie pour ce nouveau, ingénu, qui brise la monotonie du quotidien, il lui permet aussi de se valoriser et parfois d’en tirer avantage. L’attachement est réel et durable, la complicité est « quasi charnelle » (p.263) on croit rêver !.

Odile Roynette propose par ailleurs une étude des brimades une forme de complicité quasi charnelle je suppose ?, officiellement interdites en 1887. Les sous-officiers sont souvent complices de ces pratiques qui peuvent être de simples blagues pour débarrasser les recrues de leur naïveté ou plus humiliantes voire dangereuses. Pour ce qui est des brimades de nature sexuelles, l’auteure se heurte à un silence généralisé silence ou absence ? Comment a-t-elle distingué cela ?. Pour Arnold Van Gennep « les individus adhèrent d’autant plus fortement à une institution que l’initiation qu’elle leur a imposé a été plus sévère et plus douloureuse. » (p.269) et l’histoire le prouve étant donné que ces rites sont reproduits à chaque nouvelle promotion, pour « dégrossir la recrue » (p.271). L’apprentissage de la hiérarchie, et des manières de saluer codifiées qui accompagnent ces distinctions, est un véritable défi ?. Pour faciliter cette adaptation dans les années 1880 sont publiées des « manuels du soldat » qui rencontrent un vif succès. Cela se double d’un apprentissage purement pratique également très strict, en particulier le rituel du matin : il faut faire son lit et s’habiller dans les règles avec l’appréhension de la punition en cas d’échec. Economie, rationalité et propreté doivent être les maîtres mots pour toute action. Une attention toute particulière est réservée à la familiarisation avec l’arme, son entretien et son fonctionnement. Il faut ajouter à ces contraintes les corvées quotidiennes. Selon leur origine sociale et professionnelle, les soldats souffrent plus ou moins de ce dressage. Les maux physiques dont souffrent les soldats sont particulièrement intenses la première année. La fatigue militaire n’est pas spécialement plus éprouvante que celle d’un paysan ou d’un ouvrier, elle est surtout de nature différente. Elle se concrétise par des fringales, l’amaigrissement typique des premiers mois et se développent la répugnance et lassitude. La souffrance psychique est plus pernicieuse, les chiffres lesquels ? montrent que les hommes ruraux mais robustes meurent plus de ce qu’on appelle la nostalgie que les citadins chétifs mais cultivés qui ont déjà par exemple l’habitude de se dépêcher constamment. La nostalgie recule mais fait toujours des ravages, elle provoque un cercle vicieux basé sur l’isolement. Le surmenage est propice aux fièvres et au développement de maladies. Il convient cependant d’insister sur le fait que les suicides dans l’armée ne représentent en moyenne que 5% des décès (statistiques p. 303), il se fait alors par strangulation ou usage d’une arme à feu. C’est bien la fièvre typhoïde qui est au cœur des polémiques médicales des années 1870, on la lie à la mauvaise qualité de l’eau. Odile Roynette ajoute qu’il ne faut pas négliger les « petites misères » (p.307) que représentent les blessures quotidiennes aux pieds, les vertiges ou les blessures liées à la pratique de l’équitation et à la manipulation du matériel. Inventaire à la Prévert plus ou moins heureux qui met tout sur le même plan.

 

4.2. La création d’un groupe ?

Les relations qui se tissent entre les hommes naissent du partage d’un présent et d’un futur communs non, sans rire ?. Les amis sont nécessaires et font office de famille de substitution. Cependant, il ne faut pas idéaliser les rencontres faites pendant le service. En effet, les contacts restent rarement mais partir de 1904, la réserve rejoint son régiment de base pour les manœuvres annuelles et c’est le moment des retrouvailles phase particulièrement elliptique : ainsi demeure une solidarité dans le corps. Par ailleurs, les vrais amis sont rares car les relations sont souvent intéressées. Si on peut parler de découverte, c’est une erreur d’imaginer un brassage des milieux sociaux. Ceux-ci restent visibles et l’économie parallèle qui anime la chambrée reproduit les rôles dans la vie civile phrase particulièrement elliptique. Ainsi, le vol est toléré oh non, il est très sévèrement réprimé et un certain égoïsme se développe inévitablement lien logique avec ce qui précède ? : on laisse faire car ce sont des habitudes qui éveillent l’ingéniosité des hommes et qui leur sera indispensables sur le champ de bataille mais où a-t-elle vu cela ???????. Les militaires sont unis par des valeurs, un argot particulier ou encore la tradition du tatouage. L’attente est une des contraintes les plus lourdes du service. Elle développe la débrouillardise et le contrôle de soi. Tout cela a bien peu de valeur objective Enfin, la libération à la fin du service (objet d’un décompte minutieux) est un soulagement et est souvent marquée par des effusions de joie. Malgré tout, il est teinté d’inquiétude : il va falloir se trouver une nouvelle place dans la société.

 

Critique :

Odile Roynette livre ici un ouvrage parfaitement clair grâce à des chapitres courts et une multitude d’exemples précis, d’anecdotes, de citations n’en tirent-elle pas trop de conclusions ?. La perception offerte du service est riche car l’historienne adopte les points de vue des gradés, des nouvelles recrues, des médecins, des paysans, des ouvriers, des intellectuels ou encore des hommes politiques. Elle s’est appuyée sur des documents officiels (règlements, statistiques…) ainsi que sur la littérature de l’époque. Malgré cette abondance de précieux écrits, elle déplore le manque de témoignages livrant un regard intime sur l’expérience du service, ce silence l’amène à faire preuve d’imagination et de bon sens pour se mettre à la place du soldat qui entre dans l’armée tout est dit. Cette thèse est particulièrement pertinente après ce que vous venez de dire, il sera permis d’en douter pour notre objet d’étude, on comprend ainsi que le service militaire a un enjeu moral, que l’acculturation est un succès en terme de propagation de la syphylis ?, qu’il marque le passage à l’âge adulte à travers l’intégration de valeurs comme la fréquentation de prostituées ? et qu’il construit une image de virilité. L’auteure offre une approche sensible de la caserne (odeurs, sons…), elle s’intéresse avec soin au mal-être du soldat tout en relativisant sa condition par rapport à celle des autres corps de métiers à la même époque. En effet, elle s’attaque à l’image caricaturale de la caserne c’est beaucoup dire ! et étudie tous les lieux communs pour rétablir la part de vérité dans la réputation du service militaire : ce n’est ni le bagne, ni un modèle d’éducation égalitaire. Par moments, elle se penche avec une extrême minutie sur des détails et multiplie les listes exhaustives mais ne perd jamais son lecteur pour autant. On peut cependant regretter que les exemples concernent presque exclusivement le Nord et le Pas de Calais et l’infanterie. A la fin de l’ouvrage on trouve une abondance de notes, un glossaire avec les principaux termes militaires (particulièrement utile à lecture, bien que courte), un sommaire de la liste des sources (avec l’invitation à consulter la liste exhaustive sur internet), les orientations bibliographiques et une table des matières.

Il aurait fallu intégrer la critique universitaire, au moins celle accessible en ligne, qui est particulièrement nourrie :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_2002_num_21_1_2269_t1_0122_0000_6

http://www.franceculture.fr/oeuvre-bons-pour-le-service-l-experience-de-la-caserne-en-france-a-la-fin-du-xixe-siecle-de-odile-ro

http://rh19.revues.org/336

http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Representer/EC02BonsPourLeService.html

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

François Roth, La guerre de 1870, coll. « Pluriel », Hachette, Paris, 2005

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

À part quelques petites faiblesses d’expression (accords, tournures), et l’absence d’intégration d’une véritable critique universitaire, ce compte-rendu est de qualité.

 

Note sur 20 : 14

 

1- « L'INVASION DE LA FRANCE », DE LA DECLARATION DE GUERRE A SEDAN

 

1.1.Mobilisation et improvisation

François Roth commence dans son ouvrage par dresser un état des lieux militaire des deux camps au moment de l'entrée en guerre, montrant la différence entre les deux camps (détournement des soldats français du théâtre européen, restauration des forteresses frontalières à partir de 1815, artillerie ancienne, mobilisation difficile due à l'absence de service militaire obligatoire...). Il met en avant les conditions désastreuses de la mobilisation : saturation des lignes ferroviaires, confusions dans les ordres, feuilles de routes inexactes, impréparation de l'armée, effectifs incomplets dans les régiments, artillerie insuffisante et mal approvisionnée, équipement défectueux ou non-reçu (ex : seulement des demi-tentes). Alors que du côté de l'armée allemande, dont le haut-commandement a été confié au général Von Moltke, s'opère selon l'auteur, une mobilisation rapide et méthodique selon les plans. François Roth évoque également le volet naval et la supériorité française qui inquiète les Allemands mais inquiétude de courte durée puisque la Marine n'est pas opérationnelle. L'auteur fait un point sur l'état de l'opinion au moment de l'entrée en guerre : au début du mois de juillet 1870, personne en France ne songe à une guerre. Il critique ainsi l'idée souvent évoquée que la guerre franco-prussienne fut acceptée, voire souhaitée par l'opinion publique. Alors que prédominaient des sentiments pacifistes, ce n'est qu'après Sadowa qu'apparaît un vif courant anti-prussien. L'évolution est rapide. En dix jours, la France passe de la paix à la guerre. Vers le 10-11 juillet, les Français, soit ne sont pas au courant, soit sont étrangers aux sentiments belliqueux ; alors qu'à partir du 12, on observe un changement : la guerre devient possible. Tout s'est enchaîné (annonce de la candidature Hohenzollern, la dépêche d'Ems...). La presse a joué une rôle important dans la préparation de l'opinion à la guerre, notamment les journaux impérialistes qui développent un sentiment belliqueux. Mais François Roth rappelle que la plupart des Français n'est pas concerné par le débat diplomatique : seule une minorité urbaine est consciente de la gravité de la situation et seule une minorité de cette minorité est favorable à la guerre.

 

1.2.Premières actions et premières défaites : l'avancée de l'armée allemande

François Roth détaille l'avancée de l'armée allemande et les combats, qui sont des défaites françaises dans la plupart des cas. L'auteur rappelle que les généraux étaient plein d'allant mais ignorants de la région, ne disposant pas de cartes topographiques de l'espace germanique, accentuant encore la confusion. Après la surprise de Wissembourg le 4 août qui coûta la vie au général français Abel Douay et qui fit reculer l'armée française, Mac-Mahon enregistre une cuisante défaite à Froeschwiller le 6 août. Le même jour (coïncidence), le général Frossard est accroché à Forbach-Spicheren. En effet, alors que le général Steinmetz décide d'attaquer les Français retranchés sur de fortes positions sans en connaître le nombre, les Allemands gagnent à cause d'une décision injustifiée inappropriée du général Frossard de battre en retraite : toute l'armée de Lorraine se retire à Metz. L'annonce de ces premières défaites et de l'entrée des troupes en France, surprend à l'étranger et stupéfie en France : l'optimisme et les certitudes sont ébranlés. François Roth dit que les Parisiens sont d'autant plus dépités que le 6 août circulait le bruit d'une victoire de Mac-Mahon. Napoléon III et le gouvernement d'Emile Ollivier sont rendus responsables. Attaqué de toutes parts, Emile Ollivier démissionne, et est remplacé par Palikao, qui met en place des mesures d'urgence : préparation de Paris à un siège éventuel (remparts, vivres...), achat d'armes, appel sous les drapeaux des célibataires ou veufs de 25 à 35 ans. Se pose le problème du commandement, devant l'incapacité de Napoléon III à l'exercer (il est malade) : Bazaine est nommé commandant en chef de l'armée du Rhin le 12 août. Quant à cette nomination, François Roth dit que, si elle semble bien accueillie dans l'armée, en réalité, ceux qui le connaissent et l'ont côtoyé au Mexique, savent à quoi s'en tenir mais se taisent. La progression des troupes allemandes est rapide et s'accompagne d'une véritable débandade du côté français. La destruction du télégraphe coupe Nancy du reste du territoire ; la ville est occupée le 12 août sans combats. Metz devient un enjeu (bataille de Rezonville-Mars-La-Tour le 16 août, prise de St-Privat). Le 19 débute le blocus de la ville de Metz, et à partir de cette date, Bazaine ne transmet plus aucune informations et les nouvelles qui circulent sont incertaines et invérifiables. L'auteur dit par exemple que les journaux parisiens puis ceux de province ont répété pendant une dizaine de jours que Bazaine avait remporté une grande victoire et jeté les Prussiens dans les carrières de Jaumont ! L'absence de nouvelles officielles augmente l'inquiétude et alimente les rumeurs et l'incompréhension. Gambetta s'empare des quelques bribes d'informations pour précipiter la fin du régime.

 

1.3.Metz puis Sedan : fin de l'Empire et proclamation de la République

A la fin du mois d'août règnent l'inquiétude et le pessimisme, mais ceux-ci ne dissipent pas l'illusion. Partout, on compte sur Bazaine, dont on dit l'armée intacte. Le climat se détériore : on observe ce que François Roth appelle « l'espionnite » (p. 255) : on voit des espions prussiens partout. Dans Metz, Bazaine devient de plus en plus impopulaire et est privé de toute information. Le 30 août, Napoléon III arrive incognito à Sedan. La bataille imminente se déclenche le lendemain. En début d'après-midi, Napoléon III, ayant compris que la poursuite des combats ne conduirait qu'à d'inutiles tueries, prend sa dernière décision de souverain et fait hisser un drapeau blanc au-dessus de la forteresse. Dans cette atmosphère de défaite, les généraux sont abattus et divisés, certains à l'instar de Wimpffen veulent continuer de se battre. Les Prussiens exigent une capitulation totale : la capitulation est signée le 2 septembre dans la matinée (13 000 hommes tués ou blessés à Sedan, dont 5 généraux tués et environ 75 000 prisonniers). Roth affirme que « si le réalisme avait prévalu chez les hommes politiques française, la guerre aurait pu et aurait peut-être dû s'arrêter là. » (p. 128) La capitulation de Sedan marque la déchéance du régime impérial, proclamée le 4 septembre par Gambetta qui proclame également la République, sans réactions ni incidents majeurs dans le pays. Dans la plupart des régions françaises, la République a été acceptée sans difficulté, voire avec enthousiasme. Pour le gouvernement provisoire, qui a pris le nom de Défense nationale, la poursuite de la guerre ne fait aucun doute. La responsabilité retombe sur Napoléon III et son régime, faisant dire à François Roth que « l'homme de Sedan rejoint dans le mépris celui du 2 décembre » (p. 139). L'auteur cite une analyse, à laquelle il souscrit, du général de Boissieu (gendre du général De Gaulle, ce qui explique beaucoup son appréciation), faite cent ans après la bataille : « Sedan ne fut pas imputable aux fautes des officiers et des soldats, mais à celles d'une politique militaire incohérente, d'une stratégie à la dérive, d'une tactique de résignation. » (p. 140). A la suite du récit de cette défaite, François Roth tente d'expliquer les raisons de l'entrée en guerre et de la défaite, en essayant de rétablir les responsabilités de chacun. L'opinion publique, en réaction à la dépêche d'Ems, a joué un rôle essentiel dans le passage de la paix à la guerre. Le 2 septembre, Napoléon III, écrit à Bismarck et Guillaume Ier : « Je n'ai pas voulu cette guerre mais l'opinion publique m'y a forcé » (p. 153). Quant à la responsabilité de Bismarck, François Roth en conclue que « Bismarck ne peut être tenu à l'écart ni de la genèse de la crise de juillet, ni de son rebondissement après la demande française de garanties. » (p. 155) Il tente ensuite d'expliquer en regard la défaite française : médiocrité du commandement français, supériorité de l'utilisation tactique de l'artillerie par les Allemands, inefficacité totale de la cavalerie cuirassée, défaillances dans l'acheminement du matériel côté français, défaillance du génie, mauvaise utilisation de la Marine et carence totale du renseignement.

 

2- « UN LONG ET COURAGEUX SURSAUT », DU SIEGE DE PARIS A L'OCCUPATION

 

2.1.Siège de Paris et guerre en province

Ainsi, comme le rappelle François Roth, la guerre aurait pu et aurait peut-être dû s'arrêter en septembre 1870. Mais le gouvernement provisoire croit être en mesure de répondre à l'invasion par la levée en masse. Tous les Français sont appelés à défendre la patrie en danger. Avant le début du blocus, le gouvernement envoie une délégation à Tours (renforcée par la suite par Gambetta qui la rejoint en ballon). Lorsque commence le siège de Paris le 20 septembre 1870, les Parisiens veulent se battre. François Roth décrit l'organisation de la défense de la ville : responsabilité unique de la défense confiée au Général Trochu, dont la popularité est considérable (mais sera de courte durée), les levées des Gardes mobile et sédentaire que Roth qualifie de « cohue mal organisée et à peine exercée » (p. 185) (environ 400 000). Près de deux millions de personnes sont bloquées par le siège et François Roth dit que l'atmosphère apparemment paisible est une illusion trompeuse. L'installation de l'Etat-major allemand à Versailles est mal perçue dans le pays. Parisiens, comme Prussiens, doivent faire face à des problèmes d'approvisionnement. A l'intérieur de Paris, la guerre est à la fois « sensible et lointaine » (p. 203), l'atmosphère est tributaire des journaux qui véhiculent à la fois des dépêches officielles et des rumeurs. En province, François Roth distingue des « situations confuses et variées. » (p. 212) Alors que la France du Nord, de l'Est et bientôt du Centre est confrontée à la réalité de la guerre et de l'invasion, dans le reste du pays, « les débats politiques se mêlent étroitement à l'effort de guerre accepté sans murmure » (id.). Mais dans la province reculée, « on est loin de l'esprit de résistance et des proclamations enflammées de Gambetta. La France profonde a peur et attend. » (p. 225)

 

2.2.Échec des « derniers soubresauts »

Les défaites se multiplient. François Roth évoque ainsi la capitulation de Strasbourg le 28 septembre et  l'occupation d'Orléans le soir du 11 octobre sans grand effort. L'armée du Rhin, enfermée dans Metz, est au centre de toutes les attentions. François Roth insiste sur la passivité de cette armée et en particulier de Bazaine et de ses généraux, malgré quelques tentatives de sorties. L'inaction de Bazaine pèse de plus en plus ; en ville, on réclame la destitution de Bazaine. François Roth relève les cas de quelques officiers qui, voulant sauveur l'honneur, complotent contre le commandant en chef. L'annonce de la capitulation de Metz entraîne des mouvements populaires, mais François Roth écrit que « la capitulation de Metz afflige, mais n'abat pas. » (p. 270). Le 30 octobre, Gambetta prononce ces mots « Bazaine a trahi ! » (p. 271) comme un appel à la levée en masse, « réponse populaire et républicaine à l'incapacité des Généraux bonapartistes » (id.).Cette explication par la trahison est partagée par de nombreux Français, comme le souligne l'auteur, qui l'explique en disant qu' « elle correspond trop aux attentes pour ne pas être admise par l'opinion. » (id.). Mais il écrit également qu'en de nombreuses régions, « l'enthousiasme patriotique est loin d'être dominant » (p. 272). Paris devient l'enjeu majeur, et François Roth met en parallèle les similitudes dans l'évolution des opinions des villes de Metz et de Paris, avec un décalage temporel. Comme à Metz, à Paris, on reproche aux généraux leur inaction, on les soupçonne de négocier. Et l'annonce de la capitulation de Metz va mettre à jour le mécontentement : c'est la journée du 31 octobre qui rassemble la Garde nationale, proclame la Commune et provoquent des troubles dans la capitale, mettant en exergue la faiblesse du gouvernement, mal informé et mal protégé. Délivrer Paris est le souci majeur de Gambetta. Selon Roth, Gambetta a majoré la portée du succès relatif de Coulmiers (13 novembre) pour des raisons psychologiques. Au Nord, l'armée se forme laborieusement autour de Bourbaki mais a du mal à faire face aux offensives allemandes. Quant à l'armée de Loire (d'Aurelle), elle échoue à secourir Paris et une seconde armée de Loire est formée autour de Chanzy. A l'intérieur de Paris, depuis le 19 septembre, les Parisiens sont restés inactifs et les sorties ont échoué (ex : La Malmaison, le 21 octobre), Trochu apparaît comme un second Bazaine, on le presse de passer à l'action (30 novembre-3 décembre : échec de la tentative de percée) Les défaites successives ont miné le moral ; on ne croit plus à une victoire possible. Jules Favre précisez de qui il s’agit échoue dans sa tentative de négocier avec Bismarck (entrevue de Ferrières) : la guerre est relancée. Thiers échoue à son tour dans sa tournée européenne des grandes puissances. Deux mois après Sedan, la situation internationale n'a pas évoluée, les négociations franco-prussiennes sont au point mort : une seconde fois, la guerre rebondit, Roth écrit que « les Français veulent encore croire au miracle. » (p. 318). La nouvelle Confédération allemande est fondée. Si la guerre continue, un fossé se creuse progressivement entre Gambetta qui veut poursuivre la guerre, suivi par une minorité à Paris et en province, et une « majorité silencieuse » (p. 330) qui est résignée à la paix. A Paris, l'atmosphère est de plus en plus lugubre, l'hiver est rigoureux, si les noms de Chanzy et Bourbaki laissent percer un peu d'espoir, l'irrégularité des messages est la porte ouverte aux rumeurs les plus folles. Le 5 janvier 1871 sont lancés les premiers obus sur Paris. François Roth écrit que « beaucoup de Parisiens sont exaspérés par les bombardements autant que par l'immobilisme de la défense. » (p. 356). Trochu tente une ultime sortie qui se solde par un échec sanglant le 19 janvier. Les nouvelles reçues par pigeon annulent tout espoir de secours extérieur. Jules Favre se résigne donc à négocier : une convention d'armistice est signée le 26 janvier qui met en place un cessez-le-feu le soir même. Le siège de Paris aura duré 132 jours.

 

2.3.Armistice et occupation

L'armistice signée n'est valable que jusqu'au 19 février, mais, du fait d'un oubli, les combats se poursuivent dans l'Est pas assez clair. Trois places résistent encore : Belfort, Bitche et Auxonne. Si Bismarck craint un sursaut des Républicains dont il sait qu'ils veulent continuer la guerre, à l'exception d'une minorité, les Français veulent la paix. L'armistice fait éclater un conflit latent entre Gambetta et ses collègues parisiens, qui entraîne la démission de Gambetta. Les négociations se déroulent sur fond d'élection en février 1871. Ces élections voit une victoire écrasante des monarchistes et des conservateurs favorables à la paix. Thiers est proclamé président du Conseil. Il part rencontrer Bismarck pour négocier la paix et sait qu'il doit faire vite ; il essaie de négocier, mais Bismarck demeure inflexible ; il concède toutefois à détacher le territoire de Belfort et à réduire le montant de l'indemnité de 1milliard. Tout est réglé en cinq jours : Thiers signe les préliminaires de paix le 26 février qui seront ratifiés à une très forte majorité. En Alsace-Lorraine, François Roth écrit que si les habitants ne se faisaient plus guère d'illusions, la nouvelle provoqua un choc. Concernant l'occupation, François Roth insiste sur la volonté des Allemands d'être corrects et de faire oublier qu'ils sont les occupants. Les Allemands craignent tout particulièrement les sabotages des francs-tireurs, qu'ils répriment sévèrement. Mais l'auteur écrit que finalement, les Allemands n'ont rencontré aucune résistance organisée, que les attentats restaient des actes isolés. François Roth explique que l'occupation, plus que les combats, a marqué durablement les esprits, et qu'elle sépare une France du Nord qui a eu un contact direct avec les Prussiens ou les Bavarois et une France du Sud qui ne les connaît que par la rumeur ou les témoignages. « A Paris, le climat reste tendu » (p. 464). A l'Est, les combats continuent, les troupes allemandes étendent la zone occupée et l'armistice n'est effectif qu'à partir du 17 février. A la tête des troupes d'occupation, Guillaume Ier a nommé Manteuffel, qui cherche à apaiser les tensions. La population aspire à être libérée de la présence allemande, même si des liens amicaux se sont parfois noués. La gendarmerie est réintroduite pendant l'occupation mais reste subordonnée au commandement allemand, qui peut intervenir, les armées à feu sont interdites. L'occupation est relativement paisible mais le calme est trompeur, puisque et chaque manifestation, défilé de l'armée allemande est perçu comme une humiliation.

 

3- « BILAN D'UN CONFLIT », DES NEGOCIATIONS DE PAIX A LA LIBERATION

 

3.1.Négociations de paix et guerre civile

Au printemps 1871, François Roth rappelle que « la conjoncture économique et financière apparaît favorable et que la France ne saurait tarder, sous la sage conduite de Thiers, à reprendre sa place dans la communauté internationale. » (p. 479). Pour les négociations de paix, Bismarck et Thiers veulent aller vite. Thiers veut rétablir son autorité sur le territoire français. Le 7 mars, Guillaume Ier, Bismarck et Moltke quittent Versailles. Les accords mettent fin au régime d'occupation. Dans la capitale, se pose l'urgence du renvoi des Gardes nationaux : le gouvernement ne sait pas quoi faire des 300 000 Gardes nationaux, qui constituent une masse agitée et insubordonnée qui a gardé ses armes et ses canons et qui s'est politiquement organisée dans le comité de coordination des vingt arrondissements. De plus, cette autorité rivale du gouvernement, est animée par le regret de n'avoir pas combattu les Prussiens. C'est le déclenchement de la Commune de Paris, épisode sur lequel l'auteur ne s'attarde pas, renvoyant à l'ouvrage de William Serman. Le désarmement de cette garde nationale est la condition du rétablissement de l'autorité du gouvernement sur Paris, et cet enjeu va se cristalliser autour des canons de Montmartre. En effet, Thiers veut s'en emparer et essaie de réunir une armée, qui sera finalement essentiellement composée d'anciens prisonniers de la guerre, dont Bismarck accélère le retour pour soutenir Thiers, ne souhaitant pas le retour d'un gouvernement révolutionnaire avec lequel il ne pourra négocier. Il échoue le 18 mars, journée au cours de laquelle une émeute gagne toute la ville, les Gardes nationaux de l'Est se rendent maîtres de Paris, deux généraux sont fusillés et Chanzy arrêté. L'émeute improvisée prend une dimension politique. Le soulèvement de Paris et la proclamation de la Commune trouvent des échos dans le reste de la France, dans le Centre et le Midi. Alors que la France occupée et de l'Ouest ne comprend pas ce soulèvement. Thiers veut une victoire militaire, il est soutenu par Bismarck qui, bien que n'étant pas surpris par l'insurrection de Paris selon François Roth, souhaite la défaite des insurgés. Les négociations de paix se terminent dans ce contexte explosif. Favre est envoyé au début du mois de mai 1871 et Bismarck, décidé à aller vite, termine tout en 4 jours. Le traité de Francfort est signé le 10 mai.

 

3.2.Libération du territoire

Les prisonniers apprirent à travers les journaux la capitulation de Paris et la signature de l'armistice, mais ces nouvelles affreuses étaient pour eux la certitude d'une amélioration prochaine de leur sort et de leur libération. Les prisonniers furent rapidement libérés ; vers le 10 mai, il reste encore 138 000 prisonniers, le rapatriement des blessés et des malades s'achève le 16 août. Les derniers prisonniers à être libérés sont les prisonniers classés de droit commun accusés d'avoir menacé des sujets allemands (ex : francs-tireurs). Roth détaille ensuite le processus de libération du territoire, qui est « d'abord une opération financière de grande envergure qui intéresse autant les pays européens que les Français » (p. 527). L'Allemagne ayant exigé du numéraire, la France n'a pas d'autre choix que de recourir à un emprunt international. A la fin du mois de février 1871, le futur emprunt français est dans tous les esprits, des banquiers négocient en coulisse. Si les événements de la Commune remettent tout en question, la France effectue les premiers versements à l'Allemagne pendant l'été 1871, ce qui entraîne l'évacuation de la Normandie et de la Picardie. A la fin de l'année 1871, seuls restent occupés par 5 000 soldats allemands les six départements de l'Est et Belfort. Thiers voudrait une évacuation anticipée, mais les Allemands y sont opposés. Bismarck finit par se résoudre à réduire les délais à condition que les sommes à payer soient versées par anticipation. Un second emprunt est couronné de succès en juillet 1872, et finalement, les négociations pour le paiement du dernier milliard s'amorcent au début de l'année 1873 et aboutissent à un accord : Verdun est substituée à Belfort comme dernière ville occupée, les Allemands s'engagent à évacuer les cinq derniers départements occupés à partir du 5 juillet et l'évacuation de Verdun, laissée comme gage est programmée à partir du 5 septembre, une fois les versements constatés pas très clair. C'est un succès total, la vaste transaction s'est achevée, sans problèmes ni désordres en 37 mois. Thiers a gagné un an et demi et apparaît comme le héros de la libération. Les évacuations à l'Est se font dans des élans de joie populaire. Nancy est libéré le 1er août, Belfort le 2 août.

 

3.3.Conséquences de la guerre

François Roth étudie les conséquences de ce conflit, dont les chiffres paraissent faibles, comparés aux guerres du XXe siècle. Il détaille les pertes humaines : 50 927 morts (civils et militaires), dont plus de la moitié ne serait pas mort au combat (épidémies...) auxquels il ajoute les 370 000 prisonniers (masse jamais égalée qui a d'ailleurs embarrassée les vainqueurs). Mais l'auteur souligne le caractère incertain du bilan final. Il détaille ensuite les pertes matérielles : les voies ferrées, le télégraphe, les canaux, la voirie, les ponts quelques données chiffrées auraient été utiles. François Roth fait également un point sur la situation financière de la France qui, malgré ses emprunts, reste dans l'ensemble assez saine. François Roth cite Guy Périer qui a fait une analyse complète et minutieuse des budgets de 1870 à 1876 et qui a obtenu une estimation du estime le coût de la guerre à 16, 275 milliards de francs. Si, sur le plan matériel, les séquelles sont vite effacées, Roth met en exergue l'affaiblissement de la position internationale de la France et ses blessures psychologiques et morales. L'occupation et la libération ont laissé des traces dans la mémoire collective. Se met en place une relation ambivalente des Français à l'armée. Ils s'interrogent à la fois sur les responsabilités des officiers (Bazaine, Trochu), des commissions d'enquêtes s'ouvrent pour juger les décisions des officiers (notamment les capitulations), et les promotions exceptionnelles. Le procès de Bazaine du 25 septembre au 10 décembre 1873, qui passionne l'opinion publique,est un cas à part. L'armée sort grandie de la défaite de 1870, faire son service militaire est perçu comme un devoir et même un honneur. L'anti-militarisme et le pacifisme sont temporairement disqualifiés, le mythe républicain de la levée en masse s'est effondré. Reconstituer l'armée devient un des soucis majeurs de Thiers : sur le plan législatif, tout est accompli entre 1872 et 1875 (loi  du 27 juillet 1872, de 1877, création de l’École de guerre en 1876...). Les questions des responsabilités sont intimement liées au débat sur l'avenir de la France : monarchie catholique ou République laïque ? Avec la victoire des Républicains à la fin des années 1870 se met en place une idéologie, les Républicains se posent comme ceux capables de régénérer le pays. Cela passe par une réforme de l'armée (1889, Freycinet) qui devient une armée de citoyens et qui apparaît comme la grande éducatrice du citoyen. L'autre conséquence de cette guerre est la mise en place d'un nouvel équilibre européen : François Roth parle d'une « politique de recueillement » (p. 589) : la France fait profil bas sur la scène internationale, elle s'interroge sur sa place dans le monde (les Républicains pensent que la France doit assumer une mission universelle). Si certains doutent dans les années 1871-1873, la majorité des Français est convaincue que la France retrouvera vite sa place légitime en Europe. Mais la perte de l'Alsace-Lorraine a crée entre la France et l'Allemagne un « antagonisme irréductible » (p. 590). Enfin, dans la dernière partie de son ouvrage, « Mémoire de guerre », François Roth montre comment cette guerre a modifié la perception que les Français et les Allemands avaient chacun de leur voisin d'outre-Rhin, forgeant l'idée d'ennemi héréditaire. Malgré l'instauration d'une nouvelle frontière, s'installe une nostalgie des provinces perdues. Et il s'attache dans une dernière partie, à montrer comment cette guerre a été commémorée et à relater le travail de mémoire mis en place.

 

Critique

Cet ouvrage constitue une des synthèses les plus complètes sur cet événement, longtemps resté peu étudié. François Roth ne se contente pas de relater de manière chronologique les faits militaires des années 1870-1871, il propose une analyse complète et détaillée, très intéressante pour notre sujet d'année puisqu'il étudie, parallèlement aux opérations militaires, les réactions de l'opinion publique, les manœuvres des hommes politiques ; et cela sans tomber dans une analyse générale, il distingue Parisiens et provinciaux. Si les opérations militaires sont détaillées (descriptions précises et cartes), François Roth reconnaît qu'il a préféré mettre l'accent sur l'histoire culturelle et sociale de la fin du Second Empire. Ainsi, il montre combien cette guerre oubliée, longtemps magnifiée comme une épopée héroïque malgré la défaite, a façonné l'univers intellectuel de la IIIe République. Son analyse est très détaillée, étayée par l'insertion de témoignages contemporains, de cartes ou de tableaux, de points de vue d'historiens. De plus, il ne garde pas un point de vue français sur le conflit. En effet, il consacre également des parties à l'analyse du conflit du côté germanique. Néanmoins, malgré un plan général chronologique, cet ouvrage est parfois confus chronologiquement. Étant donné que l'auteur dissèque les événements et qu'il essaie de saisir toutes leurs répercussions dans la société, chez les militaires, les politiques, cela l'entraîne parfois à faire des aller-retours chronologiques ou des répétitions, qui nuisent à l'enchaînement chronologique. Mais il construit une véritable réflexion d'historien, ne se contentant pas de décrire des faits, mais en s'interrogeant sur les responsabilités par exemple, ou en mettant en exergue les problèmes qui demeurent. L'ouvrage étant très détaillé, François Roth a jugé bon d'insérer une chronologie de synthèse à la fin de son ouvrage, qui relate les principaux événements de juillet 1871 à septembre 1873. La présence à la fin de l'ouvrage d'un index nominorum, d'une importante liste de sources et d'une bibliographie détaillée et organisée, qui constitue une mine d'informations pour tout travail sur la guerre de 1870, en font un manuel facile à utiliser. L'auteur a également placé des annexes très intéressantes : les textes des préliminaires de paix et du traité de Francfort.

Il ne sera pas inutile d’ajouter la critique extrêmement approfondie — quoique au ton parfois contestable — disponible en ligne à http://geographie.blog.lemonde.fr/2009/05/12/la-guerre-de-1870-de-francois-roth-fayard-1990-notes-de-lecture-commentees-en-vue-dun-cycle-de-cours-td/

 

Prénom NOM

Khâgne (La Perverie, NANTES), promotion 2012-2013


 

 

Charles Ridel, Les embusqués, Armand Colin, Paris, 2007.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

De très nombreux passages sont difficiles à interpréter du fait de la lourdeur de la rédaction. De plus, il s'agit plus d'un résumé de l’ouvrage que d’un compte-rendu. Enfin, la critique est plus littéraire qu’historique, et n’a manifestement pas intégré les critiques scientifiques existantes, dont plusieurs facilement accessibles sur l’Internet.

 

Note sur 20 : 07

 

L’ouvrage est tiré d’une thèse réalisée par Charles Ridel sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau . Le sujet des embusqués se limite cependant à la période spécifique de la Première Guerre mondiale, car suite à 1918 il tombe dans l’oubli et pour cause ! : on préfère dès lors souligner l’unité de la nation française. Mais il faut comprendre que c’est un thème qui a provoqué de nombreuses actions haineuses au sein de la nation française, telles que des délations, des pétitions ou encore des ligues précisez. Les embusqués sont, en terme général, ceux qui, dans la nation française, ont évité les lieux de combats, et refusé de se soumettre à l’ « impôt du sang ». De cette manière, ils ont remis en cause l’égalité entre citoyens votre avis ? celui de l’auteur ? celui de l’opinion ? celui des politiques ?. Les journaux ont un rôle central dans ce débat. En effet, ce sont eux qui attisent la haine de la population envers cette figure imaginée de l’embusqué, de même que les poilus eux-mêmes à travers la correspondance de guerre qu’entretient Maurice Barrès à lui tout seul Barrès résume cette correspondance ?. C’est le choix entre le sacrifice de ses propres intérêts et l’exposition de son intégrité physique pour la défense de son pays qui est ici mis en jeu. Charles Ridel étudie dans cette œuvre la manière dont les traumatismes et sacrifices de cette Première Guerre mondiale ont conduit l’individu à remettre en cause son consentement personnel à la guerre. L’auteur souligne également dans son introduction la difficulté de trouver des sources fiables, et affirme s’être appuyé avec prudence sur les journaux et les correspondances épistolaires de l’époque concernée. En premier lieu, Charles Ridel adopte une démarche chronologique narrant l’évolution du débat des embusqués, en y incluant une portion descriptive de la figure d’embusqué. Ensuite, il se focalise sur les moyens de l’embusquage.

 

 

1-Apogée et déclin d’une rumeur : « l’embuscomanie » (1914-1918).

 

1.1 Une figure de guerre obsessionnelle

La stigmatisation de la figure des embusqués nous est dévoilée par Charles Ridel à travers l’énonciation des caractéristiques que le peuple lui accorde. L’embusqué est un lâche, un égoïste, qui se cache dans un « trou » ou un « abri » (p. 24) que ses différentes relations lui ont permis d’obtenir. Pendant que les poilus meurent au front, il se divertit, et pousse même jusqu’à donner des conseils militaires sur une guerre dont il ignore tout. L’auteur poursuit sa classification en décrivant les deux situations possibles pendant la 1ère Guerre mondiale. Soit l’embusqué est à l’ « avant », mais parvient à être à l’écart des combats, soit il est à l’ « arrière » à un poste complètement sûr. Charles Ridel détache alors des critères qui sont considérés par la population française comme déterminants pour confirmer le statut d’embusqué. A l’avant, Trois critères sont reconnus pour différencier les embusqués des poilus : la proximité des premières lignes, le temps de présence au front, et la valeur combative. Si l’on considère ces critères, d’un côté l’infanterie est l’arme la mieux estimée, de l’autre certaine professions comme celles de cycliste ou téléphoniste sont méprisées, car dites à « l’abri ». Cependant, c’est l’ « arrière » qui regorge d’embusqués ; les embusqués de l’arrière sont regroupés surtout dans l’administration, ce sont des scribouillards, des automobilistes. On dit les embusqués cachés dans les dépôts, hôpitaux, usines. Le qualificatif embusqué rebondit d’avant en arrière, la discussion sur les caractères de celui-ci aboutit à : « On est toujours l’embusqué de quelqu’un ».

En effet, L’embusqué remplit un rôle de faire-valoir par rapport au poilu. Les défauts de l’un mettent en valeur les qualités de l’autre. On rejette les violences et traumatismes, en plus de la misère affective et sexuelle ? que subissent les poilus sur la figure de l’embusqué. Derrière cette haine se cache une forte jalousie, tempère l’auteur, c’est bien le confort et la sûreté que les combattants désirent, parfois jusqu’à s’embusquer. Les moyens pour y parvenir sont  des blessures qui éloignent du front, des mutilations volontaires, la simulation.

 

1.2 Un défi pour la République en guerre

Le débat des embusqués remet en cause l’égalité de l’impôt du sang, ce qui inquiète la population. L’ « embuscomanie » se développe, les lettres vues par le contrôle postal des armées l’attestent. Cela remet en cause l’Union sacrée : les régions seraient considérées et mises à disposition différemment : les classes sociales s’entre-accusent. Les riches semblent réussir à éviter les champs de bataille par leurs relations. Parmi les pauvres, les ouvriers semblent privilégiés : car ils travaillent dans les usines de l’arrière, alors que les paysans et la classe moyenne sont envoyés dans les tranchées. On soupçonne les partis politiques de couvrir leur électorat. On dit l’embusqué « jeune » et célibataire, car en plus de ne pas défendre les anciens, il ne participe pas à la régénération de la population. L’embusqué devient le coupable de toute contrariété, la Ligue des droits de l’homme s’intéresse à lui tandis qu’on part à sa chasse.

La loi Dalbiez proposée en 1915 prévoit la chasse aux embusqués de par la  juste répartition des effectifs mobilisés et mobilisables qu’elle implique sens ?. Cela calme la population pour un temps, avant que le débat ne soit relancé. Le ministre de la Guerre Millerand rétablit le calme avec le vote de cette loi le 17 aout 1915. Georges Clémenceau dans son journal l’Homme enchaîné ne cesse de dénoncer l’embusquage et ses moyens, et est très critique envers le gouvernement et Millerand. La presse se divise selon ses opinions politiques : celle de gauche souligne le problème des embusqués, celle de droite le minore. Quelques polémiques se détachent alors : les prêtres embusqués dans les hôpitaux (alors que le journal La Croix dit que 20 000 prêtres combattent vous voulez dire sont au front), les faux-ouvriers (choisis en quel sens ? par les industriels), les députés mobilisables qui restent dans l’hémicycle, et la Maison de la Presse réputée nid d’embusqué, dont Charles Ridel parle en 2.1. On dit que les embusqueurs agissent par recommandations, ainsi quand Gallieni succède à Millerand il en interdit l’usage.

 

1-3 le déclin d’une dispute nationale

Après la bataille de Verdun, la rumeur des embusqués s’essouffle. En effet, l’importance des usines et l’effort logistique de l’arrière n’est plus à démontrer, explique Charles Ridel. L’arrivée de Clémenceau au pouvoir en 1917 réduit à néant toute pensée selon laquelle les hommes politiques couvriraient les embusqués. Il faut également ajouter que l’insulte d’ « embusqué » n’est plus d’actualité : la plupart des familles sont touchées par le deuil. Les professions de l’avant, telles celles de cycliste et téléphoniste, qui étaient auparavant méprisées, ont également fait leurs preuves.

Cependant, les mutineries de 1917 posent un problème confus. Sont-elles le résultat de trois années d’impasses tactiques ou l’expression d’une soif d’égalité (alors due aux embusqués) ? lien avec la notion d’embusqué ? En tout cas, la majorité de la population place l’embusqué comme cause des révoltes. Ainsi est votée en 1917 la loi Mourier qui complète la loi Dalbiez que dit-elle ?. Une nouvelle polémique s’élève, selon laquelle les Alliés, et plus précisément les Anglais, seraient les nouveaux embusqués. En effet, le peuple a le sentiment que le sacrifice Français est bien plus important que celui des Alliés. Ensuite, en 1917, on se détourne des embusqués pour se concentrer sur le nouvel ennemi à abattre : l’espion. De fait, le gouvernement Clémenceau a été vu comme le principal désembusqueur, et a clôt l’affaire.

 

 

2- De la rumeur aux pratiques : « parcours d’embusqués »

 

2-1 La « chasse » aux embusqués

De nombreuses mesures sont décidées afin de trouver l’embusqué et l’obliger à remplir son devoir de combattant. Ainsi, la loi de mobilisation s’y emploie ; on surveille les dépôts, un contrôle médical récurrent est planifié et l’on institue un tour de départ au front. Sont révisés également tous les hommes mobilisés dans les services de l’intérieur, il y a compression des postes et un remplacement par des non-mobilisables. Dans les usines également, on observe une restructuration des services de main d’œuvre. L'ensemble de ces mesures répond au principe de récupération. Ce principe tend à « récupérer » le plus d’hommes mobilisables possibles : sont planifiées les visites des exemptés, réformés, ajournés, et hommes du service auxiliaire afin de les faire entrer, si possible, dans le service armé. Ce principe de récupération est en fait la prescription des lois Dalbiez (1915) et Mourier (1917). Des commissions se forment, pour inspecter la bonne application de ces lois et on pense même à y incorporer des poilus. Par exemple, la Commission de Contrôle des Effectifs (CCE) est créée le 10 mars 1917 et est à l’origine du renvoi de 872 militaires aux Armées. La Maison de la Presse vous n’en dites rien de plus que plus haut où vous annonciez que vous alliez aborder cette question (1.2) est la cible de cette inspection, et malgré les preuves de l’utilité de ses effectifs, les commissions obtiennent le renvoi de plusieurs hommes. Suite à cette inspection générale, les chiffres obtenus sont inexacts. Il s’agit cependant d’un bel effort de récupération, bien que ce soit le résultat d’une seule poignée d’articles de la loi Dalbiez.

 

2-2 Le procès des réformes frauduleuses (1915-1916)

Lorsque l’on parle de « réformes frauduleuses », il s’agit en fait de la découverte d’une véritable agence d’embusquage, juste à côté du ministère de la Guerre et du Parlement. Autrement appelée  l’ « agence Lombard » du nom d’un de ses instigateurs, ce réseau a pour finalité, contre de l’argent, de faire hospitaliser qui le demande. L’agence fonctionne en fait par bouche à oreille et des rabatteurs envoient les soldats demandeurs vers le cabinet du Docteur Lombard qui les recommande à un de ses collègues, le docteur Saint-Maurice, qui de son côté délivre un faux certificat médical. Ensuite, les soldats sont déplacés vers les Invalides où un certain Pierron fait un faux certificat d’hospitalisation, ce qui leur permet de rester à l’hôpital, en toute sécurité. Dans ce même réseau, le médecin major Laborde peut envoyer les soldats en réforme, en sursis ou au service auxiliaire.

C’est l’infiltration de l’adjudant Ménard dans ce réseau qui a permis son démantèlement. Tous les membres du réseau sont arrêtés, et des preuves suffisantes accablent 30 soldats bénéficiaires de l’agence. On s’aperçoit alors que les candidats-embusqués sont le plus souvent des adultes ayant fait leur service avant 1905, et certains sont des commerçants parisiens qui plus est pourquoi, qui plus est ?. Ces commerçants ont des mobiles économiques et familiaux. En effet, ils ont peur que leur commerce périclite en leur absence, et désirent avoir une vie affective c’est propre aux commerçants ?. Quelques-uns parlent d’une « faiblesse passagère ».On constate tout de même une hétérogénéité parmi les candidats-embusqués. Cette affaire modifie l’image de l’embusqué jeune et célibataire.

 

2-3 Fernand Léger ou les vicissitudes de l’embusquage (1914-1918)

Le peintre cubiste Fernand  Léger a toujours essayé de rejoindre l’arrière. Avant d’être envoyé en zone armée, il cherche n’importe quel emploi à Paris, mais n’en trouve pas. Une fois en zone armée, il travaille officiellement comme sapeur, bien que sa correspondance affirme qu’il remplissait des fonctions plus faciles que sapeur. Fernand Léger réclame ensuite une permission, se propose comme dessinateur à Paris, essaie de faire jouer ses relations pour intégrer une section de camouflage mais n’y parvient pas. En août 1917, il est envoyé en permission à Paris à cause de ses rhumatismes. Il profite de l’occasion pour continuer ses recherches d’emploi. Il obtient le rallongement de son congé, et essaie d’intégrer la réserve. Malgré ses relations, ses recommandations ne fonctionnent pas.

Cette forte volonté de s’éloigner de la zone armée plonge ses racines dans plusieurs raisons. Tout d’abord, Fernand Léger est horrifié par les horreurs de la guerre. Sa peur du danger s’additionne ensuite à la longueur interminable du temps : son moral est au plus bas. Au final, Fernand Léger prétend ne pas s’adapter socialement à la vie des tranchées, et il souhaite revenir dans le milieu artistique parisien. Pourquoi consacrer tant d’espace à un seul cas ?

 

 

Conclusion cette conclusion, ne fait que reprendre les points que vous avez déjà évoqués, elle n’aurait pas due être intégrée dans votre compte-rendu, du fait qu’elle n’apporte aucun élément nouveau

Il est utile de remarquer que les accusations d’embusquage sont souvent sans le moindre fondement, et les statistiques finales du désembusquage sont modestes. C'est le paradoxe de la question de cet ouvrage : il y a très peu de réels embusqués alors que le sujet capte l’entière attention de la société. Le problème illustre bien l’investissement psychologique de la société française sens ?. L'embusqué est le faire-valoir du poilu, mais une énorme pression est exercée sur les non-combattants et non-mobilisés, car ils subissent la prégnance des représentations de l’embusqué.

Pour ce qui est de l'Union sacrée, Charles Ridel affirme que la République n’est pas menacée par le problème des embusqués. En fait, la majorité des français et des représentants politiques sont pris au piège d’une représentation de la guerre qui ne correspond pas aux exigences industrielles et matérielles de 1914-1918. Ils voient encore la guerre comme ne reposant que sur les combattants du front.

La guerre courte prévue par l'état-major explique la nécessité d’une levée en masse. Le pouvoir a ainsi mis à profit cette figure de l’embusqué pour récupérer des effectifs supplémentaires. Était-ce également un moyen de maintenir une pression sur les mobilisés et services de l’arrière ? Peut-être, mais le gouvernement devait faire un compromis entre envoyer tout homme au front, et garder assez d’ouvriers pour combler les besoins en matériel, d’où les inspections poussées.

Avec la bataille de Verdun, une conscience de la nécessité de l'effort de guerre se développe, puis l'arrivée de Clémenceau met à terme aux rumeurs selon lesquelles le pouvoir est embusqueur.

L'incertain profil de l'embusqué mène à une analyse micro-historique : celle du peintre Fernand Léger. Il est un bel exemple d'embusquage par réseau social, légal ou frauduleux. Il a cherché à être utile à l'arrière cette explication vous paraît-elle probante au regard de son attitude ? comme peintre dans une section de camouflage, autant qu'à obtenir simplement un poste quelconque loin du front. La découverte d'un véritable réseau d’embusquage à Paris montre les techniques utilisées : complicités médicales, militaire et administrative. Les profils des candidats-embusqués sont hétérogènes, ce qui dénote avec le portrait général que peignait la population.

La tentation de l’embusquage semble tirailler l’individu entre les « dimensions collectives » et les « dimensions singulière » en guerre. Il s’agit alors de faire un choix. C’est beau comme de l’antique ! Toutefois, il vaudrait mieux éviter d’alourdir votre compte-rendu par ces phrases creuses.

 

 

CRITIQUE

http://rha.revues.org/index6732.html

http://www.laviedesidees.fr/La-guerre-des-profiteurs-et-des.html

http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/ridel_saintfuscien.htm

http://www.franceculture.fr/oeuvre-les-embusqu%C3%A9s-de-charles-ridel.html

Cet ouvrage à l’introduction particulièrement claire pose au premier abord un plan très simple. Rapidement, l’on prend conscience que le plan de Charles Ridel est en fait le plus pertinent. En effet, les différentes caractéristiques de la figure de l’ «embusqué » sont si variées, et construites de toute pièce par la société, qu’il était nécessaire d’en faire une grande partie. Et, afin de poser les fondations de cette figure, il était également pertinent de commencer l’ouvrage par la description de celles-ci. Les documents visuels, affiches et caricatures, qui sont situés entre la page 160 et 161 à la moitié de l’œuvre éclairent également la vision de l’embusqué que montraient les journaux de l’époque. En effet, le recours aux animaux tels que les chiens ou les lièvres montre le caractère quotidien de ce débat, et montre l’entière population comme destinataire du message. ????? De plus, la forte présence des femmes dans ces dessins journalistiques met en relief l'importance du regard dédaigneux des femmes vers les non-combattants, traités d’embusqués, et leur regard admirateur vers leurs époux, poilus au front. Cela paraît cependant être un moyen de rassurer les poilus sur la fidélité des femmes et leur soutien, alors qu'eux souffrent du manque affectif au front. Il en est de même pour les dessins représentant des enfants.

Ensuite, l'évolution de la figure d'embusqué que dépeint l'auteur met en relation le personnage avec le contexte politique, militaire et social de l'époque. Dans une œuvre à caractère historique, décrire cette relation paraissait évidente, mais cependant les relations entre des protagonistes aux opinions divergentes (Millerand et Clémenceau ) sont très intéressantes dans le traitement politique du sujet. Charles Ridel use à profusion d'extraits de chansons, de poèmes, ou tout simplement d'articles de presse de l'époque. Ces références concrètes ponctuent continuellement l'ouvrage,  et ainsi ajoutent du poids à la véracité de ce dernier. Au chapitre 4, Les lois de désembusquage, Dalbiez et Mourier, sont explicitées de manière claire, avant que leurs réelles conséquences ne soient prononcées. On peut cependant regretter quelques éléments peu pertinents de la première partie. Ainsi, le débat parlementaire concernant la loi Dalbiez est d'abord narré au chapitre 2, puis la loi en elle-même est enfin expliquée et ses conséquences sont  définies au chapitre 4. Le plan général de l'oeuvre a sans doute été un obstacle, que Charles Ridel a tenté de résoudre en résumant rapidement le contenu de la loi Dalbiez de manière adjacente au débat parlementaire associé. C’était à vous de reconsruire la démonstration : c’est précisément le rôle d’un compte-rendu.

La dernière partie de l'ouvrage concernant les cas particuliers d'embusquage apportent des éléments concrets aux caractéristiques très variés et vagues de la première partie. Ainsi, le cas du réseau d'embusquage parisien est particulièrement éloquent : il illustre parfaitement l'expression « pas d'embusqué sans embusqueur », et ainsi montre l'importance des relations, et un lieu-type de l'embusquage (l’hôpital). L’expérience de guerre de Fernand Léger démontre surtout les difficultés de s'embusquer, en dépit de ses relations et de son entêtement. À la fin de l'ouvrage, de nombreuses annexes se déroulent sur 9 pages. La plupart sont des lettres, se rapportant au contenu de l'ouvrage et les illustrant. L'auteur a ajouté également un lexique concis.

Dans sa totalité, cet ouvrage a été construit intelligemment pour perfectionner la compréhension de la question des embusqués par le lecteur, bien que ses sources soient en majorité journalistiques et donc biaisées. De fait, la simplicité de lecture et l'organisation logique des parties brossent un tableau clair du débat des embusqués de 1914 à 1917 à partir d’un point de vue intérieur à la société, ainsi que les pratiques dans l’espoir d’atteindre cette fin.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Antoine Prost dir., La Résistance, une histoire sociale, éd. De l’Atelier, Paris, 1997

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Alors que la critique — maigrelette — s’attache à des aspects bien matériel, il aurait fallu mettre en garde contre une analyse souvent trop purement sociologique.

 

Note sur 20 : 09

 

1. Démographie et sociologie de la Résistance

 

 

1.1.  La population résistante

 

1.1.1. L’âge

On étudie la population résistante à partir des données chiffrées qui sont peu nombreuses à cause de sa condition officieuse. De plus, les chiffres fournis ne sont pas toujours représentatifs de tous les résistants, la plupart d’entre eux-concernent la résistance organisée. En ce qui concerne l’âge des résistants, l’opinion commune a souvent tendance à croire au mythe du jeune résistant. Il est vrai que dans certain mouvement comme Défense de la France les deux tiers des résistants ont moins de trente ans et le tiers restant a entre 30 et 50 ans. Dans le mouvement Libération, la moyenne d’âge des dirigeants est de 30 ans. Cependant, la situation est contrastée. L’âge des résistants des mouvements résistants est souvent plus élevé. Pour prendre l’exemple de l’Ille-et-Vilaine en réalisant la  moyenne tous les mouvements (O.C.M, Défense de la France, Front national,  Libération-nord) on remarque plutôt la présence d’homme d’âge mûr qui ont entre 40 et 50 ans. Dans les réseaux résistants, on retrouve la permanence de la tranche d’âge des 30-50 ans. En reprenant l’exemple l’Ille-et-Vilaine, plus de la moitié des réseaux de renseignement et d’évasion est composée de personnes de plus de 30 ans, on recense même entre 7 à 10% de plus de 60 ans. Les réseaux d’action sont constitués de plus de jeunes. Pour ce qui concerne les maquis leur population est extrêmement difficile à recenser mais on pense qu’une forte majorité avait entre 16 et 25 ans, ce qui coïncide avec le fait que les maquis ont servis de refuge à ceux qui refusaient de faire le S.T.O.

 

1.1.2        Une population majoritairement masculine

On ne recense que 12% de femmes résistantes alors que les femmes représentaient 52% de la population française de 1936. Mais, il s’agit de la première fois que les femmes se mobilisent pour la « cité » c’est une plaisanterie ?. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, la culture féminine ne favorisait pas l’engagement politique l’auteur a variment le sens de l’humour. La résistance nécessite un engagement différent, un engagement moral. Les femmes sont alors d’avantage concernées, leur quotidien les rend plus aptes à réfléchir sur les faits moraux comme dirait madame Michu ?. On remarque que de nombreuses femmes engagées dans la résistance étaient mariées et avaient des enfants ... comme la plupart des femmes françaises de l’époque. On peut alors citer le cas de Marguerite Gonnet, mère de 9 enfants, qui a été le chef d’un journal résistant, Libération Sud pour l’Isère. Il faut aussi noter que de nombreuses femmes ne se sont pas fait recenser en tant que Résistantes, comme les femmes au foyer qui ont hébergé des clandestins phrase elliptique.

 

 

1.2. Les différences de milieux sociaux au sein de la Résistance où l’auteur invente l’eau tiède

On note des différences sociales selon les actions envisagées l’auteur ne confondrait-il pas société et fonction ?. Ainsi, la propagande est effectuée surtout par des militants syndicalistes ou politiques et les intellectuels. Les évasions et les actions de sauvetage mettent à contribution les agriculteurs, les couvents, et différentes catégories sociales qui permettent de loger les personnes en fuite. Pour fournir des papiers, les maires, les commissaires et les gendarmes sont les plus sollicités. Plus généralement, la résistance lorsqu’elle est action réunit des  étudiants, des ouvriers, des cheminots et des dockers, soit des personnes qui ont une grande liberté de mouvement. Les activités immédiates sont alors souvent réalisées par les plus jeunes alors que les activités sédentaires sont réalisées par des gens « installés », plus vieux et souvent ayant reçu une éducation. Ces derniers s’occupent alors d’une résistance plus organisée et structurée. Ils s’engagent dans des actions de propagande et de renseignement. La sociologie de la résistance doit aussi prendre en compte la chronologie. En ce qui concerne les maquis, par exemple, on constate qu’il y a eût plusieurs générations, des résistants qui recherchaient la sécurité, puis qui étaient réfractaires au S.T.O, et enfin ceux qui voulait se battre. Logique peu claire

 

 

1.3.La société influence les structures de la Résistance

Chaque organisation résistante a ses propres traits et correspond à un milieu socio-politique particulier. Il s’agit de la construction d’une micro société avec ses us et coutume. Ces organisations s’insèrent dans les traditions. Ainsi, la résistance s’inscrit dans une continuité. Les groupes entendent préserver leur idée, leurs identités ou leur valeur. Par exemple, de nombreux chrétiens affirment reprendre la lutte au sens très analogique menée par les premiers chrétiens en dressant un parallèle entre la religion des catacombes et la lutte clandestine résistante. De la même manière, les résistants ruraux de Provence se présentent comme des avatars des « bandits sociaux » Ces derniers mobilisent alors une culture à la fois rurale et en employant la fraude et le braconnage et une culture médiévale avec les banderoles moqueuses à l’égard des collaborateurs. Différemment, on remarque que la société influe aussi sur la hiérarchie de la Résistance qui a tendance à se calquer sur la hiérarchie sociale. Ainsi, dans le mouvement  de gauche Libération, les dirigeants sont exclusivement des membres des professions libérales et de cadres supérieurs. On constate que la fonction de direction ne repose pas seulement sur un privilège de situation sociale, mais qu’elle provient surtout de l’antériorité de l’engagement. Or les initiateurs de l’action clandestine étaient formés majoritairement des classes moyennes intellectuelles ???.

 

 

 

2.      L’engagement Résistant

 

 

2.2.L’entrée en Résistance une courte phrase aurait suffit à résumer ce chapitre fort peu consistant

« L’entrée en résistance est un acte volontaire, non conformiste et dangereux » mettre toutes les citations, guillemets compris en italique (Maurice Agulhon, La République, 1880 à nos jours, Paris, Hachette, 1990,p. 311), elle relève d’un long débat intérieur ou a un caractère d’immédiateté. Dans ces deux cas, il s’agit d’une décision individuelle. Elle commence en 1940, afin de lutter contre l’occupant et ses collaborateurs et de libérer le pays. La résistance est alors action et ne se réduit pas aux organisations. On peut alors se demander à partir de quand on devient résistant. On remarque qu’en 1940, qu’il n’y a qu’une infime minorité de résistants. Les premiers sont isolés car tout le monde n’a pas la capacité d’être rebelle. De plus, choisir de tout quitter constitue une difficulté majeure. Enfin,  la population n’était pas préparée et a d’abord dû faire face à la brutalité des évènements avant de réagir. L’entrée en résistance est alors un acte qui demande du courage et est élitiste dans la mesure où les résistants restent minoritaires. 

 

 

2.3.Le principe d’intentionnalité

Pour comprendre l’engagement résistant, il faut comprendre le principe d’intentionnalité. Le souci de réagir entraîne l’entrée en résistance. Il s’agit alors d’un acte moral comme le montre la mobilisation des femmes. On parle ainsi d’intentionnalité quand la volonté et les valeurs poussent les acteurs à faire de la résistance. Ce principe explique le retard de l’engagement de la population rurale. Les paysans sont longtemps restés fidèles au régime de  Vichy, qui favorisait le cléricalisme, correspondait à leurs valeurs curieux méli-mélo qui oublie l’agrarisme de Vichy que l’on peinerait à mettre en relation avec quelque « cléricalisme » que ce soit. De plus, ils jouissent de privilèges notion à éclairer par rapport au milieu urbain. Ce n’est qu’à partir de 1943, époque de désillusion, qu’ils commencent à s’engager massivement. A l’inverse, cela explique l’engagement des instituteurs qui sont les défenseurs de la laïcité en quoi Vichy a-t-il particulièrement remis en cause cette laïcité ? et de la culture républicaine, des officiers emplis d’un fort sentiment patriotique et même des ouvriers impliqués dans les luttes sociales et les combats politiques.

 

 

2.4.Le principe de fonctionnalité

Le principe de fonctionnalité entretient des liens d’interdépendance avec le principe précédant.  Il faut adopter le point de vue de la Résistance pour comprendre qui elle cherche à recruter  en fonction de ses besoins, des compétences des individus et de leur position. En fonction de l’action, la Résistance cherche sur différents terrains géographique. En fonction de sa forme, renseignement, propagande, lutte armée, la résistance ne recrute pas les même types de population. On distingue alors deux types de fonctionnalité. La fonctionnalité spécifique s’élabore au niveau de la Résistance. La Résistance recrute ceux qui se déplacent et exercent des métiers de contact : cheminots, commerçants, postiers. La fonctionnalité sociale s’élabore au niveau de la société. Dans la France du XXe siècle, la Résistance est le moment privilégié de l’engagement des citoyens dans les affaires de la nation. C’est à partir de l’automne 1942, avec la loi du 4 septembre sur la réquisition de la main d’œuvre et avec l’instauration du S.T.O en février 1943, que s’accélèrent les entrées dans le combat clandestin. La société civile s’organise alors. La coordination des mouvements Franc-tireur, Combat et Libération sous l’autorité du Général de Gaulle, la coordination des groupements nés dans le champ du Front national créé par le Parti communiste et la coordination de huit grands mouvements en un C.N.R. sont trois réalités qui s’inscrivent dans le champ résistant.

Inspiré de la réflexion sur l’origine et l’histoire des totalitarismes (historiens intentionnalistes comme Poliakov, Mosse[1]... et fonctionnalistes comme Hilberg, Browning...), cette mis en relation des principes d’intentionnalité et de fonctionnalité aurait dû être abordée de façon transversale, en référence à l’historiographie liée à ce débat

 

 

3.      La profession du citoyen peut influencer le rapport à la Résistance

 

 

3.1.Les cheminots

Les cheminots se sont mobilisés en masse dans la Résistance, leur milieu social influait lien logique ?. Il ne faut pas oublier leur très fort rapport avec le Parti Communiste ce qui fera difficilement deux des résistants avant fin août 1941. Pour les employés de la SNCF, on recense différentes branches entre action de sabotage et renseignement. Les cheminots avaient de nombreuses opportunités liées à leur métier, à leur faculté de déplacement. Lors de sabotages, ils n’étaient pas forcément les auteurs, ils pouvaient aussi être les complices.

 

 

3.2.Les médecins

A Paris, les médecins voient la réalité de la torture et les mutilations infligées par l’occupant à Paris seulement ?. Cela aurait pu engendrer une entrée en masse dans la Résistance. Mais paradoxalement, les chiffres prouvent le contraire.  On peut trouver une explication dans le fait que la société des médecins est généralement respectueuse de l’ordre établi sociologie de café du commerce. De plus, en 1940, Pétain sollicite et encourage les médecins et seulement eux ?. Cependant, la naissance du Comité Médical de Résistance (C.M.R.) témoigne de la présence d’une minorité de médecins qui a refusé l’occupation.  Parmi eux, Louis Pasteur-Valéry-Radot, souvent noté P.V.R., Robert Debré, un juif ayant obtenu un statut privilégié grâce à sa brillante carrière et Raymond Leibovic. Le C.M.R n’est pas une solution venue de Londres, sa formation fut interne à la France notamment grâce à P.V.R.. De plus, le C.M.R. est légitimé par le secret médical que chaque médecin doit respecter alors que l’occupant demandait de remettre en cause les principes fondateurs de la profession des médecins, en exigeant qu’ils dénoncent ceux qu’ils soignaient.

 

 

3.3.Les écrivains

Différemment, les écrivains se sont mobilisés en masse. Le Comité national des Ecrivains réalise de manière exemplaire la politique du Front National comme tous les historiens sérieux considèrent que le Front national fut « une coquille vide » (Stéphane Courtois), cette affirmation laisse songeur. Alors que le manque d’unité et d’organisation est caractéristique des écrivains, c’est cette absence même d’organisation qui  semble avoir favorisé leur engagement, pris alors en toute liberté de conscience. Moins influencé par une communauté que l’ont été les médecins, ils ont réussi à s’allier. Il faut bien comprendre que la suppression de la liberté d’expression par la censure les a directement atteints. C’est dans une solidarité d’intérêts qu’ils se sont alors mobilisés. Sociologie de café du commerce La maison d’édition Gallimard-N.R.F. a permis de rassembler les écrivains. Elle a réussit à allier communisme et non communisme. En septembre 1941 s’est constitué un premier noyau de résistants qui comptaient Paulhan, Decour et Debû-Bridel. Mais en février 1942,  les principaux responsables furent arrêtés et fusillés. Cela retarda la mise en place de la structure clandestine. Cependant, quelque mois plus tard, la création des Editions de Minuit concrétise alors la possibilité d’une littérature clandestine. C’est au début de l’été 1943 qu’à lieu la réunion constitutive du C.N.E.. Si le C.N.E. rassemble majoritairement des auteurs de second ordre, on y trouve aussi Quesneau, Sartre au comportement plus qu’ambiguë fortement marqué par l’opportunisme, Leiris, Tardieux, Camus et, surtout, Aragon qui eût un rôle majeur.

 

 

 

CRITIQUE :

Cet ouvrage dirigé par Antoine Prost est composé de plusieurs articles de différents auteurs ce n’est pas une critique mais une information qui aurait dû être donnée dès le début de la fiche. Le premier article « Résistance et Société : Quels liens », rédigé par Antoine Prost lui-même, constitue une sorte d’introduction. Le projet du livre y est présenté, il s’agit de commencer à élaborer une histoire totale de la résistance par le prisme de la société. La problématique de l’ouvrage est alors d’établir les rapports qu’a entretenu la Résistance avec la société de son époque et de voir dans quelle mesure la Résistance a influencé la société  et, à l’inverse, dans quelle mesure la société a influencé la Résistance. Les différents articles suivent fidèlement ce projet. Chacun d’entre-eux est pertinents, cependant le choix même d’associer différents articles conduit parfois à quelques redondances.

L’insertion de nombreux documents permet d’appuyer les propos qui sont tenus. Il est, en effet proposer des tableaux statistiques dans une telle étude met en évidence les nuances que la complexité du sujet impose. L’étude et l’interprétation des chiffres permettent de comprendre les phénomènes par une approche scientifique, les stéréotypes du mythe de la Résistance sont brisés.  La Résistance est alors comprise dans ses causes.

On remarque seulement deux points négatifs. D’une part, la fréquente présence des notes, qui renvoient à de nombreuses références mais qui n’étant pas explicitées que voulez-vous dire ? ne permettent pas un réel éclaircissement du texte. D’autre part, on regrettera une chronologie annexe qui aurait pu synthétiser de manière ordonnée tout les moments importants qui sont disséminé à travers toute l’œuvre.

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (NANTES), promotion 2012-2013


 

 

Christophe Prochasson & Anne Rasmussen, Au nom de la patrie : les intellectuels et la première guerre mondiale (1910-1919), La Découverte, Paris 1996.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Un assez bon compte-rendu, mais qui garde trop l’allure d’un résumé, s’attarde trop à présenter la structure de l’ouvrage, et est desservi par des formulations qui relèvent de l’humour noir. La critique universitaire n'a pas été intégrée.

 

Note sur 20 : 11

 

            Au nom de la patrie est le résultat de la collaboration entre C. Prochasson (quatre chapitres) et A. Rasmussen (deux chapitres) qui ont rédigé ensemble l’introduction et la conclusion. L’œuvre est une étude sociologique du rôle des intellectuels français dans la première guerre mondiale, leur engagement ainsi que les conséquences de la guerre sur le monde intellectuel de l’époque. Le cadre temporel délimité par le manuel est particulier car il ne se réduit pas aux quatre années de guerre mais étudie les évènements sur une période de dix ans afin de voir le contexte culturel d’avant guerre, le déroulement et les conséquences du conflit sur le monde intellectuel français.

            Les auteurs s’intéressent ainsi à la place de l’intellectuel français dans la société dans les années 1910-1919 et à la guerre qui ne touche pas seulement l’histoire militaire mais aussi sociale et culturelle.

            Tout d’abord l’histoire culturelle de la France entre 1910 et le début de la guerre est étudiée. Puis est développée la figure de l’intellectuel et le monde intellectuel pendant la guerre. Enfin la guerre a de lourdes conséquences sur le monde intellectuel français et la culture en est profondément transformée.

 

 

 

            La première partie du manuel porte sur l’histoire culturelle de la France dans les quatre années précédant le début de la guerre. Le monde intellectuel français apparaît comme un monde entre division et rassemblement, dans lequel une nouvelle génération d’intellectuels et d’artistes fait son apparition.

            Le monde intellectuel français a été divisé après l’Affaire Dreyfus entre dreyfusards et antidreyfusards et ces divisions sont toujours présentes au début des années 1910 comme on peut le remarquer par des discours parfois teintés d’antisémitisme. L’intérêt de la première partie de l’œuvre consiste à étudier les moyens employés par les intellectuels pour faire passer leurs idées. La littérature apparaît comme le moyen d’exprimer leur mécontentement concernant l’ordre politique en place ou la société moderne. Ces mécontentements passent par le biais des revues qui connaissent une période d’essor. Celles-ci prônent les vertus de l’action contre l’état de contemplation du monde et véhiculent les idées des intellectuels jusqu’aux français parce que les intellectuels ne sont pas Français ?. La diversité des revues permet de toucher une grande partie de la population, en effet, des revues politiques (l’Indépendance, l’Action française) aux revues philosophiques (Revue de métaphysique et de morale) en passant par des revues ouvrières (La vie ouvrière) les auteurs cherchent à faire adhérer à leurs idées et valeurs les différentes catégories de la population française. Ils ne partagent évidemment pas tous les mêmes valeurs, oscillant entre radicalisme, nationalisme et pour certain retour à la religion avec la thèse d’un réenchantement du monde. Les années d’avant-guerre sont donc une période de débat entre les intellectuels aussi bien dans le domaine littéraire que philosophique ou scientifique. Cependant l’amour de la nation et la volonté de défendre la culture française rassemblent tous ces intellectuels malgré les divergences d’opinion et transparaissent principalement dans les œuvres littéraires. Se créer alors l’idée d’un art français, art qui se referme sur lui-même, rejetant les autres cultures. La France devient un centre culturel concentrant innovations picturales, littéraires, nouveaux courants philosophiques et progrès scientifique. De plus, il y a la volonté de rassembler différentes disciplines : domaines scientifiques côtoient les milieux littéraires, philosophie et sciences se rapprochent également.

            Le début des années dix est également marqué par l’apparition d’une nouvelle génération d’intellectuels. Celle-ci est fortement influencée par les intellectuels de la génération précédente grâce aux revues, vectrices d’opinions et d’idées. La Nouvelle revue française joue un rôle important et cherche à toucher cette jeune génération. Cette dernière est très hétérogène, défendant les idées catholiques ou au contraire le désenchantement du monde, démocratiques ou penchant pour le socialisme. Dans le domaine artistique des nouveaux courants font également leur apparition, (cubisme qui se base sur une destruction du sujet) et on retrouve une contestation des canons esthétiques communément admis bien que les artistes novateurs refusent l’idée d’être chefs de file de nouvelles écoles artistiques. Il serait donc faux de voir la nouvelle génération d’intellectuels comme un seul, partageant les mêmes convictions politiques, littéraires ou culturelles. Les années dix sont également une période de renouveau intellectuel et culturel durant lesquelles s’établissent des progrès scientifiques et des courants philosophiques, souvent critiqués.

Les années précédant la guerre sont des périodes de débats, questionnement intellectuel et rapprochement entre disciplines ; ces divisions au sein de la société intellectuelle sont justifiées par de nombreuses citations des intellectuels concernés ayant valeur d’argument. C. Prochasson et A. Rasmussen insistent particulièrement sur l’idée que les quatre années de guerre ne sont pas une période de vide culturel et intellectuel, contrairement aux idées reçues, mais plutôt une rupture dans l’histoire intellectuelle et culturelle de la France quelle fut la nature de cette rupture ?.

 

 

 

            Dans un premier temps C. Prochasson et A. Rasmussen exposent la situation des intellectuels et le contexte culturel français entre 1910 et 1914, puis se met en place une réflexion sur la figure de l’intellectuel et le monde intellectuel durant la première guerre mondiale. Tout d’abord l’intellectuel français s’engage pour la nation, puis les quatre années de guerre ont un profond impact sur le milieu intellectuel français.

            Les intellectuels français sont avant tout des citoyens, ils font donc preuve d’un fort sentiment de patriotisme envers la nation, ce qui les fait s’engager dans la défense de la France. Ce sentiment patriotique était déjà présent dans les esprits, particulièrement depuis la guerre de 1870 mis il est accentué par l’entrée en guerre contre l’Allemagne. La première guerre mondiale est un phénomène total qui touche l’Etat, les sociétés mais aussi la culture française. Elle est ainsi un conflit culturel entre les intellectuels des différents peuples (russes, anglais) mais l’affrontement concerne principalement l’Allemagne et la France, deux nations que les auteurs qualifient de particulièrement concurrentes sur le plan culturel et intellectuel. Les intellectuels français et la société en général rejettent totalement la Kultur allemande, celle-ci est caricaturée et injustement dépréciée (rejet de Wagner et de la musique allemande en général). Ce rejet dans tous les domaines (scientifique, philosophique, musical) se justifie par une volonté de « protectionnisme culturel » de la part de la France qui semble se sentir menacée par les œuvres allemandes. L’Allemagne subit un ostracisme intellectuel, elle est mise à l’écart par les grandes puissances. A partir de cette dépréciation, une vague de propagande se met en place en dévalorisant tout produit de la culture ennemie. La notion de dissidence apparait et les auteurs font un parallèle entre l’engagement des intellectuels pendant l’Affaire Dreyfus et pendant la première guerre mondiale quelle est le contenu de cette notion ?. Dans les années dix, la critique des pratiques politiques comme la propagande ou les décisions du gouvernement concernant la guerre comporte d’avantage de risques que pendant l’Affaire Dreyfus phrase ?. En effet, les condamnations sont plus lourdes à l’encontre des intellectuels qui critiquent ouvertement les pratiques de l’Etat, ce qui ne participe pas à restaurer le moral de la population restée à l’arrière en 1910 ?. Cependant cette critique de l’Etat reste peu répandue dans le milieu intellectuel de l’époque, la majorité des intellectuels se mettent au service de l’Etat, valorisant la nation française et exaltant la figure courageuse du combattant français partant au front face à l’ennemi « menteur, laid, lâche, bourreau, sadique et violeur » référence de cette citation ?. Une critique et un engagement politique qui passe par des articles publiées dans les revues de l’époque, d’où l’intérêt d’une explication complète dans les chapitres précédents de l’ouvrage sur les revues françaises dans les années dix phrase elliptique. Puis les auteurs insistent sur un nouvel élément caractéristique de la période, la politique qui prend une place plus importante que jamais dans les domaines scientifiques, littéraires, culturels, place qui est fortement critiquée par une frange de la population intellectuelle une fois la guerre terminée. Certains intellectuels délaissent leurs travaux pour se consacrer à des missions utiles pour la nation, participant à l’effort de guerre en s’engageant aux côté des infirmiers alors que d’autres sont contraint de réaliser leur devoir civique en allant combattre sur le front. L’engagement intellectuel dans la guerre se fait donc progressivement et à différents niveaux.

            La guerre a un profond impact sur le milieu intellectuel français. Tous les intellectuels ainsi que les auteurs de Au nom de la Patrie reconnaissent l’horreur et la destruction engendrée par la guerre mais elle apparait aussi comme un vecteur de création, la « guerre régénératrice » qui réveille la France dans le domaine intellectuel et culturel. Elle apparaît comme un moyen de régénérer la France et de la sortir de la décadence culturelle dans laquelle elle se trouve. Le premier conflit mondial est ainsi l’occasion de se venger et de redorer le prestige que la France a perdu depuis quelques années. rien ne vaut une bonne guerre ! Ceci est-il : votre avis ? celui des auteurs ? ou celui de l’opinion de l’époque ? Il est dans tous les esprits et devient le sujet de réflexion principal des écrivains. Un nouveau genre de d’œuvres apparaît, la littérature de guerre dont l’un des sujets principaux est l’homme sur le front, ses conditions de vie ainsi que son état psychologique. L’intérêt se porte aussi sur la perception par l’arrière de la guerre, la douleur provoquée par la perte d’un proche sur le front. Les philosophes se penchent sur la question du fondement de la guerre. Les scientifiques participent à l’élaboration de nouvelles armes de destruction ou au contraire fond des avancées dans le domaine médical afin de soigner les blessés. Dans le domaine artistique de nouvelles pratiques se mettent en place comme le cubisme, mais on assiste à une opposition entre ces nouvelles méthodes et la vision plus classique de la peinture. Les artistes s’opposent aussi sur la façon de représenter la guerre, certains s’emploient à la rendre aussi fidèlement que possible (cadavres, sang) mais d’autres remettent en question la dureté de ces scènes qui choc parfois la population civile. Des études sociologiques, scientifiques sont mises en place afin de tenter d’améliorer les conditions de vie au front à savoir ?. Toute la recherche intellectuelle est ainsi tournée vers la guerre mais la censure freinent les avancées intellectuelles, les échanges interculturels et internationaux nécessaires à la recherche sont limités. Cependant elle provoque aussi un renouveau intellectuel qui tire ses racines dans les atrocités commises et la violence des combats expression une nouvelle fois maladroite. Les conséquences physiques et morales sur les soldats saisissent d’effroi les intellectuels, car il s’agit d’une situation sans précédent, jamais la brutalisation de l’homme n’a été poussée à un tel degré. Une nouvelle réflexion artistique, philosophique, littéraire, scientifique se met en place et se base sur les horreurs de la guerre expressio une nouvelle fois maladroite. Les auteurs montrent ainsi l’évolution de la mentalité des intellectuels face à la guerre, ce qui passe par un engagement moral et physique progressif. Cependant l’intérêt porté au front décroit peu à peu.

 

 

 

            Après cette réflexion sur la figure de l’intellectuel et du monde intellectuel pendant la première guerre mondiale, les auteurs s’intéressent aux conséquences de la guerre qui transforment profondément la culture française. Tout d’abord les révolutions russes de 1917 ont un impact sur l’état d’esprit des intellectuels français, et une fois la guerre terminée ces derniers se mettent au service du devoir de mémoire tout en essayent de se reconstruire après un tel traumatisme ils sont été blessés au cerveau ?.

            Bien qu’il s’agisse d’un évènement qui touche la Russie, les révolutions qu’elle connaît ont un impact sur la société intellectuelle française. La première lecture du chapitre paraît surprenante car on ne comprend pas le lien entre ces révolutions et la société française qui a peu d’information sur ces évènements. Cela relève de la critique Puis l’auteur met en avant la spécificité de cette révolution qui se fait sans les intellectuels du pays, les conséquences concernent principalement les intellectuels socialistes français. Il s’agit donc d’un phénomène à l’opposé de celui que connaît la société française pendant la première guerre mondiale car il tend à limiter le rôle des intellectuels dans la vie politique du pays. Cependant à l’époque les sources sur les évènements russes sont rares et la population peu informée, les intellectuels tentent de trouver des informations dans les différentes revues. Ce manque d’information tend à mystifier la figure de Lénine et la Russie apparaît pour certains intellectuels comme un modèle de nation qui réussit à se relever après avoir perdu son prestige. Mais cette vision reste le fait d’intellectuels isolés et n’est pas partagée par tous, le rôle de la propagande russe jusque dans l’esprit des intellectuels français est dénoncé. Certains hommes dénoncent les morts et la destruction engendrée par les révolutions ce qui ne peut faire de la Russie un modèle pour la France. D’après l’auteur c’est le système politique russe qui semble confier le pouvoir aux mains du peuple qui attire certains intellectuels et qui apparaît en théorie comme un système juste et idéal. Cependant cette période de l’histoire concernant les révolutions russes est particulièrement compliquée et l’auteur fait référence à un autre de ses ouvrages afin de mieux comprendre le contexte et les évènements. Afin d’avoir une vision correcte de la période le lecteur est fortement encouragé à se plonger dans un autre manuel car le chapitre part du principe que le public auquel il s’adresse a déjà des connaissances sur les révolutions russes. Cela relève de la critique

            Une fois la guerre terminée les intellectuels se mettent au service du devoir de mémoire et tentent de se reconstruire après une telle épreuve. La nation est en deuil et l’heure n’est pas à se réjouir de la victoire, il faut attendre quelques mois avant que la victoire ne soit réellement célébrée. Les artistes contribuent particulièrement à l’hommage rendu aux personnes tuées pendant la guerre par la création de monuments aux morts afin tenter de représenter les conséquences désastreuses de la guerre. La littérature de guerre déjà présente pendant la guerre devient un devoir pour les auteurs qui témoignent de ce qu’ils ont vu et joue le rôle d’intermédiaires entre les civils restés à l’arrière et le front. Après une telle épreuve les artistes contestent l’ordre établi pendant la guerre, les idéologies prônées et de nouvelles pratiques intellectuelles se mettent en place, insistant sur le choc des populations face à une société qui s’est autodétruite. L’auteur n’étudie pas le cas par cas mais dresse un portrait général de la société intellectuelle qui met en doute la possibilité de représenter l’irreprésentable. Le doute s’insinue quand à la possibilité pour les intellectuels de se remettre à écrire, rechercher ou philosopher après un tel désastre. De plus l’après-guerre est l’occasion de dresser le bilan de la guerre, mais celui-ci est toujours soumis à la propagande nationale et l’Etat le fait tourner à l’avantage des français, afin de renforcer le sentiment que l’Allemagne est coupable d’avoir provoqué la guerre. L’histoire des dix dernières années est relue à la lumière de la victoire française et il est maintenant question de la responsabilité des intellectuels français dans la guerre. Des scientifiques, écrivains, philosophes qui doivent subir les conséquences de leur engagement au côté de la France ou au contraire la critique qu’ils ont pu en faire. L’heure est aux justifications des prises de positions. Contrairement à un manuel classique d’histoire de la première guerre mondiale, l’auteur étudie la vision des intellectuels français sur la guerre et comment ils l’ont ressentie, l’auteur parle ainsi de « leur après-guerre » qu’a-t-il eu de spécifique ?.

 

 

            Au nom de la patrie est manuel général qui dresse le portrait général du rôle des intellectuels pendant la première guerre mondial, Il rassemble en un seul ouvrage le monde intellectuel français et fait le lien entre les différentes disciplines. Tous les chapitres de cet ouvrage correspondent au thème d’année, il s’intéresse à la société française pendant les années 1910-1919 et il fait référence aux pays impliqués dans le conflit qui ont un impact sur la société française. Les auteurs donnent une vue d’ensemble de la société française mais pour le lecteur qui souhaiterait approfondir un point de l’étude, une importante bibliographie organisée est mise à disposition à la fin du manuel. De plus le manuel est rempli de citations des intellectuels de l’époque suivit des références bibliographiques qui ne sont pas toujours répertoriées en fin d’ouvrage mais simplement ajoutées en notes de bas de page, ce qui permet de se plonger dans l’état d’esprit des intellectuels des années dix et le lecteur peut approfondir ses connaissances en lisant les nombreuses œuvres de l’époque qui sont évoquées. Les auteurs s’appuient sur ces citations qui font office de preuves afin de proposer une étude de la société française. Le plan chronologique employé permet de balayer l’ensemble de la période et fait apparaître les crises ainsi que les avancées du monde intellectuel français et la problématique de l’ouvrage est suffisamment large pour permettre d’étudier les différentes visions des intellectuels français. La particularité de l’œuvre est qu’elle s’intéresse à la façon dont les intellectuels perçoivent la guerre et les blessures non pas physiques mais morales et parfois irréversibles qu’elle provoque. Cependant certaines théories évoquées, et en particulier les théories scientifiques comme le tromagnétisme, paraissent obscures pour tout lecteur qui n’aurait pas un doctorat en physique. Les auteurs proposent ainsi une vue d’ensemble de la société intellectuelle entre 1910 et 1919 mais la lecture de manuels cités ou l’approfondissement des théories scientifiques ou philosophiques semble nécessaire pour comprendre toutes les nuances concernant les divergences ou rapprochement d’opinion entre les intellectuels.

 

 

            Les auteurs mettent en place d’une réflexion chronologique qui étudie le rôle des intellectuels avant, pendant et après la guerre. Il met ainsi en lumière une partie de la population à laquelle on ne pense pas forcément en ce contexte de guerre et bouscule l’idée que la période traitée est une période vide de recherche intellectuelle. Cependant ils ne mettent pas de côté l’idée que la guerre est une période de rupture dans l’histoire intellectuelle française et abouti à un renouveau intellectuel. Les intellectuels français jouent un rôle dans la société sur toute la période étudiée mais ce rôle est différent selon les opinions personnelles de ces hommes. L’autre point important de l’ouvrage réside dans l’exposition de la place de la politique dans le monde intellectuel français et comment cette présence est controversée et sujet à discussion pour les intellectuels. L’ouvrage se veut donc une étude de la société intellectuelle française des années dix libérées des contraintes patriotiques et du souci de préserver l’image nationale.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (Nantes)


 

 

Philippe Nivet, La France occupée, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2011

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Non structuré, le compte-rendu n’est pas facile d’usage. Des fautes d'expression et des inutilités.

 

Note sur 20 : 10

 

Historien et spécialiste de la Première Guerre Mondiale, Philippe Nivet publie La France occupée, 1914-1918 en 2011. Son œuvre s’inscrit dans une continuité historiographique, celle des ouvrages abordant les conséquences de la Grande Guerre, comme l’a fait juste avant lui Annette Becker avec Les Cicatrices rouges, 14-18. France et Belgique occupées, Paris, Fayard, 2010. A travers une longue recherche personnelle et à l’aide de documents iconographiques, de témoignages, d’articles de presse, de lettres, issus tant du domaine privé que public, Philippe Nivet fait resurgir la situation et le sort des occupés pendant la Première Guerre Mondiale, sujet souvent déploré tant dans le monde de l’édition que dans l’enseignement. L’auteur étudie la vie quotidienne de ces civils, mais aussi les conséquences de l’implantation allemande et le temps d’après-guerre par le biais de témoignages. Celui-ci se concentre sur dix départements occupés du Nord de la France, de la ville de Lille aux Vosges, mais n’apporte qu’une vision française de la période puisqu’en effet, peu de documents proviennent de l’autre camp. L’auteur insère au sein de son œuvre un dossier iconographique, proposant photographies, affiches, adresses au peuple, caricatures, etc., disposés selon la chronologie suivie par l’auteur. Un autre dossier documentaire prend place dans son travail, en fin d’œuvre : celui-ci se constitue de documents chiffrés, d’autres lettres, de tableaux… et d’une longue bibliographie, mettant ainsi en valeur les recherches de l’auteur. synthétisez

 

La première partie de l’ouvrage se penche essentiellement sur le processus de ce que l’auteur nomme la « germanisation » du territoire. Celui-ci s’attarde sur la façon dont les populations sont coupées de toutes formes de communication, tant entre villages et front qu’entre habitants mêmes, et rend compte du renforcement de l’isolement créé par les allemands. Par exemple, les occupés ne peuvent envoyer, depuis 1916, que six cartes-messages par an contenant seulement vingt mots. Se développe alors en parallèle de cette censure de la communication tout un réseau de correspondance clandestine, sévèrement réprimée si découverte. L’isolement des populations se manifeste aussi par une perquisition des lieux publics et privés, comme les cinémas, les édifices religieux, les commerces... et l’édification de monuments allemands, comme les monuments commémoratifs. L’occupation se traduit également par le démantèlement de l’industrie française, qui doit passer aux mains des allemands pour entretenir l’effort de guerre : les ressources financières et matérielles sont alors pleinement et irrévocablement mises au service des allemands. L’harmonie et la cohabitation sont alors rendues difficiles. Philippe Nivet donne dans cette même partie un aperçu de l’organisation des forces allemandes occupantes, avec au sommet la Kommandantur, et les « sous-organisations » qui lui sont rattachées quelle est cette organisation ?. Il se concentre par la même occasion sur le mouvement de germanisation culturelle et la mise en place de la censure, de la propagande, l’apprentissage de l’allemand obligatoire, etc. Le protestantisme est déclaré religion « officielle » sur les territoires occupés : cette décision offusque grandement les catholiques, majoritaires dans ces villages, et accentue le ressentiment et la haine envers l’occupant. Les territoires français du Nord, désormais sous contrôle total des occupants, sont considérés comme allemands, et toute preuve du contraire est lourdement punie : c’est ainsi que certaines cartes de géographie utilisées dans les écoles sont supprimées, incluant toujours l’Alsace et la Lorraine dans les départements français. Un processus de germanisation économique apparait de la même façon. Bien que la population française vive déjà dans une grande précarité, les soldats doivent réquisitionner tout ce dont l’effort de guerre nécessite : vivres, objets onéreux et divers, terrains agricoles… Le territoire occupé doit entretenir l’armée sur son propre territoire mais aussi sur le territoire allemand, en versant des contributions de guerre, comme le montre l’exemple de Lille : en 1914, la ville verse huit millions de francs aux allemands, vingt millions en 1916, et trente-trois millions en 1917. Fin 1918, le bilan des contributions de guerre sur l’ensemble des territoires occupés s’élève à deux milliards et demi de francs. L’armée allemande souhaite, de cette façon, réduire et même supprimer tout espoir de concurrence future sur le territoire français sens ?.

L’auteur étudie dans une seconde partie le comportement des populations, privées de libertés et soumises à la toute-puissance des divers contrôles allemands. Parmi les interdits posés, on note l’abolition de la liberté de circuler, et ce même d’un village à un autre. De plus, le salut aux officiers allemands est rendu obligatoire, de la part des hommes comme des femmes L’auteur s’attarde particulièrement sur l’exemple des déportations, notamment celle de Lille ils ont déporté Lille ?!? en 1916, qui marque le plus les esprits. Dans son journal intime, Marie Masquellier qui est-ce ? parle même de « traite des blancs » (avril 1916), et Mgr Charost, évêque de Lille, écrit la chose suivante : « disloquer la famille en arrachant des adolescents, des jeunes filles à leurs foyers, ce n’est plus la guerre, c’est pour nous la torture et la pire de toutes, la torture morale indéfinie ». Les travaux forcés sont aussi chose commune : l’exploitation de la population s’entame dès le plus jeune âge, sans distinction de sexe. Ceux-ci consistent à l’entretien de la ville, des bâtiments destinés aux soldats allemands, à l’approvisionnement en matières premières, etc. Les hommes aident également sur le front ou le champ de bataille, aux côtés d’autres prisonniers de guerre comme par exemple les soldats russes. Les femmes sont employées dans l’effort de guerre, le plus souvent en arrière du front mais également dans leur identité la plus intime, puisqu’elles se doivent de répondre aux désirs des soldats, désirs bien souvent sexuels et qu’elles ne peuvent refuser, sous peine d’arrestation voire d’exécution ou de déportation contourné et curieux : sur quels éléments l’auteur s’est-il appuyé pour affirme cela ?. Philippe Nivet rend compte des pénuries dont souffrent les occupés, pénuries aussi bien alimentaires que matérielles (vêtements, ressources premières comme les combustibles…) dans le but de dénoncer la toute-puissance et la brutalité des soldats allemands. Une terreur nait de ce fait au sein des populations et dévoile un acharnement de la part des allemands, comme pour le cas des bombardements : répétitifs et souvent injustifiés, ceux-ci provoquent un mouvement de fuite dans certains villages, comme à St-Quentin. Face à la situation, l’auteur s’interroge sur le futur comportement des français vis-à-vis de cette occupation, ce qu’il étudie dans la troisième partie de son œuvre. La partie Nord du pays est exploitée sous tous les angles, comme le dit lui-même l’auteur, en écrivant que la France est « un réservoir de main-d’œuvre pour les allemands » (p.133). Face à cette désillusion apparaissent certaines réponses humanitaires telles que le Comité d’Alimentation du Nord de la France, présidé par Louis Guerin, qui s’inspire du Committee for Relief in Belgium déjà établi en Belgique. Cette institution se charge du ravitaillement en nourriture, en matières premières et vêtements, le tout fourni par les Etats-Unis et l’Espagne. Cependant, la précarité demeure toujours, surtout au niveau alimentaire : on note une insuffisance du ravitaillement et une population toujours affamée, encore plus en hiver. Vers la fin de l’occupation, une solidarité allemande voit parfois le jour : l’occupant offre alors à l’occupé de quoi survivre. Dans ces lignes, les nombreux témoignages de l’ouvrage dessinent clairement le portrait de « l’occupé » pendant la Grande Guerre. Cependant, on peut regretter que l’auteur se soit strictement concentré sur le camp français, et qu’il ne se soit pas focalisé davantage sur le camp allemand, sur le comportement des soldats face à une population ravagée, et parfois l’aide que celui-ci ait pu manifester envers cette même population. Cela relève de la critique

Dans une troisième partie, Philippe Nivet s’intéresse au mouvement de résistance développé de diverses manières au sein des populations. Celui-ci donne comme exemples d’actes de résistance le sabotage, la critique du Keiser et de sa femme, la création de textes et chansons satiriques, le refus de la germanisation dans l’enseignement, le port des couleurs du drapeau français et le chant de l’hymne qui sont pourtant proscrit, etc. Un mouvement de contre-propagande voit même le jour, distribuant par avion des tracts, des journaux autres que ceux autorisés (La Gazette des Ardennes et le Bulletin de Lille) comme l’Oiseau de France dénoncent les mensonges colportés par le camp allemand et incitent la population à se révolter contre l’occupant. Pour certains, ne pas lutter, c’est faire preuve d’antipatriotisme. Cette résistance se manifeste également par la création de réseaux ou encore le refus de réaliser les travaux forcés, acte sévèrement puni, mais aussi par le soutien aux soldats ennemis des allemands : certains habitants, malgré les interdictions, n’hésitent pas à apporter de l’aide aux soldats roumains par exemple, faisant fi de la menace des punitions lourdement inculquées. Philippe Nivet précise que la rébellion n’est pas seulement l’affaire des habitants, mais également des autorités religieuses comme le montre l’exemple de Lille et de Mgr Charost, qui « [critique] ce qui est entre crochets se met en romain la volonté allemande d’imposer à ses lettres pastorales le contrôle de la censure, [proteste] contre les déportations de Pâques 1916, et [s’insurge] contre la levée de bataillons de discipline ou [prend] la défense des intérêts économiques du Nord quand les Allemands y démantèlent le tissu industriel » (p. 236). De ce fait apparait une certaine dualité : la population occupée n’est pas, comme on pourrait le penser, hétéroclite et « une » face à l’occupant. Au contraire, les rapports à l’ennemi sont variés : certains prônent l’indifférence tandis que d’autres souhaitent partager une amitié avec les soldats. Il faut mentionner que certains soldats restent jusqu’à trois ans dans une même famille, tissent des liens avec les français, et inversement, phénomène que l’auteur nomme « l’accommodement ». La haine semble peu à peu se dissiper, d’autant plus au sortir de la guerre. Philippe Nivet souligne aussi cet échange d’aide et cette part d’humanité présents en temps de guerre, en prenant par exemple le Noël de l’année 1917 : les tensions s’apaisent entre les deux camps, et les fêtes sont l’occasion d’établir un certain partage entre occupés et occupants. Les soldats allemands offrent des présents reçus de leur pays aux français, comme par exemple du pain, des savons, des friandises aux enfants et deviennent pour certains d’entre eux « des pères de substitution » les citations sont en italique, guillemets compris (p.275)… et les français partagent leur repas avec les soldats. Philippe Nivet donne de nombreux exemples d’amitiés naissantes entre les deux camps et souligne alors l’importance des rapports humains, même sous cette lourde période d’occupation. Cela dit, il insiste dans cette même partie sur une autre forme de rapprochement, les liaisons intimes entre soldats et femmes occupées, bien que des deux côtés ce type de relation soit proscrit et sévèrement réprimé. Dans un tableau intitulé « Naissances à Sains-Richaumont (Aisne) de 1914 à 1918 », il met en lumière le nombre important d’enfants illégitimes, nés de père allemand et d’une mère française. En 1914 par exemple, sur 33 naissances, seulement deux enfants sont « enfants naturels ». contresens, vous ne semblez pas savoir ce qu’est un « enfant naturel » Cependant, il ne faut oublier que même si la plupart de ces naissances sont issues d’une relation consentante (de nombreuses femmes se lient aux allemands par besoin financier et vital peut-on alors parler de consentement), les viols sont répandus au sein de cette période d’occupation quelques chiffres auraient été les bienvenus pour mesurer ces phénomènes. En dernier lieu, l’auteur revient sur un sujet délicat et souvent passé sous silence, celui de la collaboration. Cette collaboration se fonde principalement sur les échanges et le travail volontaire effectué pour l’ennemi, comme le montre l’auteur à la page 295 : « Des Français se mettent au service des Allemands pour les aider à collecter de l’or, des billets de banque ou des valeurs de pays neutres, qu’ils échangent contre des bons communaux avec un cours en apparence favorable (…) » ; mais aussi sur la dénonciation. De nombreux délateurs, « plaies du pays » selon « Fasol » qui est-ce ? (p. 298), n’hésitent pas à dévoiler l‘identité d’habitants ayant daigné collaborer avec l’ennemi, dénonciations se faisant même au sein des familles.

La dernière partie du travail de Philippe Nivet se détache quelque peu des parties précédentes. Ici, l’auteur s’éloigne de toute orientation chronologique afin de s’intéresser aux conséquences sociales et morales de l’occupation sur la société, et plus encore au devenir des populations en ce temps de l’après-guerre. Des témoignages individuels et pour la plupart inédits, peignant une France traumatisée et une population bouleversée, sont brillamment utilisés. L’auteur met alors en évidence l’expérience violente qu’ont connu les occupés durant la Grande Guerre, les « vies déconstruites » selon les propos d’Annette Becker (Des vies déconstruites. Prisonniers civils et militaires, 14-18 aujourd’hui, Marginaux, marginalité, marginalisation, Noêsis, 2001, p. 79-87) en insistant sur la désillusion générale et la difficulté du processus de reconstruction. Celui-ci précise que l’après-guerre se divise en deux temps : d’une part, un élan d’exaltation de la fin, de la sortie de l’occupation qui laisse la place à un sentiment de désillusion majeure qui affecte les populations. La France du Nord souffre des difficultés d’approvisionnement, du prix élevé des marchandises, etc., qui créent un sentiment d’hostilité vers le pouvoir public. Comme le montrent les divers documents et témoignages, la population meurtrie du Nord de la France éprouve le sentiment d’être abandonnée par le gouvernement Clémenceau, et s’indigne contre le manque de considération de la part du pouvoir après un tel traumatisme national. « Les anciens occupés se sentent refoulés, rejetés, oubliés » écrit lui-même Philippe Nivet. Dès lors se forme la résurgence d’un régionalisme : face aux restrictions, aux divers contrôles et à la situation alarmante qui perdurent, les habitants du Nord de la France n’ont plus le sentiment d’être des citoyens français. D’autre part, l’auteur souligne le manque d’ordre qui règnent dans les villages, certains habitants regrettent même l’ordre ancien de l’occupation : « Il n’y a plus l’ordre qu’on avait sous l’occupation » écrit un lillois. En dépit de cette désillusion, les populations entretiennent le devoir de mémoire, en édifiant des monuments commémoratifs, des places ou des rues sont dédiées à des soldats morts pour la France, etc. Philippe Nivet donne l’exemple de Lille : la ville érige un monument aux fusillés près du boulevard Vauban et de la liberté, inauguré en 1929, un monument aux morts contenant l’inscription suivante : « Aux lillois, soldats et civils, la cité a élevé ce monument aux morts afin de rappeler au cours des siècles l’héroïsme et les souffrances de ses enfants morts pour la paix ». Des décorations spécifiques et des médailles sont remises, comme la Légion d’honneur ou la croix de guerre entre autres, récompensant soldats et civils ayant souffert de l’occupation. De nombreux ouvrages et films rendent compte de ce temps de l’occupation, comme par exemple Les Allemands à Sedan du Dr Lapierre. La reconstruction morale passe également par la lourde et amère dénonciation de la collaboration. Plusieurs formes de collaboration sont sanctionnées, notamment celle des « femmes à boches » qui, au sortir de l’occupation, sont les exclues, les parias du village. Humiliées et punies, certaines choisissent même pour échapper à leur sort, de fuir en Allemagne rejoindre le soldat avec qui elles ont entretenu une relation. Les cas d’adultère sont sanctionnés si le dossier est emmené en justice, et si le mari souhaite porter plainte. De manière générale, un réel climat de suspicion règne chez les habitants. Les collaborateurs doivent être punis et dénoncés, d'où l’ouverture de nombreuses d’enquêtes pour « intelligence avec l’ennemi » au Conseil de guerre et des nombreux procès qui s’ensuivent. La collaboration intellectuelle -cas jugé le plus sévère- est lourdement sanctionnée, sanction passant de l’arrestation à l’emprisonnement, et même jusqu’à la condamnation à mort. Philippe Nivet met en avant l’inclémence manifeste présente dans ces villages du Nord, cette chasse aux collaborateurs qui tourne parfois à l’hystérie dans cette « face noire de la France héroïque de 1914-1918 » (p. 364). En dernier lieu, l’auteur se concentre sur la reconstruction matérielle et examine le mouvement de résurgence du patriotisme présent dans les mentalités.

 

En définitive, le travail réalisé par Philippe Nivet apparait comme principalement informatif et descriptif. Les témoignages et autres documents manuscrits apportent clairement de la vivacité à son œuvre et font éclater les conditions pénibles, le plus souvent inconnues voire oubliées de l’occupation ; cela dit, ces mêmes témoignages viennent parfois parasiter la lecture et alourdir le récit. On ne peut certes nier l’exploitation et l’étude précise que fait l’auteur d’un grand nombre de documents (comme le montre la longue bibliographie en fin d’œuvre), on peut cependant regretter dans certains cas le manque de commentaires et d’analyses vis-à-vis des documents utilisés, et regretter également que les exemples prennent majoritairement la place de l’argumentation. Le lecteur peut être tenté, après lecture de trois ou quatre mêmes exemples qui se suivent, de ne plus lire toutes les illustrations citées par l’auteur mais de vouloir se rendre directement aux idées directrices et fondamentales du texte. D’autre part, l’ouvrage de Philippe Nivet apporte de nombreuses informations sur le contexte social et humain de l’époque, mais laisse le lecteur quelque peu dubitatif : doit-il réellement se fier à ces témoignages, pour la plupart subjectifs et écrits en temps de désillusion et de colère ? N’y a-t-il pas une part d’exagération, accentuée par la haine envers le camp ennemi ? Dès lors, l’ouvrage soulève d’autres interrogations malgré la clarté des documents et des témoignages intégrés, et peut amener le lecteur à prendre de la distance par rapport aux faits énoncés, en se demandant si oui ou non ces documents sont réellement fiables et objectifs. De plus, même si l’occupation se tient en France, elle concerne également le peuple allemand, du moins ses soldats. Peu de témoignages sont insérés, la vision de cette occupation aux yeux de l’allemand demeure floue pour le lecteur. Après lecture de certains témoignages, l’allemand incarne la figure du « Mal », il incarne le barbare, l’ennemi. Peu de documents viennent contrer cette thèse, bien que l’auteur souligne lui-même un changement de mentalité dès l’année 1917 chez les français et les allemands. On voit apparaitre une forme d’harmonie et de cohabitation entre le peuple occupé et les soldats allemands : la solidarité prend alors vie dans ce contexte de guerre. La France occupée, 1914-1918 s’inscrit dans notre programme de l’année intitulé « Guerre, Etat et Société » en tant qu’étude de l’histoire sous un angle social et humain. Offrant un nouveau visage à l’histoire, l’ouvrage peut être qualifié d’ouvrage-témoignage, puisque l’auteur nous livre par le biais de nombreux documents la face cachée de la Grande Guerre, ce visage meurtri de la France occupée souvent mis de côté et oublié au profit de témoignages et autres récits de guerre, comme le montre l’exemple des mémoires de soldats.

 

Philippe Nivet souhaite mettre à jour un sujet souvent mis de côté et oublié, celui de l’occupation sous la Grande Guerre, en exploitant une bibliographie qu’Annette Becker n’a pas utilisée dans son œuvre, et peint une France dont la situation semble encore sensiblement délicate après la guerre. Le pays éprouve de grandes difficultés à se relever et à relever les populations anciennement occupées : des problèmes d’ordre social, humain et matériel persistent et le gouvernement semble incapable d’y remédier. Le travail très documenté et précis de l’auteur de La France occupée, 1914-1918 met en avant un autre visage de la guerre, guerre vécue de manière différente par les civils.

 

Prénom NOM

Khâgne La Perverie, Nantes, promotion 2012-2013


 

 

Georges Lachmann Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes, coll. «  Histoires », Hachette Littérature, Oxford, 1990.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce compte-rendu sera très difficile d’utilisation : une partie est totalement absconse (2.3), une autre rédigée de façon très contournée (2.4), et le reste ressemble plus à un résumé qu’à un compte-rendu : il aurait fallu rassembler thématiquement les informations sans suivre nécessairement le plan de l’ouvrage. Quelques fautes d’expression aurait aussi pu être évitées. Si la critique universitaire a été partiellement intégrée, elle l'a été avec peu d'efficacité.

 

Note sur 20 : 06

 

Introduction : Une guerre d’un autre type

Dans cette introduction, G. Mosse présente le sujet de son ouvrage, le mythe de la guerre. La Première Guerre mondiale qui constitue le cœur de l’ouvrage, la deuxième partie, est selon l’auteur la confrontation fondamentale de l’expérience de mort massive caractéristique des guerres modernes. L’objectif de son ouvrage est de montrer comment la rencontre avec une mort de masse organisée, pendant la Grande Guerre, a conduit à une brutalisation des sociétés européennes en générales, et tout particulièrement les futurs totalitarismes italien et allemand. Il affirme que c’est par un mythe de la guerre, développé à travers de nouveaux moyens de communication reliant le front à l’arrière, que cette expérience de mort massive est adoucie dans une sublimation du soldat qui la rend supportable. Il présente les nouveautés de la Grande Guerre, et rappelle en quoi la mort est une réalité omniprésente de la vie des tranchées. Avec cette confrontation quotidienne avec la mort, le besoin, de la légitimer et de la rendre acceptable, est devenu essentiel et explique le développement du mythe ; la guerre est alors sacralisée et banalisée. L’auteur nuance son propos rappelant qu’en réalité peu de gens se sont véritablement exprimés sur la guerre, ce mythe est né des seuls écrits et témoignages parvenus grâce à une minorité d’intellectuels. C’est aussi par l’intermédiaire d’un autre mythe, celui des engagés volontaires, que s’est construit le mythe de la guerre. G. Mosse observe par ailleurs que les deux mythes existaient déjà bien avant la Première Guerre mondiale, ce qui justifie l’organisation de l’ouvrage ; la première partie est consacrée à l’analyse des fondements du mythe, la deuxième à celle de sa transformation au cours de la Grande Guerre, puis la troisième « au sort du mythe » après la Première Guerre mondiale. Une remarque de l’auteur nous révèle déjà que l’ouvrage sera difficilement utilisable pour le concours ; le cas de l’Allemagne est au centre de l’analyse de G. Mosse bien qu’il utilise des exemples français, anglais et italiens.

 

 

1- LES FONDATIONS

 

1.1.  Les engagés volontaires

L’auteur s’intéresse d’abord aux engagés volontaires car c’est à travers ces hommes que le mythe de la guerre va naître et se propager. G. Mosse révèle que ces volontaires étaient attachés à certains idéaux qui permettent de comprendre leur comportement, notamment pourquoi ils acceptaient de se sacrifier pour leur patrie. De nouvelles valeurs apparaissent avec eux ; la camaraderie, l’idéal de virilité que l’auteur défini comme « un symbole de régénération personnelle et nationale ». L’auteur établit les idéaux de ces engagés volontaires à partir de la littérature de la Première Guerre mondiale, dans laquelle l’éloge de la camaraderie tient une place importante. A la suite de la Première Guerre mondiale, l’idée que la guerre apporte un sens et une valeur à la vie apparaît systématique dans la littérature de guerre ; cette idée repose à la fois sur l’expérience de la camaraderie et sur l’idée d’une aventure exceptionnelle où la notion de virilité prend une dimension considérable. Selon l’auteur, ce sont les idéaux défendus par ces engagés volontaires, même s’ils ne constituaient qu’une minorité d’intellectuels, qui permettent de saisir la nature et la dimension du mythe de la guerre qu’ils ont façonné.

 

1.2.  La construction du mythe : les symboles tangibles de la mort

Selon G. Mosse, comprendre le mythe de la guerre ce n’est pas seulement analyser le rôle des engagés volontaires mais c’est aussi analyser le rapport et la conception commune de la mort. Les lieux réservés au culte des morts constituent une dimension essentielle de la compréhension de l’essence même su mythe car c’est en eux qu’il prend toute son ampleur sacrée. G. Mosse note que c’est au cours de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 que le premier cimetière militaire apparaît, auparavant, il ne s’agit toujours que de monuments aux morts sur lesquelles ne figuraient généralement que les noms des généraux. Il révèle par ailleurs que la France, en montrant l’exemple, est le premier pays d’Europe à attribuer une sépulture à tous les morts de guerre. Le cimetière militaire apparaît alors comme un symbole physique du mythe de la guerre, de même que les monuments de guerre, qui révèlent une évolution dans le statut du soldat citoyen ; la Grande Guerre voit apparaître une égalité entre le simple soldat et le supérieur avec une reconnaissance du sacrifice du soldat qui se manifeste par la sépulture individuelle et l’inscription de son nom sur les monuments. G. Mosse opère alors une transition avec sa deuxième partie, il explique que le mythe de la guerre devient essentiel voire nécessaire avec la Première Guerre mondiale pour « sublimer la mort de guerre », qui va donner une dimension nouvelle au mythe dont les conséquences vont se répercuter dans le champ politique entre les deux guerres.

 

 

2- LA PREMIERE GUERRE MONDIALE.

 

2.1. Les jeunes et la guerre

L’auteur développe dans ce chapitre le rapport des jeunes à la guerre en expliquant l’enthousiasme qui s’exprime lors des « journées d’août » de quoi s’agit-il ?. G. Mosse rappelle que dans le cas de la France et de l’Allemagne, les soldats sont avant tout des conscrits, mais il note quand même des volontaires qui devancent l’appel. Il remarque qu’au début du XXe l’idéal de virilité, indissociable du mythe de la guerre, est mis à mal par le développement du mouvement décadent, il est alors exagérer par une partie des jeunes gens qui motivera les volontaires de la génération de 1914. Cependant, G. Mosse finit par nuancer son propos en présentant une étude de J.-J. Becker qui révèle que « la majorité, elle, ne voulait pas de la guerre ». Selon l’auteur, il apparaît que c’est une élite intellectuelle qui crée la perception de la guerre qui deviendra commune par la suite quelle perception ?. Finalement, il conclut que l’enthousiasme reste du domaine du mythe, développé par une élite bourgeoise, tandis que la vie des soldats est plutôt marquée par la déception face à la réalité des tranchés quelle horreur !... mais peut-être avez-vous voulu évoquer les tranchées.

 

2.2. Le culte du soldat tombé au chant d’honneur les passages sur les cimetières auraient dû regrouper avec ceux qui en parlent déjà plus

Dans cette partie G. Mosse démontre comment tout un mythe se construit autour du soldat mort au chant d’honneur, mythe qui consiste en un culte qui lui est rendu. Ce culte apparaît, selon l’auteur, d’abord à travers un idéal empreint de référence à l’antiquité. G. Mosse note que les éléments chrétiens sont à l’origine peu présents dans ce culte du soldat qui passe par les monuments aux morts, cependant ceux-ci vont progressivement apparaître dans une piété plus populaire qu’officielle. Le soldat mort au champ d’honneur est sacralisé, son sacrifice faisant écho à celui du Christ, c’est la souffrance qu’ils endurent qui est rédemptrice. Cette partie est difficile à utiliser car elle n’utilise pas d’exemple purement français.

G. Mosse dans cette partie revient sur les cimetières militaires qui constituent l’ancrage physique de ce culte voué aux soldats morts au champ d’honneur. Selon lui, c’est le nombre de morts sans précédent causé par la Grande Guerre, « qui obligea les Etats européens à construire des cimetières militaires », la France montrant l’exemple, et donnant, à la fin de la guerre, le soin de ces questions à un secrétariat d’Etat des anciens combattants. L’auteur note par ailleurs, que la question de la manière selon laquelle il fallait honorer les morts préoccupait fortement les Etats ; les « bois des héros » furent communément adoptés dans une large partie de l’Europe. Les cimetières militaires deviennent rapidement de véritables lieux de culte parfois très vivants, comme en France et en Flandre, du fait d’une importante fréquentation.

Puis l’auteur aborde un élément, commun à l’ensemble des pays, d’une importance non négligeable pour le culte du soldat mort, la tombe du soldat inconnu. G. Mosse révèle qu’il prit différentes formes suivant les pays, mais que l’idée restait la même, à savoir une tombe dédié à l’ensemble des morts de la Grande Guerre qui serait parfaitement accessible à l’ensemble de la population, et jouant le rôle de mémorial.

Enfin, G. Mosse s’attarde sur les monuments de guerre, destinés à honorer le sacrifice des morts et non plus seulement le soldat lui-même. Alors qu’à l’origine n’y étaient inscrit que les noms des généraux, l’usage se démocratise et tous les soldats finissent par avoir leur nom d’inscrit sans distinction de grade. Se pose alors la question pour les Etats de l’utilité fonctionnelle de ces monuments, ainsi que leur caractère sacré ou profane. Ces monuments, dans le cas français, arborent des thèmes récurrents comme le pacifisme, la victoire, la résurrection,… La différence entre vainqueur et vaincus est d’ailleurs essentielle dans l’analyse de ces monuments au l’échelle européenne.

 

2.3. L’appropriation de la nature cette partie est particulièrement absconse

Selon G. Mosse, la nature est associée au mythe de la guerre dans le but de masquer l’horreur de la guerre et de transfigurer la mort. La nature est présentée par l’auteur comme une intermédiaire entre la guerre et son acceptation par la population. Elle est utilisée pour masquer les traces de la guerre dans le paysage, mais, en même temps elle témoigne d’une forme de refus de la modernité. Elle est le masque de l’horreur des combats et alimente le mythe de la guerre.

Cette appropriation de la nature se manifeste à travers une conquête de la montagne et des cieux. Alors que l’aviation n’en était qu’à ses débuts, les pilotes avaient d’ores et déjà un statut à part ; ils étaient considérés comme les « héros du ciel », ceux qui conquirent ce qui de tout temps fût la demeure des dieux, mais, en même temps l’avion renvoi à la peur permanente du progrès et de la modernité. C’est en France que l’avion commence à symboliser un salut national associé à la revanche contre l’Allemagne. G. Mosse rappelle que la guerre aérienne possède une dimension particulière, renvoyant à la chevalerie du Moyen-Âge ; les combats aériens consistaient en effet généralement en une lutte singulière dans une conquête d’un monde meilleur. Les pilotes sont alors idéalisés comme ces chevaliers conquérants d’un nouveau monde. Les pilotes, qui, en France, étaient majoritairement issus de l’unité des chasseurs alpins, constituaient une élite de volontaires marquée par cette appropriation de la nature.

 

2.4. L’entreprise de banalisation partie rédigée de façon particulièrement contournée

Si le mythe de la guerre s’est approprié la nature et la religion, il est aussi développé par une entreprise de banalisation. G. Mosse démontre dans cette partie comment la guerre s’installe au quotidien de la population. L’auteur fait remarquer que l’entreprise de banalisation nourrit le mythe de la guerre dans une logique opposée à celle qu’on a vu jusqu’à présent ; celle-ci n’est alors plus exaltée ou glorifiée dans une optique de sacralisation mais simplement intégrée dans une réalité quotidienne qui en repousse l’aspect terrifiant. Il révèle que cette banalisation prends d’innombrable formes au sens où elle est mise en œuvre à travers une grande variété d’objets, des cartes postales aux jouets pour enfants en passant par la littérature et tout autre objet d’utilité quotidienne. G. Mosse s’attarde plus particulièrement sur les cartes postales et les affiches, notant l’absence d’image réalistes ; la guerre est comme nettoyée de toute sa dimension d’horreur choquante et glorifiée par la mise en scène d’idéaux comme celui de la camaraderie. La banalisation de la guerre apparaît aussi dans le rapport avec l’enfance ; G. Mosse prend l’exemple très intéressant d’une affiche publicitaire française pour des jouets vendu par un grand magasin parisien, bien qu’il fasse une légère erreur d’interprétation, l’affiche est explicite en ce qui concerne le phénomène de banalisation, et l’opinion française au sortir de la guerre, l’Allemand est l’ennemi.

Dans cette deuxième partie, G. Mosse révèle l’utilisation du théâtre, du cinéma et de la photographie comme moyens de propagande et de mise en scène de la guerre. Le théâtre français a très tôt commencé à mettre en scène des sujets militaires ; les batailles de Marengo, dès 1868, et de Verdun. Le cinéma n’interviendra que plus tardivement vers la fin des années 1920. De même la photographie est utilisée par les Etats ; la photographie officielle met en scène la guerre en l’adoucissant, tandis que les photos prises par les soldats pour leurs familles sont plus réalistes. Il conclut que l’entreprise de banalisation, prenant différentes formes, a contribué à la construction du mythe de la guerre, non plus dans une logique de sacralisation mais de désacralisation révélant le frottement entre les dimensions sacrée et profane de la perception de la guerre.

 

 

3- LES APRES-GUERRES

 

3.1. La brutalisation du champ politique allemand

D’une manière générale ce chapitre ne nous intéressera pas car il ne concerne pas la France. Cependant, l’exemple d’une carte postale française utilisé par G. Mosse permet de saisir la vision française dans son rapport aux morts ; les soldats français guidés par le Christ marchent vers le paradis dans une mort transcendée qui conduit à la renaissance, tandis que les soldats allemands vont en enfer à la rencontre de la mort définitive.

 

3.2. D’une guerre à l’autre

L’auteur montre que la guerre s’inscrit durablement dans les mémoires entre 1918 et 1939, comme si la Première Guerre mondiale n’était pas fini. Il traite à nouveau de la banalisation de la guerre, mais à une échelle différente de celle qui s’était développée pendant la Première Guerre mondiale. Le cinéma prend alors de l’importance et établit une continuité entre les deux guerres construisant le mythe plutôt qu’il ne le détruit, malgré quelques tentatives pour aggraver la guerre sens ?, cette gravité ne parvenait pas à révéler les véritables horreurs de la guerre.

G. Mosse traite ici des engagés volontaires étrangers dans les brigades internationales pour se battre en Espagne contre Franco. La dimension idéologique de cet engagement est décisive, il s’agit d’une volonté de lutter contre le fascisme commune à ces soldats de nationalités différentes, on trouve alors une camaraderie entre Anglais, Français et Allemand. C’est à nouveau ces engagés volontaires qui construisirent le mythe, ou plutôt la minorité intellectuelle qui les constituait. Malgré le changement idéologique que pris cet engagement des volontaires dans la guerre, la continuité n’est pas rompue et le mythe de la guerre perdure. A contrario de ces volontaires engagés contre Franco, G. Mosse mentionne des volontaires aux côtés de Franco ; ceux-là restent peu nombreux, l’auteur dénombre 250 Français, dont on ne sait presque rien. Il y a donc bien une continuité à établir entre les deux guerres par l’intermédiaire du mythe permet de faire accepter la guerre sens ?.

G. Mosse traite alors des tentatives de développement du pacifisme mais constate que celui-ci ne parvient pas à s’imposer. Au moment de la guerre d’Espagne, la gauche antifasciste est tiraillée entre l’engagement armée contre la puissance montante du fascisme et le fait de poursuivre son attitude pacifiste et de le laisser se développer. L’auteur arrive à la conclusion que le pacifisme est durement attaqué ce qui l’empêche de constituer un véritable obstacle au mythe de la guerre, à la fois par la droite et par la gauche ; « les mouvements nationalistes voyaient dans la guerre un moyen de reconquérir les territoires perdus et de régénérer la nation, tandis que la gauche voulait combattre le fascisme en rejoignant les forces républicaines dans la guerre civile espagnole ». confusion

 

3.3. Le sort du mythe pendant et après la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale, très différente de la Première car elle ne fait plus intervenir la séparation entre front et arrière, transforme fondamentalement de mythe de la guerre. L’auteur montre comment le mythe de la guerre change de visage avec des engagés volontaires qui n’ont plus les mêmes raisons, ceux de la guerre d’Espagne contre Franco puis les étrangers de la Waffen SS, notamment des Français.

G. Mosse, révèle dans cette partie que le mythe de la guerre s’effrite à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Le culte du soldat mort au champ d’honneur laisse la place à une figure de victime mettant fin au mythe de la guerre glorieuse qui s’était construit depuis le début du XIXe siècle. Cependant, s’agissant des conséquences de la Seconde Guerre mondiale, après 1945, concernant principalement l’Allemagne, on ne s’y attardera pas d’avantage.

« Le lien traditionnel entre culte des morts à la guerre et gloire nationale était rompu » : l’auteur montre que le culte des morts change de sens, et que le mythe de la guerre, au centre de l’ouvrage tombe en désuétude. Rien ne sert de s’y attarder d’avantage puisqu’il s’agit d’une conséquence de la guerre dont les faits se situent en dehors du cadre chronologique de notre thème.

 

 

Critique

A part une légère erreur d’interprétation sans aucune gravité laquelle ?, l’ouvrage peut nous intéresser principalement en ce qui concerne la deuxième partie centrée sur la Première Guerre mondiale. Les première et troisième parties sont quelques peu difficiles à utiliser étant pour une large part hors sujet pour notre thème d’année, d’un point de vue chronologique et géographique. Par ailleurs cet ouvrage est intéressant dans le sens où il propose des réflexions et des clés de compréhension des rapports entre la guerre, l’Etat et la société. Si cet ouvrage offre de nombreux exemples, la majorité d’entre eux ne nous intéressera pas car ils concernent particulièrement l’Allemagne et l’Italie ; on y trouvera cependant de rares exemples pouvant servir comme étude de cas pour élaborer une réflexion, ainsi que quelques références à d’autres analyses historiographiques. L’ouvrage est aussi dotée d’un index et d’une bibliographie conséquente, cependant celle-ci reste difficile à utiliser car elle n’est pas organisée et mélange des œuvres artistiques et littéraires avec des ouvrages d’historiographie.

G. Mosse est un spécialiste des totalitarismes. Son ouvrage traite de l’ensemble des sociétés européennes et démontre comment un mythe de la guerre, véhiculé par des volontaires, va se construire tout au long des XIXe et XXe siècles ; ce phénomène est particulièrement observable dans le cas de l’Allemagne nazie et du Fascisme italien. Le problème de l’ouvrage pour le concours, pas en soi, réside dans le fait que G. Mosse néglige le cas de la France dans son analyse, en effet il ne donne que très peu d’exemple concernant la France. G. Mosse fait par ailleurs une erreur méthodologique ce n’est ni une erreur, ni méthodologique, c’est tut simplement un choix, certes dommageable en négligeant le cas français qui ne l’intéresse pas prioritairement ; S. Audoin-Rouzeau souligne cette erreur en notant que l’ouvrage « persiste à tout ignorer de la force du pacifisme français au cours de l’entre-deux-guerres et se refuse à considérer la spécificité radicale des anciens combattants français. Ainsi, si l’ouvrage ne constitue pas une lecture essentielle pour la préparation du concours c’est la façon dont la fiche a été conçue qui donne cette impression, l’ouvrage est au contraire au centre de la question d’année, non par son champ, mais sa thèse, il peut intervenir comme lecture complémentaire dans le but d’une mise en perspective et d’un approfondissement des thèmes qu’il aborde ; le mythe de la guerre, des volontaires, qui contribue à la brutalisation générale des sociétés européennes. Où la citation, qu’il aurait fallu mettre en italique, s’arrête-t-elle ?

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Marc Michel, Les Africains et la Grande Guerre : L’Appel à l’Afrique (1914-1918), Karthala, Paris, 2003.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Un compte-rendu de qualité affaibli par des fautes d’expression et par l'absence d'intégration de la critique universitaire.

 

Note sur 20 : 13

 

Cet ouvrage retrace le parcours des Tirailleurs Sénégalais troupes issues, malgré leur nom, de l’ensemble des colonies françaises d’A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pendant la Première Guerre Mondiale , tout en s’attachant à souligner l’important effort de guerre que ces territoires ont dû mettre en place pour répondre aux besoins de la métropole. Partant du mythe de la « Force Noire » énoncée dans l’ouvrage La Force Noire du général Mangin en 1910, Marc Michel tente aussi de montrer que cette armée d’A.O.F. a suscité nombre de conflits politiques liés à l’emploi stratégique de cette force militaire : ces combattants noirs se sont retrouvés sur les fronts les plus importants tout en ne faisant pas l’unanimité. Cette « force noire » a longtemps véhiculé des mythes (des guerriers possédant une force surnaturelle, le fait qu’ils puissent être des cannibales, …). Ainsi, s’il ne faut pas remettre en cause leur courage au combat, Marc Michel tente de montrer que la vocation de ces combattants noirs n’était pas celle de venir combattre en Europe. D’autre part, si ces combattants ont payé un lourd tribut pendant les combats, la Grande Guerre a aussi participé à la réorganisation de la société d’A.O.F. qui est devenue plus dépendante économiquement de la métropole. Enfin, les conséquences de la guerre ont entraîné une redéfinition des rapports politiques entre l’A.O.F. et la métropole, faisant apparaître des tensions récentes. Ainsi, si l’ouvrage semble se consacrer à la seule période 1914-1918, il décrit cependant ce qui précède la Grande Guerre et son lendemain.

 

 

1- LES AFRICAINS AU SERVICE DE LA DEFENSE DE LA NATION. 

 

1.1-            L’emploi des troupes noires au cœur des débats politique et militaire.

Tout d’abord, l’emploi de ces troupes est un sujet placé sur le devant de la scène politique et militaire. En effet, lorsque paraît La Force Noire en 1910, le général Mangin entend utiliser les colonies françaises comme un creuset pour recruter de nouvelles forces militaires. Or, cette vision n’est pas partagée par les politiques : Jean Jaurès publie la même année L’armée nouvelle, ouvrage qui dissuade de compenser le déficit de natalité français par le recrutement dans les colonies. Ainsi, Marc Michel parle « d’engouement à dissymétrie variable », notamment en ce qui concerne les Quatre Communes (Saint Louis, Gorée, Dakar et Rufisque, villes du Sénégal) où les habitants ont la citoyenneté française et sont plus enclins à s’engager. Si le Petit Parisien exagère le chiffre de ces troupes en 1915 en parlant de 700 000 noirs, l’emploi de ces troupes est d’abord important dans le maintien de l’ordre comme en Afrique du Nord.

Dans l’optique de rechercher un compromis, les troupes noires sont d’abord projetées pour la pacification du Maroc, où 17 000 soldats noirs sont employés entre 1907 et 1914 : c’est un théâtre d’essais pour le pouvoir politique. En dépit des ces débats politiques, la vision qui leur est accordée par les Etats-Unis permet de comprendre en 1919 que ces clivages politiques traversent les frontières. Ainsi, un slogan américain affirme que : « how a fine thing to be a black Frenchman in 1919 », soulignant ainsi que même si l’emploi de ces troupes ne fait pas l’unanimité, la France leur accorde une place importante.

Enfin, l’enjeu militaire principal repose sur la réorganisation de l’armée : ces troupes noires peuvent-elles faire l’objet d’un amalgame avec les troupes métropolitaines ? En effet, les Tirailleurs Sénégalais s’organisent en Bataillons de Tirailleurs Sénégalais commandés par des sous-officiers majoritairement blancs et des officiers blancs. Ces bataillons manoeuvrent en unités constituées comme durant la « course à la mer » entre septembre et décembre 1914 où 4 bataillons noirs sont engagés, composés de 7 à 10 % de blancs. Ce projet d’amalgame divise les généraux entre Foch qui désire l’emploi massif de ces bataillons, et Pétain qui n’a guère confiance en ces troupes, rappelant l’hécatombe qu’elles ont subie lors du Chemin des Dames entre avril et juin 1917, qui devient le symbole du sacrifice des Tirailleurs Sénégalais.

 

1.2-            L’engagement de la « Force Noire » dans les combats de la Grande Guerre.

Premièrement, cette « Force Noire » participe activement aux combats des théâtres d’opérations de la guerre. Mais elle est aussi victime de sa propre gloire. En effet, le Tirailleur Sénégalais devient, au cours de la guerre, le symbole de ces « troupes de choc », déstabilisant l’ennemi par l’utilisation du coupe-coupe qui fait de lui ce guerrier atypique. Cependant, les Tirailleurs Sénégalais sont victimes des conditions climatiques européennes qui ravagent les effectifs, facteur qui s’ajoute à un équipement médiocre (peu de cartouches par exemple).

Par ailleurs, les combats de la guerre constituent le seul bastion de l’égalité entre les blancs et les noirs au sein des colonies phrase très mal rédigée. En effet, si les pertes sont quantitativement plus élevées chez les noirs, le pourcentage est presque identique id.. Les Tirailleurs Sénégalais combattent d’abord le 26 février 1915 où quatre Bataillons de Tirailleurs Sénégalais participent aux combats de Gallipoli aux côtés des Anglais sur le front ottoman : malgré la paralysie ?, peu d’entre eux collaborent avec les musulmans, pourtant de la même religion. C’est surtout pendant les combats de la Somme entre juin et septembre 1916 qu’ils les musulmans ? s’illustrent, notamment à la Maisonnette (propriété sur les hauteurs de Biaches) ou à Frise. Ils s’illustrent aussi lors de la bataille de Verdun entre février et décembre 1916 où ils démontrent leur bravoure tout en montant un défaut de leur formation, parfois achevée trop tôt pour pouvoir alimenter le front en hommes. Mais la légende des « troupes exceptionnelles » naît en 1918 avec la défense de la ville de Reims, où les Tirailleurs perdent un tiers de leur effectif en affrontant le gaz.

D’autre part, dès mars 1915, l’arrière accueille les noirs blessés au combat dans des camps d’hivernage où trois problèmes viennent rendre la situation délicate : le logement, la santé et l’instruction. Dès lors est créé un Comité d’Assistance aux Troupes Noires pour permettre leur remise en condition.

 

1.3-            Le bilan et la mémoire attachés aux troupes noires.

En premier lieu, le bilan des pertes des troupes d’A.O.F. est un sujet à controverse. Elle fournit 192 000 soldats (dont 7200 originaires de Quatre Commune) sur la période, dont 134 000 sont débarqués en Europe. Selon les estimations, les Tirailleurs Sénégalais comptent 18.4% de pertes en 1917. Beaucoup ne sont pas morts au combat mais victimes du manque de conditions d’hygiène qui leur est accordée à l’arrière. Tout le débat repose sur l’utilisation de la « Force Noire » comme d’une « chair à canon », débat relancé par Joe Cunn qui est-ce ?, mais qui n’a que peu d’impact sur la scène politique.

De plus, la mémoire attachée à ces troupes est divergente. En effet, l’Allemagne considère juste après la guerre qu’elles constituent la « honte noire », notamment lors de l’occupation où 10 000 hommes de couleur sont en Allemagne sur un ensemble de 85 000. Ainsi, le soldat noir est vu tantôt considéré comme un bon enfant à civiliser, tantôt comme une brute qui n’a pas raison d’être. La mémoire officielle de la métropole diverge des celle implantée dans les colonies. Ainsi, à l’inverse de la métropole, les monuments aux morts sont nombreux en Afrique à l’instar de la construction de la cathédrale du Souvenir africain de Dakar où il est inscrit : « A ses morts d’Afrique, la France reconnaissante. » Enfin, certains écrits comme René Maran dans Batouala, véritable roman nègre sont clairement anticolonialistes, discours qui nourrira le discours de Lamine Senghor et celui plus tard de Léopold Sédar Senghor.

 

 

2- L’AFRIQUE DANS L’EFFORT ECONOMIQUE DE GUERRE.

 

 

2.1- La planification des productions et des échanges.

Le début de la guerre s’amorce de manière catastrophique : en 1914-1915, les colonies françaises traversent la « grande famine », véritable drame du début de la guerre qui combine sécheresse, épidémie et famine. De plus, le commerce dépend du chemin de fer pour le transport. Or certains aménagements ne sont pas finis, comme la ligne qui est censée relier Dakar au Niger. Ainsi, seules les marges côtières permettent une « économie ouverte » vers la métropole.

Par ailleurs, ce commerce repose sur trente grandes sociétés métropolitaines comme la Compagnie française de l’Afrique occidentale dirigée par Frédéric Bohn. Mais, en parallèle de l’impuissance de l’administration française pour compenser les catastrophes naturelles, les producteurs sont obligés de céder leurs récoltes à des prix très bas face à la pression des industriels.

Enfin, force est de constater que la Grande Guerre développe le commerce avec la métropole mais n’entraîne pas une industrialisation des colonies et qu’il se focalise sur quelques récoltes seulement, les oléagineux surtout. De plus, le commerce subit les aléas du transport comme le 8 août 1918 où 150 000 tonnes d’arachides restent stockés dans de hangars à Dakar. Ces aléas sont accentués par le manque de conduite gouvernementale.

 

2.2- La tentative de redressement économique venant de la métropole.

Tout d’abord, ce commerce avec la métropole nécessite une modernité qui intervient avec la nomination au poste de gouverneur général de l’A.O.F. de Joost van Vollenhoven en juin 1917. Il tente de redresser l’économie en incitant les productions indigènes pour limiter l’envoie d’hommes sur le front et en réorganisant l’administration coloniale. Ce « modernisme inhabituel » est un fiasco car le gouverneur général se met à dos les grandes sociétés qui voient en lui un défenseur des producteurs. Il est même accusé d’être un mauvais administrateur en mettant « tous les habitants valides, enfants et femmes […] à mettre en romain dans l’obligation de travailler ».

Par ailleurs, la fin de la guerre entraîne l’affaiblissement du commerce colonial avec la métropole. Si entre 1917 et 1920, l’Etat français est le « client exclusif » de l’A.O.F. (94% des oléagineux), la paix retrouvée suscite la montée de la concurrence de l’Angleterre, la Hollande et de l’Allemagne. Parallèlement, le « plan Sarraut » au début des années 1920 provoque un débat : il voudrait installer un programme qui développe le commerce colonial, comme avec le coton africain, rare et cher. Faute de moyens et de l’appui des grands industriels, ce plan économique et social n’aboutit pas. Si le commerce colonial semble paralysé, la Grande Guerre permet aux grandes firmes de se consolider.

 

 

3- NOUVEAUX RAPPORTS ENTRE LA METROPOLE ET LES COLONIES.

 

3.1- Le consentement des colonies dans l’effort de guerre.

En premier lieu, l'enrôlement des colonies dans l'effort de guerre passe par le recrutement des troupes. Si la loi de 1900 réorganise les forces coloniales, il faut attendre 1915 pour assister à cet « Appel à l'Afrique » avec la politique de Gaston Doumergue alors ministre des colonies entre 1914 et 1917. Tout l'enjeu repose sur la persuasion des chefs et des notables locaux. Dès 1915, les chefs africains entreprennent d'envoyer leurs fils au front : à leur retour, les Tirailleurs se couvrent de gloire et pourraient ternir l'image du chef si ce dernier ne participe pas lui-même à l'effort de guerre. Cette politique sera communément appelée « l'impôt du sang » des colonies, abandonnée à l'automne 1917.

Cependant, ce recrutement ne pourrait être efficace s'il n'était pas valorisé par les Tirailleurs eux-mêmes. Ainsi, la perspective de l’ascension sociale permet aux Tirailleurs de vanter les mérites de l'engagement au sein des villages. L'espoir de pouvoir monnayer l'engagement au front contre la citoyenneté française est la principale source de motivation. Par exemple, Dakar fournit 53 000 hommes, ce qui constitue un succès sans précédent.

Enfin, alors que le recrutement est ralenti fin 1917, l'intervention du premier Sénégalais ministre Blaise Diagne relance le recrutement. Surnommé « la voix de l'Afrique ». L'année 1918 est placée sous son impulsion puisque Clemenceau le nomme directeur du recrutement des troupes indigènes. Ce politicien africain permet, à partir de janvier 1918, d'effectuer une nouvelle vague de recrutement alors même que les révoltes dans les colonies se font ressentir.

 

3.2- Les révoltes  et le refus de défendre la France.

Si Blaise Diagne incarne une forme pacifiée du recrutement des Tirailleurs, la Grande Guerre voit aussi l'émergence des premières tensions marquantes avec la métropole sous formes de révoltes, parfois armées. La rumeur du recrutement vide certains villages, les populations fuyant vers les pays frontaliers comme le Libéria ou les colonies qui ne sont pas françaises. Cet aspect renforce le scepticisme de certains généraux qui voient en ces révoltes le faible potentiel militaire des Tirailleurs, faisant par la même occasion le procès du général Mangin. Sur le front en lui-même, certaines mutineries apparaissent sans pour autant ternir l'image de la « Force Noire ». Ces révoltes peuvent parfois même être le fruit des populations blanches comme lors de la construction de la ligne Dakar-St Louis en avril 1919, les ouvriers menaçant d'arrêter le chantier phrase elliptique.

Cependant, ce sont les révoltes armées qui choquent et perturbent le plus l'administration coloniale. Plus particulièrement, « la Grande Révolte de l'Ouest Volta » lancée le 17 novembre 1915, et qui s'achève en septembre 1916. Elle comprend plusieurs villages qui s'embrasent les uns après les autres. Outre la nécessité de réprimer militairement cette révolte, l'une des principales craintes de l'administration repose sur la possible utilisation de cette révolte dans la propagande allemande.

Enfin, alors que la France est séparée de l'Eglise depuis 1905, la crainte de l'islam se fait paradoxalement ressentir. En effet, nombre de Tirailleurs sont musulmans et leur vie à l'arrière les confronte avec les populations. Ainsi, la progression de l'islam inquiète, ce qui suscite les oppositions des populations au maintien des Tirailleurs au sein des habitants. Pas très clair

 

 

Critique :

Tout d’abord, l’auteur s’attache à dresser un tableau économique du commerce entre la métropole et ses colonies. S’il est facile de comprendre la dépendance naissante des colonies, Marc Michel parsème son œuvre de vingt-six tableaux sens ?. Certains sont nécessaires pour comprendre les fluctuations de la balance économique, comme le tableau vingt-et-un qui décrit les fluctuations des oléagineux entre 1917 et 1919. Mais certains tableaux comme le tableau dix-huit décrit les produits achetés mais s’avère bien trop précis pour avoir une vision globale de ce commerce. Le reste des illustrations se situent au milieu du livre : photos et images soulignant les différents aspects de la vie du Tirailleur (au contact des populations, caricatures, en manœuvre, …) mais n’abordent que peu les relations avec les militaires blancs, comme dans le reste de l’ouvrage.

En effet, si Marc Michel porte son attention sur la description de la formation et de l’engagement des Tirailleurs Sénégalais pendant la Grand Guerre, il ne se préoccupe que peu des rapports avec les soldats métropolitains, pourtant bien présents puisque formant l’encadrement des troupes. Ainsi, l’œuvre soulève bien les clivages qui divisaient les généraux et les hommes politiques. Or les combats eux-mêmes confrontaient en priorité les troupes métropolitaines à ces Tirailleurs Sénégalais, unités récentes (créées en 1857). L’idée de l’égalité face au feu est à peine évoquée alors que c’est tout l’enjeu des débats actuels : les Tirailleurs Sénégalais ont-ils été envoyés au feu comme de la « chair à canon » ? Considérant que les pourcentages de pertes au feu sont presque identiques entre les blancs et les noirs, cette théorie a connu peu d’impacts. Ces impacts sont plutôt d’autres ordres et relèvent de la Mémoire.

Ainsi, l’œuvre développe l’idée de la Mémoire accordée aux Tirailleurs, plus valorisée sur le continent africain. Cependant, même dans sa conclusion, l’ouvrage ne porte pas assez son intention sur les clivages de la Mémoire, toujours d’actualité aujourd’hui. Cette Mémoire mériterait une attention particulière puisque le gel des pensions de Tirailleurs Sénégalais établie en 1958 ne sera réévalué qu’en 1997 par Jacques Chirac.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Philippe Masson, La marine française et la guerre 1939-1945, Tallandier, Paris, 1991.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Très correct, ce compte-rendu est affaibli par de nombreuses fautes d’expression et l'absence d'intégration de la critique universitaire.

 

Note sur 20 : 11

 

Introduction ;

La marine française a dû faire face lors de la seconde guerre mondiale à des situations d’une incroyable complexité. Sur elle reposait en effet les dernières forces militaires de la France. Ainsi, relativement libre de ses mouvements, elle eut à choisir entre la fidélité au régime de Vichy, la poursuite de la lutte au côté des alliés, ou sa propre neutralisation. Elle fut elle-même l’objet de choix contestés comme l’attaque de Mers-el-Kébir par les anglais ou l’attaque de Toulon par les troupes d’Hitler.

Quel enjeu a représenté la marine française de 1939 à 1945, et qu’est ce qui a pu ainsi expliquer les choix polémiques qu’elle a eu à prendre ?

 

 

1) la débâcle

 

1.1) La préparation

Si la marine était parfois décrédibilisée pour avoir été couteuse et moins utile que l’artillerie lors de la seconde guerre mondiale, l’on reconnut par la suite que la « pression silencieuse des escadres » y fut déterminante. En effet elle a permis le blocus de l’Allemagne ainsi que le ravitaillement de la France en troupes et matériel des colonies. Ainsi son budget, tout d’abord sérieusement amputé, a fortement grimpé pour lui permettre d’établir la liaison constante avec l’Afrique du Nord pour une guerre jugée longue. C’était donc une marine performante, de plus de 700 000 tonnes qui se préparait à la guerre. Celle-ci est de plus une fierté de la population, grâce à son statut de valeur sure et à une habile propagande. Elle souffrait toutefois d’une certaine ancienneté des bâtiments, ainsi que de graves lacunes en détection et en aéronautique.

 

1.2) Une marine « invaincue » ? trop allusive, cette sous-partie ne prend de sens que pour une personne informée

Le début de la guerre fut un désastre pour la marine. Elle vît la France se faire envahir sans pouvoir apporter d’aide décisive. Une fois les allemands arrivés aux ports stratégiques, elle a dû fuir, détruire la majeure partie de ses infrastructures, saborder ses propres navires inachevés et se retrouva finalement isolée de ses principales bases. L’évacuation fut pourtant une prouesse technique. Elle se fit en grande partie dans l’improvisation, comme le montre l’opération dynamo explic., mais fut globalement réussie et les navires en état avaient rejoint l’Angleterre ou Toulon. Les bases se sont vaillamment défendus et se sabotèrent pour éviter de servir aux allemands. La suite de la guerre se passa donc dans la méditerranée. Toutefois la déception fut de nouveau là pour des marins prêts à en découdre, car la marine italienne n’attaqua pas. La marine mena alors des opérations de harcèlement le long des côtes.

 

1.3) l’armistice.

Celles-ci prirent fin le 22 Juin avec l’armistice de Rethondes. La marine était alors presque intacte et le resta du fait de la proposition d’Hitler de laisser à la France sa flotte. Cet armistice fut alors jugé par beaucoup inespéré. Toutefois l’article 8 de  l’armistice, concernant la marine, exigeait qu’une partie des navires soient démilitarisés dans leurs ports d’origine, qui se trouvaient principalement en zone occupée. Les Britanniques craignirent alors, malgré les nombreuses assurances de l’amiral Darlan, que la marine ne tombe entre les mains des allemands. Cela fut au cœur des préoccupations Britanniques, pour qui la maitrise des mers était vitale et qui pensaient tomber en infériorité navale si les navires français ralliaient ceux de l’Allemagne et de l’Italie.

 

 

2) De Mers-el Kébir à Dakar, la marine face aux anglais.

 

2.1) L’opération catapult

   Les anglais lancent l’opération catapult le 3 Juillet, ayant pour but de détruire la force de raid de mers el Kébir, et de capturer les navires français présents à Alexandrie et en Angleterre. Malgré le fait qu’une telle opération risquait de les faire entrer en guerre contre la FR, les Britanniques l’ont décidé précipitamment, afin libérer les navires britanniques occupés à la surveillance des navires français.

Churchill voulait de plus faire un coup d’éclat, qui puisse montrer au monde la volonté du Royaume Uni de continuer la guerre de toutes ses forces. Pour les Français, qui étaient déterminés à ne pas abandonner leur marine à l’ennemi, c’était une trahison de la part des anglais et une action injustifiée. Pour de nombreux marins français la cause était une jalousie ancestrale des anglais envers une marine française à laquelle ils auraient voulu mettre définitivement fin tant que l’occasion s’en  présentait. On voit bien en quoi cette action marqua les esprits et mis définitivement fin à l’alliance. Ce fut par ailleurs la raison d’une grande anglophobie qui se propagea dans la marine. Si les marins français ont refusé de laisser les anglais capturer ou détruire la flotte de Mers el Kébir, c’est aussi en grande partie par égard pour la population de la métropole en occupation qui pourrait alors subir la colère de l’axe. Si les plus jeunes officiers de marines étaient nombreux à vouloir continuer la lutte, ils ne l’ont pas fait car ils craignaient que leurs familles restées en France ne soient persécutées. De même, si les responsables français n’ont pas voulu, dès la débâcle, replier leurs navires dans les colonies ou en Angleterre, c’est parce qu’ils trouvaient intolérable d’abandonner ainsi les français de métropole. La marine était en somme attachée à la France, et non pas à l’alliance. De plus, l’amiral Gensoul s’est référé au gouvernement de l’armistice, considéré sans aucun doute comme étant le gouvernement légitime. Les britanniques considéraient, eux, que le gouvernement de l’armistice était entièrement contrôlé par Hitler et ne représentait en rien le peuple français. Ils essayaient ainsi de récupérer des navires et troupes françaises pour continuer la lutte derrière la figure du général De Gaulle. En vérité, l’appel du général De Gaulle n’a provoqué que de faibles réactions chez les officiers français. Un sens d’honneur militaire prenait de plus une place primordiale dans ce choix. Les deux camps ont commis une erreur de jugement. Les français semblaient bien ne pas vraiment croire à la détermination anglaise d’ouvrir le feu. De même les anglais pensaient que les français abandonneraient les navires dès la première salve. Toutefois ceux-ci ont répliqué sans grand succès, mais ont réussis à faire sortir le Strasbourg et quelques navires légers. Le total des morts s’est élevé à 1258, pour 371 blessés. A Alexandrie, le caractère des deux amiraux aboutit à un consensus sur un désarmement dans ce port.

 

2.2) les conséquences de Mers-el-Kébir

Cette attaque provoqua une forte émotion dans le monde entier, les journaux se montrant particulièrement critiques contre la Grande Bretagne. Hitler exultait et se servit de l’affaire pour montrer que l’Angleterre « se battra jusqu’au dernier français ». En accord avec Mussolini, il suspendit l’article 8 du traité et tenta de favoriser l’antagonisme franco-anglais. En zone occupée, les allemands firent un travail de propagande principalement avec des affiches. L’opinion française était partagée entre ceux qui n’y croient pas et une vive colère. Darlan fut particulièrement furieux, il monta donc différents projets visant à attaquer la marine et le commerce anglais, proposant même de monter une opération franco-italienne contre Alexandrie. Toutefois Weygand puis Pétain vont modérer les choses. Au final, cela n’amène pas la France dans une situation de guerre avec la Grande Bretagne, mais coupe toutes relations avec celle-ci. Pour une large partie du pays, l’Allemagne restait l’ennemi principal, malgré la forte propagande. La marine s’est sentie humiliée par l’affaire, et l’on a pu y voir renaitre un fort sentiment anglophobe. Cela a globalement provoqué un trouble, « resserré le sentiment d’union nationale », et a ainsi favorisé le vote du 10 Juillet 1940 mettant fin à la IIIème république. Ce fut pour beaucoup l’occasion de changer les alliances traditionnelles, ainsi Laval proposa de s’engager dans une pleine alliance avec l’Allemagne. Les Anglais n’ont coulé que quelques grandes unités, pensant après la bataille de Jutland que seuls les cuirassés pouvaient changer la balance des forces.

 

2.3) La FNFL

Les hommes des camps de Liverpool ne rejoignirent après qu’en assez faible nombre la FNFL ( force navale française libre ). Elle ne comptera en fin 1940 que 3300 hommes, dont seule la moitié est constituée de marins de l’ancienne flotte. Ceci est dû aux conditions dans lesquels les navires français ont été capturés, ainsi qu’à la manière dont les marins ont été traités, moins bien que des prisonniers de guerre. La FNFL, tout le long de la guerre, a surtout servie à l’escorte de convois lors de la bataille de l’Atlantique, ainsi qu’à des opérations diverses sur la manche, et y perdit plusieurs navires. Muselier explic. et De Gaulle auront beaucoup de mal à établir le drapeau tricolore, car le régime de Vichy était considéré par beaucoup comme étant légitime. S’étant aliéné le gouvernement transitoire, Churchill va énormément appuyer le général De Gaulle, qu’il va tenter de légitimer comme seul véritable représentant des intérêts de la France, afin de s’allier l’empire colonial français. Celui-ci a largement désapprouvé l’opération de Mers-el-Kébir, mais affirmera que le salut de la France ne peut se trouver que dans la victoire britannique. L’AEF rejoignit rapidement les FFL.

 

2.4) la bataille de Dakar

L’opération de Dakar, appelée menace, fut préparée par Churchill, et devait comporter principalement des FFL, afin de la légitimer. De Gaulle pensait que la ville se rallierait facilement à lui. En réalité, de nouvelles informations ainsi que l’arrivée d’une escadre à Dakar semblent montrer que l’opération risque de rencontrer une vive résistance. Le cabinet de guerre se rétracta alors que la flotte anglo-française est déjà en route, puis donne la pleine liberté de l’opération au général De Gaulle. L’arrivée de l’escadre est due à la volonté du gouvernement de Vichy d’enrayer les ralliements à De Gaulle et de montrer ainsi à l’axe qu’ils avaient intérêts à ne pas démilitariser la marine française. Elle a rencontré en cours de route des problèmes avec deux croiseurs britanniques, mais sans ouvrir le feu. Le gouvernement de Vichy, s’il souhaite satisfaire les allemands et italiens, ne veut pas ouvrir les hostilités avec les britanniques. Si cette escadre était peu importante, elle joua un important rôle psychologique, donnant l’impression que le régime de Vichy était militairement libre et venait réinstaller l’ordre dans les colonies. Le plan de ralliement rêvé par De Gaulle ne fonctionna pas, et les autorités de Dakar tirèrent sur les navires français et anglais à proximité. Il lança alors un dernier message, appelant les troupes voire la population de Dakar à renverser les « coupables qui tirent sur des français ». Les navires et batterie de côte de Dakar mirent à mal la flotte franco-britannique. Celle-ci s’éloigna pour la nuit et revint au matin, essayant à nouveau d’exhorter les populations à les rejoindre. Le gouverneur Boisson répondit ; « la France m’a confié Dakar, je défendrais Dakar jusqu’au bout ». Bien qu’anti-allemand, il respectait le régime de Vichy, l’intégrité de l’empire colonial, et se trouvait peu disposé à rejoindre un général de brigade jugé vendu aux anglais, ceux-ci étant d’ailleurs responsables de Mers-el-Kébir. La flotte de menace dut abandonner, presque tous ses navires étant endommagés. Ce duel fratricide ébranla clairement De Gaulle. Pour se réaffirmer, il décida de prendre le dernier bastion de Vichy en AEF, le Gabon. Il réussit, mais au prix de la destruction du Bougainville. L’affaire fut célébrée comme une victoire en France, ou du moins comme la revanche de Mers-el-Kébir. Elle satisfaisait le gouvernement, car elle empêcha à la fois une mainmise anglaise et allemande sur l’Afrique du Nord. Elle justifiait de plus la place d’une marine comme défendant l’intégrité de la France et de son empire colonial.

 

 

3) La marine au cœur de la collaboration

 

3.1) l’entrevu de Montoire

Cette marine forçait les deux camps à composer avec la France, car elle était de taille à bousculer l’équilibre des forces en méditerranée. C’est d’ailleurs ce qui va motiver l’entrevu de Montoire. En effet, Hitler avait besoin de la marine Française, et a remarqué à l’occasion de Menace qu’elle pouvait se battre contre l’Angleterre. La proposition de collaboration de la part d’Hitler visait principalement à engager la marine française dans la guerre contre le Royaume-Uni et de se servir de ses bases africaines. Toutefois, lorsqu’Hitler va devoir se concentrer sur l’est avec l’attaque de la Grèce et l’opération Barbarossa, il se contentera d’une France neutre, défendant l’Afrique et conservant sa marine. Il semblerait, d’un autre côté, que Lord Halifax explic. ait communiqué au régime de Vichy des demandes qui consiste à faire croire aux allemands à une « tension artificielle » avec la grande Bretagne, et surtout à conserver leur marine et leurs colonies. Un accord officieux s’établît entre le régime de Vichy et la Grande Bretagne, selon lequel les français doivent s’abstenir de signer la paix avec l’axe ou lui fournir des navires, en échange de quoi le blocus maritime anglais sur les colonies africaines se relâcha. Si aucun camps ne voulait s’aliéner vraiment le France et sa marine, celle-ci n’était pas non plus prête à redevenir belligérante.

 

3.2) les marines périphériques

La marine stationnée en extrême orient ne comprend guère qu’un croiseur léger, deux avisos et quelques canonnières. Isolé et soumis à une forte pression de la part du japon, l’amiral Decoux signa alors un accord avec Tokyo, leur permettant de se servir des bases du Tonkin et reconnaissant leur expansion, en échange d’un engagement à respecter l’intégrité de la colonie française. Cet accord permettait aussi de contourner en partie le blocus maritime anglais, déjà allégé. L’Indochine isolée dut aussi affronter la flotte de la Thaïlande, qui subit une lourde défaite malgré ses bâtiments modernes. Dans les Antilles, les américains vont exiger avec le retour de Laval au gouvernement le désarmement préventif des navires, ce que leur accordera Vichy. Malgré des activités communes décidées par l’Amiral Godefroy, les marins d’Alexandrie furent les plus méfiants envers les Anglais, du fait de leur statut proche de celui de prisonnier, alors qu’ailleurs l’anglophobie s’atténuait rapidement. Les ralliements furent freinés par les critiques très violentes de De Gaulle contre Pétain, qui jouissait toujours d’une forte aura dans la marine. 200 000 tonnes étant immobilisés à Alexandrie, aux Antilles, ou en Indochine, le régime de Vichy ne disposait au final que de 63% de la flotte d’avant-guerre.

 

3.2) Darlan et la collaboration

L’amiral Darlan devint Vice-Président du Conseil le 9 février 1941. Il va se servir de la marine comme d’une base pour la politique de collaboration. C’est avant tout par opportunisme qu’il se lança dans la collaboration c’est une opinion, pas une certitude. Il fut peu à peu désigné pour être le successeur de Pétain. Il rencontra le Führer le 11 mai, qui lui propose comme lors de l’entrevue de Montoire d’améliorer la collaboration. Darlan se fera alors l’émissaire de la collaboration. De nombreux marins sont entrés dans la haute administration, car la marine est pour la première fois la première force militaire du pays et un modèle capable d’inspirer la « révolution nationale ».Le régime de Vichy avait alors deux atouts ; sa marine et ses colonies que seule cette même marine pouvait tenir. A cause de la nouvelle politique de collaboration, la France a fournis des appuis en Syrie à l’Allemagne qui cherchait à envoyer des armes aux irakiens révoltés. Cela entraina donc une attaque des britanniques et des forces de De Gaulle contre cette colonie. La marine française fut alors obligée à se battre de nouveau contre les forces franco-britanniques, au départ avec succès. Mais face à un pilonnage massif par l’escadre britannique, les français furent vite tentés de faire appel à l’aviation allemande, ce qui aurait fait basculer la neutralité française. Darlan songea aussi sérieusement à envoyer la flotte de Toulon, mais c’était risquer le dernier atout français pour une colonie secondaire, d’autant plus que la marine française se serait retrouvée dans un cul-de-sac maritime. Cette guerre critiquée fut un échec pour Darlan et sa politique de collaboration. Novembre marqua le retour des tensions franco-anglaises, avec différents combats navals. Parallèlement, les négociations furent reprises avec l’Allemagne quant à une collaboration plus importante. Darlan fut le principal porte-parole de ce projet, mais Hitler le bloqua toujours par manque de confiance. De plus, l’alliance de la marine à l’axe se heurtait à des problèmes techniques. Elle souffrait d’un manque de carburant et d’hommes, avec un déficit de 6000 ou 7000 marins. Enfin si les marins ont toujours montré une grande détermination lorsqu’il s’agissait de défendre le « patrimoine national », l’amiral Auphan souligna qu’il aurait été bien plus difficile de leur faire accepter une opération offensive. Il écrivit ainsi dans un rapport à Darlan : « la marine ne peut être dissociée de la communauté nationale. Tant que cette communauté sera amputée dans son territoire et dans ses membres par l’Allemagne, il ne faut absolument pas compter que la marine puisse être engagée, aux côtés de cette puissance, dans un conflit contre qui que ce soit. »

Pour lui, le fond de dissidence était dû au fait qu’il y ait eu bien plus de haine envers les Italiens qu’envers les Anglais.

 

 

4) le retournement

 

4.1 ) chute de Darlan et de sa vision de la collaboration

Darlan déclina finalement. En effet les allemands le rejetèrent car il avait refusé entre autre d’abandonner du matériel militaire et de la marine commercial à l’Allemagne, les Britanniques le haïssaient pour avoir collaboré avec l’Allemagne, et l’opinion public le rendait coupable des duretés de l’occupation qu’elle ne voulait imputer à Pétain. Le 18 avril 1942, il fut alors mis à l’écart du gouvernement au profit de Laval. Darlan conserva toutefois la direction de l’armée et tenta d’y lancer de nombreuses réformes, mais il se heurta à un certain esprit de caste. En effet l’armée de terre et l’armée de l’air acceptaient mal d’être dirigées par un marin. Déçu, il va peu à peu se rapprocher des alliés. Si ceux-ci ne lui faisaient pas confiance, il va toutefois se trouver en Afrique au moment exact du déclenchement de Torch, l’opération américano-britannique  destinée à prendre l’Afrique du Nord. Darlan va alors hésiter longtemps, pour finalement s’allier aux Américains. La marine avait pendant ce temps mené un âpre combat contre les alliés et fut endommagée. Publiquement désavoué par Pétain, il tenta sans grande conviction de faire venir la flotte de Toulon en Afrique. En effet, s’il souhaitait satisfaire les Américains, il craignait toutefois les représailles des Allemands en métropole. La flotte de Toulon refusa de toute manière. En métropole, différents camps se manifestèrent. Pétain soutenait intérieurement l’armistice, avec Auphan qui était peut-être même favorable à un envoi en Afrique. De l’autre côté Laval et Laborde souhaitaient utiliser la marine de Toulon pour affronter les Américains.

 

4.2) Toulon et la fin d’une époque.

Les allemands et Italiens étaient soudainement très favorables à une collaboration avec la France, afin de récupérer la marine de Toulon. Toutefois, le cessez-le-feu accordé par Darlan a retourné la situation et Hitler, certain d’un complot, donna l’ordre de passer le lendemain la ligne de démarcation. Auphan tenta de faire son possible pour empêcher que la flotte de Toulon ne tombe entre les mains des allemands, fortifiant le port et essayant de convaincre Pétain ou Laborde de faire partir la flotte. Echouant à les convaincre, il démissionna. Hitler préparait alors l’opération Lila pour prendre Toulon. Son but était avant tout de mettre la flotte hors d’état de nuire, mais il espérait toutefois pouvoir la capturer et en donner le contrôle aux Italiens. Il installa huit U-Boote pour prévenir toute sortie précipitée de la marine française. Le 27 Novembre, l’opération Lila débuta. A 5h15, Laborde donna l’ordre de sabordage qui concerna 90 navires, ce qui correspondait à la meilleure moitié de la flotte. L’émotion fut très forte en France. En effet disparaissait à la fois sa dernière puissance militaire, sa principale compensation à l’armistice et son seul argument diplomatique face à Hitler ou aux alliés. A ce drame s’ajouta celui de Bizerte. En effet l’amiral Derrien, assailli d’ordres contradictoires de toute part, se trouva obligé le 7 Décembre de capituler face à l’arrivée d’un lourd dispositif germano-italien. Enfin, le 24 Décembre, Darlan fut assassiné pour d’obscures raisons.

 

4.3) la nouvelle marine.

Une nouvelle marine se reconstitua en Afrique, prenant pour base quelques vaisseaux des colonies, consolidés par des navires cédés par les alliés et les navires de la FNFL. La force X basée à Alexandrie et la petite escadre des Antilles vinrent renforcer cette nouvelle marine bien plus tard. Godfroy ne se décida à faire combattre la force X au côté des alliés que le 17 Mai 1943. Il ne le fit qu’après de lourdes pressions britanniques, ainsi qu’après avoir eu la certitude que Vichy n’avait plus d’indépendance et que le « comité de défense impériale » n’était pas foncièrement gaulliste. Les américains avaient soumis en 1943 les Antilles française à un blocus, l’escadre ayant refusé de les rejoindre. Poussé par la population locale, l’amiral Robert accepta le 30 Juin 1943 de rejoindre les alliés. Au final, le ralliement de la FNFL à la flotte d’Afrique se fit difficilement, un important fossé s’étant constitué entre les deux marines. La marine finalement obtenue dut être considérablement modernisée par les alliés. Elle représenta à la libération 350000 tonnes, soit un peu moins de la moitié de la marine de 1939. Cette marine ne représentait alors que 6% des marines anglo-saxonnes, alors que la marine de 1939 en représentait 24%. Elle fut toutefois très active au côté des alliés, particulièrement lors de la libération de la Corse en Septembre 1943. Elle aida au débarquement en Normandie, mais se montra surtout utile lors du débarquement en Provence. Parallèlement, un embryon de marine subsistait sous le contrôle de Vichy, augmenté par les navires sabotés à Toulon et rétrocédés lors de la capitulation Italienne. De nombreux officiers, démobilisés, avaient rejoint l’Afrique ou la résistance. Cette marine fut coulée en grande partie par la marine américaine lors du débarquement en Provence.

 

Conclusion ;

Si la marine française n’a pu qu’assister, impuissante, à la débâcle française, elle a été après cela le corps d’armée le plus important. Elle était en effet, en France où à l’étranger, la seule partie presque intacte de l’armée et ainsi la seule qui lui permette d’intervenir dans des théâtres extérieurs à la France même. Elle représentait ainsi magnifiquement l’ambigüité qui a marqué toute la France durant cette période. La marine fut de plus la chose qui intéressait le plus en France les principaux belligérants.

 

Critique :

Philippe Masson nous présente ici une histoire précise de la marine française durant cette guerre et n’hésite pas pour cela à expliquer en détail les enjeux stratégiques de chacun des protagonistes. L’on retrouve ainsi un grand nombre de messages anglais ou allemands dans une moindre mesure, destinés à illustrer l’intérêt que portaient les alliés ou l’axe à la marine française. L’auteur semble plus critique envers De Gaulle qu’envers Pétain, mais il souhaite surtout montrer ce qui a pu pousser la marine à tant de retenue quant à De Gaulle et parallèlement à respecter le régime de Pétain comme étant légitime. Si l’on sent chez Philippe Masson une certaine affection pour la marine française, il n’essaie toutefois pas d’idéaliser des épisodes tels que le sabordage de Toulon où est le paradoxe ?. On peut ainsi penser qu’il a été très juste dans cet ouvrage. En effet celui-ci est extrêmement détaillé et Philippe Masson justifie ainsi chacune de ses affirmations ou hypothèses par des extraits de discussions. Il est de plus détaillé car il présente quasiment chaque action de chacun des navires français durant cette époque. Le lecteur peut ainsi se retrouver noyé dans une immensité de noms de navires et détails technique. Il semble donc indispensable de s’informer avant la lecture sur les différents types de navires de l’époque, ainsi que sur le langage technique de la marine.

 

Prénom NOM

Hypokhâgne, promotion 2011-2012, La Perverie (NANTES)


 

 

André Loez, 14-18, les refus de la guerre : Une histoire de mutin, Gallimard, Paris, 2010.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce n’est pas parce que l’auteur est un sociologue qu’il fallait en adopter le charabia et la logique parfois creuse : un compte-rendu vise à éclairer un ouvrage, pas à en reproduire les faiblesses. La critique corrige fort heureusement ce défaut.

 

Note sur 20 : 10

 

NB : L’ouvrage commence par une citation du soldat Henri Kuhn s’adressant à son lieutenant : « Faites moi fusiller mais je ne monterai pas aux tranchées, d’ailleurs ça revient au même ». Cette parole de mutin ouvre l’intense mouvement d’indiscipline qui va ébranler l’armée française de 1917. Quelques semaines durant, des dizaines de milliers de soldats vont refuser de « remonter » aux tranchées, défiant l’autorité et dénonçant la guerre. Ce sont ces hommes et leurs actes qu’André Loez va étudier.

Dans son introduction André Loez tente de définir le terme de « mutinerie » et en conclut qu’il est impossible de donner une définition globale de la mutinerie. Selon Loez, les mutineries sont « à  l’intersection de deux logiques » : une logique de réticence à la guerre, et une logique de l’indiscipline et de l’illégalité. Il pose ensuite l’hypothèse que les mutineries peuvent et doivent s’analyser comme un mouvement social d’un type particulier. L’analyse de Loez va donc suivre les temporalités de la guerre et des mutineries, partant de la situation d’obéissance générale de 1914 (chapitre 1)  pour comprendre l’irruption de l’indiscipline  (chapitre 2), son intensité (chapitre 3), son improvisation (chapitre 4), ses raisons (chapitre 5) et enfin la remise en ordre accompagnée de répression qui y met un terme (chapitre 6). Loez souhaite ainsi proposer une nouvelle compréhension des évènements qui soit « moins tributaire du résultat finale de ceux-ci », en restituant aussi fidèlement que possible comment les choses se sont réellement passées au printemps 1917.

 

 

1 – L’OBEISSANCE ET SES LOGIQUES DE 1914 à 1916

 

1.1 – L’entrée en guerre et l’adaptation à sa durée

Dans la premier chapitre de son ouvrage, André Loez va chercher à montrer ce qui prépare ou préfigure les mutineries. Mais avant cela il va essayer de comprendre pourquoi le soldat de 14 entre en guerre. Comment une fois mobilisé a-t-il pu tenir ? Pourquoi s’est-il mutiné en 17 et pas en 15 ? On répondra que chaque français a reçu son ordre de mobilisation et donc ne se pose pas la question, mais il ya quelque chose de plus profond selon André Loez. Ce dernier voit dans cette entrée en guerre une «évidence collective ».Elle n’est pas le fruit de la contrainte, ni de la volonté, mais a été rendue possible par un travail intense de nationalisation de la société. Les institutions militaire et scolaire partagent la valeur essentielle du devoir : entrer en guerre, c’est être français, courageux. André Loez explique qu’en 14, « on fait la guerre parce qu’il y a la guerre » et que cette dernière devient la « situation sociale ordinaire ».

La participation à la guerre en 1914 résulte donc avant tout du conformisme social dans l’efficace cadre étatique et sous le regard intense des autres. On comprend dès lors en quoi la désobéissance ultérieure des soldats ne relève pas d’une « démotivation » passagère et vite surmontée, mais révèle que d’autre choix et d’autres conduites sont devenus possibles et pensables en raison d’une « inflexion des cadres sociaux et symboliques de l’obéissance engagée dès la fin de 1914 ».

Après un an de guerre, on voit apparaître chez les soldats des exigences de justice et d’égalité qui vont remplacées l’enthousiasme patriotique. Le soldat en devant s’adapter à une guerre de plus en plus meurtrière qui semble devoir durer, devient plus résigné. On voit alors s’ajouter au discours patriotique une « économie morale du sacrifice », visant à instaurer l’égalité des Français devant la mort.

 

1.2 – L’ambigüité du statut de soldat et de la guerre

Depuis la Révolution, les soldats français sont, en théorie, des soldats « citoyens ». Ce statut relève donc d’une identité double qui confère des droits et des devoirs. Toutefois cette réciprocité des devoirs et des droits n’est qu’apparente : la grande préoccupation de l’institution militaire est mois celle de la garantie des droits du citoyen que celle de l’exercice des devoirs, et en particulier, de l’obéissance. C’est pourquoi l’entrée en guerre remet en question la figure du « soldat-citoyen », et montre qu’il s’agit bien d’un enjeu de luttes. Entre 1914 et 1917, ce statut est un enjeu d’affrontements et de tensions entre l’armée, les institutions républicaines, les combattants et les civils. « Soldat » et « Citoyen » constituent moins une entité unique que deux pôles mis en jeu dans une relation de pouvoir et de domination sens ?. Ainsi au début de la guerre, les citoyens mobilisés sont très largement confinés dans le rôle du « soldat » et privés de garanties (permissions, etc.) que suppose le statut du citoyen. Ainsi, en pleine guerre, le respect des règles républicaines est négligé parce qu’il l’est en temps de paix ?. Le fonctionnement de la Justice militaire témoigne d’une mise entre parenthèses presque complète des droits de l’individu et de sa défense au nom de l’effort de guerre. La première année du conflit aboutit donc, sur le plan disciplinaire, à un lourd bilan humain avec près de cinq cent fusillés fin 1915, témoignant d’un contexte où l’impératif de l’obéissance est constitué en devoir sans contreparties suffisantes en droits qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?. Cela dit, une guerre longue nécessite des ajustements et des rééquilibrages et les Conseils de guerres spéciaux sont supprimés le 6 avril 1916. De plus on assiste à un retour progressif à l’identité civile et citoyenne des combattants. Les droits sont alors pensés comme la contrepartie des difficultés de ce rude « travail » de la guerre. En effet, à partir de 1914, faire la guerre devient comme le « métier » des « poilus » survivants, qui se dotent de leur vocabulaire propre, de leurs habitudes et de leur savoir-faire, de leurs valeurs également, parmi lesquelles le courage tient une place importante ce son des droits ?. Cette désignation de la guerre comme un « métier », un « travail », a plusieurs significations. Vivre la guerre comme un « travail » c’est d’abord inscrire l’expérience du conflit dans la continuité des expériences civiles et ainsi le rendre moins inacceptable. C’est ainsi sur le plan individuel, relier le « devoir » patriotique à des expériences et des habitus préexistants : in fait son travail au front comme on le faisait avant la guerre, comme plus largement on « fait son devoir » scolaire, familial, professionnel. Autrement dit, la guerre comme travail (envisagée donc comme une pratique et non comme une culture) implique des contreparties que les mutins seront prompts à revendiquer, ce qui amènera à poser la question de la qualification des mutineries comme une « grève ».

 

1.3 – Le soldat face au combat et l’espoir d’une fin

Loez en vient ensuite à étudier le comportement du soldat face à la violence des combats. Il en ressort l’importance d’un affichage du courage. Et ceci est une nécessité qui permet d’affronter les chocs physiques, psychiques et émotionnels sans précédents de la guerre industrielle. Celle-ci redéfinit l’économie des émotions autour du courage, de la ténacité et d’une insensibilité devenue obligatoire. Cette économie des émotions bannit ainsi les larmes et fait au contraire du rire ou de la gaieté forcée un recours nécessaire. De fait, le rire est un affichage de la virilité ou du jeu avec le danger et aussi une manière de partager l’épreuve. Ainsi, le refus et la désobéissance sont donc vus comme une « lâcheté » et les mutins tenteront, de ce fait, de faire de la révolte un signe de courage.

S’ils tentent d’en rire, c’est la fin de la guerre qui préoccupe un grand nombre de soldats, dès lors que la guerre courte se révèle une illusion. Cependant si d’un côté la guerre leur apparaît insupportable et interminable, mais de l’autre la paix sans victoire paraît de plus en plus improbable. C’est pourquoi l’espoir de « fin » des soldats va s’articuler à tous les éléments extérieurs qui semblent pouvoir amener la paix de manière plus ou moins magique ou providentielle en clair, les soldats souhaitent la paix. Mais André Loez insiste sur le fait que cette très forte volonté que la guerre s’arrête n’équivaut ni à un souhait de défaite, ni à une construction idéologique claire et précise. Son imprécision est en même temps sa limite. Mais elle explique la croissance des pratiques de réticence ou de désobéissance au conflit, signe d’un profond blocage de la situation, au cours de l’année 1916, lorsque la fin de la guerre ne peut être imaginée qu’à travers d’improbables concours de circonstances.

Avant le printemps 1917 et le temps de l’action des mutineries, la paix reste indicible. La réticence à la guerre se manifeste alors par différentes pratiques, légales ou illégales, individuelles ou collectives. En effet,  les cadres sociaux et symboliques de l’obéissance, s’ils ne laissent aucune place à la contestation ouverte, permettent aux combattants de chercher à réduire leur exposition au danger en échappant à l’expérience des tranchées sens ?. Ainsi on voit se déployer dès le début de la guerre de très nombreuses stratégies d’évitement, qui conduisent des mobilisables à rechercher des affectations peu dangereuses.

 

 

2 – L’IRRUPTION DE L’INDISCPLINE

 

2.1 - Causes et contexte des mutineries

Dans le deuxième chapitre Loez tente de comprendre pourquoi la révolte n’éclate qu’au printemps 1917 et pas avant. Il veut apporter une alternative aux explications courantes des mutineries (lassitude, fatigue, accumulation de griefs, etc.). Pourquoi à ce moment précis de la guerre, lorsqu’ils reçoivent l’ordre de « monter aux tranchées » dans une situation militaire qui ne diffère pas fondamentalement des années qui précèdent, la réponse des combattants n’est-elle plus l’obéissance, enthousiaste, résignée, routinière ou désespérée, mais la désobéissance individuelle et collective ?

André Loez tente une explication en étudiant tout d’abord la situation particulière de l’année 1917. A l’alternance devenue presque habituelle de l’immobilité, au cœur de l’hiver, et des opérations militaires majeures qui la suivent, s’ajoute le souhait de sortir d’une guerre interminable et signes de plus en plus nets que la « fin » peut à approcher à savoir, à l’extérieur : la révolution russe, l’entrée en guerre des Etats-Unis ; et à l’intérieur : l’avance suite au recul allemand du mois de mars et les préparatifs de l’offensive d’avril.

De fait au printemps 1917, le généralissime Nivelle prépare une offensive devant apporter la « percée », la poursuite et la victoire, en rompant les lignes allemandes dans l’Aisne, au Chemin des Dames. Son échec, s’il n’explique pas à lui tout seul, les mutineries, contribue à modifier les horizons d’attente et le rapport à la « fin » de la guerre, permettant la désobéissance collective. En effet la paix, la fin, et le retour sont attendus par ces combattants. L’idée d’une offensive finale se construit à travers les paroles des chefs et des officiers qui annoncent effectivement la fin de la guerre, dans les discours visant à exhorter les troupes avant l’attaque sens ?. Il s’agit d’un élément important, dans la mesure où les « promesses non tenues » de l’institution seront un reproche majeur adressé aux chefs durant les mutineries. L’échec est plus durement ressenti parce que la fin avait été clairement promise. C’est ainsi que se développe une critique virulente des choix tactiques des chefs dans les opérations. Les réactions des combattants à cette offensive manquée sont fréquemment exprimées sur le mode de la colère et de l’indignation. Les soldats parlent de « boucherie » et de « sang gaspillé ». Si les mutineries ne se réduisent pas à une réaction de colère, il entre dans l’événement une part de dégoût pour la guerre.

Après l’offensive ratée du chemin des dames, le commandement de l’armée décide de remplacer Nivelle par Pétain. André Loez tient tout d’abord à remettre en question « la légende dorée […] qui veut que la nomination de Pétain ait rassurée ou guéri l’armée ». Il réfute la position de G. Pedroncini car selon lui  la nomination se Pétain est décidée avant que les mutineries soient connues de l’Etat-major, et de plus cette position n’épuise pas les effets du désastre militaire sur l’armée, qui connaît une nouvelle recomposition due aux pertes sens ?. Puis Loez en vient à étudier tous les éléments extérieurs qui ont pu influencer les mutineries, de la simple rumeur aux vrais événements. Ainsi dans une armée fragilisée et plus que jamais poreuse aux nouvelles extérieures et aux rumeurs, l’horizon d’attente de « fin » de la guerre, partiellement abandonné avec l’échec militaire, est puissamment réactivé par les événements déstabilisateurs qui s’enchaînent fin mai : grèves, conférence de Stockholm, radicalisation révolutionnaire en Russie, premiers signes d’indisciplines, rumeurs sanglantes. Ainsi fin mai de nombreux soldats croient Paris en révolution. D’autres rumeurs circulent comme la « rumeur des Annamites ». Les soldats croient que des régiments de noirs et indochinois (Annamites) auraient tirés sur des femmes grévistes. L’origine exacte des rumeurs n’est pas connue mais celles-ci constituent un arrière-plan fictif qui légitime paradoxalement ? la désobéissance. Enfin André Loez étudie les conditions du passage à l’acte. Les mutineries se déclenchent lorsque des soldats reçoivent deux types d’informations : une menace pesant sur eux, et un exemple d’indiscipline leur donnant espoir d’y échapper.

 

2.2 - Les formes et l’intensité des mutineries

Loez commence tout d’abord ce chapitre 3 2.2 ? en déclarant qu’il n’existe aucun état des lieux fiable des mutineries. Ainsi G. Pedroncini évoque l’existence de 250 mutineries dans 68 divisions, alors que D. Rolland dénombre 163 mutineries dans 78 divisions. Le problème est qu’on ne sait pas comment et quoi compter au sein du « continuum d’indiscipline » de 1917. De plus au-delà de la quasi-absence de témoignages directs, les archives militaires présentent des vides et surtout des insuffisances. Même en écartant les imprécisions, Loez compte 111 mutineries dans 61 divisions. Le problème c’est qu’il n’y a que pour une cinquantaine de mutineries que l’on peut confronter les documents et parvenir à une connaissance non allusive des événements. Loez est confronté aussi au fait que les mutineries (les unités concernées sont les 30e, 44e, 120e, 132e, 156e, 337e et 418e RI, 46e BCP) ont été occultées et sous-estimées par les chefs des unités.

Puis André Loez en vient à étudier la morphologie des mutineries. Celles-ci comment par un acte individuel qui se transforme en acte de désobéissance collective. Ceux-ci sont très divers : manifestations sonores, mêlant chants, cris et revendications. Dans ce type d’actes, l’alcool est fréquemment présent. Pourtant Loez refuse de croire que celui-ci est la cause des mutineries, du moins il admet qu’il les aide. Loez recense aussi au printemps 1917 des pratiques variées : la provocation individuelle sous la forme de discours opposés à la guerre, les désertions à l’intérieur et départs non autorisés, les refus de monter et dispersions furtives de soldats ne voulant pas aller aux tranchées ; les scènes de désordres et de scandale, principalement le long des voies ferrées par magnétisme ?. Pour mesurer l’intensité des mutineries, Loez propose un diagramme (cf. p.235), recensant le nombre de régiments connaissant une désobéissance collective du 29 avril au 2 juillet 1917 ; on peut voir par exemple que la vague la plus forte se déroule le 2 juin 1917 où 19 régiments se mutinent. Puis il propose trois cartes situant les différentes mutineries où l’on voit bien que le noyau se situe au Chemin des Dames.

Loez site ensuite les nombreux cas où l’autorité est bafouée, puis il affirme que les mouvements d’indiscipline a bien infléchi la conduite de la guerre, non par la prévoyance des chefs annulant de manière précoce et préventive les offensives, mais par la généralisation de la désobéissance rendant celles-ci inenvisageables. Enfin, Loez étudie la rumeur de la « marche sur Paris ». Selon lui, de la même manière, que les mutins ont cru aux rumeurs déstabilisatrices annonçant Paris à feu et à sang, les dirigeants ont réellement cru l’ordre social menacé par les mutineries et ont agi en conséquence, prenant des mesures en catastrophe et faisant preuves de vigilance après une phase d’inaction devant les actes de désobéissance initiaux.

 

2.3 - La difficulté de l’action collective en guerre

Une chose est sûre les mutineries sont très peu préparées. On se décide en très peu de temps généralement à table, et on informe les camarades. Ce manque de temps et de préparatifs confirme qu’il n’est pas simple de désobéir dans une armée en guerre lien logique ?. Du cadre spatial choisi pour l’indiscipline découle une logique temporelle : il faut agir avant d’être aux tranchées, donc avant l’embarquement ou le départ à pied. Mais dans l’urgence des moments où se décide l’action collective apparaissent des désaccords. On découvre ainsi que la désobéissance ne fait pas l’unanimité parmi les combattants, même avant d’être condamnée et réprimée. Des oppositions et des hésitations se manifestent au moment du passage à l’acte. Pour les expliquer il faut prendre en compte le coût perçu et pressenti de cette indiscipline, mais aussi les dispositions culturelles, politiques et sociales de ceux qui refusent d’y prendre part. Cela amène donc à se poser la question de l’identité des mutins. Loez a établit un tableau des différentes professions des mutins, il note ainsi que les artisans, commerçants et employés sont les plus nombreux à se mutiner. Ainsi selon Loez, cela invalide les idées reçus de mutins « bons soldats pères de familles » parce que « artisans, commerçants et employés » ne sont pas pères de famille ? ou alors d’un mouvement d’ouvriers.

Loez étudie étudier le savoir-faire des mutins. Selon lui le « bricolage » de l’action collective et son improvisation à partir des répertoires se confirme sens ?. Il conduit les mutins à adopter majoritairement les signes les plus évidents et les plus disponibles ? : le drapeau rouge et l’Internationale, scandaleux dans un cadre militaire seulement ?, visibles et efficaces. L’improvisation de l’action collective se traduit ensuite par une série de problèmes : que faire, quand agir, comment protester, où aller, quelle forme donner au mouvement ? La recherche de « meneurs » est évidente pourtant on voit que les soldats écartent d’eux-mêmes les « meneurs » qui ont été affectés à des bataillons disciplinaires en raison de condamnation antérieures.

Pour ce qui est de la violence, si elle est bien présente, des efforts importants sont faits pour la contrôler et la minimiser. Un travail d’encadrement conduit les mutins à délaisser la violence et à entreprendre de respectueuses présentations de doléances aux officiers. Loez établit un tableau par la suite, où il recense le pourcentage de violence faite envers les officiers. Ainsi il compte 73,8 % d’actions sans violence.

Pour finir, on trouve une étude de la place tenue par les écrits au cours de la révolte. Loez étudie donc la variété des écrits, entre tracts, lettres, pétitions et graffitis.

 

 

3 – LE RETABLISSEMENT DE L’ORDRE ET LES REPRESSIONS

 

3.1 – L’autorité face aux mutineries

Devant les mutineries, les chefs disposent de ressources qui leur permettent progressivement de surmonter le désarroi initial devant l’indiscipline, et de réinstaurer l’obéissance. Loez n’oublie pas d’étudier les premiers hommes confrontés aux mutineries à savoir, les officiers. Tout d’abord Loez tient à réfuter l’idée qui consiste à dire que les officiers auraient interprétés l’indiscipline comme les conséquences d’un complot pacifiste. Selon Loez, durant les mutineries, les officiers ont cherché à comprendre ce qui se passait. Ainsi le général Franchet d’Esperey écrit une lettre à Pétain le 24 mai en citant 3 causes de l’indiscipline, à savoir : l’affaiblissement de la répression, les retards des permissions et la lecture des journaux. Mais dans l’immédiat, l’irruption de la désobéissance suscite l’angoisse et le désarroi chez les officiers de contact. Un malaise se créé chez ceux que les mutineries forcent à adopter une fonction policière, vue comme dégradante et impossible à assumer. Leur désarroi face à l’indiscipline tient aussi à leur isolement soudain. En effet, les sous-officiers, relais habituels des chefs, vacillent à leur tour et menacent de passer à la désobéissance.

 

3.2 – Répression ou négociation ?

Désemparés, isolés, quelquefois menacés : l’image de l’officier durant les mutineries indique l’ampleur vécue de la crise d’autorité. Pourtant, confrontés à la désobéissance, les officiers vont chercher à mettre un terme, en vertu de leur fonction et d’une vertu partagée : le devoir patriotique et l’ordre disciplinaire. Rétablir l’ordre, cela passe d’abord par le fait de donner des ordres. Aux refus d’obéissance s’opposent ainsi les ordres répétés ou renforcés des officiers, accompagnés parfois d’exhortations. Mais devant l’inefficacité des ordres donnés et l’effondrement de l’autorité, la force et la menace font leur apparition, tout en restant limitées, car se battre contre des concitoyens apparaît bien comme une perspective très déplaisante voire complètement inenvisageable. Cependant tout ne relève pas de l’intimidation préventive ; l’usage de la force est parfois prévu et validé par le haut commandement. Cela dit son usage n’est guère possible sur une large échelle, son évocation est toujours un recours, lorsque les chefs évoquent face aux mutins la Justice militaire et ses exécutions. Ainsi la répression, avant d’être effective (plus de 500 condamnations à mort effectives ?), est une perspective dessinée tant par les officiers que par les proches des soldats, et elle constitue une limite importante à leur action sens ?.

 

3.3 – Les formes de la répression et la reprise en main de l’armée

La répression figure parmi les aspects relativement bien connus des mutineries, en raison de l’abondance des sources. Selon Loez, on dispose ainsi de chiffres relativement fiables. Pourtant il existe un certain désaccord quant au degré de sévérité que représentent la trentaine d’exécutions avérées du printemps 1917.       Le problème vient du fait que les pratiques de l’autorité sont tous sauf uniformes. Les officiers alternent fermeté et négociations : de même la Justice militaire connaîtra un mélange de sévérité et de clémence. Mais à travers ces stratégies complémentaires, l’armée obtient l’essentiel : elle rétablit son emprise sur les soldats. En ce qui concerne le nombre de soldats fusillés à la suite des mutineries, au moins 26 soldats ont été exécuté pour des « faits collectifs », mais aussi 31 pour des « faits individuels ». Pour Loez « le bilan chiffré de la répression doit ainsi rester dans une fourchette, entre 26 et 56 soldats exécutés, en fonction de la délimitation adoptée ». Loez affirme plus loin que la « volonté [de Pétain] de faire des exemples est nette ». Mais la répression s’accompagne d’un effort global de reprise en main, concernant l’ensemble des troupes.

Le premier impératif est celui de la surveillance : l’armée, suite aux mutineries, multiplie les efforts pour récolter et analyser des « indices », par le contrôle du courrier par exemple. Mais ces mesures ne suffisent pas à désamorcer le risque de désobéissance. Pour cela, une solution s’impose rapidement : celle d’envoyer en permission de très nombreux soldats, au risque de la propagande du désordre à l’intérieur et dans les trains. Puis on observe une multiplication des occasions de divertissement et des loisirs pour les troupes au repos. Enfin la dernière cause qui fait remonter les soldats aux tranchées est toute simple, comme l’explique Loez : « Il faut noter que les opérations espérées sont non pas les attaques françaises mais allemandes : ce sont ces dernières qui replacent les individus dans le schéma de la guerre défensive […] Le retour à l’évidence de la guerre apparait alors complet, et les mutineries refermées ».

 

 

CRITIQUE

L’ouvrage d’André Loez nous plonge dans les mutineries de 1917 et la lecture de son livre est des plus intéressantes quant à la diversité et l’abondance des témoignages de « poilus » qu’il propose. Cette vision sociologique nous plonge vraiment au cœur des tranchées, et grâce à des lettres, des journaux, des carnets, des comptes-rendus, etc. André Loez nous fait entrer dans l’univers du soldat de 1917.

Cependant l’étude d’André Loez, de par le fait qu’elle est sociologique, rentre tellement dans la pensée du soldat et dans les détails de la guerre qu’on manque de se perdre à plusieurs reprises. En effet l’analyse sociologique qu’il propose ne nous offre pas une vue d’ensemble globale (que l’on retrouve seulement dans les quelques cartes en annexes), et bien que le livre soit divisé chronologiquement, on se perd facilement dans les évènements. Ainsi, en refermant ce livre, on ressent plusieurs malaises. Le premier nous amène à nous poser cette question : les mutins étaient-ils tous communistes ou radicaux socialistes ? En effet, la majorité des témoignages de mutins, qu’André Loez a sélectionnés ont tous une consonance politique. De plus, tous les cas de mutineries qu’il cite, sont accompagnés de drapeau rouge et d’Internationale.

On a soudain peur, André Loez serait-il en train de faire des mutineries une nouvelle révolution prolétaire ? Mais attention, notre propos n’est pas de dire que l’étude d’André Loez n’est pas sérieuse, au contraire, la réalisation de cet ouvrage a due être longue. Mais il nous laisse quand même cette impression désagréable que toute personne qui défie une autorité de surcroit militaire est obligatoirement de gauche, partisane et prolétaire. Le second malaise que l’on peut ressentir vient du fait qu’André Loez a un parti pris contre Pétain et qu’il est bien décidé à ne pas admettre que la nomination de Pétain ait un rapport avec la résolution des mutineries. Ainsi en terminant ce livre, on se dit que Pétain n’a pas dû jouer un grand rôle en 1917 et qu’au contraire il a encouragé la répression brutale. Heureusement que l’Histoire nous apprend ce qu’a fait Pétain et pourquoi on peut considérer que la reprise du combat et par extension la victoire finale, est due en partie à la nomination de ce dernier. André Loez, en réfutant la thèse de G. Pedroncini, occulte la vérité d’une manière qui n’est pas acceptable.

Ainsi on ne pourra recommander vivement ce livre à quelqu’un voulant savoir brièvement comment se sont déroulées les mutineries, mais on pourra le conseiller à une personne avertie, qui voudrait se plonger plus précisément dans la pensée des poilus de 1917.

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (Nantes), promotion 2012-2013


 

 

Raoul Girardet, La Société militaire de 1815 à nos jours, 1953, réédition, Perrin, Paris, 1998.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce compte-rendu, correct formellement, est plutôt minimaliste et est terriblement affaibli par le manque de dimension critique alors que l’ouvrage a fait l’objet de nombreux comptes-rendus critiques, auxquels on aurait attendu une allusion, au moins à ceux qui étaient en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1999_num_40_1_5162, http://www.franceculture.fr/oeuvre-la-soci%C3%A9t%C3%A9-militaire-de-1815-%C3%A0-nos-jours-de-raoul-girardet.html, http://www.conflits-actuels.com/spip.php?article223, http://www.leconflit.com/article-21499965.html, http://guerrealautre.hypotheses.org/165

 

Note sur 20 : 07

 

1- LA VIEILLE ARMEE

Cette partie traite d'une période qui s'étend de 1815 à 1870. Les chapitres y sont répartis de manière plus ou moins thématiques et vaguement chronologique. En étudiant les comportements militaires et les rapports de l'armée à la société civile, Raoul Girardet montre un certain endormissement du corps militaire.

 

1.1- L'Obéissance passive: Du Soldat de la liberté au soldat de l'ordre: le militaire fonctionnaire.

Ces chapitres montrent un phénomène qui s'étend sans grande rupture de la Restauration au début du Second Empire, il est difficile de faire une césure en 1851, car il s'agit d'un processus continu. Raoul Girardet montre dans cette partie que l'armée française héritée de la révolution s'est rapidement adaptée au retour à l'ordre. Le citoyen-soldat de l'an II est devenu un fonctionnaire routinier. Le poids du règlement et la faible marge de manoeuvre accordée aux officier ont fait de l'armée un instrument passif du pouvoir politique.

En 1851, Louis Napoléon Bonaparte trouve peu d'officiers enthousiastes à l'idée d'un coup d'état. Pourtant, une fois celui-ci produit, tous s'accommoderont très bien du nouveau régime. L'armée devient donc un corps apolitique, qui sert le régime en place quel qu'il soit. L'auteur cite le cas du colonel d'Allonville qui, refusa de faire crier «Vive Napoléon» lors d'une revue, l'aide de camp de Louis-Napoléon Bonaparte étant venu le lui demander. «Je n'ai pas de communication à recevoir du Président, je suis sous les ordres d'un Général [Changarnier] je n'obéis qu'à lui» Mais quelques jours plus tard Changarnier, entre temps démis de ses fonctions vint lui rendre visite lui demanda «Votre attitude lors de cette revue prouve que nous pouvons compter sur vous [pour faire barrage au Prince-Président] et Allonville répliqua: «J'étais sous vos ordres et prêt à faire tout ce que vous me commanderiez. Aujourd’hui vous n'êtes plus mon chef, j'en ai un autre [bonapartiste] et je suis prêt à lui obéir aveuglément». (p.105)

 

1.2- L'esprit militaire

Cette passivité politique s'est accompagnée également d'une passivité dans les domaines purement militaire, c'est à dire doctrinaires et tactique. La faible marge de manœuvre de l'armée en matière de politique se retrouve également à travers la faible marge de manœuvre des officiers sur le terrain lors des exercices tactique, et par la faible ouverture d'esprit de l’État-major en termes doctrinaire et tactique. Ainsi Mac-Mahon déclare «J'efface du tableau d'avancement tout officier dont j'ai lu le nom sur la couverture d'un livre» (p.137) les officiers qui écrivent ou qui réfléchissent trop sont qualifiés de «chieurs d'encre» et de «savantasses» (p.10) et sont souvent écartés et méprisés de leurs camarades.

Cet anti-intellectualisme s'accentue après 1852, où le mythe napoléonien restauré fait que la plupart des militaires ne se voient que comme «nés pour être tués et, en attendant, devant partager leur temps entre les occupations du service et leurs plaisirs».(p.116)

Seule l'Armée d'Afrique semble échapper à la routine et à l'ennui des casernes continentales, régies avec une lourdeur administrative et un règlement pesant. Ses officiers, qu’une certaine critique liée au courant anticolonialiste dits «sabreurs» forment une génération «plus ardente, plus audacieuse et plus avide»(p.106), qui arrive aux postes à responsabilités au moment de la guerre de 1870. Malheureusement, formés dans les chevauchées le gens du déserts, ils ne sont pas préparés à combattre face à une autre armée occidentale, puissamment équipée et savamment commandée comme l'armée prussienne, et ne font que charger de front tandis que les officiers issus de des troupes continentales sont, à l'inverse, paralysés par l'absence d'initiative et ne manœuvrent pas.

 

 

2 L’ARMEE NATIONALE

Dans cette partie, l'auteur montre le milieu militaire dans son rapport avec la nation de 1870 à 1998. La partie qui nous concerne s'arrête en 1945

 

2.1- L'Armée, facteur d'unité célébrée par la nation:

Après 1870-1871, l'armée est vue comme le ciment de la nation. Les partisans de l'ordre voient en elle l'instrument qui a su détruire la subversion révolutionnaire lors de la commune. Pour les républicains, qui tenaient sous l'Empire un discours volontiers pacifiste et qui voyaient en l'armée un outil du pouvoir autoritaire et conservateur de Napoléon III, le patriotisme est devenue une vertu républicaine puisque c'est du refus de la défaite due selon eux à l'Empire, qu'est née la République ... du moins la troisième: Ils voient désormais en elle le fondement de la renaissance de la Nation. L'idée est répandue, dans presque tous les bords politiques, qu'il faut régénérer la nation et que l'armée, à travers le service national, jouera dans cette tâche, un rôle primordial. Pour les républicains, le service militaire universel est vu comme un vecteur des valeurs républicaines, aux yeux des conservateurs, il apparaît comme une école de labeur et de discipline. L'auteur cite notamment les discours du Duc d'Audiffret-Pasquier et du Marquis de Chasseloup-Laubat devant la Chambre des députés, en 1872 (p. 121-124) est donc à la quasi unanimité qu'il est adopté en 1872.

 

2.2- L'Armée et la République

L'armée prend rapidement ses distances avec la république. Les militaires, bien que plus appréciés par les républicains que sous le Second Empire, restent, relativement hostiles au nouveau régime. Cela tient en partie à la redéfinition de ce qu'on appelle les militaires. En effet, l'extension du contingent à l'ensemble d'une classe d’âge et la réduction de la durée du service ont eu pour conséquence la réduction de l'armée en tant que corps professionnel et social aux seuls personnels de carrière, c'est à dire à une partie des sous-officiers et surtout aux officiers, souvent issus de milieux conservateurs. Certains regrettent le Second Empire, régime fortement militarisé où l'armée était à l'honneur, d'autres sont légitimistes ou orléanistes, peu sont Républicains. Girardet s'appuie sur les statistiques du Général Iung, officier républicain, (p. 142 et 147) qui montre que sur une promotion de Saint-Cyr, la proportion d'élèves d'ascendance noble, et d'élèves issus de l'enseignement religieux, et notamment Jésuite, augmente énormément entre 1870 et 1890. Thèse contredite par Jauffret

Cette prise de distance se manifeste généralement par ce que Raoul Girardet qualifie de « réserve froide » (p. 189) à l'égard des institutions républicaines, et quelques fois, mais rarement, par une « hostilité non dissimulée » (p. 189), comme le boycott systématique par certains officiers des réceptions données aux préfectures où dans les mairies des villes de garnisons. Mais s'ils y sont hostiles dans le principe, très peu de militaires songent réellement à renverser la république, et les espoirs suscités par l'armée dans les milieux conservateurs sont souvent illusoires. L'armée a conservé «de très solides préventions anti-républicaines mais aussi un culte quasi mystique de la discipline et [...] à mettre en romain de la soumission par principe au pouvoir en place et au gouvernement légal».(p. 190) Il y a contre la république une « désapprobation pleine, silencieuse et simple », mais qui « obéit et se tait »(p.190).

 

2.3- La vie des militaires

Les rapports à l'intérieur de l'armée évoluent avec la IIIe République, et notamment dans le sens d'une plus grande distance entre officiers et hommes de troupe :l 'officier de la « Vieille Armée » partageait avec ses hommes le sentiment d'appartenir à « la même collectivité particulière, distincte du reste de la nation » et « le même mode vie, les mêmes habitudes, les mêmes manières de sentir et de s'exprimer » (p. 143) du fait de la durée du service qui séparait durablement le conscrit de la société civile, et de la présence de nombreux officiers issus du rang. Mais entre l'officier de carrière et l'appelé du service universel, « civil en puissance », dont le passage à la caserne n'est qu'un épisode momentané, l'écart se creuse inévitablement.

La vie des officiers, surtout celle des officiers subalternes, est difficile, en effet, Il y a un grand écart entre les modestes soldes et le statut qu'ils occupent dans la société, lié à leur niveau d'études et de responsabilité, au rang social qu'ils ont à tenir et à la vie mondaine qu'ils ont à mener.

L'auteur consacre ensuite une brève partie au rôle de l'armée dans la société et dans les colonies, en s'appuyant sur les ouvrages de Lyautey, Du Rôle social de l'officier à mettre en italique et Le Rôle colonial de l'Armée à mettre en italique. Dans les colonies, l'officier se transforme en véritable administrateur civil, Il gère les relations avec les indigènes, leur instruction, l'amélioration de l'agriculture, l'organisation des soins et des transports.

 

2.4- L'Entre-deux guerre et la Seconde Guerre mondiale

Raoul Girardet explique que la Grande Guerre n'a pas entraîné de modifications profondes de l'organisation et du fonctionnement de l'armée de la IIIe République. La sociologie de l'armée à cependant quelque peu évolué. La part d'officiers issus des écoles diminue, l'armée souffre d'un certain endormissement. L'activité intellectuelle y est moins foisonnante qu'entre 1870 et 1914 compte-tenu de ce que vous avez dit plus haut, j’imagine qu’il faut prendre cela comne une plaisanterie, sans retomber au niveau quasi nul des années 1815-70. Mais le regard de la société sur l'institution militaire est devenu différent, l'antimilitarisme est plus violent, même si le fort mouvement pacifiste est généralement teinté d'indifférence avec l'armée.

La Seconde Guerre mondiale est relativement peu abordée. L'auteur traite surtout des hésitations des militaires de carrières, écartelés entre la volonté de continuer à lutter contre l'occupant, la fidélité au régime légal, et à la personne du Maréchal Pétain. L'éclatement de l'armée entre les Forces Françaises Libres, l'Armée d'Armistice, l'Armée d'Afrique, les mouvements de résistance intérieurs (notamment l'ORA ). Il ne faut pas non plus négliger le rôle de l'armée dans l'Etat Français, notamment la présence de nombreux militaires à des postes civils, ministères du gouvernement de Vichy, préfectures, directions d'écoles de fonctionnaires, encadrement de Chantiers de Jeunesse.

 

CRITIQUE

L'ouvrage de Raoul Girardet est très intéressant en ce qu'il est extrêmement bien documenté, il présente d'ailleurs à la fin (p. 329-333) une Bibliographie très efficace car classant les oeuvres à la fois selon leurs dates de publication mais également selon qu'il s'agit d'études historiques ou bien de mémoires et de témoignages. Il ne s'agit pas d'histoire militaire à proprement parler : la place qu'y tiennent les conflits et batailles y est d'ailleurs minime, mais d'une étude sociologique qui permet de comprendre les moeurs, le vécu, les habitudes des militaires, ainsi que la manière dont il prennent place dans la société Française. L’histoire militaire ne se limite pas à celle des conflits

 

Prénom NOM

Khâgne (La PERVERIE, Nantes). promotion 2012-2013


 

 

Sarah Fishman, Femmes de prisonniers de guerre, 1940-1945, L'Harmattan, Paris, 1996

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

C’est un peu le service minimum de la fiche de lecture, avec un manque d’attention prêté à la rédaction et une absence totale de critique de fond.

 

Note sur 20 : 05

 

Sarah Fishman constate qu'après la Seconde Guerre Mondiale, le statut de la femme a évolué positivement, et elle s'interroge sur les causes de cette évolution. Elle choisit de se centrer sur les femmes de prisonniers de 1940 à 1945 lien logique ?. Quelques chiffres nous sont donnés : les prisonniers de guerre constituaient 4% de la population, une population active, entre 20 et 40 ans, représentative de la main d’œuvre française, dont 57% étaient mariés et 39% avaient des enfants. Partant de l'hypothèse que l'absence de leur maris avait donné aux femmes des responsabilités et une autonomie nouvelles, elle a dû revenir sur cette idée : les femmes de prisonnier de guerre croulaient sur le poids de leur solitude et de leurs responsabilités. L'ouvrage aborde donc les conditions de vie de ces femmes, sur le plan matériel et objectif (difficultés financières, travail, aide du gouvernement, associations), comme sur le plan culturel  et subjectif (interprétation de leur situation par la société, témoignages, lettres).

 

 

1.                  Une vision traditionnelle de la femme

 

1.1. Les droits de la femme

L'auteure cette pratique journalistique n’ayant pas encore été avalisée par l’Académie, il vaudrait mieux en faire un usage modéré fait un bref historique du statut de la femme avant la Seconde Guerre Mondiale, statut en constant changement, entre avancées et reculs. Se développe un mythe de la femme libérée qui s'accompagne de l'idée qu'elle est responsable de la décomposition sociale et familiale, et que la Grande Guerre était le tournant à l'origine de ce danger pour les observateurs contemporains. En fait, les lois des années 1910-1920 n'ont pas changé le statut de mineure que le Code Civil attribuait aux femmes. Certes la Grande Guerre a lancé beaucoup de femmes sur le marché du travail, mais celles-ci ont ensuite cédé la place aux soldats démobilisés. Pour ce qui est de l'éducation, la Troisième République a développé l'instruction des filles dans un but plutôt anticlérical que féministe – faisant ainsi concurrence aux écoles catholiques et cherchant à faire des filles de bonnes républicaines. Même si les changements ne sont pas significatifs, les débats sur la question des femmes sont nombreux et houleux depuis la fin du XIXème siècle. Il faut cependant attendre les année 1960 pour qu'une réflexion s'oppose à l'idéologie qui séparent les rôles sociaux des hommes et des femmes en fonction de leur nature, de leur sexe, faisant de la femme avant tout une épouse et une mère.

 

1.2. Le modèle conservateur

Pour Pétain, « le peuple est une hiérarchie de familles » (p.77), des familles catholiques contrairement à un mythe bien ancré, la thématique pétainiste n’use pour ainsi dire pas de la référence religieuse et a plutôt un caractère laïc prononcé, conservatrices et patriarcales, considérées comme des modèles. L'affaiblissement de la France était dû à l'éloignement de ce modèle, et les principales fautives étaient les femmes qui prenaient progressivement de trop grandes libertés. Si Vichy ne toucha pas beaucoup au Code de le Famille de 1939, il tenta de faire cesser le travail des femmes par des systèmes de primes, par la création du Commissariat Général à la Famille (CGF) qui défendait, notamment par la propagande, la famille nombreuse et traditionnelle.

Les responsables de Vichy estimèrent que la peine de la femme adultère était trop faible et voulurent la renforcer, mais ce débat fut source de désaccord, directement issus du problème de la nature supposée faible de la femme, et la loi qui en ressortit fut peu efficace, et souvent ignorée. On voit cependant ici que les institutions se mêle de la vie privée et sexuelle des prisonniers. Jolie confusion logique entre les prisonniers et leurs épouses

La théorie de l'époque disait que l'homme était composé de deux natures différentes, ayant des qualités et des défauts, tandis que la femme était soit bonne, soit mauvaise, et que sa nature serait plus faible phrase elliptique à la syntaxe créative : d'où la nécessité d'avoir une présence masculine pour les guider. C'est de là que vient la différence de gravité entre l'adultère masculin et l'adultère féminin : le Code Civil punissait la faute différemment selon les sexes, et même les femmes disaient qu'elles se montreraient tolérantes en cas d'adultère de leur mari, et les magazines féminins les encourageaient dans cette voie.

 

1.3. La représentation de la femme de prisonnier de guerre

Trois portraits de femmes de prisonniers ont été représentés par la littérature de l'occupation référence des allusions qui suivent ?. Arlette, exemple de réussite, qui parvient à prendre les choses en main et reprend la maroquinerie de son mari en innovant. Elle correspond à l'exigence des conventions sociales. Yvette, qui trompe son mari, aime le luxe et l'oisiveté et finit avec un soldat allemand. Elle représente l'image de l'opinion publique sens ?. Madeleine, instable, adultérine, qui est sauvée par une autre femme de prisonnier, qui l'aide et grâce à qui elle rejoint l'association de femmes de prisonniers pour à son tour aider les moins chanceuses. C'est l'image de la femme telle qu'elle se voit. Les prisonniers de guerre sont vus comme des captifs nécessaire à la rédemption et, en attendant, la femme est gardienne de la maison : mère nourricière, fidèle, qui se sacrifie. Les idées reçues sur les femmes de prisonniers de guerre se rapprochaient plus de l'image d'Yvette, qui se base sur l'idée d'une différence fondamentale, de nature, entre les hommes et les femmes. En réalité, la suspicion envers les femmes de prisonniers était exagérée, et le nombre d'adultère ne fut pas élevé chiffres ?. Les femmes de prisonniers conservent un sentiment amère vis-à-vis du regard des autres. Elles étaient épiées et sujet de commérages, elles étaient aussi évitées parce que leur situation rendait les gens mal-à-l'aise. Elles étaient la cible de beaucoup d'ignominies, comme des lettres anonymes les dénonçant les fustigeant, à tord la plupart du temps chiffres ?. Dés qu'une femme se retrouvait seule, elle devenait aussitôt indigne de confiance et de respect.

 

 

2.                  La politique familiale de Vichy

 

2.1. Les négociations de rapatriement

La guerre-éclair a fait prisonniers environ 1 800 000 hommes. L'armistice, pour les femmes de ces captifs, n'a pas été le soulagement d'une trêve mais le début d'un cauchemar : l'Allemagne avait fait tellement de prisonniers qu'elle mit plusieurs mois avant de donner leur nombre et leur identité, des mois pendant lesquels les familles attendaient. Pour beaucoup, la guerre était terminée en 40 et les prisonniers seraient bientôt libérés, ce que Vichy semblait également dire. Or, le sort des prisonniers dépendait de l'issue du conflit, puisqu'ils travaillaient désormais pour le compte de l'Allemagne. L'armistice stipulait précisément que les prisonniers resteraient aux mains des allemands jusqu'à la fin de la guerre, et pourtant Vichy continua de parler d'eux comme d'une priorité, et de l'armistice comme un moyen de se relever. Selon la convention de Genève, une puissance neutre devait servir de médiateur entre les deux nations, et protéger les prisonniers, mais Vichy accepta la proposition allemande de se passer d'intermédiaire, afin de garder un contact direct avec les prisonniers. Si l'Allemagne se servit d'eux pour encourager la collaboration en France, on peut également voir que le gouvernement français fit de même pour obtenir l'approbation de l'opinion publique sens ?. Certaines victoires ont cependant eu lieu (environ 223 000 prisonniers libérés avant 45).

Scapini qui est-ce ? avait proposé un échange : trois ouvriers qualifiés contre un prisonnier, système inégalitaire qu'on a caché aux français pendant les deux premiers mois, et démagogique puisque les ouvriers ne revinrent pas comme il leur avait été dit. Le retour des prisonniers chanceux suscitaient de la jalousie et un fort sentiment d'injustice.

 

2.2. Les aides matérielles du gouvernement

Sur le plan financier, Vichy aida les familles de prisonniers, mais le nombre de femmes de prisonniers de guerre devint si important qu'il préoccupa le Secrétaire d'Etat à la Famille et à la Santé, Jacques Chevalier, qui pensait que cette question pourrait bouleverser la société entière, et qui dénonça l'inadaptation des mesures de Vichy et proposa des mesures supplémentaires. Il obtint pour les femmes l'augmentation des allocations pour les deux premiers enfants, la priorité à l'embauche, le remboursement des frais médicaux, des bourses scolaires, et l'autorisation d'acheter des biens en gros, la création d' un fond de solidarité nationale en 1942. On avança des chiffres lesquels ? parfois aberrants sur le pourcentage de femmes de prisonniers qui se prostituaient pour survivre, mais qui permettent de constater qu'on n'a évoqué le problème de la prostitution que pour argumenter en faveur de l'augmentation des allocations. Le gouvernement préfère une aide en nature, et donner plus de ravitaillement aux femmes de prisonniers de guerre, inégalité mal perçue par l'opinion. D'autres propositions furent émises qui suggéraient d'évaluer les besoins des familles pour leur assurer une aide adaptée à leur situation. Si le retour de Laval sur le devant de la scène politique accéléra la mise en œuvre de mesures sociales, qui avaient un poids dans l'opinion publique, l'action fut finalement peu efficace, et le nouveau système ressemblait beaucoup au précédent. Une victoire importante a été la majoration des allocations, mais elle a été absorbée par l'inflation. Les frais d'occupation accaparaient 58% du revenu national, rendant toute politique sociale impossible. L'échec quant aux négociations du retour des hommes se doubla donc de l'échec quant à l'aide apportée aux femmes, qui considèrent qu'elles n'ont quasiment pas été aidée par Vichy. Les mesures prises par Vichy entraient en totale contradiction avec son idéal : le régime encourageait les femmes à rester chez elles mais était incapable de leur donner une aide financière suffisante, les poussant à travailler.

 

2.3. Les organismes d'aide cette partie semble faite de phrases apposées

Des groupes démagogues se formèrent (Rassemblement National Populaire, Mouvement Social Révolutionnaire...) pour attirer des femmes désespérées dans leur filet en leur disant qu'adhérer à leur association ferait revenir leurs maris. La Relève est un accord de juin 1942 entre la France et l'Allemagne qui visait à faire comprendre aux français que les deux pays avaient des intérêts communs.

Deux agences se sont créées pendant la guerre pour soutenir moralement et financièrement les femmes de prisonniers : la Famille du Prisonnier, et le Commissariat Général aux Prisonniers de Guerre Rapatriés et aux familles de prisonniers de guerre, deux agences aux idéologies divergentes et à l'ambition plus politique que sociale, qui n'ont eu de cesse de se quereller.

La famille du prisonnier a été créée en 1941. L'agence se faisait bourse, hôpital, avocate, les assistantes sociales rendaient visite aux familles et les aidaient en cas de besoin, financièrement ou en nature. Plus qu'un soutien matériel, l'agence fut aussi un guide et une aide morale.

Le CGPGR s'insurgeait contre les préjugés de classe de la Famille du Prisonnier. Le rôle de départ du Commissariat était de garantir l'emploi du prisonnier à son retour. D'où l'importance accordée à la femme du prisonnier, qui reprenait généralement le rôle de son mari.

Si la propagande montrait deux agences travaillant main dans la main, le CGPGR accusait en fait hypocritement la Famille du Prisonnier de faire preuve d'un paternalisme, mais ne concevait pas que les femmes puissent faire autrement qu'être aidées par ces agences, ce qui est aussi une marque de paternalisme. Chacune voulait prendre le pas sur l'autre, notamment en ce qui concerne le budget, qui devint un enjeu considérable. Des deux côtés, on revendiquait un total apolitisme, or les organismes travaillaient avec Vichy, qui se préoccupait beaucoup de l'opinion publique. La politique va en fait s'introduire dans l'action des deux associations, dont l'utilité a été incontestable, mais le conflit entre les deux institutions est significatif d'une lutte de pouvoir et d'un paternalisme prégnants.

 

 

3.                  La vie des femmes de prisonniers

 

3.1. La vie quotidienne

Les difficultés financières : Pour survivre, les femmes ont du travailler d'arrache-pied, et faire preuve de solidarité et d'ingéniosité. Dans les années 30, 30% des femmes travaillaient. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le chiffre s'élève à 80%. Beaucoup de femmes récupérèrent l'emploi de leur mari, du livreur au notaire, même sans qualification. Il faut ajouter à leur difficulté le devoir qu'elles avaient d'envoyer un colis de nourriture à leurs maris chaque mois, prélevé sur leur propre ration.

Une différence entre la ville et la campagne : Les citadins ont plus souffert que les ruraux : sous-alimentation, manque de fioul, de vêtements.. De plus, elles devaient envoyer des  vêtements à leurs époux captifs. A la campagne, beaucoup de fermes manquaient de main d’œuvre partie au STO, d'outils agricoles (engrais, semences..), et les vivres étaient réquisitionnés pour être envoyés en ville. Isolées, ces femmes de la campagne ne bénéficiaient d'aucun soutien ni d'aucune compassion d'autres femmes de prisonniers.

Les difficultés émotionnelles : La succession de chocs finit par laisser place à la désillusion pour les femmes de prisonniers de guerre. La propagande de Vichy qui leur donnait de faux espoirs a été douloureuse, et leur donnait l'impression que leurs maris payaient pour les fautes de la République. Paradoxalement je ne vois pas bien où est le paradoxe, peu de femmes tombèrent malades chiffres ?. D'après les témoignages, la plus grande difficulté a été d'affronter la solitude et l'inquiétude. Beaucoup firent des dépressions, accablées de travail et de nouvelles responsabilités. Les femmes juives souffraient de la persécution, les femmes engagées dans la Résistance de la peur du danger. Le seul lien entre maris et femmes étaient les lettres et les colis, et eux-mêmes étaient insuffisants. La correspondance était limitée, et était lue par la censure allemande, ce qui l'empêchait d'être trop personnelle, ou de parler de la politique, de la guerre ou de l'occupation. La communication était faible mais elle était suffisante pour que les couples ne deviennent pas complètement étrangers l'un à l'autre, même si les femmes disaient ne plus réussir à se représenter les traits et les expressions du visage de leur époux.

Le rôle de la famille : Le soutien financier de la famille des femmes de prisonniers a joué un grand rôle dans leur survie. Le souci que ce soutien posait était une perte d'autonomie, et une multiplication des tensions entre parents et enfants, principalement tournées vers l'éducation des enfants. D'autres querelles naissaient du partage du courrier : les prisonniers ne pouvant écrire qu'un nombre limité de lettre, les parents du prisonnier pouvaient en vouloir à l'épouse de ne pas leur faire partager sa correspondance, et vice-versa. Les femmes se plaignaient du manque de compréhension de leur belle famille.

La relation à l'enfant : Cette relation a été une source de consolation et un grand soutien, mais ceux-ci ont globalement eu une tendance à l'anxiété et au manque de sécurité pendant l'absence de leur père, qu'ils ont légèrement conservés ensuite. L'absence d'autorité du père a également suscité l'émergence de caractères trop capricieux chez les enfants. C'est par la mère que le contact entre le père et l'enfant s'est maintenu, mais chez les jeunes enfants il est resté flou. Certains enfants ne voyait leur père que comme un homme en uniforme. Les enfants participaient à la confection des colis et y joignait leur propre contribution. Ils écrivaient également à Pétain pour lui demander de rapatrier leur père. L'image paternelle avait pris une dimension mythique à leurs yeux.

 

3.2. La Fédération des Femmes de Prisonniers

La Fédération des associations de femmes de prisonniers est le groupement le plus important et le plus diversifié de femmes de prisonniers de guerre. Fondé en 1941, son accroissement important : 40 000 membres en 1943 puis 150 000 après la fusion avec le Service de Femmes de prisonniers dans le nord et les groupes ruraux. Cette Fédération concrétisa une identité commune qui explique l'attraction forte, par ce réflexe communautaire de lutte contre la solitude. Il est important de souligner qu'elle agissait en parfaite indépendance de toute organisation masculine. Cependany toutes les revendications étaient tournées vers le mari : préserver le mariage ne concerne que les maris ?, faciliter le retour à la vie normale... Par exemple, avant d'accepter la présidence des trois associations fusionnées, Andrée Aulas demanda la permission à son mari lien logique ?.

La Fédération ne fut pas un instrument de féminisme pour une élévation de conscience, mais résista a la Légion française de combattants qui voulait reprendre l'association phrase elliptique à la syntaxe créative. L'action était locale, basée sur l'organisation du travail, sans clivage sociaux ou religieux, sans jugement de conduite. Elle proposait diverses activités : création de journaux, de lieux de rencontre, alternative aux fêtes de famille, loisir (théâtre, excursion..). Les gens désapprouvaient que les femmes de prisonniers puissent avoir des loisirs et les femmes elles-mêmes se sentaient coupable de s'amuser, lors que la Fédération répétait que s'amuser était un moyen de rester jeune et forte pour le retour des maris. L'entraide au niveau local était privilégiée face à la distribution d'argent. Avec les bombardement de 43 et 44, une nouvelle forme d'entraide tournée vers l'aide aux victimes se mit en place. La Fédération ouvre un centre de confection des colis, plus personnel que le service de la Croix Rouge. La Fédération restait cependant peu favorable au travail dans les usines parce que cela constituait une séparation supplémentaire au sein de la famille.

Le caractère chrétien de la Fédération ne drainait d'abord pas les femmes d'autres confessions, mais ce problème fut vite résolu comment ?, comme celui des disparités sociales. La Fédération était d'origine ouvrière, et l'arrivée de femmes de milieu bourgeois risquait de supprimer cette essence, par leur caractère patronal. On décida de ne pas donner de responsabilités aux femmes bourgeoises, et de créer des groupes spéciaux pour femmes d'officiers, qui rencontrent des problèmes différents je ne vois pas en quoi cela résoud le problème évoqué. Les femmes de la Résistance n'impliquaient pas l'association pour éviter de lui donner une dimension politique. Après la guerre, la Fédération prend cependant position en faveur du vote des femmes. Confusion thématique

 

3.3. Le retour et les difficultés

Juin 44 a été la dernière et la pire période du conflit : le peu de stabilité que les femmes avait acquis a été défait par les bombardements alliés vous avez le sens de l’image !, par la reprise des combats et le débarquement. La Libération arriva en France mais les prisonniers restaient captifs parce que l'Allemagne n'avait pas capitulée. La communication se fit difficile et les nouvelles rares.

De retour, la captivité a laissé des marques morales : stress, irritation, sentiment de privation, dépression ; et physiques : maladies, vieillesse prématurée, fatigue... On leur à qui ? manifesta de l'ingratitude, mettant en cause leur courage et les accusant de n'avoir pas rempli leur devoir en tombant aux mains de l'ennemi, alors que la propagande de Vichy leur faisait parvenir, dans les camps, l'image de prisonniers sauveurs. En plus de cela, leurs souffrances furent ignorées, paraissant faibles à côté des horreurs subies par les déportés. Les sous-officiers, officiers et fonctionnaires mis à part, les anciens prisonniers ne reçurent pas de salaire pour leur service militaire du temps de leur captivité, ni pour leur travail effectué en Allemagne. La défense matérielle des prisonniers rapatriés s'accompagnait d'une défense de leur honneur. Line logique ?

Les années sans leurs maris ont marqués les femmes, qui ont appris à faire des choses qu'elles ne faisaient pas habituellement, notamment dans le domaine administratif. Certaines ont pris le goût de ces nouvelles responsabilités. Elles gagnèrent de l'assurance et de l'indépendance. Les cinq années d'absence ont éloigné les époux entre lesquels une certaine pudeur s'est installée.

Les retrouvailles des pères avec leurs enfants ont été de nouvelles épreuves : déception après une idéalisation, incapacité à reconnaître le père qu'on avait oublié, refus d'intégrer un homme devenu un inconnu, pères colériques... Certains hommes étaient partis avant la naissance de leur enfant, et la parenté était nouvelle pour eux. On note une augmentation des divorces après la guerre, mais, au regard de l'histoire, les crises, quelque soit leur raison, sont un moment de baisse de divorces, qui remontent donc en flèche une fois la situation arrangée. De plus, Vichy avait tout fait pour limiter les divorces, et on a regagné des territoires, donc de la population, après la guerre. D'après les témoignages, la plupart des retrouvailles se firent dans la joie ce n’est pas ce que supposaient les phrases précédentes, il est vrai un peu elliptiques, mais la patience des femmes y fut pour beaucoup.

En tant que gardienne du foyer, la femme devait mais aussi voulait se montrer patiente vis-à-vis des humeurs de leurs époux fatigués. Sauvegarder leur mariage était pour elles une victoire contre l'exil et la séparation. Le désir de retrouver une vie normale était plus puissant que les revendications lesquelles ?, et les associations de femmes de prisonniers se sont dissoutes. On a certes découvert chez la femme un pouvoir de réflexion et de décision insoupçonné par qui ? à quelle occasion ?, et leur rôle dans la Résistance a été important pour leur futur statut de citoyenne, mais les conventions sociales restaient bien ancrées. Une certaine Gisèle Desbois disait qu'« un équilibre s'est rétabli. » que vaut cette citation ?

 

 

Epilogue :

Alors pourquoi les femmes ont-elles acquis de nouveaux droits après la guerre, tels que le droit de vote, le principe d'un salaire égal pour un travail égal, la mise à disposition de nouveaux postes, etc.. ? Ce n'est pas par reconnaissance d'un statut égal à celui des hommes, mais plutôt par besoin de main d’œuvre pour la reconstruction. Le droit de vote ne venait pas d'une égalité entre hommes et femmes mais de leur différence : les femmes pouvaient s'exprimer sur des sujets tels que la santé, l'éducation, et pas en politique ou en économie phrase elliptique. De plus, Vichy a laissé un goût amer sur les idées conservatrices, alors que la politique française prenait un virage à gauche. Reste que ce n'est finalement que les générations suivantes qui manifesteront un désir d'émancipation des femmes, et que l'aspiration commune principale, à la fin de la guerre, fut le retour au modèle traditionnel.

 

 

Critique : L'ouvrage entre bien dans notre sujet, traitant d'une question sociale posée par le contexte de la guerre.

Il est complet, agrémenté de photographies et de copies de lettres de femmes de prisonniers, et des témoignages recueillis par l'auteure. Les sources semblent complètes, même si, les interviews ayant été données bien après la guerre, se pose le problème de la déficience des mémoires. Il est appréciable de voir que l'auteure, partie d'une idée fortement imprégnée de féminisme, retourne sur ses pas pour rendre réellement compte de la situation, dans un but historique et non idéologique. Des coquilles sont à déplorer.

Tout cela reste au simple formel : qu’en est-il du fond ? Pourquoi n’avoir fait allusion à aucune critique universitaire, au moins celles facilement disponibles en ligne : http://clio.revues.org/538?&id=538, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1998_num_59_1_3806_t1_0222_0000_2.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, Lycée La Perverie, Nantes


 

 

Olivier Faron, Les enfants du deuil. Orphelins et pupilles de la Nation de la Première Guerre mondiale (1914-1941), La Découverte, Paris, 2001, 336 pages.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

La rédaction a été extraordinairement négligée : les liens logiques sont défaillants et l’expression contournée quand elle ne confine pas au charabia. Un compte-rendu a pour finalité d’éclairer un ouvrage, pas d’en rendre l’accès plus compliqué. Il faudrait aussi penser à intégrer une critique universitaire.

 

Note sur 20 : 06

 

INTRODUCTION

Le statut des orphelins de guerre est prévu depuis longtemps dans les textes lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Malgré cela, ce statut est l‘objet d’un profond renouvellement juridico-institutionnel au début de ce XXe siècle. Ce renouvellement est dû au nombre beaucoup plus important d’orphelins de guerre qu’auparavant ainsi que de solutions apportées. En effet, l’Etat va devoir trouver une réponse efficace. Dans cet ouvrage, Olivier Faron se propose d’expliquer comment l’expérience de la disparition du père a été vécue mais également la manière dont la collectivité a essayé d’y répondre.

 

 

1. DEVENIR ORPHELIN

 

1.1. Un deuil infini

On trouve des sortes de testaments dans les lettres de poilus à leur famille, comme pour transmettre des principes moraux et spirituels à leurs enfants. En effet, les orphelins sont en majorité nés entre 1910 et 1916 et sont confrontés au deuil le plus souvent avant d’avoir 10 ans lien logique mal établi. Au sentiment de la perte s’ajoute un mystère autour du père que l’on a si mal connu et qui cherche alors à léguer ses valeurs au travers des lettres adressées à sa famille. Généralement la perte du père devient l’élément central de la constitution d’une mémoire familiale faite le plus souvent de souvenirs curieuse logique (photographies, …). Cette mémoire est incarnée par une dimension moralisatrice, un rejet de la faute sur les Allemands, une mise en scène idéalisée du père décédé duquel l’enfant doit se montrer digne en quoi cela incarne-t-il quoi que ce soit ?. On assiste même la douleur amère de certains enfants à l’annonce de la fin de la guerre, des soldats vont revenir mais pas leur père ils sont partis à la guerre avec leurs pères ?.  D’autre part la mort du père s’impose comme une thématique artistique majeure. Dès 1915 les lithographies (Steinlen, Francisque Poublot) se multiplient, les cartes postales (Hornecker) et les poèmes (Guillot de Saix, Maurice Bouchor) également, il existe de plus en plus d’affiches pour faire des dons. On insiste sur le fait que les morts survivent à travers leurs enfants. On peut parfois glisser de la douleur à la vengeance, mais il est exceptionnel de voir l’orphelin revendiquer de devenir à son tour un héros. Dès le début du conflit, l’administration réagit en urgence et on fait appel aux Services de l’Assistance publique qui couvre un nombre d’enfants croissant. Un décret de décembre 1914 annonce qu’à titre exceptionnel des exemptions de frais d’études et de pension peuvent être accordés. Le ministère de l’Agriculture prescrit d’admettre dans les écoles agricoles le plus grand nombre possible d’orphelins en tant que boursiers de l’Etat. Le 5 août 1914, une allocation est mise en place mais elle ne permet pas de vivre. Des entreprises (Michelin, Torrilhon) versent des aides spécifiques. Globalement l’aide de l’Etat est insuffisante. Jusqu’à la loi de 1917, c’est le monde associatif qui agit avec le plus d’efficacité. Pour éviter la vengeance ?

 

1.2. Le monde associatif au secours des orphelins

Les actions ponctuelles sont  innombrables. Cependant une loi du 1er juillet 1901 stipule que les associations doivent se constituer auprès du préfet qui peut refuser l’agrément. Une autre du 30 mai 1916 les oblige à justifier l’argent qu’elles dépensent. Les associations peuvent également demander leur reconnaissance comme établissements d’utilité publique. Certaines associations pour orphelins existent avant 1914. Parmi elles il y en a qui augmentent leurs activités (Maison des pupilles du 19e arrondissement de Paris fondée en novembre 1912) voire même qui connaissent un accroissement spectaculaire (Œuvre des petits garçons orphelins). D’autres avec action limitée sont peu modifiées par la guerre (Œuvre des orphelins apprentis d’Auteuil fondée par l’abbé Roussel). Le début du conflit est caractérisé par l’apparition de nouvelles associations (Association nationale des orphelins de guerre créée le 2 août 1914). Il y a aussi l’assistance corporative qui crée des associations à dimension professionnelle (Orphelinat des restaurateurs et limonadiers, cuisiniers et hôteliers de Seine et Seine-et-Oise) mais caractérisées par un fort « localisme ». A la philanthropie chrétienne catholique (Œuvre des orphelins de guerre de l’évêché de Grenoble fondée en août 1914) et protestante (Comité central des orphelins protestants de la guerre fondé en 1916) répond une action de l’Etat encore informelle et divisée qui d’un côté veut élargie l’Union sacrée à tous le tissu social et de l’autre veut en découdre avec les forces catholiques. Les associations mettent en place des grandes journées pour récolter des fonds mais l’idée d’une journée en faveur d’une seule association est mal vue. Pour cela on crée le Comité d’attribution des fonds recueillis à l’occasion de la Journée nationale des orphelins de guerre qui réparti les fonds entre les diverses œuvres. Par ailleurs l’objectif de ces associations est de recueillir, éduquer, orienter et former les orphelins en insistant sur l’importance de maintenir l’enfant dans son milieu professionnel et lui faire apprendre le métier du père. Dès la fin de 1915 on met en place des instances décentralisées. Les Américains aident eux aussi (The Fatherless Children of France recueillent les dons) mais aussi les communautés françaises mondiales (French-Australian League of Help créée en 1917, colonie française de Puebla au Mexique). Globalement à la fin du conflit on a un monde associatif divisé avec deux blocs opposés. Une sphère catholique quantitativement très importante (cf. tableau p. 79) représentée par les Bons-Enfants et un bloc laïc structuré autour de l’Orphelinat des armées. Mais la trêve de l’Union sacrée à la fin de la guerre voit des actions coordonnées entre associations de tendances opposées. Cependant l’absence d’une approche nationale et unificatrice se fait ressentir.

 

1.3. Une loi pour les orphelins

On avance vers une solution nationale, il y a l’idée que les besoins des enfants ne sont pas les mêmes et qu’il faut ajuster les réponses à apporter lien logique ?. Après des problèmes liés à la mise en place du tuteur social (non retenue) et au choix du ministère de rattachement, la loi est adoptée le 24 juillet 1917 et promulguée le 27. Les innovations de la loi sont dans la distinction entre pupille de la nation et orphelin. Un pupille de la nation n’est pas un orphelin de guerre au sens strict du terme, les pupilles sont soit des orphelins au sens classique, soit des enfants assimilés parce que leur père, mère ou soutien de famille est « dans l’incapacité de gagner leur vie par le travail, à raison de blessures reçues ou de maladies contractées ou aggravées par suite de la guerre » toutes les citations doivent être mises en italique (article 1 de la loi). On peut donc être pupille sans être orphelin et inversement. La famille est au cœur du dispositif, une famille naturelle ou adoptive est toujours mieux qu’une institution. La demande d’obtention du titre de pupille est introduite par le représentant légal. Le pupille est pris en charge par l’Etat, il possède un droit individuel à la protection de l’Etat, il est protégé juridiquement, le parent survivant exerce la puissance paternelle. C’est généralement la mère que l’on choisit pour tuteur. Enfin un Office national (rattaché au ministère de l’Instruction publique) est créé pour organisé les aides. L’action de celui-ci est prolongée par des offices départementaux. Les pupilles constituent une nouvelle noblesse notion à éclairer destinée à occuper une place de premier plan dans la société française de l’après-guerre.

 

 

2. GRANDIR EN TANT QUE PUPILLE DANS LES ANNEES VINGT

 

2.1. Orphelin, pupille, ayant droit …

Un décret d’octobre 1914 stipule que les veuves et à défaut les orphelins des fonctionnaires décédés au front recevront jusqu’à la fin de la guerre une allocation égale à la moitié de leur traitement civil ou de leurs salaires. Globalement jusqu’au début de l’après-guerre, les fonctionnaires sont mieux traités, les autres doivent vivre d’expédients, dont l’allocation journalière datant d’août 1914. Cependant la loi du 31 mars 1919 reconnaît une réparation due à l’enfant. L’enfant a des droits nouveaux mais indirects, il ne possède pas de droit propre à sa pension qui est versée aux veuves. De plus cette situation est opposée à celle de la loi de juillet 1917 qui attribue aux pupilles de la nation un droit personnel à être protégé. Afin de dénoncer la faiblesse des pensions, le rôle des associations, de la presse et du monde combattant devient de plus en plus important. La loi doit être appliquée dans la plus grande largesse, en 1922 on assimile les enfants de disparus aux autres orphelins, puis aux enfants de réformés ou de mutilés (quelques refus pour petite invalidité). En 1923, on décide d’appliquer la loi de 1917 à l’Alsace-Lorraine. En 1927, les dispositions de la loi de 1917 sont étendues aux orphelins dont le père est mort après la guerre. L’Office national, qui a trois principales activités : la campagne en la faveur de l’adoption du plus grand nombre d’orphelins, la gestion d’un budget important et la coordination des actions menées au niveau départemental, est placé sous le contrôle permanent du monde combattant. La principale limite que connaît l’action de l’Office est les méfaits de l’assistance privée (pupilles installés dans des locaux dénués de tout confort et d’hygiène). De plus les instances départementales semblent incapables de répondre à leurs obligations, les écarts dans tous les types de subventions mettent le jour sur les inégalités entre les départements. Dans les années trente un rapporteur est désigné pour chaque budget d’office départemental.

 

2.2. L’aide au quotidien cette partie est trop brouillonne, il faudrait la synthétiser

L’assistance privée est en perte de vitesse et l’intervention étatique monte en puissance dans les années vingt. Des structures existantes sont institutionnalisées (Comité d’attribution en 1918). Deux initiatives majeures au sein du monde associatif vont cesser, Fatherless Children of France est dissoute en 1922 et le Comité d’attribution est dissout en 1924. Le monde associatif est organisé autour de la sphère catholique et d’autre part les laïcs tournés vers la formation, organisés autour de la Fédération des pupilles de l’école qui crée de nombreuses écoles (centre d’apprentissage agricole et horticole près de Fontainebleau, centre pour les tuberculeux). L’action publique ne doit pas être confisquée par les agents de l’Etat mais au contraire doit être l’apanage des citoyens sans distinction qui participent aux activités d’offices départementaux. Les offices agissent famille par famille, voire même enfant par enfant. L’éducation est leur priorité. Les concours sont uniques pour tous les enfants, orphelins ou non, on veut rejeter toutes les différences. Les pupilles bénéficient de dispenses d’âge pour passer les examens d’aptitude aux bourses. La situation des orphelins ne se distingue pas véritablement de celle des autres enfants, les associations d’anciens combattants ou de mutilés réclament beaucoup plus. On assiste à un développement de l’apprentissage. On pousse les jeunes à choisir les métiers de la terre (pour contrer l’attraction de la ville) et pourtant l’apprentissage agricole est quasi impossible à organiser. On verse un pécule aux pupilles qui doit suppléer une insuffisance de ressources pour faciliter leur entrée dans la vie d’adulte, mais le montant à verser est catastrophique et le système est quasiment abandonné à la fin des années vingt. En ce qui concerne les avantages liés à la condition de pupille, ils sont dans l’obtention de conditions de voyages favorables (réductions voire gratuité des transports), chaque établissement militaire leur offre des avantages et pour leur service militaire, ils sont exemptés de l’envoi sur des opérations militaires extérieures. Une telle action de l’Etat creuse définitivement le fossé entre un orphelin, aidé de manière uniforme et un pupille, aidé en fonction de ses besoins.

 

2.3. Vivre le deuil

La mort du père ou son invalidité entraîne une précarité économique et les secours, les aides ou les pensions ne peuvent qu’atténuer l’inévitable déclin du niveau de vie. Il y a un clivage entre les foyers de veuves remariées et ceux où a primé la fidélité au défunt. Le remariage apparaît comme un élément essentiel de la survie du noyau familial. D’autre part, les pupilles participent régulièrement aux hommages rendus aux défunts. Il semble que les enfants aient été conduits chaque année au monument aux morts, le plus souvent par l’instituteur. Mais avec les années trente et la crise économique, la culture de guerre s’éloigne, le discours des combattants aux fils de tués se chargent de pacifisme. On assiste alors à une glorification ambigüe des pupilles.

 

 

3. DEVENIR ADULTE DANS LES ANNEES TRENTE

 

3.1. Quand les pupilles redeviennent orphelins

Les orphelins sont pupilles jusqu’à leur majorité et même si la majorité est contre, la nécessité de protéger les pupilles majeurs va s’imposer comme un thème marquant du débat les concernant. Les difficultés viennent de l’obtention de financements suffisants qui s’effondrent entre 1932 et 1933 (réduction de 30 millions). En 1934, on adopte un décret-loi qui prévoit un prélèvement de 3% sur toutes les pensions et on appelle de plus en plus à l’intervention des proches. Dès 1925, le ministre des Finances refuse de secourir les orphelins majeurs. De plus les pupilles sont absents de la législation sur les emplois réservés mise en place au début des années vingt, les associations du monde combattant multiplient alors les initiatives. Les mesures prises sont de portée limitée, leur efficacité dépend plus d’initiatives de partenaires administratifs ou économiques (entreprises privées : fonderies de Ruelle, tramways d’Avignon) que d’un mécanisme d’ensemble cohérent et structuré.

 

3.2. Le « lobby » des orphelins de guerre

Le monde combattant s’intéresse de plus en plus au sort des orphelins, les anciens combattants sont en effet de plus en plus représentés dans les offices nationaux et départementaux des pupilles. L’œuvre de secours aux anciens combattants décorés de la croix de guerre et à leurs familles se fixe comme objectif de constituer une caisse de secours en faveur des veuves et des orphelins de la guerre. Le monde combattant lance également des manifestations destinées aux enfants. La presse combattante dénonce le fait que les orphelins soient de moins en moins favorisés, que les sanatoriums sont majoritairement occupés par des pupilles. De plus les pupilles commencent à participer directement aux initiatives revendicatrices, dans les années trente, ils représentent environ 2% des effectifs du mouvement combattant, les associations réservent même aux veuves, ascendants et orphelins des places représentatives dans leurs instances dirigeantes. La mobilisation des orphelins apparaît avant tout destinée à défendre les intérêts des mères et au-delà de l’ensemble de la communauté des victimes de guerre. Cette mobilisation semble animée par un pacifisme constant. Ils demandent la nécessité de soutien aux pupilles majeurs, la nécessité d’un groupement au niveau national. Les dirigeants de l’Union fédérale clament leur attachement à un rassemblement  le plus large possible. En 1938 l’Union fédérale se prononce pour l’augmentation numérique de la représentation des orphelins de guerre au sein de l’Office national et dans les offices départementaux. Pourtant le groupe n’a pas véritablement trouvé sa place et la voie de l’autonomie paraît incontournable. Les orphelins lancent peu à peu leurs propres initiatives, ils cherchent des pupilles majeurs pour constituer un conseil d’administration ou participer à des instances représentatives. L’émergence des premiers groupements se produit dans l’Aube, en Bretagne, en Bourgogne, dans le Nord, en Normandie, au Maroc et le culte du soldat inconnu joue un rôle déterminant. L’Association des orphelins de guerre de France revendique l’obtention d’emplois réservés ou l’attribution de la majoration pour orphelin jusqu’à 21 ans et non 18, elle œuvre pour que le budget destiné aux pupilles soit suffisant. Malgré cela, les initiatives sont encore isolées et désordonnées et nécessitent une coordination. La réclamation de l’unification des deux mouvements Orphelins de guerre et Fils de tués aboutit en 1932 à la création de la Fédération nationale des Fils de morts pour la France, organe représentatif du mouvement orphelin de guerre. Les orphelins sont prêts à mener un nouveau combat via la politique. Le travail est la thématique autour de laquelle s’articule l’ensemble des discours, ils réclament le droit au travail. Cependant la difficulté à élaborer un message cohérent persiste. Le mouvement des orphelins de la Première Guerre mondiale fait un dernier choix avant du disparaître avec l’arrivée du second conflit, celui du ralliement au maréchal Pétain qui devient président d’honneur de la Fédération nationale des orphelins de guerre en mars 1941. Il est cependant impossible de trancher entre un ralliement de façade ou de conviction.

 

3.3. En guise de bilan

Il est fait mention de quelques pupilles ayant réussis dans le milieu agricole. Cependant la hantise de la dégénérescence physique apportée par le père gazé c’est contagieux ?, tuberculeux est bien là. Les plus légères difficultés rencontrées avec les orphelins correspondent à une fréquentation scolaire peu soutenue, souvent expliquée par les rythmes de l’activité agricole. On constate des cas plus graves, comme des abandons, des fuites. Le pire est l’image seulement ? des enfants définitivement marqués par le conflit physiquement comme psychologiquement. Beaucoup de pupilles ont la sensation de ne pas avoir été véritablement aidés, d’autres insistent sur le retard des versements des pensions et sur les difficultés à les obtenir. Le principal problème reste celui de l’entrée dans la vie active, les pupilles ne sont pas préparés ou pas aidés en ce sens. Un point semble généralisable : la sensation d’avoir été plus assisté qu’aidé contrairement aux proclamations des différentes instances. Les témoignages qui défendent l’aide institutionnelle sont rares. Les orphelins deviennent cultivateurs, domestiques ou sans profession comme bon nombre d’autres enfants. Quelle que soit la forme d’enseignement prise en considération, les orphelins réussissent moins bien aux examens de bourse que les autres enfants. En revanche l’adoption par la nation signifie une aide économique supérieure puisque presque tous les pupilles reçus obtiennent une bourse contrairement aux autres enfants. Quant au pacifisme exprimé, revendiqué, les faits offrent un démenti au refus de la guerre manifesté. Les orphelins, quelles que soient leurs valeurs politiques ou morales, vont nier le pacifisme affiché et souvent préférer le combat (guerre d’Espagne). Bien que leurs groupements aient plaidé auprès des autorités d’avoir au moins la possibilité d’échapper au conflit, les orphelins se sont souvent battus, se sont engagés parfois très jeunes dans la Résistance. L’engagement est vécu comme un devoir profond. Le refus d’une guerre qui a tué le père est dépassé par la volonté d’honorer sa mémoire et plus largement le nom de la famille.

 

CRITIQUE

Le choix d’un plan chronologique est tout à fait logique et compréhensible, au vue de la grande diversité des cas des orphelins présentés, la chronologie semble le meilleur moyen pour aborder ces cas très disparates. De plus le choix du plan chronologique permet de bien mettre en avant les différents problèmes auxquels les orphelins vont devoir faire face et qui ne sont pas les mêmes durant les différentes phases de sa vie. Comme l’indique le titre, l’auteur explique clairement la différence entre un orphelin et un  pupille de la nation, ainsi que la différence de droits de chacun d’eux, ce que l’on a mis en œuvre pour leur venir en aide. Car en effet leur statut n’étant pas le même, ils n’ont pas le droit à la même aide. Un autre point fort de ce livre est la grande richesse et diversité des exemples. Exemples de personnages de notoriété publique et d’anonymes se côtoient. Des exemples directement repris de la presse de l’époque sont présentés. L’auteur fait le choix  de glisser une approche plus numérique de la situation en annexe, il n’y fait pratiquement pas référence au cours de l’ouvrage. Malgré le fait ce qu’il avance qu’il y a quelques approximations dans ces chiffres, que le débat à propos de quand s’arrêtent les effets de la Première Guerre mondiale n’est pas résolu, la consultation de cette annexe peut être bénéfique. En revanche pourquoi « en revanche » ? vous allez exprimer le même regret la dernière sous-partie de la dernière partie, à vocation de bilan, présente quelques éléments dont l’auteur n’a jamais parlé dans le reste de l’ouvrage, on peut également regretter le fait qu’il n’y aborde pas beaucoup de cas différents et qu’il passe relativement vite sur la question des réussites et des échecs des orphelins dans leur vie active, il ne s’attarde guère que sur la question des activités agricoles.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Jean-Baptiste Duroselle, La grande guerre des français, 1914-1918, Perrin, Paris, 1994.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Quelques fautes d’expression, mais la fiche est particulièrement claire, même si elle est avant tout descriptive. Une analyse critique plus poussée aurait été bienvenue, en exploitant plus le long compte-rendu qu’en donne André Kaspi, disponible en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1994_num_59_4_4348_t1_1125_0000_1

 

Note sur 20 : 12

 

Le livre suit un plan chronologique en quatre grandes parties, qui sont ici conservées, à l’intérieur desquelles l’on trouve plusieurs chapitres, regroupés dans ce plan par thèmes.

 

1. 1914

 

1.1. Déclenchement de la guerre et ses raisons

Dans le premier chapitre, Jean-Baptiste Duroselle fait le récit des évènements ayant conduit à la déclaration de la guerre, du 28 juin au 4 août 1914, en se centrant principalement sur les relations entre les différents gouvernements. Il relate ainsi le calme, voire même l’indifférence, qui règne en France après l’attentat contre l’archiduc François-Ferdinand et sa femme à Sarajevo, jusqu’à qu’à l’ultimatum envoyé par l’Autriche-Hongrie. La France se trouve alors indirectement impliquée, par son alliance avec la Russie, qui ne souhaite pas laisser les Serbes sans aide. La mobilisation générale que cela entraine dans différents pays, aboutit à une déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août 1914.

Dans un deuxième chapitre, l’auteur pose la question de la culpabilité et des responsabilités de la guerre. Une synthèse des différents travaux touchant ce domaine est alors faite. La question a en effet été abordée dès le début de la guerre et continue bien après, dans une réflexion a posteriori des responsabilités de chacun des camps. Duroselle voit cette « Kriegschuldfrage » mots étrangers en italique sans guillemets et il faut préciser leur sens comme à l’origine de la haine entre les deux peuples français et allemand, et la montée du nazisme avec Hitler.

Duroselle mène également une réflexion sur les différents évènements, avant 1914, qui ont entrainé la déclaration de guerre et il s’interroge sur la possibilité d’un mécanisme phrase inachevée. Il reprend ainsi les différentes thèses existantes, comme la revendication de l’Alsace-Lorraine, des rivalités économiques, et cite de nombreux historiens. Cette réflexion n’aboutit pas à désigner un fait en particulier comme à l’origine de la guerre, mais plutôt à la voir dans une accumulation et une « atmosphère de méfiance entre les Etats ».

 

1.2. La première phase de la guerre

Dans le chapitre 4, Duroselle montre la mise en place de « l’union sacrée », expression de Poincaré, au sein du gouvernement français, créée quelques jours avant la déclaration de guerre. Cette union, alors que la politique française est très divisée, se fait avec unanimité tant en ce qui concerne les partis que les syndicats. Dans ce chapitre, l’auteur étudie la réalité de cette union, qui se manifeste par une ferveur plus ou moins nationaliste selon les milieux sociaux, et surtout selon les régions. En effet à Paris, « les manifestations d’enthousiasme patriotique sont innombrables », alors que dans les campagnes, la période des moissons est imminente et les départs pour la guerre sont donc plus difficiles. Le début de la guerre se fait néanmoins dans l’idée d’une guerre courte, de quelques mois au plus. C’est cette phase de la guerre qui est décrite dans le chapitre 5, dans un passage « de l’illusion à l’enlisement ». Nommé général en chef le 1er août 1914, Joffre prend le commandement des opérations au début de la guerre. D’août à septembre, elle est dite de mouvement, avec plusieurs offensives dans l’est de la France. La bataille de la Marne est un moment décisif de cette première phase de la guerre, les troupes franco-britanniques arrêtent en effet le plan Schlieffen qui prévoyait l’invasion de la France en six semaines.

 

 

2. L’ère des tranchées (1915-1917)

 

2.1. Les acteurs de la guerre

Dans le chapitre 6, Duroselle se centre sur le fonctionnement de l’armée et les principales batailles de 1915 à 1917. Il présente ainsi les différentes stratégies, la percée divisée dans un dilemme entre la méthode et la surprise, la diversion pour affaiblir l’ennemi, ou l’usure. C’est alors le début de la guerre des tranchées et de grandes batailles de plusieurs mois dont l’enjeu est le maintien des positions ; les fronts n’évoluent cependant pas, en général, de plus de quelques kilomètres. La bataille de Verdun commence le 21 février 1916, à la suite d’un bombardement allemand, et dure jusqu’au 12 juillet. La victoire est française, mais elle reste dans les mémoires comme un réel traumatisme pourquoi ?. La bataille de la Somme est engagée par les français le 1er juillet 1916. Prévue depuis février, les objectifs ont cependant évolué, et l’enjeu est alors d’user l’ennemi pour percer son front. Une des principales difficultés dans le commandement de cette bataille, est la coopération entre Foch, commandant les forces françaises, et Haig du côté des Anglais. Duroselle se penche également sur les troupes en elles-mêmes, et le « rôle secondaire » accordé à la stratégie navale.

Après avoir étudié le rôle de l’armée dans la guerre, Duroselle, se centre sur le gouvernement dans le chapitre 7, étudiant ainsi l’importance des principaux hommes politiques ainsi que leurs relations les uns avec les autres. Déplacé à Bordeaux, le gouvernement n’est pas unanime sur le maintien de Joffre à la tête des armées. Celui-ci est soutenu par Poincaré et Viviani, mais sous le gouvernement Briand, il est remplacé par Lyautey.

 

2.2. Les moyens de la guerre

Dans le chapitre 8, il est question du financement de la guerre, avec une présentation des dépenses et des recettes de la guerre. Les solutions envisagées et mise en œuvre pour tenter de financer la guerre sont alors examinées : les impôts, des avances de la banque de France, des « bons de la défense nationale », des emprunts perpétuels. Une solidarité s’installe également au sein de l’Entente, avec des crédits contractés à l’étranger et en particulier aux Etats-Unis. En effet, en 1917, la situation est catastrophique, les finances permettent difficilement une poursuite de la guerre, situation qui n’est améliorée que par l’entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés de l’Entente.

L’armement est le sujet du chapitre 9, dont l’importance se fait sentir même en temps de paix que voulez-vous dire ?. Duroselle montre alors un manque certain dans l’artillerie lourde tout au long de la guerre, alors que l’on peut observer le développement des avions et des tanks, permis par une reconversion de l’industrie et une forte croissance de l’industrie de l’armement.

 

 

3. 1917 : l’année de l’angoisse

 

3.1. Modification du cours de la guerre

A partir de 1917, de nombreuses crises viennent secouer la France. C’est en effet la fin du gouvernement Briand, qui suit la chute de Joffre. L’époque est également ponctuée de nombreux désaccords politiques. En ce qui concerne le commandement de l’armée, Nivelle essuie un échec et est remplacé par Pétain. L’organisation du pays est également très touchée à cause des nombreuses grèves et des mutineries militaires. Dans ce chapitre 10, Duroselle s’intéresse particulièrement au personnage de Pétain. Sans être un grand stratège, il est déterminant dans la poursuite de la guerre, car il permet une profonde réforme de l’organisation de l’armée, apportant ainsi de meilleures conditions de vie aux soldats, ce qui lui apporte une très grande popularité. Il développe également la puissance du feu français, considérant que l’on ne peut pas gagner la guerre sans elle.

Cette année est également une année charnière du fait du bouleversement des alliances, sujet du chapitre 11. En effet, les Etats-Unis entrent en guerre, et une étude de l’opinion française montre que cela fait naître un nouvel espoir. La situation de la Russie change aussi en 1917 : le pouvoir est renversé, le gouvernement est changé, l’armée Russe se désagrège, et le pays n’a d’autre issue possible que la capitulation. L’Allemagne se trouve donc dans une situation de supériorité sur le front Russe, qui met la France et ses alliés dans une certaine confusion et inquiétude au moment de la négociation du traité de Brest-Litovsk précisez.

 

3.2. Une guerre à tous les plans

Les chapitres 12 et 13 se centrent sur les aspects qui découlent directement de la guerre et influent sur la situation en France, dont les deux titres parallèles montrent bien que la guerre est totale : une « guerre économique », et une « guerre psychologique ».

Pendant cette période, la France s’allie à la Grande Bretagne dans un but d’encerclement économique des puissances ennemies, ce qui passe par une saisie des marchandises à destination des autres pays belligérants, et en particulier la contrebande de guerre, mais cela ne va pas sans créer des difficultés avec les pays neutres. Des difficultés apparaissent également dans le commerce et le ravitaillement entre les alliés, dont la coopération devient importante pour pouvoir continuer la guerre.

C’est également une « guerre psychologique », qui passe par une importante propagande. Au début de la guerre sa mise en place est très difficile, mais avec le temps, elle se développe, en particulier par l’intermédiaire des journaux. Bien plus efficace au Royaume-Uni et en Allemagne, des disparités s’observent également entre les régions françaises. Mais dans l’ensemble, la propagande n’est pas d’une grande efficacité en France, et Duroselle en dit qu’il n’y a « aucun organisme central solide, cohérent, bien géré » citation en italique, guillemets compris.

 

3.3. Les buts de guerre

A partir de 1917, les buts de guerre se précisent, à la demande de Wilson, alors président des Etats-Unis. C’est l’objet du chapitre 14. Jusqu’à cette date, les gouvernements s’étaient contentés de déclarations vagues, mais aucune revendication précise quant aux buts de guerre n’avait été formulée. La première revendication précise émanant de la France est le retour dans le territoire français de l’Alsace-Lorraine. Différents enjeux se situent également au Moyen-Orient pour la France et le Royaume-Uni. Cette même année, un mouvement pacifiste se développe, ce qui pose alors la question de savoir à quel prix les belligérants sont prêts à accepter la paix, ce qui crée des tensions au sein du gouvernement. Les anglo-saxons expriment dès lors la volonté de créer une Société des Nations, ce qui laisse les Français assez sceptiques.

 

 

4. Clémenceau et la dure victoire

 

4.1. Clémenceau et la difficile poursuite de la guerre

Le chapitre 15 se centre exclusivement sur Clémenceau, surnommé « le tigre » à vrai dire, du fait de son action comme ministre de l’Intérieur (1906-1909, pas comme président du conseil (1917-1920). Sans rechercher le pouvoir, et en opposition constante contre le président Poincaré, ce dernier lui propose pourtant le poste de président du conseil le 14 novembre 1917, considérant qu’il est la personne la plus apte à redresser la France. Clémenceau, afin d’être efficace dans sa tache, s’occupait lui-même des affaires essentielles, et déléguait les affaires secondaires à ses collaborateurs. Dans la restructuration de son gouvernement, Clémenceau élimine les principales figures politiques de l’époque, ce qui lui permet de réduire les contestations incessantes des précédents gouvernements. Duroselle lui reconnaît de très grandes qualités, en particulier dans son caractère, et dans sa fermeté à se tenir aux décisions prises pour ensuite agir.

Le chapitre 16 développe la difficulté à trouver des alliés pour poursuivre la guerre. Bien que l’arrivée de Clémenceau ait permis de rétablir quelque peu les choses au sein du pays en lui-même, les difficultés liées à la guerre sont toujours là. Les Etats-Unis se sont engagés dans la guerre aux côtés de l’Entente, mais la Russie n’en fait plus partie, ce qui affaiblit sa de qui ? position face à l’Allemagne. Ce chapitre se propose de faire un tour d’horizon de la recherche de renforts dans le monde : d’abord l’Italie qui, longtemps restée neutre, s’engage dans l’Entente mais les relations avec la France ne sont pas sans difficultés, Clémenceau leur étant particulièrement hostiles. La recherche d’une alliance se fait aussi en Belgique qui, bien que neutre, est envahie par les Allemands et s’engage alors dans une résistance contre cette occupation. Le Portugal est neutre lui, avant de s’engager fortement auprès de l’Entente, et des Français en particulier. La Grèce est d’abord déchirée entre les deux camps, le roi Constantin Ier étant très proche des Empires Centraux, mais elle finit par s’engager auprès de l’Entente.

 

4.2. Les actions militaires de mars à juillet 1918

Les chapitres 17 et 18 concernent l’évolution des évènements militaires de mars à juillet 1918. A cette période, tous savent que la seule possibilité de gagner la guerre, est de le faire avec l’aide des Américains. Les Français redoutent pendant cette attente une attaque des Allemands, ce qui se produit du 21 au 26 mars 1918. Les décisions pour continuer à faire face pendant la guerre sont prises par Foch, Pétain et Clémenceau mais leurs avis sont souvent contradictoires. Dans ce chapitre, Duroselle étudie les qualités de chacun d’eux. Pétain agit à cette époque surtout pour la réorganisation de l’armée, mais l’auteur constate à partir de quel fait ? et cela contredit au moins formellement le jugement précédent du même auteur, selon lequel Pétain « Sans être un grand stratège [...] est déterminant dans la poursuite de la guerre », qu’il n’était pas « fait pour être commandant en chef ». Cette période est également marquée par la difficulté pour les alliés de s’accorder sur l’attitude commune à tenir dans la guerre et dans les actions militaires. Après de longues négociations, Foch est nommé « commandant en chef des armées alliées en France », c'est-à-dire qu’il se retrouve en charge du commandement unique.

Les Allemands, voulant agir avant l’arrivée des Américains, lancent une offensive sur le Chemin des Dames le 27 mai 1918, ce qui leur permet une forte avancée vers Paris. L’entrée en guerre des Etats-Unis apporte un nouvel optimisme ainsi qu’un nouvel espoir aux Français, mais l’armée doit être entièrement créée et de nombreuses difficultés d’organisation et de formation se posent pas assez clair. Les difficultés se poursuivent à leur arrivée en Europe pour trouver des accords dans le déroulement de la coopération, les Américains tenant à rester autonomes. L’offensive Mangin menée par l’Entente est une victoire, mais la politique à tenir dans les combats reste très discutée (Foch et Mangin sont pour l’offensive alors que Pétain préfère une attitude défensive) cette phrase tombe comme un cheveu dans la soupe.

 

4.3. Fin de la guerre et le bilan

1918 marque la victoire de la guerre, ce qui est l’objet du chapitre 19. Les contestations ressurgissent à travers la formation d’une minorité, principalement syndicaliste, qui s’oppose à l’union sacrée. Mais le 6 octobre 1918, l’Allemagne demande la négociation de la paix. Se pose alors la question de la date de l’Armistice, très discutée au sein de l’Entente. En effet, une offensive était initialement prévue le 14 novembre, ce que certains veulent maintenir afin que la victoire soit totale. Cependant Foch la refuse et l’armistice est signé le 11 novembre.

Le dernier chapitre de l’ouvrage est consacré à un bilan de la guerre qui met en avant la souffrance du peuple français. Duroselle dresse alors un bilan moral, dominé par la peur, d’une part pour les militaires, mais également du côté des civils. Il montre également la difficulté de la vie quotidienne dans les tranchées et la barrière psychologique créée entre les deux mondes par la censure et « le bourrage de crâne ».

 

 

Critique

L’auteur se donne comme objectif de montrer la vie des français pendant la Première Guerre Mondiale. Dans l’introduction, il explique l’importance de cette période dans sa vie, son père, Albert Duroselle, ayant pris part à cette guerre, tout comme son maître, Pierre Renouvin.

Cet ouvrage, qualifié de « testament scientifique » par André Kaspi, professeur à la Sorbonne, fait une synthèse des travaux récents écrits sur la Première Guerre Mondiale. Duroselle veut faire une histoire « globale », suivant la chronologie, afin de montrer le poids sur les mentalités collectives, dont il considère que l’importance est souvent minimisée dans les ouvrages historiques.

L’ouvrage présente une bibliographie sélective, classée par thèmes, ce qui en rend la consultation aisée. Il est également pourvu d’un index. Les notes, que l’on retrouve à la fin, renvoient la plupart du temps à des ouvrages, sans réellement apporter d’informations complémentaires immédiates accessibles.

Le livre, dont l’écriture rend la lecture aisée, insère des citations, des cartes ainsi que des tableaux numériques. L’auteur utilise en effet beaucoup les archives et les écrits des personnalités de l’époque. Il a également recours à des témoignages et des carnets personnels qu’il compare et confronte. Cette variété dans les sources et les points de vus, permet à Jean-Baptiste Duroselle de présenter tous les aspects de la guerre, sans être partial. L’intérêt de cet ouvrage réside aussi dans le fait que l’auteur s’intéresse à tous les niveaux de la société, le gouvernement, l’armée, la population civile.

André Kaspi salue la qualité de l’ouvrage, tant dans le contenu que dans l’écriture en elle-même.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Laurent Douzou, La Résistance française : une histoire périlleuse, coll. «Points Histoire», Seuil, Paris, 2005

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Ce compte-rendu, qui aurait pu être bon, est malheureusement formellement affaibli par quelques fautes d’expression (en particulier, vous confondez l’acte, « résistance », et la structure, « Résistance »), des erreurs d’interprétation de l’ouvrage, l’oubli de la présentation des personnages cités, et par l’absence de toute mise au point concernant le problème spécifique posé par l’attitude du Parti Communiste Français, lequel a forgé le mythe du « parti des fusillés » pour faire oublier son attitude inqualifiable entre 1939 et 1941. La critique finale est extrêmement pauvre, il faudra impérativement la compléter par la consultation de Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, Paris, 1980, ainsi que la lecture des comptes-rendus de lecture facilement accessibles en ligne (http://arkheia-revue.org/La-Resistance-francaise-une.html, http://www.franceculture.fr/oeuvre-la-resistance-francaise-une-histoire-perilleuse-de-laurent-douzou, http://www.fondationresistance.org/pages/rech_doc/?p=cr_lecture&iInd=3&sRecherchePhoto=, etc.) et dont il n’est pourtant fait aucune référence dans cette fiche.

 

Note sur 20 : 08

 

Introduction

Il s’agit d’une étude d’historiographie qui entreprend d’analyser les différents écrits historiques ayant pour sujet la lutte résistante clandestine qui eut lieu en France de 1940 à 1944. La question est de savoir comment les acteurs de cette lutte et les historiens ont décrit la Résistance, en tâchant à la fois de la transmettre et de mieux la comprendre. L’auteur précise que c’est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre puisque les publications concernant la résistance intérieure ainsi que la France libre représentent en tout 37 % du total des publications ayant trait à la seconde guerre mondiale qui ont parues entre 1964 et 2001.

 

 

1- ÉCRIRE LA RÉSISTANCE TOUT EN RÉSISTANT

 

1.1.  La résistance : un épopée moderne

Les premiers à raconter la Résistance furent les résistants eux-mêmes, et cela alors même qu’ils étaient au cœur de la lutte. C’est dire qu’ils avaient conscience d’être engagés dans une action dont l’impact pouvait être grand, et que l’avenir retiendrait de toute façon. Ces écrits de résistants rédigés pendant la guerre donnent la version de l’histoire de leurs auteurs et témoignent de leurs propres représentations de la Résistance qu’ils menaient. C’est avant tout une vision épique de leur combat qui transparait de ces écrits ; une mythologie se mettait en place. En effet, les résistants avaient l’impression de vivre une véritable épopée comme en témoignent les écrits de Pierre Brossolette et Jean-Pierre Vernant rappeler de qui il s’agit, d’autant qu’au moins le témoignage du second n’est pas exempt d’idéologie, qui établissent un parallèle certain entre la mort au combat dans les œuvres antiques et la mort pour la Résistance. C’est pour cela qu’on a pu parler de la mise en place d’une « mythologie » authentique. L’auteur insiste sur le fait que cette légende s’est formée au sein même de la lutte, et non pas simplement du fait d’une glorification enthousiaste de la Résistance qui aurait été suscitée par la libération, comme on a tendance à le dire. La légende s’incarna dès 1943 dans des hauts faits d’armes et dans des noms qui reflétaient l’image de l’idéal héroïque. En clair une logique circulaire d’autoglorification.

 

1.2.  Les racines de la résistance dans l’écriture

Notons cependant que tous les écrits n’avaient pas cette tonalité lyrique : le premier ouvrage de Résistance, publié en 1940, était une liste de trente Conseils à l’occupé de Jean Texcier, dans laquelle l’auteur invitait à une résistance passive qui consistait à montrer que l’on n’était pas la dupe des Allemands. L’auteur préconisait ainsi, dans ses trente conseils, de conserver sa dignité et de se garder de toute servilité à l’égard de l’envahisseur. Il s’agissait de conseils tels que, par exemple : « 9. Ton marchand de bretelles a cru bon d’inscrire sur sa porte : Man spricht Deutsch ;  va chez le voisin, même s’il paraît ignorer la langue de Goethe. » ou « 21. Étale une belle indifférence : mais entretient ta colère, elle pourra te servir. » Ce second exemple montre bien que l’idée d’une revanche ne mit pas longtemps à s’imposer, puisque l’auteur de ces conseils invitait déjà à une toute première Résistance, quoiqu’encore loin de la lutte organisée qui allait suivre.

 

1.3.  Les écrivains résistants : engagés intellectuellement et militairement

La guerre allait aussi être présentée dans les œuvres d’écrivains, intellectuels engagés dans la lutte. Ainsi en est-il par exemple du poète René Char, chef de maquis en Provence, qui allait témoigner de son action résistante dans ses Feuillets d’Hypnos. De même en est-il de Joseph Kessel, qui entreprit d’organiser, dans une œuvre qu’il voulait la plus véridique et proche de la réalité possible, des anecdotes qu’on lui avait rapportées. L’Armée des ombres était ainsi achevée à Londres dès 1943. L’auteur ne cherchait donc pas à construire un mythe, mais et déplorait même le fait que l’écrivain était démuni pour dépeindre ce « grand mystère merveilleux » qu’était la Résistance. C’est l’idée que la Résistance avait quelque chose de mythique en elle-même, et que la décrire en vérité, c’était forcément faire part de cet aspect qui était une réalité, et non une simple construction. En effet, Laurent Douzou fait remarquer que le fait d’ôter sa dimension épique à la Résistance ne reviendrait pas à une preuve de sens critique, mais serait au contraire une erreur, puisque c’est bien comme cela (c’est-à-dire comme une lutte merveilleuse, mythique et légendaire) que le combat fut vécu par ses protagonistes.

 

1.4.  La postérité : une préoccupation 

Les écrits des résistants témoignent enfin de la conscience qu’il se jouait quelque chose d’historique. C’est ainsi qu’ils tachèrent de préserver le plus possible de détails, dans l’optique de transmettre leur expérience un jour. Ainsi le responsable de la propagande résistante Jule Meurillon eut-il une attention particulière à archiver des tracts et journaux qu’il faisait distribuer. Il faut dire que leur lutte clandestine était un combat qui sortait de l’ordinaire dans son aspect souterrain soumis à une menace constante. Ainsi les résistants avaient-ils le sentiment d’être les seuls réellement à même de saisir toute la signification de leur lutte. Ils exprimaient d’ailleurs déjà très clairement l’idée que retracer la Résistance ne serait pas chose facile, et que cette tache était serait dévolue aux générations suivantes qui précèderaient la guerre. C’est ainsi que Claude Bouchinet-Seurreules précisez de qui il s’agit affirmait que l’histoire ne pourrait être restituée que par un historien de génie qui serait à la Résistance ce que Michelet avait été à la Révolution. Souhait bien naïf, quand on sait à quel point Michelet a fait de l’histoire de la Révolution une véritable fable !

 

 

2- ÉCRIRE LA RÉSISTANCE APRÈS LA GUERRE

 

2.1. Écrire la résistance : un chantier précoce (1944-1959)

Après la guerre, des moyens considérables furent mis en œuvre pour écrire l’histoire Résistante : autorités politiques et universitaires entreprirent ce lourd travail. Ces mises en œuvres sans précédent expriment bien la conscience de l’importance extrême qu’avait eue l’affaire : il fallait donc à tout prix la préserver de l’oubli qui la menaçait. En décembre 1951, un Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale vit le jour, chargé des recherches et publications relatives à cette guerre. L’organisme bénéficiait de l’aide des services publics pour mener à bien ses enquêtes. Ce premier travail était avant tout une collecte de documents qui serviraient aux historiens des générations suivantes qui entreprendraient d’écrire l’histoire de la lutte souterraine. On constate un sentiment d’urgence dans ces travaux qui devaient être menés à bien avant la disparition des témoins. Ce travail se révéla être particulièrement ardu du fait même de la nature de la lutte qui avait été cachée, secrète et souterraine. Or il s’agissait à présent de décrypter les langages et noms de code, et de s’affronter au cloisonnement des différents mouvements résistants qui empêchaient de se faire une vision d’ensemble du système et n’aboutissait qu’à donner une vision encore plus fragmentaire de leur lutte passée. Dix années après la fin de la guerre, Henri Michel précisez de qui il s’agit finissait par exposer l’idée qu’il était temps d’arrêter les recherches : « Bref, si on n’entreprend pas dès aujourd’hui d’essayer d’écrire –je dis bien essayer- une histoire de la Résistance, on risque de s’acheminer vers un oubli total dans peu de temps… » contresens

 

2.2. Le travail des témoins et historiens (1944-1978)

À partir de 1955 en particulier, on assiste à une soudaine floraison des publications de témoins : mémoires, récits, biographies de héros de la Résistance… C’est ainsi que vont émerger des figures de la Résistance qui vont s’imposer comme autant de symboles témoignant pour tous les anonymes ayant partagé la lutte : Berthie Albrecht, Danièle Casanova, Pierre Brossolette, Jacques Bingen ont-ils tous été résistants au même titre, vous auriez dû le préciser… La Résistance s’incarnait dans des personnages qui la personnifiaient. On remarque que ces récits ne sont pas sans donner l’impression d’une justification : insister sur l’héroïsme résistant, c’était en effet rappeler du même coup qu’il n’en avait pas été ainsi pour toute une population attentiste, voire collaboratrice. De ce fait, la légende de la Résistance rassembleuse ne pouvait plus être aussi crédible qu’avant. En mettant en valeur la figure de héros, on suggérait que les résistants avaient formé une élite réduite. Le fait est qu’un véritable fossé séparait cette élite de la masse populaire qui ne la connaissait pas. Par conséquent, après le mythe de la Résistance se développèrent des griefs à son encontre : ne la connaissant pas, la masse qui redoutait de s’illusionner dans des considérations idéalisantes préférait se retourner contre elle pour affirmer son sens critique. En conséquence, les témoins furent guidés par un désir d’exactitude et de rigoureuse conformité à la réalité résistante dans les récits qu’ils en firent. André Roure déplorait ainsi dès 1848 dans Valeur de la vie humaine le fait que la Résistance ne pourrait être véritablement écrite que plus tard, quand il lui serait possible « de rendre justice à tous sans heurter les susceptibilités, quand elle pourrait être autre chose qu’une flatterie aux hommes en place. » Il faut dire que la résistance était utilisée à des fins politiques, pour glorifier notamment le « parti des fusillés » il serait utile de préciser qui a instrumentalisé ce thème et à quelles fins ou encore le parti gaulliste, ce qui allait à l’encontre de la requête historique d’objectvité. Il faut cependant nuancer ce propos, puisque les mémoires résistantes sont loin de s’être réduites à cette simple opposition entre gaullistes et communistes ce point reste seulement allusif dans votre compte-rendu, or il est au cœur du problème historiographique, comme on a tendance à le croire.

Après la recherche documentaire se posait la nécessité d’écrire cette histoire de la Résistance dans des ouvrages scientifiquement historiques. Ce fut avant tout un travail de synthèse. Constituer cette dernière semblait nécessiter un tri entre les informations et témoignages : il s’agissait de voir lesquels se rapportaient à la réalité des faits et lesquels ne visaient qu’à faire entendre ce que l’opinion générale avait envie d’entendre à un moment donné. Lucien Febvre et son successeur Henri Michel précisez de qui il s’agit, contre l’idée qu’il fallait attendre le recul de l’histoire pour écrire, ils préconisaient aux acteurs de la Résistance et aux historiens de constituer ensembles des ouvrages historiques tant que les témoins étaient encore en vie. En effet, en 1963, aucune étude des maquis n’avait encore été rédigée, mais seulement des témoignages, récits et souvenirs. En conséquence, l’histoire contemporaine fut largement étudiée, et cessa d’être un sujet d’étude interdit. contradictoire

 

2.3. Remise en cause historiographiques. La fin des héros ? (1978-2002)

Dans les années 1970, le regard sur la résistance changea : la redécouverte de Vichy et la mise en doute de l’impartialité des témoins remettaient en cause la lutte d’une guerre que la nouvelle génération n’avait pas connue. Le film de Marcel Ophüls Le Chagrin et la Pitié était ouvertement provocateur en détruisant l’image de la France entièrement résistante. De même La France de Vichy de Paxton suscita de vives réactions lesquels, de qui ?. L’historien Julian Jackson voit de l’accueuil de cet ouvrage le fait qu’il paru au moment de déclin gaulliste, et affirmait donc ce que l’opinion attendait à savoir ?. Suite à la fin du Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale dans les années 1980, l’image de la résistance changea. Les auteurs furent de plus en plus diversifiés en quel sens ?, de nouvelles approches historiographiques de la Résistance émergèrent. Daniel Cordier, ancien homme de confiance de Jean Moulin, publia en 1999 La république des catacombes, ouvrage qui constituait une synthèse de ses recherches. Face à l’idée quasi dominante que les rôles de l’acteur et de l’historien ne pouvaient être liés, il se présentait comme un témoin qui faisait œuvre d’historien. Plusieurs autres témoins prirent la plume au soir de leur vie, conscients que la Résistance était menacée par l’oubli ou la minimisation, comme Robert de la Rochefoucauld en 2002. La notion de Résistance fut élargie, notamment par Jacques Sémelin qui forgea le concept de « Résistance sociale » pour nommer les actions plus banales et populaires que menait au quotidien le peuple opprimé. De même, on introduisit le rôle des femmes, des Juifs et des étrangers, de la Résistance spirituelle… On se posa la question de savoir dans quelle mesure l’image héroïque de la Résistance n’avait pas été utilisée à l’occasion pour promouvoir un parti lequel ? : d’une histoire déterminée par la nécessité commémorative, on passait progressivement à une histoire plus problématisée.

Alors qu’on reconnaît difficilement sa part d’héroïsme à une quelconque action historique sens ?, l’héroïsme résistant a toujours fait quasiment l’unanimité. Pourtant, on assista progressivement à une érosion de la mémoire Résistante. Cela alla même jusqu’à la suspicion quant aux véritables préoccupations qui avaient poussé les résistants à agir, comme dans le cas de l’affaire de Caluire en 1997. Or, une nouvelle image moderne s’est forgée au moment où les descendants ont commencé à prendre la plume à leur tour : celle du « Juste », titre qui rend hommage aux résistants reconnus comme tels.

 

 

Conclusion

Le travail historique que suscita la Résistance est comme on l’a vu, une exigence rare en quoi ce distingue-t-elle de celle de l’historien en général qui témoignait de l’envie de transmettre aux générations futures ce que la lutte clandestine avait été dans son essence. Pour écrire leurs ouvrages, acteurs et historiens s’associèrent tout particulièrement. Laurent Douzou insiste sur l’idée que ce travail doit se poursuivre, puisque l’écart du temps permettra de voir avec toujours plus de clarté quels furent la nature et les enjeux de la Résistance. Ce que l’on constate à l’étude des différentes conceptions et analyses que l’on fit au fil du temps de la Résistance, c’est l’impossibilité à la réduire à une unique définition. L’auteur remarque que si la représentation de la Résistance fut constamment remise en cause et critiquée, c’est justement que la Résistance comporte par nature l’ambiguïté de porter en elle une dimension légendaire qui ne tient pas de sa glorification a posteriori.

 

 

CRITIQUE

Le premier chapitre du livre est particulièrement intéressant pour notre sujet d’année puisqu’il traite des écrits publiés par les résistants pendant la guerre, c’est-à-dire dans les bornes du sujet. Cependant, le reste du livre, développé ici dans la deuxième partie, a également un intérêt certain, dans le sens où il permet de présenter la Résistance dans toutes ses facettes selon les différentes façons dont on l’interpréta après la libération. Développer une à une les manières de comprendre et d’écrire l’histoire de la Résistance nous permet de la comprendre dans toutes ses nuances spécifiques. Si les témoins et historiens eurent des lectures si variées et différentes de la Résistance, c’est qu’effectivement l’objet de leur travail était particulièrement complexe en lui-même.

Par ailleurs, l’ouvrage est particulièrement bien documenté et s’appuie sur l’analyse d’un très grand nombre de références en tous genres (poèmes, discours, ouvrages d’histoire ou récits de guerre), souvent cités, ce qui permet de suivre au mieux l’argumentation de l’auteur.

Celui-ci est convainquant, et expose de façon très claire sa thèse : entreprendre d’écrire la résistance implique nécessairement de l’interpréter. Si cette interprétation était directe pour ceux qui écrivaient au moment même où ils étaient impliqués dans la lutte souterraine, elle semble nettement plus complexe à ceux qui ont tâché de la raconter linéairement pour lui rendre une cohérence après la guerre : il s’agissait en effet d’interpréter ce passé résistant avec les yeux du présent, ce qui ne pouvait manquer de déformer la réalité selon l’air du temps et les préoccupations politiques en vigueur.

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, De Gaulle, la Résistance, Staline…, Ramsay, Paris, 1980.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

L’absence de maîtrise du fond historique, et une lecture peut-être un peu rapide de l’ouvrage, vous ont conduit à de gigantesques erreurs d’interprétation qui rendent une large partie de cette fiche inutilisable en l’état. Il faut attendre la troisième partie de votre travail pour que celui-ci devienne compréhensible : il faudrait reprendre cette fiche de fond en comble, en rétablissant la chronologie, et en intégrant une critique universitaire de l'ouvrage..

 

Note sur 20 : 03

 

NB : Stéphane Courtois n’est pas communiste il a été membre actif d’un courant marxiste-léniniste-maoïste de 1968 à 1971, l’étude qu’il se propose de faire de l’idéologie est donc a priori impartiale la relation de cause à effet n’est pas probante. Le PCF dans la guerre en italique comme tous les titres d’ouvrages est son travail de sa thèse d’histoire, publiée en 1980. Stéphane Courtois n’a pas inséré d’introduction dans son ouvrage, commençant dès le premier chapitre au 30 septembre 1938, et il a adopté un découpage chronologique de l’histoire.

 

1-LE PARTI DE L’OPPOSITION ET DE LA LIBERATION : UNE COURSE EN SOLITAIRE

 

1.1 Une accusation totale et indéterminée

A l’entrée en guerre en 1939, le Parti Communiste français n’est plus la « secte » qu’il était en 1930 (chapitre 1), et il avait réussi à s’imposer comme un vrai parti, représenté par 72 députés à l’Assemblée à l’entrée en guerre ?. Stéphane Courtois en parle comme d’un organe en ébullition, dressé contre le monde entier sans grand discernement : l’Angleterre, parce qu’elle est « impérialiste », est tout autant coupable que l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre, au même titre que la bourgeoisie française est à combattre : « c’est elle que nous pouvons affaiblir et vaincre par l’action dans les usines et à l’armée » (Thorez, L’Humanité). Il qualifie de « bourgeois » et d’« impérialiste » tous ceux qui ne sont pas communistes, et le gouvernement a tort quoi qu’il fasse : se dresser face à Hitler, c’est céder à l’impérialisme anglais qui le pousse dans la guerre, collaborer, c’est se vendre à Hitler dans l’attente d’intérêts économique. Stéphane Courtois note que la « guerre nationale » que le parti propose est ambiguë : ce n’est pas une guerre de « libération nationale », et comme le PCF renie la nationalité aux bourgeois, la « nation » serait donc constituée de la masse ouvrière ? L’indétermination dans l’expression de « défense de Paris » interpelle aussi l’auteur, le parti ne précisant pas s’il faut la défendre contre Hitler ou contre les bourgeois. En 1940, lorsque le gouvernement de Vichy s’installe à Paris !, le parti se saisit de l’occasion créée par la vacance administrative pour s’imposer dans le quotidien des français et pour cause. Peut-être faudrait-il expliquer pourquoi ?... et ne pas oublier l’occupation allemande (national-socialiste, fautil le rappeler ?), beaucoup plus déterminante pour expliquer la liberté dont jouit alors le PCF que la « vacance administrative »: comités dédiés aux chômeurs, aux veuves de soldats… il veut imposer sa force dans les entreprises, prendre le contact avec les travailleurs, susciter et exploiter le mécontentement face au chômage et au mauvais ravitaillement, et remettre en cause les autorités françaises. Au lieu de détruire le PCF, en le rendant illégal par décret, et en supprimant même la nationalité française à deux députés communistes qui ont refusé de renier le parti en février 1939, le gouvernement de Vichy lui permet de s’imposer comme principale critique, surtout en zone occupée, au Nord gigantesque confusion chronologique qui ne permet pas de comprendre la situation : c’est la IIIème République qui a déclaré illégal le PCF, le 27 septembre 1939, du fait de l’invasion conjointe de la Pologne par les Allemands et les Soviétiques, dont le PCF avait approuvé le « pacte de non-agression » du 23 août 1939, avant de procéder à des sabotages et des appels à la désertion dans les armées françaises, à la veille de l’invasion allemande. Thorez écrit un article, dans lequel Pétain est décrit comme un « loup assoiffé de sang ». La lutte contre le gouvernement supplante presque celle menée contre l’occupant, car la guerre est celle des « impérialistes » que condamnent le parti.

 

1.2 Une lutte en solitaire pour la libération nationale cette partie de compte-rendu est totalement inutilisable du fait de confusions chronologiques et institutionnelles, ainsi que de graves erreurs d’interprétation

Le PCF aurait voulu transformer le conflit mondial en guerre nationale pour l’indépendance et la liberté, proclamer la levée en masse et armer le peuple pour protéger Paris et libérer les communistes emprisonnés n’est-ce pas contradictoire ?. Mais il n’appelle pas à la guerre civile ouverte contre les officiers français, ni au sabotage des usines d’armement à l’entrée en guerre, du moins pas avant que l’URSS ne soit sérieusement menacée par les forces hitlériennes confusion chronologique. Sous le régime vichyste, le PCF est rendu illégal, et tout acte communiste est vu comme un crime « passible de peine de mort » (chapitre 4). Marginalisé par la présence nazie en France, le journal, et a fortiori L’Humanité, était le moyen pour le parti de garder un contact avec les masses. La propagande était imprimée en Belgique, et le journal écrit le 17 juin 1940 : « Nous devons imposer la paix dans la sécurité en exigeant par tous les moyens un gouvernement s’appuyant sur les masses populaires, s’entendant avec l’URSS pour le rétablissement de la paix générale dans le monde. » L’objectif est clair : un gouvernement des masses ouvrières, en accord avec Moscou, dans un objectif à long terme de libération nationale. L’alliance avec les masses reste cependant le premier objectif du PCF qui entend faire l’unité et l’organisation de la classe ouvrière, une meilleure politique d’alliances entre la ville et la campagne et pour ce faire, une ouverture aux différents partis pour se renforcer : c’est la création du Front National.

Stéphane Courtois dit que celui-ci accorde au parti le monopole de la défense nationale, face au parti gaulliste, d’inspiration « réactionnaire et colonialiste, impériale. » (L’Humanité)

Le Front National devient l’arme de guerre du PCF pour la libération : il est censé unifier la nation « à l’exception des traîtres et des capitulards faisant la besogne ou le jeu de l’envahisseur ». Le FN est prêt à soutenir « tout gouvernement français, toute organisation et tous hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d’une lutte véritable contre l’oppression nationale subie par la France et contre les traîtres au service de l’envahisseur. » Mais Stéphane Courtois parle d’une « course en solitaire vers la libération nationale ». Lorsque le PCF, isolé sur la scène politique française fin 1941, appelle à l’union nationale pour la libération de la nation française, la plupart des militants, installés dans une longue politique de lutte individuelle, refusent les alliances, notamment avec le parti gaulliste. Le 23 octobre 1941, de Gaulle s’exprime à la BBC : il est normal que les Allemands soient tués, mais il faut organiser les combats, avec à la tête de la hiérarchie, lui-même. Il préconise la patience et l’organisation (chapitre 11).Dès la fin août 1941, une lutte pour l’hégémonie dans la résistance française s’installe entre de Gaulle et le PCF, qui sera finalement responsable de la lutte à l’extérieur tandis que le futur dirigeant du Gouvernement Provisoire se chargera de la résistance à l’intérieur du pays.

 

1.3 Une complaisance dans l’illégalité

En 1941, L’Humanité déclarait que le PCF était fier d’être traqué alors que les autres dirigeants allaient chercher des directives à l’ambassade allemande. Le PCF a en effet une position particulière : il est rendu illégal par Pétain ce n’est pas la peine, il l’est depuis 1939 (décret-loi du 26 septembre), et du fait de Daladier, pas de Pétain, et son poids politique est donc théoriquement réduit à néant. Mais dans un pays où l’occupation nazie est rejetée par la population et où les ouvriers désirent se lever contre les mesures sociales prises par le gouvernement pour « remettre la France au travail » (Reynaud, 1938, chapitre 1) confusion « zone libre » / « zone occupée le parti s’impose aux masses comme un possible libérateur : il critique sous couvert dans des publications clandestines, mais avec d’autant plus de force et de liberté dans les termes. Il s’enthousiasme des révoltes ouvrières et les encourage dans la volonté de descendre le gouvernement : « seule la faim a pu momentanément arrêter cette admirable lutte pour les salaires et un meilleur ravitaillement ». La révolte des miniers de 1941 est aussi un instrument contre les collaborateurs (chapitre 6): « les patrons miniers savent que la production houillère aide les puissances de l’axe à faire la guerre à leur ami de Gaulle […] c’est pourquoi les ouvriers mineurs remettront à leur place certains sous-ordres employés et patrons qui viennent leur vanter les mérites de de Gaulle. » (Le Prolétaire, janvier 1941). Dans La Vie du Parti, Frachon appelle à observer toutes les règles du travail illégal : il faut lier l’organisation illégale du Parti à la masse des ouvriers de l’entreprise. Avec la CGT presque réduite à néant (chapitre 6), le PCF s’immisce dans le milieu ouvrier, et l’organisation doit se faire clandestinement. Sur le plan revendicatif, le parti ne faiblit pas : « pas un camion pour les assassins nazis ». L’heure est au sabotage. Mais les membres du PCF sont vus comme des bêtes sauvages, à cause d’une politique de lutte armée lancée en octobre 1941 (chapitre 9) et la police est sur les traces de l’appareil central du parti, presque entièrement démantelé en février 1942 : la police effectue 300 arrestations en région parisienne, dont 63 responsables syndicaux, dont beaucoup seront fusillés.

 

 

2- UN PARTI INCOHERENT QUI SOUFFRE DE DIVISIONS INTERNES ET DE « RETOURNEMENTS DE VESTES »

 

2.1 Des luttes intestines et des dérives militantes

Selon Stéphane Courtois, les luttes intestines du parti entraînent sa faiblesse politique: Frachon défend la lutte ouvrière, le front de classe, tandis que Duclos est résolument tourné vers Moscou et le regroupement autour d’un Front National. Le PCF est divisé, et pas seulement entre ses dirigeants : des articles paraissent dans des brochures, s’éloignant des organes centraux, et une séparation s’effectue entre leaders et militants clairement plus velléitaires. En juin 1940 est créée l’Organisation Spéciale à échelle nationale qui s’appuie sur la revendication des militants antifascistes plus que sur les directives soviétiques, et s’arme progressivement. Le PCF tente de s’allier aux gaullistes, mais une grande partie des militants refuse : ils ont trop longtemps bataillé pour le monopole de la défense nationale qu’ils rejettent toute alliance qui pourraient minimiser leur rôle : l’orgueil des militants provoque la faiblesse de leur propre parti (chapitre 10). Les militants ont aussi recours aux attentats, que l’organe central du PCF juge anachroniques et indéfendables. L’idée de tuer est monstrueuse : « Le jeu politique ne mérite pas le prix d’une vie ». De plus, Lénine était pacifiste, et le parti suit l’URSS. Pour justifier les attentats individuels, et paraître uni sur la scène politique, le PCF parle d’actes, non d’une « minorité isolée mais au contraire comme les premières manifestations de la combativité populaire grandissante » (1942). Sur cette lancée, le parti abat les anciens militants qui s’opposent à la lutte armée, maintenant officiellement engagée auprès les francs-tireurs (chapitre 11) : ils volent des armes aux Allemands, et pillent des magasins contradictoire dans les termes, cette partie repose sur des confusions graves… c’est malheureusement un échec : la guérilla n’est efficace que si elle soutient une armée déjà présente, or en 1942, ce n’est pas le cas, et les militants finissent par craindre l’inutilité de leurs sacrifices.

 

2.2 Des objectifs à préciser

Dès l’entrée en guerre, les objectifs du PCF sont à déterminer. Le soulèvement des masses ouvrières est le premier objectif communiste dès l’entrée en guerre ?, mais en temps de guerre, un conflit se crée bientôt entre la libération ouvrière et la libération nationale, sur fond de guerre impérialiste qu’il ne faut pas cautionner. A partir d’avril 1940, le PCF suit la politique de Lénine une petite précision chronologique pourrait se révéler utile d’armement de la classe ouvrière pour accéder au pouvoir. La lutte n’est plus contre la guerre mais pour diriger. Il exalte les grèves et fait signer un acte de fraternisation entre soldats et ouvriers, car le PCF distingue les chefs d’états des soldats, et considère les soldats allemands comme des travailleurs en uniforme, victimes de la politique impérialiste de leur pays. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Il a deux objectifs : s’emparer du pouvoir, et faire la paix avec le Reich pour mener sa politique d’émancipation ouvrière je vous invite à relire toute votre fiche depuis le début au filtre de cette phrase. En juin 1940, Arthur Dalidet, responsable de l’appareil du parti, dit « Maintenant, c’est nous qui allons nous charger du pays ». Mais avec l’attaque de l’URSS par Hitler, les objectifs du PCF se retrouvent inversés peu-être faudrait-il préciser la date, ce qui, une nouvelle fois, permettrait d’éclairer toute votre fiche depuis le début : il voulait d’abord l’émancipation sociale, menant à la libération nationale, il prône aujourd’hui le combat contre l’envahisseur pour défendre les intérêts immédiats des masses laborieuses. Le PCF se range derrière l’URSS il n’a jamais cessé de le faire, Duclos l’emporte finalement contre Frachon, quand Staline appelle au courage et aux sacrifices contre le fascisme et dit que 1942 sera l’année de la victoire contre Hitler, ce que le PCF reprend en chœur. L’Humanité titre « les boches seront battus en 1942 ! ».

 

2.3 Des retournements de veste inexpliqués vous croyez ? Dans ce cas, quel est le sens du titre 3 ci-dessous ?

Le décret Sérol précisez qu’il est socialiste, ancien ministre de Blum et garde des Sceaux du gouvernement Reynaud, passé en avril 1940 ce qui ne peut donc être imputé au « régime de Vichy » institué le 10 juillet 1940, assimile toute activité communiste à un acte de trahison passible de peine de mort. Sans ça, et sans la présence de l’armée allemande sur le territoire français Stéphane Courtois affirme que le PCF se serait rapproché du gouvernement Reynaud, qui luttait activement contre l’Allemagne en l’absence de faits et de dates pour l’éclairer, cette phrase restera difficile à interpréter. L’idée de l’auteur est que le PCF est que le parti utilise d’ « habituelles méthodes […] en matière de virage politique » (chapitre 11) phrase elliptique. De même, après avoir qualifié d’impérialiste tous les gouvernements européens, le PCF admet brusquement, le 6 novembre 1942, de Gaulle comme un dirigeant, apte à sortir le pays de l’occupation allemande. Le 19 novembre 1942, le parti, affaibli par le poids de l’occupation allemande, « totale, directe, implacable » (chapitre 12), les dirigeants du parti signent une lettre destinée aux gouvernements alliés, où ils saluent le « général de Gaulle, chef incontesté de la Résistance, qui, plus que jamais, groupe derrière lui tout le pays ». Quant à sa politique de lutte armée, le parti ne reconnaît d’abord pas son affiliation avec les FTP c’est le contraire, les FTP sont fondés par le PCF: les francs-tireurs et partisans, pour être plus digeste, mais ils sont exaltés dans le journal, jusqu’à l’appel massif de L’Humanité à la lutte armée, sûr du soutien de Staline qui appelle les militants à se battre là encore, il faudrait rappeler la date (chapitre 9).

 

 

3- UNE EXPLICATION A TROUVER DANS L’IMITATION INCONDITIONNELLE DE L’URSS

 

3.1 L’obéissance aux ordres : une soumission politique totale

L’URSS avait signé en 1935 un pacte d’assistance avec la France (chapitre 1) car elle craignait l’union d’un front anticommuniste. Dès le début de la guerre, Maurice Thorez, à la tête du second parti communiste mondial, juste après le PCUS, et fort de 288 000 adhérents, définit les objectifs du parti, et parmi eux se trouve la « défense de l’URSS » (chapitre 1). Le 23 août 1939, Staline signe un pacte de non agression avec Hitler, et dès le 31 août, Courtois dit que le PCF « se réduira désormais à la défense intransigeante […] de la politique extérieure de l’URSS. En janvier 1940, l’Humanité fait l’éloge du « génial Staline » (chapitre 2) et loue sa politique extérieure : le pacte germano-soviétique serait une « riposte géniale » à la tentative franco-anglaise de pousser l’URSS seule dans un conflit face à Hitler. En ce début de guerre les actes militants sont les témoins principaux de l’obéissance du parti à Staline : le 22 juin 1941, Hitler envahit les Balkans, le 3 juillet 1941, Staline appelle les membres du PCF à attaquer les forces hitlériennes : les partisans sabotent, L’Humanité le voit comme un « devoir national » (n° du 29 juillet 1941). Moscou est claire : il faut terroriser. Le 15 août, le journal appelle à la lutte armée. Le 21 est enregistré le premier assassinat. Il est alors impossible de reculer : la lutte armée continue et repose sur les Organisations spéciales, dans le soutien à l’URSS. Parallèlement, le PCF qualifie le régime de Vichy de « terroriste » et se targue de légitime défense. Face à cette violence subite, l’occupation resserre les rangs, et le parti est isolé. Le PCF doit abandonner l’idée de la victoire en 1942 car Churchill annonce l’impossibilité d’ouvrir le deuxième front à l’Ouest. Le parti passe vraiment pour un suiveur inconsidéré de l’Internationale, Stéphane Courtois le présente comme un pion dans l’échiquier international. Il présente aussi les militants comme des « enthousiastes peu lucides » (chapitre 11), se tournant vers la lutte armée au moment même où les chars allemands foncent sur Stalingrad. Il est très critique : le PCF « justifie tous les sacrifices en vies humaines consentis par les militants », il est aussi sur le point d’appeler à l’insurrection nationale pour créer le deuxième front, mes les FTP sont démantelés.

 

3.2 Une progression de l’accusation fasciste

Les revirements politiques qu’a connus le PCF pendant la guerre suivent en réalité les évolutions de l’URSS. En effet, pourquoi le PCF, animé par une lutte des classes, utilise-t-il soudainement l’argument patriotique, lorsque l’armée allemande marche sur l’URSS ? Courtois propose plusieurs explications : le parti s’appuierait sur une politique démagogique de levée en masse, ou encore d’un esprit de revanche face aux Allemands qui ont interdit la publication de L’Humanité, mais le plus concluant est pour lui l’appel du 10 juillet, tract communiste qui titre « Peuple de France », et qui semble être la copie d’une version russe. On retrouve alors l’influence soviétique sous-jacente dans la vie du PCF. De même Staline, dans un moment de réflexion au début de 1941 sur le camp à choisir : les démocraties ou l’Allemagne nazie (chapitre 1), dit qu’une union avec tous les pays est possible. Le PCF s’accorde évidemment sur cette politique : La Vie du Parti publie que les mouvements des masses populaires pourraient être entraînés vers le chauvinisme par l’impérialisme anglais, mais qu’il faut au contraire fraterniser avec les Allemands, qu’on n’assimile pas à leurs dirigeants. L’accusation reste dirigée vers les organes décisionnels, et non contre les masses, que le parti voit d’un bon œil quel qu’en soit le pays. Sous le régime vichyste, Thorez privilégie également sans explication la lutte contre l’oppression sociale à celle contre l’oppression nationale, considérant l’émancipation ouvrière comme premier objectif : l’analyse communiste perd en cohérence, car la cause de Vichy reste Hitler, mais le PCF concentre ses attaques sur Pétain. Stéphane Courtois en trouve l’explication dans un discours du 1e août 1940, dans lequel Molotov réaffirme l’alliance germano-soviétique : le PCF raie toute mention contre l’occupation dans son appel. Lorsque l’Allemagne envahit le territoire russe, les termes de « fasciste » et de « nazi » réapparaissent avec d’autant plus de véhémence dans les publications communistes françaises

 

3.3 Un contexte international favorable au PCF

L’Allemagne envahit la zone sud de la France le 11 novembre 1942, sans riposte de la part du gouvernement de Vichy : Stéphane Courtois affirme que « le régime de Vichy devient clairement un régime « fantoche » aux ordres des nazis […] L’opinion s’en aperçoit » (chapitre 12). Le PCF saisit l’occasion de sortir de son « superbe et suicidaire isolement », et bien qu’il soit alors encore isolé et désorganisé, il s’impose en 1943, grâce à un nouvel espoir de l’ouverture du second front en France face à l’armée nazie, et dont Staline a besoin pour vaincre définitivement Hitler (chapitre 13). A la mi-septembre, la lutte armée et le sabotage s’imposent à nouveau, cette fois sous une forme réellement efficace, et reconnue. Le PCF atteint son but : il est considéré comme le grand parti patriote, « ami de l’URSS qui écrase Hitler à l’est » (chapitre 14). Depuis 1941, sa politique était résolument tournée vers la libération nationale, toujours dans la préoccupation d’émanciper la classe ouvrière, et le 24 mars 1944, le parti sort définitivement de son isolement. L’Humanité publie : « la division est le plus grand crime que l’on puisse commettre contre la France à l’heure des combats décisifs » (15 avril 1944). Grâce à l’appui des alliés, le parti, qui apparaît être toujours resté fidèle aux intérêts de la France, même dans les moments difficiles de l’occupation, rencontre un franc succès aux législatives du 21 octobre 1945 : 160 députés sont élus à l’Assemblée, et le PCF est pour la première fois le premier parti français (chapitre 16). Imiter l’URSS s’avère servir le parti, qui, fort des victoires armées de l’armée rouge, peut se vanter d’avoir toujours été au service de la nation, à l’inverse des collaborateurs qu’elle peut maintenant moquer.

 

Conclusion

Stéphane Courtois approche le Parti Communiste français par le biais de ses publications officielles, mais ne peut éviter de constater que ces actions isolées ont forcé le parti à se justifier continuellement auprès des Français. De plus, des divisions ont entraîné le parti dans un certain immobilisme politique durant la guerre, l’empêchant de s’imposer sur la scène politique, Duclos étant favorable à la solidarité inconditionnelle avec l’URSS, et Frachon favorisant la lutte sociale. S’ajoute à cela une certaine habitude du « retournement de veste » propre au Parti, rejetant farouchement le gouvernement et les bourgeois un jour et le fascisme le lendemain. D’abord exclusivement dirigé vers la lutte des classes, le PCF se tourne rapidement vers la lutte pour la libération nationale. Aussi, le PCF donne l’image d’un cavalier seul dans une « course en solitaire vers la libération nationale », mais l’éloignement de ses véritables centres de décision, qu’on peut placer à Moscou, et dirigeants, Staline et Molotov, a d’abord entraîné l’impossibilité dommageable d’une unique ligne directrice a empêché le PCF d’être un acteur majeur de la politique de libération française, mais a terme à permis au PCF d’apparaître comme un parti d’une fidélité de longue haleine aux intérêts français.

 

Critique

La thèse défendue par Stéphane Courtois dans cet ouvrage est que le PCF s’est arrangé autant qu’il a pu pour concilier les intérêts soviétiques avec son premier objectif de lutte des classes, faisant néanmoins parfois passer un attachement inconsidéré à la politique stalinienne avant l’émancipation de la classe ouvrière. L’historien Henry Rousso lui a cependant reproché d’assimiler tout militant ou partisan du PCF à un complice des crimes staliniens, et tout sympathisant communiste à un allié aveugle de l’URSS. On peut en effet critiquer cet ouvrage en tant qu’il se focalise sur Staline presque autant que sur le PCF ; si cela permet de comprendre les décisions du parti, le retour constant à l’URSS peut laisser penser que l’auteur s’est focalisé sur cette thèse en minimisant les autres motivations du parti. Certains chapitres sont presque entièrement dédiés à l’Union soviétique (chapitres 1,2 et 8), et dans les deux premiers chapitres qui constituent la première partie, « L’effondrement » Stéphane Courtois se focalise principalement sur l’évolution de la politique extérieure de Staline, ce qui est utile pour poser le contexte dans lequel se trouve le PCF à l’entrée en guerre, et bien qu’ils ne s’intègrent pas entièrement dans le sujet d’année, ces deux chapitres posent les prémices nécessaires à la compréhension de la thèse de l’auteur : l'idée selon laquelle le parti communiste français a rigoureusement suivi la ligne politique du PCUS pendant la Seconde Guerre mondiale, et s’est du même coup isolé sur la scène politique française, opérant des retournements politiques apparemment incohérents. Dans les autres chapitres, les informations concernant la situation soviétique se mêlent aux décisions du parti, rendant un découpage difficile. De même le livre adopte un plan chronologique ce n’est pas évident à vous lire autour de 16 chapitres couvrant une période de cinq années, ce qui entraîne des redites assez fréquentes. Le livre est de lecture aisée, et de nombreuses citations viennent étayer son propos : coupures de journaux, discours, affiches… mais on voit ici qu’il s’agit d’un travail de thèse, l’auteur prenant la peine de démontrer à chaque chapitre son idée principale.

 

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (NANTES), Promotion 2012-2013


 

 

François Cochet, Les soldats de la drôle de guerre, septembre 1939-mai 1940, coll. « La vie quotidienne », Hachettes Littératures, Saint-Amand-Montrond, 2004.

 

N.B. : Toutes les citations utilisées sont empruntées à François Cochet, sauf indication contraire.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

À part quelques petites faiblesses, dont l'absence d'une véritable critique universitaire, c’est un excellent compte-rendu.

 

Note sur 20 : 18

 

1-Une « drôle de guerre » d’abord parce qu’il faut « tuer l’ennui plus que l’ennemi »

 

1.1.Des soldats en « situation de guerre, sans vraiment la faire »

Lorsque la France déclare officiellement la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, tous les mobilisés s’attendent à combattre rapidement. Les soldats appréhendent les « premiers contacts avec le front » (chapitre 2). L’auteur met en évidence les « groupes primaires » qui se créent dès la mobilisation. Par affinité, plusieurs petits groupes d’hommes se choisissent pour partager la quotidienneté de la guerre. Cependant, la guerre s’éloigne de plus en plus et les combats tardent à venir. Dans ses Carnets de la drôle de guerre, Jean-Paul Sartre rapporte le propos d’un soldat en permission : « j’avais l’impression là-bas [sur le front] qu’on nous prenait pour des chômeurs ». De même, en novembre 1939, Paul Nizan livre une fine analyse de l’état de guerre dans lequel se trouve les mobilisés : « Le soldat, qui a l’esprit simple, se dit : on m’a mobilisé pour la guerre. La guerre, c’est la bataille. Or je ne me bats pas. Il me faut changer ma définition de la guerre ». En parlant pour la première fois de « drôle de guerre », Roland Dorgelès désignait certainement l’absence de combats. « Drôle », non pas au sens humoristique, mais parce qu’elle est surprenante, « introuvable » et « bizarre », pour des soldats qui ont été mobilisé pour se battre. Si l’historiographie française a choisi de garder l’expression de « drôle de guerre », François Cochet rappelle à juste titre au début de son ouvrage la multitude d’expressions utilisées pour désigner ces huit mois de belligérance (septembre 1939-mai 1940).

 

1.2.« Le règne de l’oisiveté et de l’ennui » (p. 64)

François Cochet livre de précieuses informations concernant « l’installation dans la routine » (chapitre 3) vécue par les mobilisés. L’absence de combats fait naître un sentiment « d’inutilité » chez les soldats. Marc Bloch, agrégé d’histoire et capitaine de réserve, décrit fort bien l’inactivité et la routine qui l’accablent : « l’inutilité, quand la nation se bat, est un sentiment insupportable ». Pour « tuer » cet ennui, certains mobilisés écrivent des romans, des lettres ou des carnets. Sartre profite de cette inaction pour avancer un roman et quelques réflexions philosophiques. D’autres se distraient avec des jeux de sociétés, des jeux de cartes, des dominos, des dames et des échecs. Certains composent des chansons, peignent et dessinent. Mais, pour un grand nombre d’entre eux, il n’y a rien à faire. « Ah, ce qu’on s’emmerde ici », affirme Sartre à l’issue d’une conversation avec un soldat. Dès lors, on comprend pourquoi l’historiographie anglaise a choisit l’expression « The Bore War », « guerre de l’ennui », pour qualifier la « drôle de guerre » l’expression « Phony war » (fausse guerre) est cependant plus courante. Très vite, la préoccupation majeure des soldats consiste à savoir comment occuper les temps libres de leur journée. Dans son mémorandum de janvier 1940, le colonel de Gaulle en est convaincu : « Tous sont la proie de l’ennui ».

 

1.3.Les « soldats du béton » sur la ligne Maginot  

Sur la ligne Maginot (cf. infra), les soldats attendent. « La vie des équipages de forteresse » (p. 83) n’est pourtant pas celle des autres soldats. François Cochet montre à quel point les soldats de la ligne Maginot se font ouvriers. Ils manient la pelle, la pioche et coulent parfois du ciment. En effet, « le calme plat de la drôle de guerre est mis à profit par ces soldats du béton ». Leur mission est bien définie : il faut « bétonner » et protéger le sol français. Cette pratique de la « drôle de guerre » fait naître une devise chez les soldats de la ligne : « On ne passe pas ». Dans un exercice de style remarquable, l’historien file la métaphore navale pour comprendre cette vie souterraine, en comparant les « équipages de forteresse » aux équipages d’un navire, qui vivent dans la même promiscuité. Comme « à bord » d’un navire, trois temps rythment la vie de ces soldats : « la veille, le piquet et le repos ». La veille consiste à surveiller les abords de la ligne et le piquet est représenté par un service sur place. Cependant, la monotonie est accablante pour les équipages de forteresse : « chaque journée de la drôle de guerre ressemble d’autant plus à la précédente et à la suivante que la lumière naturelle ne pénètre pas dans les ouvrages ». Pour « échapper à la lourde routine » (p. 92), les soldats lisent, écoutent la radio et discutent entre eux. La fréquentation des soldats avec les civils devient également une pratique commune pour lutter contre l’inactivité militaire et cette « lente mise en vie de caserne ».

 

1.4.De la routine à « la dépression d’hiver »

La « routinisation » de la guerre est à l’origine d’une grave crise du moral chez les mobilisés au cours de l’hiver de 1939-1940. C’est à partir de mi-décembre 1939 que l’on perçoit les premiers signes de ce que l’auteur appelle « la dépression d’hiver » (chapitre 5). En janvier 1940, le Colonel De Gaulle affirme qu’« être inerte, c’est être battu ». Visiblement, l’alcoolisme est la première conséquence de cet ennui. Dans une de ses correspondances, George Hyvernaud cite le cas d’un soldat qui avoue « être ivre tous les soirs ». Malgré les restrictions sur l’alcool, de véritables « trafics » se mettent en place avec les villages voisins. Apparaît un deuxième fléau qui n’est autre que la désobéissance. L’inactivité conduit les troupes à enfreindre les règles. Au front, les présences féminines constituent un troisième indice de la « dépression d’hiver ». A plusieurs reprises, des soldats font venir leur épouse clandestinement. Enfin, le dernier indicateur de cette crise du moral chez les soldats français est le pillage. C’est le signe que les troupes françaises sont mal encadrées et indisciplinées.

 

 

2-« Drôle » surtout parce que « l’état-major […] ne sait pas expliquer la nécessité de combattre » aux soldats français.

 

2.1. Un « drôle » de fiasco politique

François Cochet rappelle à juste titre que la débâcle de l’armée française face à l’armée allemande en juin 1940 est le résultat de « sphères militaires dirigeantes divisées » (p. 107), ce qui permet à l’historien d’affirmer que ce sont bien les difficultés logistiques et politiques qui sont responsables des déboires vécus par les mobilisés durant la « drôle de guerre ». Dès l’entre-deux-guerres, François Cochet démontre qu’il existe trois « maisons » politiques précisez en quel sens qui se contredisent à tout point de vue : « la maison Foch (Maxime Weynand) continue de s’opposer à la maison Joffre (Maurice Gamelin). Les arbitrages étant effectués par la maison Pétain à laquelle appartient Charles De Gaulle jusqu’à la rupture de 1938 ». Si les actions de Maurice Gamelin ont très souvent été limitées, c’est entre autre à cause de l’opposition des autres « maisons » politiques, ce qui fait dire à François Cochet que la « drôle de guerre » fut marquée par des « guerres de clans » à l’intérieur du pays.

 

2.2. L’absence d’un grand chef

« Le général en chef a-t-il été trop éloigné de ses troupes ? », c’est mot pout mot la première question soulevée par François Cochet à propos de Maurice Gamelin. Ce général en chef à la réputation d’être « isolé et sans autorité ». L’historien commence par démontrer que l’idée selon laquelle Maurice Gamelin ne se serait jamais déplacé sur le terrain est fausse car il y a eu des rencontres entre les soldats et leur général en chef, entre les colonels et leur supérieur hiérarchique. L’exemple le plus célèbre est certainement « l’expression des liens tout à fait privilégiés qui existent entre Charles de Gaulle et Paul Reynaud ». Mais, ces privilèges sont rares curieux lien logique, ce qui permet à l’historien d’affirmer que « les chefs de grandes unités et les colonels n’ont sans doute pas toujours été à la hauteur de leur tâche de représentation en termes de partage de la guerre avec leurs hommes ». Cette absence de « partage » donc les soldats à l’abandon des combats, à la routine et à la « dépression d’hiver » (cf. supra). Quant à l’éloignement de Maurice Gamelin par rapport à ses troupes, l’historien l’affirme sans retenue : « il ne s’agit pas là de l’attitude d’un grand chef de guerre se donnant tous les moyens de préparer efficacement le combat contre un adversaire déterminé » Enfin, les efforts entrepris par les généraux pour « redresser les corps » (p. 148), « occuper les corps » (p. 153) et « reconstruire le moral des soldats » ne porteront que très imparfaitement leurs fruits.

 

2.3. Un message politique qui « ne passe pas vraiment »

« Comment entraîner des opinions et des troupes quand les décideurs politiques n’arrivent guère eux-mêmes à verbaliser le sens du combat ? », c’est la deuxième question soulevée par François Cochet. L’historien démontre qu’il y a bien une indiscutable « défaite des généraux et des dirigeants politiques » (chapitre 4) de ce point de vue. En effet, ce sont également les « plans de guerre mal explicités » (p. 108) aux soldats qui contribuent à la défaite de juin 1940. Gamelin veut montrer à la nation qu’il convient de rester mobilisée et que la guerre est active. Or, c’est bien une « stratégie d’attente » qui est envisager dans les discours du général. Pour Gamelin, le temps est le principal atout de la France et très rapidement naît l’idée qu’« il faut donc durer pour vaincre ». Je porte à votre attention les quelques extraordinaire mots que Jules Romains se permet de porter à l’égard de Gamelin, très révélateurs de ce « drôle » de général : « Il nous fallait un capitaine, nous avions un philosophe ». Les soldats vont avoir bien du mal à accrocher au discours philosophiques de Maurice Gamelin et au style littéraire de Jean Giraudoux d’où sort-il celui-là ? qui s’apparente à celui du 17ème siècle. Ces discours intellectualistes sont en décalage par rapport au vécu des soldats. Ainsi, les politiques français n’arrivent absolument pas à faire partager le sens de ce combat aux mobilisés, ce qui permet à l’historien d’affirmer que « les buts de guerre » sont inconnus par les troupes françaises. Ainsi, l’historien démontre que le lien entre Vincennes et l’armée française car le pouvoir politique refuse les critiques des civils comme des militaires.

 

2.4.« La guerre des rumeurs » (p. 117) 

François Cochet rappelle à son lecteur que c’est bel et bien « le déficit de communication » qui « alimente les bruits les plus fantaisistes » à propos de la guerre. En effet, les soldats français sont persuadés que les Allemands savent tout de leur position, de leur déplacement, de leur stratégie. Parce qu’ils manquent d’informations, les soldats français imaginent le pire : « la théorie du complot ». L’exemple le plus connu est le personnage de Paul Ferdonnet qui est désigné d’office comme « le traître de Stuttgart » par les soldats français de quoi s’agit-il ?. Dans une de ses correspondances, Georges Hyvernaud qui est-ce ? rend compte de ce « déficit d’information » à l’égard des soldats français : « C’est le néant. Rien, rien, rien. Soit qu’on ne sache rien, soit qu’on veuille ne rien dire, le résultat est le même. On ignore tout de ce qu’il importerait de savoir », ce qui permet à François Cochet d’affirmer que ce « déficit de communication » est sans doute « la » grande défaite de la démocratie française durant la « drôle de guerre » que penser de cet argument ?. Cette « césure » entre « ceux qui savent ou font semblant de savoir comment à évoluer la guerre » et « ceux qui subissent sur le terrain, tenus dans l’ignorance » atteint son apogée lors de la débâcle de juin 1940 et de cette « guerre des rumeurs », naît le leitmotiv de la trahison.

 

 

3-Une guerre n’est jamais « drôle » : une « vraie » guerre ?

 

3.1. La mobilisation est « assez bien réussie »

Contrairement à l’idée reçue d’une guerre que les Français n’auraient pas voulu faire, François Cochet démontre que les soldats ne sont pas allés au front « à reculons ». Il faut savoir que depuis 1936, il y a eu cinq mobilisations partielles. Si l’on se tient à la description de Léon Blum d’un « lâche soulagement » après l’épisode du Front Populaire et les accords de Munich en 1938, la situation a bien évolué en un an. En septembre 1939, un des premiers sondages réalisés montre que 76% des mobilisés sont déterminés à faire leur devoir pour défendre la Pologne et pour empêcher l’ascension hitlérienne en Europe, y compris la guerre. Au total, c’est près de 5 millions de Français qui partent au front en septembre 1939, ce qui permet à l’auteur d’affirmer que la mobilisation est « assez bien réussie ». Si l’état d’esprit des soldas français ne manifeste pas plus d’enthousiasme qu’en 1914, il y a la même « ferme résignation ». Grâce aux nombreux témoignages de l’époque, on s’aperçoit que l’expression qui revient le plus souvent chez les Français est qu’« il faut en finir ». Même Jean-Paul Sartre, pourtant peu militariste, écrit dans ses Carnets de la drôle de guerre qu’il se sent « gonflé à bloc ». Devant son sergent-chef, il affirma avec détermination : « je préfère que ça pète un bon coup et qu’après on soit tranquille ».

 

3.2.L’état des forces en présence

Malgré une mobilisation « assez bien réussie », la démographie française est défaillante humour involontaire ?. François Cochet démontre ainsi que c’est en « grattant les fonds de tiroirs » que les armées françaises mobilisées parviennent à aligner « 79 divisions d’infanterie, 3 divisions de cavalerie, 2 divisions légères mécaniques et 23 secteurs fortifiés ». Cependant, « les armées françaises entrent dans la guerre de 1939 sans réserve disponible ». De plus, l’historien met en évidence le vieillissement des mobilisés : « alors qu’en 1914 la classe d’âge des 20-25 ans représentait 1 250 000 hommes mobilisés […], elle ne représente plus que 600 000 hommes en 1939 ». Mais, François Cochet démonte l’argument selon lequel les dépenses militaires auraient été insuffisantes durant l’entre-deux-guerres en indiquant que dès « 1938, après l’effort de réarmement entrepris à partir de 1936, ces dépenses ramenés en francs constants sont bien plus importantes que celles de 1913 ». En fait, le problème de l’armée française est d’abord « logistique » : sur les 5 millions de mobilisés en 1939, la moitié seulement est versée dans des unités combattantes, ce qui permet à l’historien d’affirmer que « la proportion de non-combattants est très importante ». De plus, l’historien démontre que l’armée française « manie les paradoxes » en entretenant « la mystique des gros bataillons ». Ce n’est pas « une armée de masse » mais bien « deux armées juxtaposées » qui s’engagent dans la guerre en 1939 : l’armée d’active et l’armée de réserve. L’armée d’active est « bien encadrée » et « équipée de bons matériels ». Quant à l’armée de réserve, elle dispose d’un armement incomplet et ancien.

 

3.3.De « vrais combats » ?

Contrairement aux idées reçues, la « drôle de guerre » ne peut pas se résumer à « un temps d’attente », à un moment du conflit sans combats, ni victimes. «Des marins, des aviateurs, des fantassins ont fait le coup de feu, ont été blessés ou sont morts au combat. De septembre à novembre [1939], 1136 soldats de l’armée de terre, 256 marins et 42 aviateurs français sont morts en service commandé. Dès la fin d’octobre 1939, 370 soldats français sont prisonniers en Allemagne ». François Cochet prétend rétablir la vérité en consacrant une fine analyse sur « les vrais combats de la drôle de guerre » (chapitre 7). Contrairement à 1914, c’est bel et bien la France qui déclare officiellement la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, en lançant « l’offensive de la Sarre » (p. 163) le 6 août 1939. Elle doit répondre à trois objectifs : préciser le contact avec les Allemands, s’emparer de points stratégiques et engager progressivement les forces françaises. L’armée française compte sur son artillerie afin d’épargner les fantassins. Cependant, elle se heurte à l’efficacité allemande : l’arme automatique les Français n’en ont-ils pas ?. François Cochet nuance la réalité de ces combats en montrant qu’ils ont été « gonflés » par les dirigeants politiques. En effet, les villages allemands acquis par les Français étaient très souvent désertés et s’apparentaient à des champs de mines. François Cochet montre que cette « drôle de guerre » est avant tout une « guerre aérienne » (p. 169) ; un tableau précis des « appareils abattus » (p. 170) permet d’appuyer son propos. En revanche, « les combats terrestres » (p. 173) demeurent pour la plupart des opérations de reconnaissance effectuées par des soldats déterminés, combatifs, fortement armés et très mobiles : les « corps francs ». L’historien démontre qu’il s’agit davantage d’escarmouches terrestres, des « coups de main » dans les lignes allemandes pour intimider l’ennemi, qu’une véritable action militaire. Quant à « la guerre navale » (p. 180), elle se fait très rare durant ces huit mois et pour cause !.

 

3.4.La ligne Maginot a « rempli le rôle qui lui était dévolu ».

François Cochet prétend rétablir la vérité à propos de la ligne Maginot. L’auteur souligne que « des représentations des plus éculées circulent encore à son égard ». Mise en place à partir de 1926, la ligne va permettre de remplacer les « poitrines françaises » qui manquent par du béton. La fortification doit permettre d’empêcher une attaque frontale sur le seul point de contact entre la France et l’Allemagne, c'est-à-dire le Rhin. L’idée d’obliger les Allemands à contourner cette ligne fortifiée faisait intégralement partie de la conception de la ligne Maginot ; conception qui a pour objectif d’attirer les Allemands sur le sol belge et les forcer à violer la neutralité de la Belgique. Ainsi, ce projet d’une ligne fortifiée, pensé par Paul Painlevé puis soutenu par André Maginot, réitère le plan Schlieffen de 1914 ?. L’historien démontre qu’il y a au moins deux raisons pour comprendre l’absence de fortifications le long de la frontière belge. D’une part, les troupes françaises doivent pouvoir monter à la rencontre des Allemands en cas d’offensive. D’autre part, les belges restent dans une position de neutralité dans le conflit. L’état major souhaite que les futurs combats se déroulent en Belgique et non pas sur le sol français, ce qui permet à l’historien d’affirmer que la ligne Maginot a parfaitement joué son rôle : « à elle seule, la zone fortifiée arrive […] à incarner la guerre ».

 

 

Critique : Dans cet ouvrage, François Cochet prétend rétablir quelques vérités sur une période largement méconnue de notre histoire, la « drôle de guerre ». C’est avec l’exigence de la chronologie « ou plus exactement, dans le cas des soldats, le sentiment du temps qui passe » (p. 11) que François Cochet a le projet d’éradiquer les idées reçues et les autres stéréotypes de cette période complexe. En effet, l’ambition de l’ouvrage est avouée dès les premières pages : « montrer au lecteur que bien souvent la mémoire se trompe » (p. 20). Pour se faire, François Cochet examine les sources dites « classiques » autant que les témoignages et les correspondances laissés par plus d’une douzaine de soldats qui « constituent des sources de savoir pour l’historien » (p. 23) et permettent de « donner chair à la drôle de guerre » (ibid.). Ces legs proviennent autant de soldats mobilisés que de métiers, autant de célébrités que de soldats inconnus. On y retrouve des intellectuels tels que les philosophes Paul Nizan et Jean-Paul Sartre, l’historien Marc Bloch, l’écrivain Georges Hyvernaud, des militants politiques et des artistes tels que le musicien Maurice Jaubert.

Le chantier de cet ouvrage est immense tant la « drôle de guerre » a été une période propice au développement de « certains mythes » (p. 12). Pour ne citer que « l’ambiance à la mobilisation » (p. 21), on est bien loin de l’idée encore persistante d’un refus marqué de la guerre en 1939. Cette idée reçue véhiculée par la mémoire collective nationale à travers des images d’Epinal est d’autant plus populaire qu’elle est souvent opposée au mythe d’un irrésistible élan guerrier en 1914. En insistant très souvent sur la polysémie de l’adjectif « drôle » attribué à cette guerre par l’historiographie française, François Cochet démontre finalement que l’on ne peut pas réduire cette période à un temps d’attente. En effet, le déroulement de cette « drôle » de période est avant tout celui d’une « vraie » guerre.

In fine, François Cochet souhaite inciter son lecteur à « penser la drôle de guerre comme le premier acte d’un conflit qui ne se clôt pas avec la défaite de juin 1940, mais avec le feu nucléaire » (p. 241). Ainsi, l’historien contribue à réhabiliter et à mettre en lumière l’intérêt d’une page d’histoire délaissée par la mémoire collective nationale. L’ingéniosité de François Cochet réside certainement dans le fait qu’il a su apporter un regard neuf sur cette période complexe, débarrassée du moindre cliché, en ouvrant également une quantité de pistes à explorer. A titre d’exemple, pour savoir si les ordres venus de Vincennes ont été suivis d’effets, « ce sera [dit-il,] une activité essentielle des historiens du futur ».  

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Vincent Chambarlhac, Les socialistes français et la Grande Guerre, ministres, militants et combattants de la majorité (1914-1918), Editions universitaires de Dijon, 2008.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

En plus de quelques faiblesses d’expression, on regrettera l’absence d’une véritable critique historique, ce qui affaiblit beaucoup le compte-rendu.

 

Note sur 20 : 09

 

1-                 Le majoritaire de guerre

 

1.1              Un sujet délaissé

De nombreuses thèses se sont construites sur la Grande guerre, mais Vincent Chambarlhac fait remarquer qu’aucune ne s’intéresse véritablement au majoritaire de guerre. Si le majoritaire de guerre « prend tôt sa place dans le jeu des institutions et de l’Union sacrée, les analyses plus détaillées s’attachent davantage aux intellectuels inclus dans le champ des majoritaires de guerre. » (Page 20). C’est donc le but de l’ouvrage, de s’intéresser a la figure du majoritaire de guerre non pas comme socialisme de la Belle Epoque, mais comme rupture. Le majoritaire de guerre est une pratique du socialisme afin d’avoir une action dans la Grande guerre ?. Par l’exploration et l’approfondissement des idées d’avant guerre, il s’agit de trouver une cohérence et une unité à l’action du Parti socialiste, à savoir sa participation à l’érection de l’Union sacrée. Les majoritaires de guerre vont voir dans la participation du Parti socialiste à l’Union Sacrée, l’unique moyen pour eux d’avoir une action politique, et c’est pourquoi ils vont tenter de l’y maintenir.

 

1.2              Construction du majoritaire de guerre

Jusqu’en 1917, le Parti socialiste va adopter le point de vue de Gouvernement, et cesser ainsi de poser en parti insurrectionnel. Il s’agit avant tout de participer à la tache nationale de l’effort de guerre, et c’est une tache noble dont le Parti est fier. La majorité tient à l’idée de guerre « juste » et « humaine ». Cependant, malgré des appels à l’unité socialiste, dès 1915 des scissions se font sentir (tendance longuettiste de quoi s’agit-il ?). La minorité est regardée de plus en plus mal par la majorité pour qui l’unité est primordiale pour sa politique.

 

1.3              Organiser la position majoritaire

L’histoire interne du Parti durant la Grande guerre ressemble à une longue bataille qui serait finalement gagnée par la minorité en juillet 1918. Le souci majeur rencontré par le majoritaire de guerre est de rester une entité distincte au sein de l’Union sacrée. Celui du minoritaire, à partir de 1915 est de ne pas être amalgamé avec le « maximalisme » bolchevisme  et de défendre et faire valoir son idée de « paix blanche », notamment a la conférence de Zimmerwald, en  septembre 1915 pas très explicite. Si la majorité conserve l’avantage jusqu’en 1915, le minoritaire croit rapidement à partir de ce moment, à cause des pertes sur le front, les privations, les échecs des offensives militaires. Cette croissance crée une crise identitaire socialiste, d’autant que les majoritaire adhèrent sans conditions à la « défense nationale ». La majorité est divisée. Il y a un noyau dur autour d’Albert Thomas et Jules Guesde.

 

1.4              Itinéraire d’un majoritaire de guerre : Albert Thomas.

Albert Thomas est un jeune socialiste réformiste issu de l’ENS. Il s’engage dans la SFIO après s’être battu pour l’unité du socialisme français. Dans les années 1900, il participe, en tant que délégué ou journaliste il s’implique dans tous les Congrès du Parti. Il note aussi que la politique locale, c’est-à-dire le socialisme municipal est le meilleur moyen d’améliorer la vie des classes ouvrières. Dans cette optique, il se place dans la lignée de Paul Brousse (grand socialiste) et se démarque un peu de Jaurès, notamment en prônant la déstructuration des fortifications de Paris et leur remplacement par des espaces libres, pour le loisir et la bonne santé des classes populaires. Il devient donc en 1904 conseiller municipal de Champigny. Cette élection le positionne au sein du Parti. En 1908, il rédige le programme de la Fédération de la Seine. En 1910, il entre à la Chambre. La même année il devient aussi le directeur de la Revue Socialiste. (Cette revue, fondé en 1880 par Benoit Malon, un socialiste réformiste et à l’origine d’un socialisme intégral éloigné de Marx.) Albert Thomas reste fidèle à Jaurès, à savoir qu’il est contre la paix, sans cependant être ardent. Dans cette optique, le ralliement à l’Union sacrée ne lui pose pas de problème. Lorsque la guerre est déclarée, il est mobilisé quelques semaine puis est rappelé dans les bureaux du ministère de la guerre. Il est sous-secrétaire d’Etat aux munitions, mais estime qu’il n’a aucun compte à rende à la SFIO, ne devant son poste qu’à lui-même curieux argument, pourquoi aurait-il dû rendre des comptes à un parti ?. Il installe son réseau d’amis normaliens autour de lui, et reste proche des militants syndicaux. Le problème d’Albert Thomas étant sans doute son optimisme et sa grande confiance en lui, en promettant une production rapide et de qualité, mais tout ne peut être tenu à temps. De plus, il se trouve alors au centre de conflits d’intérêts générés par la répartition des matières premières en ce temps de guerre. Durant 3 ans, il est aux commandes de la production industrielle et met en place une industrie de guerre efficace capable de répondre aux besoins de la guerre moderne. Il livre un véritable bras de fer pour récupérer les ouvriers jeunes qualifiés envoyés au front (Les ouvriers plus âgés sont relâchés sans trop de difficulté mais pas les jeunes). Albert Thomas va cependant finir assez mal vu au sein du Parti car il a, durant la guerre et par nécessité, concédé des choses au patronat. Après un voyage en Russie pour tenter de convaincre les russes de maintenir un front à l’Est (ce qui se soldera par un échec) , il revient en France et trouve le parti déchiré. En octobre 1917, l’Union sacré éclate et Albert Thomas quitte le gouvernement et abandonne le ministère qu’il a entièrement monté entre les mains du patronat.

 

 

2                    Le socialisme de l’heure

 

2.1              L’Union Sacrée

« Le ralliement de toute la société à la guerre, considérée comme juste, fonde le socle de l’Union sacrée » (page 96). Les clivages d’avant guerre deviennent obsolètes. Il y a une réconciliation, un effacement des frontières au sein du Parti. « Ca c’est le passé » (Gustave Hervé, ‘’Ma réconciliation avec Briand’’), qui traduit l’idée d’un passé révolu, et d’une nouvelle direction à emprunter pour le parti socialiste désormais uni.

 

2.2              Le carnet B, une réalité ?

Avant guerre, l’Etat français s’est doté du Carnet B, fichier recensant les listes de personnes susceptibles d’être internés en cas de mobilisation car ayant exprimé une opinion anti-militariste et contre la guerre. La liste comprend aussi les syndicalistes, révolutionnaires, anarchistes… En 1914 cependant, l’utilisation du carnet B est suspendue, ce qui prouve le ralliement  massif des classes ouvrières à l’effort de guerre. Son utilisation est cependant soupçonnée d’arbitraire, « le seul tort était d’être socialiste » par Léon Jouhaux.

 

 

3                    Les socialistes et la vie littéraire durant la Grande guerre

La presse « paraît le seul lieu où un dialogue entre le sommet et la base se donne à lire » (page 95). Le quotidien socialiste (qui restera quotidien seulement jusqu’à la crise du papier en 1916) permet d’assurer un lien politique.

 

3.1              « L’Humanité », une culture politique de guerre.

La revue fut crée en 1904 par Jean Jaurès. Après l’assassinat de ce dernier, c’est Pierre Renaudel qui succède à la direction. L’Humanité est un véritable organe du Parti, totalement sous le contrôle de la majorité, ce qui signifie que la minorité n’est nullement autorisée à s’exprimer. Elle est l’arme de propagande de la SFIO. Pour eux, la guerre n’est pas une guerre de revanche ; le combat doit être fondé sur le droit. Plusieurs points leur tiennent à cœur. On trouve aussi un désir de lutter contre les valeurs monarchiste et cléricales, qui seraient l’ennemi de l’intérieur.

 

3.2              « L’avenir » les titres de revue, comme d’ouvrage, se mettent en italique, revue du socialisme de l’heure ?

Le quotidien est dirigé par une minorité pacifiste, au sein de la SFIO. La revue est une réflexion sur l’évolution contemporaine du socialisme français. Dirigés et écrites majoritairement par des intellectuels socialistes acquis a la défense républicaine, elle se trouve être l’emblème du socialisme moderne et réformateur. Selon eux, la guerre permet de tester les solutions socialistes préconisées avant. C’est aussi une épreuve et une expérience. Epreuve notamment parce qu’au regard de la nation, les socialistes montrent leur sens des responsabilités au sein d’un gouvernement. Le socialisme de l’heure, c’est le ministérialisme de l’heure, et cela n’engage à aucune révision de l’action socialiste. Elle s’appuie notamment sur l’image de Jean Jaurès pour mettre en scène un Parti uni.

 

3.3              L’image de Jean Jaurès, une construction.

A la mort de Jean Jaurès, le Parti est sans vrai leadeur is it an ugly chief ?. Certes Jules Guesde est ministre, mais il n’a pas une réelle influence. Il y a donc un vide qui s’instaure. L’intérêt pour Jean Jaurès fut d’autant plus grand une fois qu’il fut mort, en tant que construction du majoritaire de guerre. Jusqu’en juin1916, la Société des Amis de Jean Jaurès, qui a pour but de commémorer Jean Jaurès et d’étudier ses idées. charabia Le second objectif est politique. La Société est ouverte à tout socialiste, et pas seulement aux adhérents de la SFIO. On note particulièrement l’adhérence à la Société d’Emile Durkheim dont il ne s’est jamais détaché, je suppose ?, un sociologue, qui va avoir à cœur de « servir la nation en temps de guerre et pour cela orienter le socialisme dans un sens national » (page 87). Le sociologue veut jouer un rôle de mentor auprès des socialistes ; il manifeste une véritable volonté de participation aux efforts de constructions de l’identité majoritaire. Jaurès mort prime sur Jaurès vivant : la Société, en étudiant ses doctrines (mais pas à la « lettre des formules » page 89) accapare sa mémoire. Si Jaurès avait été vivant, il aurait été pour la défense nationale vous avez interrogé son cadavre ?. Lorsqu’en 1916, la majorité s’effrite (la minorité s’est doté d’un périodique), elle s’arrime à Jaurès pour justifier son combat présent dans l’Union sacrée. Mais le vide ne se comble pas par la simple évocation du leadeur assassiné. Le but visé par les majoritaires est manqué.

 

 

Critique

On regrettera que les auteurs partent du principe que nous connaissons l’histoire du Parti socialiste depuis ses origines et ne se soucient pas d’expliciter clairement leurs propos. Les notes auxquelles nous sommes renvoyées renvoient elles-mêmes à des ouvrages complets, que nous n’avons pas le temps de consulter arguments amusants. J’ai changé le plan du livre, qui est assez complexe, la première partie se structurant en 6 articles d’auteurs différents sur des sujets variés, la seconde étant une analyse concise, claire et efficace de l’action des socialistes au premiers mois de la guerre, et la dernière mettant en scène la scission s’opérant à la fin de 1916 entre majoritaires et minoritaires de guerre. Je lui ai préféré un plan plus thématique, qui permet de mieux comprendre l’action des socialistes et les enjeux. Néanmoins, si la première lecture ne permet pas de se représenter le Parti socialiste, une relecture permet de mieux comprendre les enjeux de la première Guerre mondiale au sein d’un Parti qui en sortira déchiré. A part ce bla-bla, on aurait bien aimé avoir une critique sur le fond de l’ouvrage, qu’il aurait été facile de bâtir en prenant connaissance, au moins, des comptes-rendus scientifiques en ligne :

http://crid1418.org/bibliographie/commentaires/debat_socialistes.html

http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=953

 

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (NANTES), promotion 2012-2013


 

 

Fabienne Bock, Un parlementarisme de guerre : 1914-1918, Belin, Paris, 2002.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

De nombreuses fautes de français (en particulier des anglicismes) et des phrases elliptiques, mais quelques bons éléments critiques.

 

Note sur 20 : 12

 

1-Guerre et Parlement : débats préalables et entrée en guerre.

 

1.1  Le débat sur le fonctionnement du régime en temps de guerre (1889-1914)

L’auteur fait un historique de la question jusqu’en 1914 : aucun fonctionnement  particulier en cas de guerre n’est prévu par les lois constitutionnelles de 1875. La révision de ces lois est considérée comme dangereuse  par les Républicains après plusieurs tentatives (Floquet 1889). Toute procédure qui vise à réunir les deux chambres est systématiquement refusée. Quelle répartition des pouvoirs s’exécutera-t-elle en cas de guerre, sachant que le Président de la République possède la force armée (après accord des deux Chambres) ? La question de la mobilisation est aussi abordée en ce qui concerne les députés et les sénateurs.

La loi militaire du 16 juillet 1889 n’exempte pas les parlementaires et cela pose problème. Selon les lois de 1872, du 30 novembre 1875 et du 22 avril 1884, un militaire ne peut être un parlementaire. Il y a donc une étanchéité entre les deux institutions. Des débats sont engagés en ce qui concerne l’association des deux fonctions, mais elles semblent incompatibles car des exemptions créeraient une inégalité et la représentativité serait aléatoire si les Chambres étaient privées de la majorité des représentants.

Le 1er mars 1887, la Chambre accorde des congés aux parlementaires souhaitant se rendre sur le front mais ils ne peuvent se partager entre les deux institutions. On réaffirme en 1889 que le mandat parlementaire est supérieur aux devoirs militaires. Eugène Pierre écrit deux opuscules en 1890 : si les parlementaires sont indispensables dans le vote des crédits de guerre ; on ne peut leur déléguer un pouvoir absolu pour la durée de la guerre non plus.

L’affaire Mirman relance le débat sur la mobilisation des parlementaires en 1894 (enseignant et parlementaire élu en 1893, il rompt son engagement avec l’Université, engagement qui lui donnait une exemption au service militaire). Des propositions émergent de la part des Boulangistes le 15 février 1895, de la part de Maxime Lecomte le 12 novembre 1894 (le Parlement ne peut être mobilisable pendant les sessions), ou encore de Jules Fabre, votée le 5 mars 1895 et finalement adoptée le 23 juillet 1895 (il rappelle qu’il faut avoir effectué le service militaire obligatoire pour être éligible et reprend celle de M. Lecomte).

En 1904, la question des pouvoirs publics en cas de mobilisation générale est abordée alors que Fabre reprend le modèle d’Eugène Pierre. Mais ces débats posent problème car ils donnent l’impression publique de préparer la guerre. Tandis que la loi militaire de 1905 abaisse la durée du service militaire à 2 ans et le nombre d’exemptions phrase incomplète. Maxime Lecomte (vice-président du sénat en 1909) s’occupe alors de l’organisation légale de la défense nationale en proposant un sursis de 8 jours pour les parlementaires sur simple instruction du Ministre de la Guerre. En 1912, Millerand affirme que des projets sont prêts et renforce le pouvoir de l’armée quel pouvoir ? avec la loi militaire du 7 aout 1913.

 

1.2  L’effacement du Parlement (aout-décembre 1914)

Les chambres en 1914 sont renouvelées le 26 avril et le 10 mai, avec une majorité de gauche. Le ministère Poincaré constitué le 9 juin 1914 avec une majorité de sénateurs est renversé le 13 pour laisser place au gouvernement Viviani. Celui-ci ouvre une session extraordinaire le 4 aout 1914 l’Union Sacrée est instaurée : dans l’idée que la guerre sera courte, les élus répondent à la mobilisation, les modalités du régime ne sont pas discutées et les mesures sont approuvées à l’unanimité. La session n’est pas close. La majorité des 235 parlementaires (février 1915) est à l’arrière mais le problème du grade se pose. Afin de ne pas laisser les parlementaires au rang de simple soldat, Millerand (Ministère de la Guerre) nomme à partir du 12 nov. 1914 certains au grade de sous-lieutenant pour la durée de la guerre. Si certains subissent des brimades particulières comme Accambray, d’autres reçoivent des privilèges du fait de leurs connaissances (Treigner, Caillaux, Humbert, Tardieu…) pas très explicite. Pendant ce temps, le gouvernement s’installe à Bordeaux laissant Gallieni, gouverneur militaire de Paris, organiser le tout quel tout ?. Le gouvernement prend des mesures exceptionnelles qui relèvent de l’illégalité ou du moins de l’étrangeté en déplaçant le siège du gouvernement qui n’est alors plus menacé et en clôturant la session du 4 aout (le 3 septembre). Il conçoit de manière extensive la censure, de nouveaux organes administratifs, la mobilisation industrielle et le financement de la guerre (emprunt à l’étranger) sans consulter le Parlement. Ce dernier est finalement rappelé le 12 décembre 1914 pour le 22 décembre 1914 par Poincaré rappeler sa fonction.

 

1.3  La Rentrée des parlementaires (décembre 1914) et le sort des députés soldats

Puisqu’il est impossible d’organiser des élections pendant la guerre, le quorum est modifié (125 au lié de 151 pour la majorité) en tenant compte des sièges vacants. Alors que le gouvernement veut ajourner le Parlement de façon légale, ce dernier vote les crédits de guerre pour 3 mois le 2 mai 1915 lien logique ?. Le Ministre des Finances, A. Ribot, les reconvoquent dès septembre. Désormais, les Chambres vont siéger en permanence (excepté le temps de vacances) pour ne pas briser l’Union Sacrée.

A la fin de la session extraordinaire du 23 décembre 1914, le Ministre de la Guerre renonce à renvoyer les députés au front. Accambray propose une modification de la loi de 1895 sur le statut des députés-soldats qui n’est pas acceptée. Joffre, commandant en chef de l’avant, laisse le choix à chacun pourvu qu’il soit définitif afin de préserver les institutions militaires car un militaire ne peut avoir de statut particulier, mais le système n’est pas tout à fait respecté. Le débat reste cependant inachevé et on invente un organe de contrôle qui permet de concilier les deux fonctions. L’engagement au front n’a au final que peu de retombées politiques puisque chacun perd aussi des fils et des gendres. Le cadre institutionnel est maintenu malgré tout mais des modalités nouvelles doivent être mises en place pour assurer la défense nationale. Tout cela est extrêmement obscur.

 

 

2-La puissance des commissions parlementaires.

 

2.1 Le repli sur les commissions

Les commissions sont des organismes constitués dans chaque chambre qui doit préparer son travail et filtrer les propositions. A la veille de la guerre, elles sont institutionnalisées et ont pris de l’importance. Elles jouent un rôle majeur dès décembre 1914. Clémenceau s’élève pour montrer la perte d’importance du Parlement au profil des commissions, qui collaborent avec l’exécutif et le contrôlent (les applications sont observées par les sous-commissions), en janvier 1915. Les pouvoirs attribués aux commissions, dont les trois plus importantes sont celle des Finances (Sénat), du Budget (Chambre) et de l’Armée (une pour chaque armée), ne sont pas toujours légaux, ils procèdent d’un élargissement des compétences du règlement. Les sénateurs empêchent toute fusion entre les commissions de la Chambre et celles du Sénat, sachant que seules les commissions permanentes peuvent auditionner le gouvernement, il y a des tensions entre les commissions rivales. Cependant, il existe des sous-commissions qui lient les commissions d’une même chambre (ex : celle de l’Armement qui lie celle de l’Armée et du Budget). De plus, certains ministres rechignent à se présenter (Millerand en particulier) sens de cette remarque ?. Certains dossiers  sont éparpillés entre différentes commissions et les groupes non-élus. A partir de 1916, l’instauration des commissions secrètes sont des atteintes aux principes démocratiques par manque de périodicité dans les élections et de l’absence de publication des débats vous semblez confondre démocratie et publicité. Les députés ne bénéficient pas de toutes les informations qui sont divulguées au sein des commissions ce qui entraine un mécontentement. Plusieurs propositions de modifications ont été déposées. Même si l’on préserve la répartition des pouvoirs, les commissions sont renouvelées par plus d’élus, en soustrayant ceux qui font partis du gouvernement et les décès. Certains militaires intègrent aussi les commissions liées à l’Armée dès 1916 (Bokanowski).

 

2.2 Stimuler les fabrications de guerre

Les commissions qui sont en charge des fabrications de guerre sont celle du Budget, de l’Armée et la sous-commission à l’Armement mais la commission de l’Armée sénatoriale mène de façon plus importante la question. On compte environ 300 rapports entre 1915 et 1918. C. Humbert dénonce notamment la qualité et l’absence de plan de production par sa campagne de presse « Des canons ! Des munitions ! », ou encore Chéron et Cazeneuve qui rédigent des rapports sur des services spécifiques (l’aviation, les gaz, l’artillerie etc.). La « crise des fusils » se manifeste le 13 mai 1915 : Chéron déclare qu’il faut fabriquer au minimum 1 million de fusil. Le 4 août les fournisseurs n’ont pas tenu leur quota minimum. Les interventions continuent jusqu’en 1918 car il existe toujours des problèmes de fabrication de fusil. Les fusils sont l’issue d’une campagne acharnée contre Millerand (ministre de la guerre) de par leur déficience, la commission cherche à le faire démissionner en mai 1915. Baquet, directeur de l’Artillerie au Ministère de la guerre, est remplacé par A. Thomas mais la commission sénatoriale de l’Armée n’est satisfaite que quand le remaniement évince Millerand. Les commissions collaborent également avec le gouvernement pour répondre au GQG (Grand Quartier Général). Celle de l’Armée a pour mission la production d’artillerie lourde moderne mais aussi de régler le problème d’envergure qui concerne les munitions et la collaboration accélère le processus. Quand Loucheur devient sous-secrétaire à l’Artillerie le 12 déc. 1916, il répartit différemment les commandes entre l’Etat et les sociétés privées pour pouvoir produire plus. Les rapports montrent l’impréparation et la situation catastrophique de 1915 (fusil à 1 coup, absence d’obus, mépris de l’artillerie lourde etc.).

 

2.3 Etablir le contrôle aux armées

Le partage des compétences entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire, ainsi qu’entre le gouvernement et le parlement sont remis en question. La zone de l’avant passe sous le contrôle du commandement aux armées en septembre 1914, et le gouvernement définit seulement les buts de guerre. La commission de l’Armée de la Chambre veut également contrôler cette partie en 1915 mais la présence des commissions pose problème à l’armée. La zone des armées est dirigée par Joffre et Millerand, ce dernier refusant le permis de circulation pour la commission. Le 10 novembre 1915, Gallieni est le nouveau ministre de la guerre. Le 9 mars 1916 est la première visite des commissaires. Ils doivent gérer le problème de responsabilité quant aux pertes lors de l’offensive de Verdun (21 fev. 1916). Le pouvoir dominant des commissions est lié à celui de la divulgation d’informations à la Chambre en ce qui concerne le contrôle des armées dans les débats. Cette question sera l’enjeu du premier comité secret du 16 au 22 juin 1916. Dans le contexte de l’échec de l’offensive du 16 avril 1917 et des mutineries, il est du devoir des parlementaires de ne pas aggraver une situation déjà tendue par le face à face entre les mutins et les chefs, selon Dalbiez. La commission est partagée entre un contrôle total ou un contrôle limité (Bourély). Puis l’échec de l’offensive Nivelle réactive la volonté de contrôle sur le terrain ; Painlevé accepte alors un contrôle général et permanent. Pour écrire leur rapport sur les mutineries Lauraine a pu visiter l’armée mais pas Ferry. Le 12 octobre 1917, le contrôle est voté, c’est le triomphe du Parlement.

 

2.4 Veiller sur les deniers de l’Etat

Les commissions des Marchés de Guerre interpellent un certain nombre de marchés douteux en décembre 1915 (Simyan) : des contrats passés par le sous-intendant Guet (les avances ont été empochées mais la livraison n’a pas été faite ou les retards ont été considérables) ; l’affaire Baumann (trafic sur les ventes de blé) ; l’affaire Cognacq (disposition de marchés illimités et exercice d’un prix supérieur) ; les marchés de grenade de mai 1915 (dénoncé par Colliard) ; etc. Les fraudes se portent sur la qualité,  un problème d’ les intermédiaires trop gourmands, de les fonctionnaires incompétents ou qui profitent de leur situation. Ces bénéfices abusifs sont taxés. La commission des Marchés de la Chambre dirigée par Simyan et celle du Sénat par Milliès-Lacroix ont du mal à s’entendre pour requérir le concours des fonctionnaires pour investiguer (réglé le 3 février 1916) et en ce qui concerne le droit de convocation. La commission demande une extension des pouvoirs d’enquête accordée le 27 décembre 1916. La commission de la Chambre s’occupe des marchés du camp retranché de Paris (1915), des marchés de blés (Louis-Dreyfus, Baumann) dont Boret est le contrôleur, mais aussi des bénéfices de guerre qui sont imposables dès le 1er juillet 1916 (Hotchkiss). Des avances aux industriels sont fournies le 16 août 1914 et le 15 juillet 1915 mais ces procédures sont parfois détournées. Même si beaucoup d’études ont été faites, peu de conclusion et peu de rapport sont adoptés, elles serviront à l’enquête de 1938.

 

 

3-La permanence des procédures habituelles de la vie parlementaire.

 

3.1 Le Parlement, entre collaboration et contrôle du gouvernement (1915-1917)

Entre 1915 et 1916 les séances plénières sont régulières et leur fréquence augmente. Le 28 oct. 1915 le cabinet Viviani démissionne au profit du cabinet Briand, sous lequel de nombreuses lois sont votées à l’unanimité (dont la création de la Croix de Guerre le 8 avril 1915 et la loi sur le recensement et l’utilisation des effectifs). Le Parlement intervient au sein de la justice militaire (suppression des cours martiales, étendu des droits, modification du code). Il a recours aux comités secrets à partir de 1916 qui permettent d’empêcher l’accès aux informations militaires. Puisque les règles constitutionnelles sont inadaptées aux conditions de guerre, Briand a le projet de diminuer le contrôle des Chambres par des décrets-lois le 14 décembre 1916. Le 23, une commission spéciale dirigée par Viollette rejette le projet d’une délégation du pouvoir législatif (le travail du gouvernement est insuffisant ; les décrets-lois sont utilisés par des régimes dictatoriaux ; absence de signature du garde des sceaux et la délégation du pouvoir législatif est impossible juridiquement). Des propositions de réformes des institutions sont discutées (Bonnefous, Paul-Menier, Forgeot en décembre 1916). Le rapport Thomson du 14 juin 1917 (cabinet Ribot) montre que les députés craignent toute modification des institutions, ils s’opposent à la réunion des deux Chambres ; l’utilisation des comités secrets et des changements de cabinet montrent surtout que toutes les possibilités ont été envisagées. En automne 1917, c’est la fin de l’Union Sacrée.

 

3.2 1917-1919 : la dictature clémenciste ?

L’Union Sacrée est rompue par le retrait des socialistes et des discordes au sein du parti radical-socialiste, ce qui affecte le cabinet Ribot qui finit le 7 septembre 1917, et que le gouvernement Painlevé remplace. L’auteur fait ici un retour sur la carrière de Clémenceau, sénateur qui défend virulemment la liberté d’expression, notamment à travers son journal L’Homme enchaîné (depuis 1914, l’Homme Libre avant). Il fustige Millerand, les cabinets Viviani et Briand ; au contraire il soutient Simyan, Accambray, Ferry et Klotz. Après les offensives de 1917, il mène une campagne pour une meilleure répartition des effectifs, s’attaque aux « embusqués » et autres traitres, au ministre Malvy en particulier cela mériterait une explication. Il prend position dans l’affaire des carnets B (pacifistes « menaçants » l’ordre qui n’ont pas été arrêtés). Quand le gouvernement Painlevé prend fin le 13 novembre 1917, Poincaré, même s’il le déteste, n’a d’autres choix que d’appeler Clémenceau du fait de sa popularité et de son importance. Il inscrit son cabinet dans le respect des institutions et il veut se débarrasser des mollesses et des hésitations. Il renforce la présidence du conseil en y rattachant un sous-secrétariat d’Etat ; il crée de nouvelles fonctions d’Etat comme le sous-secrétariat à la justice militaire. Clémenceau mène une politique de guerre totale, il maintient la censure mais la liberté de la presse est globalement plus libre que sous les autres gouvernements, et est à l’origine d’un nouvel emprunt de la défense nationale (26 nov. 1917). Même si les socialistes montrent leur opposition ouvertement face à la politique de Clémenceau, l’auteur montre que celui-ci travaille dans le plus grand respect des Chambres curieux lien logique dans ce début de phrase, facilitent la mission des commissaires et reçoit de nombreux votes de confiance. Si certains ont dit en exagérant qu’il menait une dictature, c’est parce qu’il a établi un ministère dont il contrôle tous les membres, qu’il a une main mise sur le ministère de la Guerre, les généraux et l’appareil de répression, ainsi qu’un service de renseignement. Cependant pourquoi cependant ? les négociations de paix se font sans la concertation du Parlement bien que Clémenceau répond à l’interpellation des députés mécontents en décembre 1918, il considère que les traités de paix ne sont l’œuvre que du pouvoir exécutif (ce qu’il n’est pas). Il n’est pas réélu en 1919.

 

CRITIQUE

Dans son introduction, Fabienne Bock montre, en rappelant le contexte dans lequel évoluent les institutions, en quoi le rôle du Parlement est un pivot pendant la Grande Guerre, à travers les modalités, les adaptations et les impasses générées. Cette question essentielle émerge du sein des débats dans la presse de l’époque, des comptes-rendus des comités secrets de 1916-1917, des procès-verbaux et des rapports de commissaires, des archives d’Albert Thomas, de Millerand et de Loucheur, et d’autres mémoires d’hommes politiques, auxquels l’auteur fait constamment référence dans les notes. En quoi cela constitue-t-il une critique ? Les notes sont suivies, à la fin de l’ouvrage, d’une bibliographie plutôt complète et d’un index des noms propres très pratique. On peut regretter l’absence d’extraits de ces documents, mais, l’ouvrage est suffisamment clair et agréable à lire pour qu’on n’en ait l’extrême nécessité.

Fabienne Bock décide de traiter ce sujet de façon thématique en abordant la question des députés-soldats et du fonctionnement des institutions en temps de guerre dès 1889, ce qui donne un recul éclairant quant aux décisions prises en 1914 ; l’importance et le rôle des commissions tout au long de la guerre ; et l’évolution des procédures dans la vie parlementaire, avec à la fin de la guerre le gouvernement Clémenceau. L’ensemble permet de comprendre quelle façon de régir le territoire a été mise en place et s’est déroulée, et même, ce qui est très intéressant pour la question d’année, comment ce parlementarisme a évolué après la guerre. La vision qu’en ont eue les contemporains à la sortie de la guerre, mais aussi en 1923 et 1928 (et 1938 !), alors qu’on revient sur l’organisation en temps de guerre et sur la question des députés-soldats, ce qui est développé dans la conclusion. On ne peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas en avoir fait une partie à part entière.

L’auteur prend position en s’appuyant sur les faits et les nombreuses sources qu’elle cite autant pour y dénoncer l’absurdité de certains, comme la mission de Caillaux en 1914 ; pour y montrer la polémique, surtout en ce qui concerne la politique de Millerand en tant que dirigeant du ministère de la Guerre ; et pour y démentir des idées admises comme l’image du parlementaire autant que celui de l’embusqué, en posant les exceptions, ou comme l’idée que Clémenceau a établi une dictature parlementaire, tout en les nuançant. Le ton ne se veut ni polémique ni caricatural. La réflexion est construite, limpide, impeccable.

L’ouvrage se situe vraiment au cœur de notre sujet, croisant les trois composantes (Guerre, Etat et Société), il permet une compréhension des liens entre les politiques et l’avant, le fonctionnement d’un des plus utiles et efficaces acteurs de la guerre, le Parlement, de par l’activité des grandes commissions, et non un simple observateur pour reprendre les termes de Jean-Jacques Becker. Il qualifie d’ailleurs l’ouvrage de Fabienne Bock « d’évènement historiographique dans l’étude de la Grande Guerre ».

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie (NANTES)


 

 

Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire et alii, Culture coloniale 1871-1931, La France conquise par son Empire, coll. Mémoires/Histoires, autrement, Paris, 2003.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

De nombreuses fautes d’accord et de ponctuation (que j’ai rectifiées en ce qui concerne ces dernières), ainsi que des lourdeurs: il aurait été utile de vous relire.

Quelques maladresses dans la critique

 

Note sur 20 : 11

 

N.B L’entreprise coloniale de l’après Sedan est indissociable de la notion de progrès. L’idée est de transmettre les idéaux des Lumières aux races envisagées comme inférieures. A cet idéal, il convient d’opposer la réalité. La conquête de l’Algérie dès 1830, est « une fuite en avant » (p. 5) de la Restauration de Charles X. Les vagues de Conquêtes lancées par la IIIe République dès 1879 répondent elles aussi à une logique interne, imputable à la nécessité de la construction d’une état fort, et au désastre de 1870. Il en va de même pour les conquêtes et guerres coloniales du XXe siècle, elles aussi répondent souvent à une logique bien éloigné de l’idéal prôné. Les conquêtes en Asie permettant par exemple de contrebalancer la puissance de l’Empire britannique.

Pendant cette période, qui commence avec l’après Sedan, et terminé avec l’Exposition Coloniale de Vincennes en 1931, qui marque « l’acmé de la culture coloniale » (p. 35), la France va passer d’une hexagone amputée à un Empire Mondial. Une culture va se développer, en même temps que l’entreprise coloniale phrase elliptique.

L’ouvrage examine « les plus puissants supports de diffusion de cette culture … les principaux espaces sociaux servant de relais … les moments clés de sa promotion. » (p.7). Il s’attache également à établir la chronologie de « pénétration de la culture coloniale dans la société française. » (p.7) La problématique de l’ouvrage est clairement exposé. Il s’agit de comprendre comment : « s’est constitué cette culture coloniale, à la fois proche … et éloignée de l’entreprise coloniale … et fort distincte … du colonialisme … et des lobbies. »(p. 8) Ainsi le but est moins de définir que de cerner cette culture. Il faut montrer l’omniprésence d’un discours dans une société, qui culmine avec les grandes expositions. Ces dernières sont des marqueurs pour l’historien. Elles résument d’une part les volontés politiques, rarement mises en œuvre, en ce qui concerne l’Empire, ainsi qu’un imaginaire fruit d’un discours de propagande dont l’impact est colossal. L’exposition universelle de Paris en 1889, ou la place dévolue au colonial est importante, est un moment clé. Il faut aussi, mettre en lumière le travail d’organes méconnus, mais dont la pouvoir a été tel qu’il a pu influencé l’Etat. Ils s’incarnent dans le « parti colonial » (p. 10) et regroupent, toutes les tendances politiques.

Mais, la présence du colonial en métropole se manifeste moins en politique, qui ne concerne qu’une élite, que par cette culture qui a imprégné les français en profondeur. Cette « propagande méthodique» (p. 11) pour reprendre les mots d’Albert Sarraut, ministre des colonies (1920 à 1924) fut si efficace, qu’en 1914, les anticolonialistes ne réclament même plus la fin de l’Empire, mais s’indignent seulement de ses modalités, comme le traitement réservé aux des indigènes. La contestation est minimale. 1914, c’est en effet le moment ou l’Etat devient le principal instrument de la propagande coloniale, jusqu’alors partagé avec la science, ceux ayant des intérêts économiques, et le monde des arts. Dès les années 20, on peut affirmer que « l’imaginaire colonial » (p. 15) est complètement étranger à la réalité. Dès lors, la culture coloniale devient le reflet de ce que la métropole voudrait pour elle-même. L’Empire a tellement été idéalisé, que désormais, c’est la métropole qui souhaite lui ressembler. Voilà donc le sens du sous-titre, la culture coloniale a finalement « fonctionné comme un miroir sur la situation que la métropole désirait pour elle-même. » (p. 38)

Malgré sa puissance, cet épisode de notre histoire n’a pas été incorporé à notre mémoire collective, pour des raisons bien évidentes, que l’ouvrage développe en filigranes, mais que nous n’évoquerons pas car elles nous éloigneraient de notre sujet. Néanmoins, il faut souligner ceci, l’importance du colonial dans le période qui nous intéresse est cruciale, et on l’a occulté. L’exemple de l’exposition colonial de 1931 en est un parfait exemple. Elle rassemble huit millions de visiteurs (chiffe le plus bas, en effet, 33 millions de billets furent vendus, mais les personnes étaient susceptibles de revenir) et est l’un des plus grands « rassemblement républicains du siècle » en quoi fut-il républicain ? (p. 35). Pourtant, la plupart des gens ne connaissent pas cette exposition, ou n’en mesurent pas l’importance. Or, cette méconnaissance nous empêche de comprendre l’impact de la culture coloniale, qui nous influencent encore, mais qui a surtout influencé les hommes politiques de l’époque, comme Jules Ferry, dont les discours « édifiants » portent la marque d’hommes comme Duval, ou Leroy-Beaulieu.

 

 

I          De Sedan au début à 1914, construction d’une culture coloniale, peu critiquée.

 

I-a       De l’Exposition à l’exhibition, la France découvre son domaine colonial.

Le contexte politique entre 1870 et 1880, marqué par la perte de l’Alsace-Lorraine, amène les Français à s’intéresser au colonial. Cet intérêt, sera rendu possible par les expositions universelles, puis spécifiquement coloniales. En 1878, à l’exposition universelle de Paris, les visiteurs découvrent une attraction coloniale : « la rue des nations. » (p. 44). En 1889, toujours à Paris, ils découvrent ébahis « le village nègre» et « la rue du Caire » (p. 44). Le village est placé sous la Tour Eiffel, afin de montrer la différence entre un peuple civilisé et un autre peu évolué. l’Empire cherche à captiver le public, en présentant une version simplifié et facilement assimilable des autres cultures. L’exposition est un moyen privilégié, car elle draine des foules immenses (50 millions de visiteurs en 1900). De plus, avec le perfectionnement croissant des attractions proposés, le visiteur est de plus en plus immergé, « entre rêve et réel », dans un monde imaginaire, qui façonne en lui « une certaine image des colonies » (p. 45). En effet, il faut ici distraire, en jouant sur un dualisme grossier, profondément manichéen.

On retrouve des manifestations plus modestes, les exhibitions d’êtres humains sens ?. En jouant sur le stéréotype du sauvage , leur but était de construire une altérité radicale, justifiant la supériorité de la race blanche, et donc sa domination. De 1877 à 1931, on en dénombre plus de 40 au Jardin zoologique d’Acclimatation, avec un succès jamais démenti. La presse relaie ces expositions et exhibitions.

 

I-b       « La science coloniale » (p. 55) et l’école.

On assiste à cette époque, « à une collusion du savoir et du pouvoir » (p.57). La science sens à préciser sert l’œuvre de la colonisation. Elle doit permettre une bonne utilisation des ressources, et la mise en place d’infrastructures. Mais surtout, elle sert à classer la faune et la flore des territoires conquis, et à légitimer, par cette hiérarchisation, l’entreprise coloniale. Tâche difficile, car elle suppose l’étude de sujets humains. Les exhibitions vont donc la servir dès 1877, quand Saint Hilaire, un zoologiste, expose des nubiens, et convie ses confrères à les étudier. Dès lors, les savants déterminent des « preuves de l’infériorité des races attardées. »(p. 59) qui servent l’acte colonial. Un racisme se construit en fait, il s’agit encore de racialisme, et est très vite assimilé par la population, non seulement car elle a bien entendu accès aux zoos humains, mais aussi parce que les travaux scientifiques sont publiés dans des revues de vulgarisation comme La Nature. Il est intéressant de constater que ce racisme se construit par le biais de l’anatomie comparée, et non pas grâce aux différences de culture. En effet, il s’agit de construire « une autre humanité que la nôtre » (p.61) ce qui constitue précisément le racialisme, le racisme (au sens moderne) induisant l’idée que certaines races seraient inférieures par nature ou moins humaines. En 1889, ces travaux cesseront oh non, ils vont même se développer de façon spectaculaire parfois jusqu’au début des années 1950 (cf. travaux d’André Pichot) !. Reste que de 1880 à 1900, ces anthropologues ont changé « la façon de penser des hommes. » (p.65)

Dans une autre optique, l’école va renforcer le sentiment patriotique. Cela est flagrant dans les manuels. En 1913, un manuel de géographie donne des « indication pédagogiques » (p.93) qui mettent l’accent sur l’Empire que les élèves doivent bien connaître. Mais cela est plus fragrant encore dans les livres de lecture, qui mettent en avant « l’œuvre civilisatrice de la France » (p. 94) Leur diffusion est importante, elle se chiffre en millions sur la période pour Petit Jean de Charles Jeannel précisez de qui il s’agit. On peut aussi remarquer leur ton guerrier de Petit Jean ?. Néanmoins dans les écoles catholiques, le ton est différent, car on met surtout en avant l’image du missionnaire, bien distincte du colonisateur, notamment dans son rapport à l’Autre.

 

I-c       Le rapport ambigu des arts au colonial.

Dès 1860, le théâtre montre un intérêt croissant pour l’Afrique. Il permet d’exalter les victoires coloniales comme dans Cinq mois au Soudan de Gugenheim et Lefaure en 1891. Ces pièces servent de relais à la propagande d’état. L’idée est qu’on apporte la civilisation aux noirs, tout en les défendant de l’archétypique « roi nègre » tyrannique, cannibale, et dénué de sentiments, comme l’est Mounza dans la Vénus Noire de Bedot. Par ailleurs, les plus grands écrivains traitent du colonial (Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Jules Verne, Maupassant, Céline harmonisez) La littérature qui en découle est couronnée par les premiers prix Goncourt (crée en 1903). On pense à l’ouvrage Les Civilisés de Claude Farrère, lauréat en 1905. Mais avant 1900 elle peut être critique. Tartarin de Tarascon de Daudet (1872), décrit les colonies « comme des lieux malsains et amoraux » (p. 70). Mais en 1914, elle est presqu’exclusivement favorable à la colonisation. Il faudra l’entre-deux-guerres pour voir apparaitre une critique radicale.

La production musicale est moins nuancée sens ?. Les différentes chansons, qu’elles soient drôles (La Petite Tonkinoise de 1906), « romantiques » (p.78) ou martial (la Marseillaise du Dahomey de 1894) « ont contribué à répandre et à ancrer une forme de d’exotisme coloniale dans la culture française. » (p.77)

 

 

II         Au lendemain de la Grand Guerre : entre Propagande et mutations du colonial.

 

II-a      Intégration relative des peuples colonisés.

Le14 juillet 1913 : Poincaré accroche la Légion d’honneur au drapeau du premier régiment de tirailleurs sénégalais. Cette date marque : « l’aboutissement d’un long processus qui voit l’empire, à travers ses hommes devenus soldats, s’intégrer de plus en plus à la nation » (p.108). Les colonisés vont alors être utilisés pendant la guerre, en fonction de leur race, sensées induire des aptitudes. Cette politique a été façonné par des ouvrages comme : La Force noire de Mangin (1910). C’est à cette époque que se crée l’image « des tirailleurs noirs fidèles » (p.110) relayés par la presse. La campagne de recrutement de soldats coloniaux s’accompagne en effet en métropole d’une active propagande, qui change le perçu du colonisé (voir l’affiche p. 115)

Ces soldats des colonies paieront un lourd tribut, le même à vrai dire, que celui des poilus de première ligne. Les régiments Nord-Africains seront parmi les plus décorés de la guerre. Le bilan des tués est lourd en 1918 : 35000 algériens, 12000 marocains, 25000 pour l’Afrique noire. En mourant pour la France, ces populations commencent à exister pour la métropole. Par ailleurs les français vont découvrir pour la première fois l’Autre autrement que comme un sauvage. Et les colonisés, découvrent des français, « qui ne sont pas comme ceux des colonies » (p. 116). Par ailleurs on fraternise dans les tranchées.

Entre 1915-1918 on a donc une tension entre deux images du colonisé : le sauvage et l’indigène. La première est issue d’une rhétorique ancienne déjà évoquée, l’autre date de la Grande Guerre. Cette figure de l’indigène est triple : au noir, « la bravoure, la puissance physique et la bonhommie » (p. 150) qui dont la dernière s’incarne dans le fameux « Y’a bon banania. », au maghrébin, « la valeur guerrière de l’Arabe » (p.150), et à l’indochinoi l’image du mauvais soldat voué à la « main d’œuvre industrielle » (p.150). Cela est très marqué dans une des affiches de l’exposition coloniale de Marseille de 1922, qui présente l’Indochine (p.154).

Le tirailleur est l’image la plus marquante de l’indigène, qui pendant la guerre, « quitte les frontières séparant l’humanité de l’animalité, devient ce bon nègre, grand enfant toujours rieur »(p. 151). Il devient alors assimilable, mais toujours on le voit il est maintenu dans un stade intermédiaire profondément humiliant.

Ce glissement, c’est aussi celui du domaine colonial, à la « nation-empire », qui va devoir intégrer pleinement ses colonisés. Cela sera fait de façon minoritaire, avec une élite noire notamment, on pense à Blaise Diagne, qui siègera au Palais-Bourbon dès 1914, ou Houphouët-Boigny, qui fut ministre. Mais cela est très marginal, car l’indigène est « l’image renversé du citoyen » (p.159).

 

II-b     Plaire et instruire : double rôle de « l’Agence » et du cinéma colonial.

En 1899 : «  Création de l’Office colonial, relevant du ministère des colonies » (p. 137), qui devient un « pilier du discours colonial. »(p. 137) Il est remanié après la Grande Guerre et devient l’Agence générale des colonies. Sarraut réclame d’elle « une propagande moderne » (p.138) visant à faire « l’éducation coloniale des Français » (p.139). Pour cela, l’Agence ne fait pas que créer de la propagande, elle s’entoure et dirige des antennes spécialisées en 1919 et 1923, qui concernent des portions spécifiques de l’Empire.

On a bien vu que la propagande existait avant, mais elle s’affirme alors, en même temps que l’idée d’Empire Colonial, qui resta longtemps vague. L’Agence crée un « consensus » (p. 140). Son action prend toutes les formes d’expressions mais et est entièrement rationalisé. Elle joue sur le ludique et le sérieux. Elle envoie des cours entièrement faits aux instituteurs, mais et met en place un système de « bons points, protège-cahiers… jeux et concours. »(p. 141) Elle tait par ailleurs les contradictions de la colonisation, qui se fait au nom de la liberté, mais qui dans les fait prive les colonisés de celle-ci. Elle crée : « un euphémisme colonial. » (p. 144).

En bref, « les deux mots d’ordre de l’Agence peuvent se résumer à contrôler et diffuser. » (p. 184)

Le cinéma colonial, aujourd’hui méconnu, est un autre relais actif de la culture coloniale. Par exemple, il n’évoque presque jamais les conquêtes militaires, ou les idéalise : Bled de Renoir (1930). En fait : « Par la projection d’images pacifiées… ces films sont une sorte de légitimation de l’acte colonial… » (p. 120) Ils le rendent : « noble et pur » (p. 131), comme la Croisière noire de Piault, qui raconte le raid Citroën à travers l’Afrique.

Après la Guerre, il s’affirme L’Atlantide (1921) et trouve son public. Il construit entre autre la figure mythique du héros colonial, qui peut s’incarner chez le légionnaire comme dans Baroud (1931). Il véhicule cette « vision darwiniste de l’humanité » (p. 124) cela mériterait une explicitation.

Il y a aussi de nombreux couts métrages et documentaires, 820 entre 1896 et 1955, qui sont le fait d’initiatives privées. Mais cette dimension est présentent dans presque tous les films, (voir la description de la Casbah d’Alger dans Pépé le Moko avec Jean Gabin en 1936)

 

II-c      Le marché colonial.

 

Le commerce colonial est presque monopolisé par deux consortiums : La Compagnie Française d’Afrique Occidentale, et la Société commerciale de l’Ouest africain, mais les petites entreprises sont aussi bien implantées.

Entre autre le commerce colonial permet de protéger l’économie française, et de sauver des secteurs fragiles comme la sidérurugie, qui bénéfitie du besoin énorme d’infrastructures (rails de chemin de fer.) Mais, en créant un marché captif, là ou l’Empire Britannique propose le libre- échange, il n’aurait pas bénéfique sur le long terme.

Pour vendre les produits de l’empire on a recours à une importante publicité, mais qui exclut au début la référence coloniale. « Seule l’Asie a droit de cité : le thé de Chine présente un image glorifiant ses origines dès 1894. » C’est aberrant, d’autant que les produits coloniaux sont partout : savon, rhum, café, sucre, chocolat.

Il faut attendre les années vingt (exception pour Banania, qui apparait en 1917) pour que vendre du colonial soit à la mode. « Nescao (Nestlé) ose en 1928 représenter sur sa boîte une silhouette…entièrement noire » (p.173).

 

 

III       L’aboutissement de la culture coloniale (1925-1931)

 

III-a    Vincennes, une « acmé », en demi-teinte ?

Nous l’avons vu, de 1870 à 1931, la IIIe République construit l’idée de la « Plus Grande France » (p.201) dans laquelle tous s’assimilent. Elle estompe progressivement l’aspect guerrier de la colonisation, minimise les révoltes (celle de Yen Bai en 1930, répercutée en France par les communistes et les étudiants annamites de Paris, donnent lieu à des arrestations, et pour signifier que tout va pour le mieux, l’empereur d’Annam est un des inaugurateurs de l’exposition.)

Dès lors, la gigantesque exposition de Vincennes, doit transmettre l’idée d’un Empire divers mais uni, pacifiés, et ou les indigènes s’assimilent progressivement. « L’époque héroïque de la colonisation est passée » (p. 202) peut-on lire dans le Guide Officiel. On a l’impression de renouer avec les mots de Napoléon III : « l’Empire, c’est la paix. » Le maréchal Lyautey, commissaire général, insiste sur la nécessité de « faire toujours mieux, plus grand, plus large, plus souple » (p. 203).

L’exposition est divisée en quatre sections : « la France métropolitaine, les territoires d’outre-mer, les pavillons nationaux et le musée permanent des colonies » (p. 203), tous les territoires de l’Empire, mais aussi d’autres pays sont représentés. On atteint une forme de délire hollywoodien dans les attractions. Ainsi, on trouve « une reproduction  grandeur nature d’Angkor Vat, qui occupe 5000 mètres carrés, et dont la tour centrale fait 55 mètres » (p. 205).

Une contestation existe mais elle est extrêmement minoritaire. On trouve aussi des tracts comme le « Ne visitez pas l’exposition coloniale de mai 1931. » (p.209) Une contre-exposition s’organise La Vérité sur les colonies, qui est le fruit d’une union entre les communistes, la CGT, et « la Ligue internationale contre l’oppression coloniale et l’impérialisme » (p. 210). Sa sensibilité artistique est marquée par les surréalistes par ailleurs très actifs dans l’exposition, mais qui n’en sont pas comme on l’a dit les créateurs.

 

III-b    « Le bain colonial. » (p.179)

Entre les deux guerres mondiales, la culture coloniale atteint donc son apogée, ses différentes manifestations forment alors un tout cohérent, qui pénètre en profondeur les Français. Les plus insignifiant objets du quotidien sont utilisés, et notamment les jeux phrase incomplète. Ainsi on retrouve la « taxinomie des populations coloniales » (p. 180) dans des vignettes et même le jeu de l’oie. Les cartes postales sont aussi porteuses de ce message. On peut parler d’un véritable « bain colonial » (p. 179) qui crée : « un maillage souterrain des consciences. » (p. 181) Ces objets apparemment anodins, pénètrent silencieusement les esprits, c’est là leur force. Il en va de même, pour le cinéma, le théâtre, le cabaret (pensons au succès fou de Joséphine Baker.) L’Agence contrôle les images, et les distribue gratuitement aux journaux qui les publient. Par ailleurs, entre 1929 et 1931, « le nombre de journaux [exclusivement] coloniaux passe de 70 à 77 »(p. 213). En bref, la propagande coloniale, en grande partie contrôlé par l’Agence, va se servir de la « culture de masse » (p. 188) naissante.

Un phénomène intéressant se développe dans ses années, qui va compléter l’éducation coloniale des jeunes français, le scoutisme. Mise en place par Badem Powell, alors qu’il était en Afrique du Sud et combattait les Boers le scoutisme date de 1907, pas de cet évènement qui n’a fait qu’attirer l’attention de Baden-Powell sur les aptitudes de la jeunesse (il avait alors eut recours à d’audacieux jeunes gens comme éclaireurs et estafettes.), le scoutisme, dont les valeurs sont par ailleurs admirables, va « former une jeune élite aux rudesses de la vie coloniale et à la défense des marches de l’Empire » (p. 188) ?????. Il apprend de façon ludique le « cran » (p. 188) c’est colonial le cran ?

Dans les années 30 donc, quasiment toute la nation se retrouve dans le colonial, car : « les Français, de droite comme de gauche sont convaincu que le pays est entré dans une face de déclin » (p. 216). Même l’extrême droite s’y rallie alors qu’elle était historiquement opposée à la colonisation, qui diluait la nation.

Pour rassembler en période de crise, rien ne vaut cette forme d’union sacrée portée par un mythe colonial. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c’est à ce moment, avec Paul Reynaud, qui développe la notion « d’empire français » (p. 224) qui doit rassembler toute la nation.

 

Critique :

Cet ouvrage présente l’intérêt d’analyser un phénomène très complexe et peu connu. L’objectif des deux auteurs, de grands spécialistes en la matière on s’en doute, et de montrer comment s’est construit le mythe colonial, dont le but était de justifier la colonisation aux yeux des français. Mais plus encore, il montre la manière dont le mythe est devenu réalité aux yeux de la nation. Par ailleurs, il démontre que contrairement à l’idée qui voudrait que la colonisation soit le fait de l’extrême droite, cette dernière s’est faite eu nom des Lumières, et que la gauche dans son écrasante majorité mais pas les plus radicaux au XIXème siècle et pas les marxistes au XXème y était très favorable.

L’un des problèmes de l’ouvrage est le nombre des collaborateurs, qui ont chacun rédigé une sous-partie de l’ouvrage. Certes il est intéressant d’avoir différent points de vue, mais du coup, le plan est peu efficace, et est souvent dans la redite ou la reformulation d’évènement déjà évoqués c’est le propre d’un colloque. Par ailleurs, nombre de ses collaborateurs ne sont pas historiens, comme le montre leurs biographies pages 241 à 245, et du coup leur approche nous emmène souvent dans des domaines comme la sociologie en soi ce n’est pas un problème, ce qui l’est c’est de remplacer l’approche historique par l’approche sociologique, ou, pire, de confondre les deux approches. De plus, l’ouvrage prend beaucoup de libertés avec la chronologie, et des passages entiers sont inutilisables car ils ne sont que des conjectures rarement étayées sur l’influence souterraine du colonial à notre époque.

On peut aussi regretter l’absence d’une conclusion, qui aurait permis de terminer l’ouvrage de façon claire. Sans doute est-ce dû au fait qu’il n’est que le premier d’une trilogie. Il s’inscrit par ailleurs dans le projet du groupe de travail ACHAC, qui rassemble des chercheurs étudiant le fait colonial.

Il est regrettable également, que l’ouvrage n’est pas fait la différence entre les hommes politiques et les militaires impliqués dans la colonisation. Mettre Gallieni au même plan que Lyautey est assez surprenant en quoi ? ce sont deux militaires. Sur ce dernier, il semble également que les auteurs aient mal jugés sont travail au Maroc. Ainsi page 204, l’auteur compare le fait que l’exposition coloniale de 1931 ait eut lieu à l’extérieur de Paris, avec « la ségrégation de l’urbanisme colonial du protectorat marocain sous Lyautey. » Le choix du mot ségrégation étant connoté, il nous semble important de signaler le vrai sens de l’urbanisme à la Lyautey. Ainsi à Marrakech, la ville coloniale est à l’extérieur de la vieille ville, c’est un fait, mais le siège du protectorat, la palais de la Koutoubia, est à l’intérieur. Si Lyautey à fait à fait construire à l’extérieur ça n’est pas par ségrégation, mais pour respecter les marocains. En cela, sa loi (toujours en vigueur) interdisant l’entrée des français dans les mosquées est exemplaire, elle avait pour but de préserver la sensibilité des marocains, qui souffraient de voir les soldats français rentrées en badauds dans leur lieux saints.

Par ailleurs, en lisant l’ouvrage, on a parfois l’impression que les Français ont mangé pendant soixante ans du colonial, et que tous sans exceptions étaient racistes xénophobes, persuadés de la supériorité de la race blanche, à l’exception des communistes et de la CGT. Cette image est exagérée. L’Eglise Catholique étant par essence contre le racisme. Par ailleurs on ne sait trop comment interpréter « l’oubli » de la figure du missionnaire, qui semble avoir sa place dans la culture coloniale. (on pense à Tintin au Congo.) si l’argument et recevable, il est mal amené et néglige le fait que ce procès en racisme supposé généralisé ne résiste pas plus quand on analyse d’autres acteurs de la colonisation, en particulier les militaires, mais aussi les ingénieurs, les instituteurs...

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (Nantes), promotion 2012-2013


 

 

Annette Becker, Les monuments aux morts : Mémoire de la Grande Guerre, Errance, Paris, 1988

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

De très nombreuses fautes de français et absence d'une véritable critique scientifique

 

Note sur 20 : 07

 

1-Le monument aux morts, un objet de mémoire

 

1.1-Au centre de tous les espaces

Le monument aux morts est au centre de tous les espaces, l’ouvrage d’Annette Becker se concentre sur le phénomène de sa construction à la fin de la Première guerre mondiale. Chaque ville, chaque village, chaque bourg de France ou presque va se doter d’un monument. En effet, le nombre de mobilisés a été colossal, cinq millions d’hommes sont venus et ont été appelés des quatre coins de la France pour grossir les rangs de l’armée, il y a eu des morts dans chaque commune. Dès mai 1919, l’Art funéraire et commémoratif fait son apparition, une dizaine de milliers de monuments aux morts sont ainsi commandés, généralement acheté sur le catalogue mais parfois aussi demandé à un artiste renommé. Ils vont être installés généralement en pleins centres du bourgs, sur la place de l’église ou près de la mairie, de manière à être très visible, la population n’aura d’autres choix que de passer devant et ainsi le souvenir du sacrifice des soldats sera rappelé constamment, et alors comme l’écrivait Ajalbert de qui s’agit-il ?, « La dette nationale doit être inscrite à tous nos horizons, payables à vue, à tout instant, sans s’effacer jamais » les citations se mettent en italique. Parfois on crée aussi de nouveau pôle civique autour du monument, comme par exemple des parcs où la population se réunira désormais le 11 novembre.

De plus, toute la population est invitée à participer, étant donné le prix important des monuments, les mairies font appel à la générosité du public par le lancement de souscriptions.

Becker explique cet engouement pour les monuments aux morts comme un moyen d’exorciser ces les pertes, ce gâchis contre lesquels on ne pouvait désormais plus rien faire.

Mais le monument aux morts ne se retrouve n’est pas uniquement comme un hommage aux soldats d’une même communauté et l’on trouve ainsi des plaques commémoratives et des statuts qui rappellent le sacrifice de corps de métiers comme celui des instituteurs et des éducateurs ou dans des institutions lieux comme la poste ou la gare. Becker décrit ainsi le relief de la cour intérieure de l’hôtel Dieu de Paris qui honore les médecins tombés au front (ref ?).

 

1.2-Le soldat héroïque

Le soldat est présenté comme l’homme héroïque par excellence dans qui a gagné « la der des ders. » « L’héroïsme est complet quand il s’accompagne de fierté joyeuse et d’élégance dans la mort » disait  un auteur anonyme dans une Histoire de la Grande Guerre par un français aux publié par les éditions Hatier en 1920, ainsi donc c’est ce que les artistes ont tenté de représenter sur par leurs sculptures, dont le registre va en passant du soldat près à attaquer jusqu’à celui mort, l’arme au côté[2]. Le soldat est devenu à la fois un héros et une victime, il est mort mais il a été brave. Ils sont idéalisés, poussières, saleté, fatigue sont effacés.  Le ministère des pensions, des primes et des allocations de guerre avait ainsi accordé la mention « Mort pour la France » à un million cinq cent mille hommes à la fin de la Première guerre lien avec la phrase précédente ?. Sur les monuments à sujet, ce sont eux, les poilus, qui restent les plus représentés lien avec la phrase précédente ?

 

1.3-Le civil éploré

Mais le poilu n’est pas le seul à apparaître sur les monuments et, on y rencontre aussi le personnage du civil éploré. Il est intéressant de noter que la plupart des soldats représentés mourants ou morts sont rarement seuls, généralement se trouve près d’eux leurs épouses, leurs mères ou leurs enfants. Les femmes représentent parfois le corps civil, mais sont le plus souvent là comme symbole de la Victoire, de la Liberté ou de la République. Elles sont les supports et les soutiens des soldats où les dernières à les contempler, à leur apporter un peu de compassions.

Il est aussi possible de repérer y a de nombreux monuments aux morts représentant des familles priant au pied de la tombe du mari, du père, du frère disparu ou bien de jeunes filles attendant avec angoisse le retour de l’homme parti combattre. Il montre la détresse de toutes ses femmes qui se sont retrouvées veuves et de tous les orphelins de France. La perte de ses jeunes hommes a été très difficile, surtout dans les campagnes où le nombre de tués au combat a été le plus élevé. Il faut reconstruire et, ces monuments représentent la douleur de ceux qui doivent reconstruire seuls, le soldat a été héroïque et c’est au tour de ceux de l’arrière de montrer autant de courage semble exprimer aussi ces statues.

L’importance de la mémoire et du modèle est très forte, Becker cite ainsi le titre d’une couverture du souvenir français « Souviens-toi. Il est mort pour que tu restes français. »

Mais ce sont aussi, dans les dix départements du Nord et de l’Est de la France occupé, deux millions cent vingt-cinq mille français qui ont connu les rigueurs de l’occupation militaire et leur sacrifice est aussi parfois représenté, comme à Villers-Cotterêts.

 

 

2- Le monument aux morts, une œuvre d’art

 

2.1-Inspiration et symboles

Les inspirations et symboles décelables dans ces monuments qui ne sont pas considérés comme « des tombeaux mais des tableaux d’honneurs » (ref ?) sont multiples. L’auteure[3] signale qu’ainsi les grades sont rarement indiqués sur la liste des victimes, pour accentuer l’aspect égalitaire, unificateur de l’armée, soldats et officiers sont semblables face à la mort. Notons aussi qu’il y a peu de représentation allégorique de la Liberté, on est bien mort pour défendre une terre et une patrie et non pour défendre une idéologie. Becker nomme ça la « martyrologie civique » (ref ?).

De même la place de l‘antique est très forte dans la symbolique des monuments, il est souvent possible d’y trouver comme des palmes de victoire, attribut habituel des martyrs, Le monument de la ville de Nice est ainsi un modèle du genre, plongé dans la tradition antique en quoi ?.

Mais les monuments aux morts s’inspirent aussi d’autres époques, comme par exemple l’ère des invasions barbares, le monument de Soissons représentant ainsi Clovis et des francs défendant la nation, ou encore le Moyen-Age avec Jeanne d’Arc auxquels les poilus vouaient un culte (elle est celle qui a libéré la Nation, qui a libéré la France et lui a offert sa vie). Réal del Sartre a sculpté une quarantaine de monuments incluant le personnage de la sainte pour l’honorer.

Il y a aussi une utilisation des symboles animaux. Le coq français est très présent, ainsi que les aigles américains et allemands il faudrait distinguer leur usage, mais l’on trouve aussi quelques colombes de paix et des pélicans qui, parce qu’ils nourrissent leurs enfants avec leurs entrailles représentent le sacrifice ultime trop allusif et vous confondez légende et réalité.

Néanmoins par manque de moyens, une grande majorité des monuments restent de simples obélisques, pyramides ou frontons où les noms des soldats sont apposés, pourtant il est indéniable que leur simplicité contribue à renforcer le caractère honorifique de leurs sacrifices. Si je comprends bien le manque de moyens a un caractère honorifique ?

Pour Becker, ces monuments sont de vraies œuvres « Jamais la République n’avait connu une telle frénésie artistique  qu’au moment de la réalisation de ces monuments » (ref ?), et, après la seconde guerre, cette frénésie ne reviendra pas, la République se contentant généralement de graver les noms des nouveaux morts sur les monuments existants. Ce passage mériterait d’être explicité : pourquoi cette différence de traitement ?

 

2.2-Des sculpteurs et des modèles célèbres

Certains sculpteurs se sont spécialisés dans les monuments aux morts et ont rendu fameux quelques-uns de leurs modèles. Becker évoque par exemple Maxime Réal del Sarte, qui compte à son actif une cinquantaine de monuments, auxquels il faut ajouter les sculptures placées sur les champs de bataille. Ses deux modèles les plus connus sont Terre de France, qui représente une jeune paysanne aux pieds nus, déposant des épis de blés sur la tombe de son fiancé, symbolisée par une croix, et que l’on trouve par exemple à Saint Jean de Luz et à Compiègne (différence notable dans cette deuxième œuvre cependant, la jeune fille est devenue une femme, accompagnée d’un jeune garçon), et Je t’ai cherché, qui représente un soldat mort qu’une femme enveloppe d’un linceul, avec une couronne végétale et un voile de veuve, elle représente la France en deuil . Ce sculpteur avait été très touché par la guerre, il y a perdu un frère, ainsi que son avant-bras gauche un peu comme ce grenadier d’Empire qui a été blessé à Austerlitz et au derrière, ce qui pourrait expliquer pourquoi il  insiste sur la notion de mort-sacrifice. Il vendait ses œuvres environs 60 000 francs.

Il y avait aussi Henri Greber, qui réalisa pour Beauvais un monument d’une valeur de 100 000 francs, on y voit un ange, allégorie de la Victoire, embrasser un soldat mort, tombé dans ses bras, son inauguration se fera en 1924 en présence du Maréchal Foch.

En Bretagne, région la plus touchée par la guerre (200 000 agriculteurs uniquement ? sont morts), l’un des sculpteurs les plus réputés est René Quivilic qui a réalisé un grand nombre de statues dans les villages qui se trouve le long de la route de Quimpe qui mène à la pointe du Raz.

Un autre sculpteur célèbre, surnommé « statuaire de la douleur » par L’art funéraire et commémoratif, est Charles-Henri Pourquet, auteur de Buste de poilu dans le drapeau, Poilu terrassant l’aigle ou encore Résistance, le plus connu des monuments qu’il a réalisés, où l’on voit un soldat, jambes écartés, tenant dans ses mains un fusil, barrer le passage à un ennemi non représenté. Selon Becker, une des particularités de ce sculpteur est d’effacer de ses compositions toute notion de tristesse et de mort pour ne garder que l’action, la tension.

Becker évoque aussi Emilie Rodez, une des rares femmes à avoir réalisé un monument, qui se trouve à Equeurdreville dans la banlieue de Cherbourg.

Les matériaux utilisés  par ces sculpteurs sont généralement des matériaux nobles comme le marbre, ou peu coûteux et facilement modelables comme le bronze, la fonte, la pierre ou encore la plâtre. En résumé... à peu près tous les matériaux !

 

3- Le monument aux morts, témoin du ressenti d’une nation

 

3.1-Liberté et fraternité

Les monuments aux morts se dressent dans chaque commune comme les témoins vivants du ressenti[4] d’une nation, pour qui prime la liberté retrouvée et la fraternité. Ces monuments aux morts sont finalement l’expression d’une mémoire collective, d’une nation qui a lutté d’un seul chef contre un ennemi commun et qui aujourd’hui ? reste unie pour pleurer et honorer ses morts.

On insiste aussi sur la notion de sacrifice, « le catholicisme [étant] l’armature du patriotisme français » selon André Latreille, ce sont des termes à connotation religieuses comme par exemple union sacré ou foi patriotique qui apparaissent la construction de cette phrase obéit à une logique peu compréhensible. Dans certaines régions très catholiques, ce sont même les calvaires qui sont transformés en monuments.

De même, les monuments ne reconnaissent pas uniquement les sacrifices français mais aussi ceux des armées étrangères sur le sol français, ainsi sont aussi représentés les sénégalais par exemple, les tchèques, les américains (A Paris place des Etats-Unis), les canadiens, les anglais (Kipling a ainsi perdu son fils sur le territoire français et, la phrase issue de l’Ecclésiaste « Their name liveth for evermore » est gravée sur les monuments des cimetières britanniques situés en France). Dans cette même optique de fraternité, dans les cimetières, chaque emplacement est surplombé par une croix pour tous (elles sont considérées non pas comme un symbole de la mort du Christ mais juste comme celui de la mort sur quelle base Annette Becker fait-elle reposer cette interprétation très personnelle ?), une étoile de David pour les juifs et une stèle particulière pour les musulmans eux aussi symboles de la mort ?. L’Algérie avait aussi sur son territoire quelques monuments, mais ils ont été détruits ou renvoyés en France au moment de la décolonisation l’Algérie n’étant pas une colonie à cette date, il serait plus juste de parler de départ.

 

3.2-Et le pacifisme ?

Becker insiste sur la rareté des monuments pacifistes, elle en comptabilise seulement cinq, le monument de Gentioux, celui d’Equeurville, ou de Saint-Martin d’Estreaux dans la Loire en font par exemple partis. La grande majorité exaltent le sacrifice et la gloire de celui qui a combattu, ou bien expriment la douleur de ceux qui restent. En effet, pour elle un monument pacifiste n’est pas un monument qui insiste seulement sur le gâchis des vies fauchées par le combat ou la douleur de la famille, celui-ci est bien plutôt nationaliste, il y a plus souvent présence de la « métaphore de la mort transformée en vie » à travers la symbolique de la récolte nouvelle, la guerre restait une nécessité dans cette conception.

En ce qui concerne l’entretien des monuments, ils sont généralement entourés de grilles basses qui délimitent comme un espace sacré, seulement ouvert pour la commémoration du 11 novembre et le dépôt de la gerbe. Accrochés à ces grilles, il est parfois possible de voir des obus qui sont un rappel que la guerre de 14-18 est l’une des premières guerres industrielles accentue l’aspect belliqueux des monuments et non le désir de paix.  Becker parle de trois cent millions d’obus tirés en cinquante et un mois et, d’une véritable « mécanisation de la mort » (ref ?), l’auteure précise que certains ont été volés ou enlevées pendant la seconde guerre mondiale, au moment où la pénurie de métaux avait atteint son sommet.

 

Critique : Le premier à avoir fait une large part aux monuments aux morts dans ses recherches est Antoine Prost, axant sur leur aspect de mémoire collective. Yves Hélias qui publie son mémoire en 1979 et qui effectue aussi une étude sur les monuments aux morts se penche plutôt sur leur dimension politique. L’ouvrage d’Annette Becker agrémenté d’un très grand nombre de photos offre une approche plus artistique. Il est aussi possible de lui reprocher une approche plus personnelle qu’historique, l’auteure relatant parfois son périple dans un style qui se rapproche plus du carnet de bord que d’une recherche historique. L’auteure mêle ainsi les faits historiques et les réflexions esthétiques, elle ajoute aux légendes des photos des extraits de poèmes d’Apollinaire ou de figures militaires majeures comme Joffre ou Pétain.

L’ouvrage est en plein cœur de notre sujet bien qu’il ne rentre parfois pas assez dans les détails et restent assez, voire trop général, l’étude des monuments aux morts est pourtant primordial pour comprendre l’état d’esprit de la nation en 1918, partagé entre la volonté d’honorer ses morts mais aussi dans la volonté de rappeler les efforts que l’arrière a fourni et la douleur qu’il ressent face à toutes les vies gâchés et le travail de reconstruction qu’il va désormais falloir accomplir.

Becker évoque aussi à de multiples reprises les reliefs des Chauffours dans la région de l’Oise, ces dessins tracés sur les murs par des poilus n’ont aucun rapport avec les monuments aux morts mais c’est une manière pour elle de montrer de quelles autres façons l’art a quand même été présent au cœur de cette guerre mondiale. Elle s’arrête ainsi un instant sur le message d’un jeune étudiant d’Ulm qui, reprenant le célèbre « Delenda est Carthago » de Caton, avait gravé dans la pierre « Delenda est Germania », anecdote intéressante qui appuie aussi sa thèse, selon laquelle, à la fin de la première guerre, le pacifisme n’a pas été un mouvement immédiat en France mais, que primait dans la nation l’amour de la patrie à n’importe quel coût, y compris humain. Ce consentement patriotique est aujourd’hui remis en question par des historiens comme Frédéric Rousseau.

L’ouvrage se termine avec une liste des monuments aux morts jugés les plus intéressants par l’auteure selon les régions et des monuments commémoratifs de la Première guerre mondiale en France et à l’étranger. En quoi cela relève-t-il de la critique ?

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012-2013, La Perverie, Nantes


 

 

Annette Becker, Les cicatrices rouges : 14-18 France et Belgique occupée, Fayard, s. l., 2010.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

Beaucoup de fautes formelles et d’obscurités, mais, heureusement, une très bonne critique.

 

Note sur 20 : 11

 

 

INTRODUCTION : Les terres occupées pendant la Grande Guerre ont été appelées les cicatrices rouges. Cette occupation concerne les populations de l'essentiel de la Belgique ainsi que de dix départements du Nord et de l'Est de la France (Aisne, Ardennes, Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Somme, Vosges) ont dès 1914 connu les dévastation de la guerre de mouvement, et puis, quand le front les a dépassées, l'occupation. Il en est de même pour le front Est de la guerre, mais le manque d'informations a orienté cette étude majoritairement sur l'occupation en France et en Belgique. L’auteur défend la thèse que la Grande Guerre a été le laboratoire de la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

 

  1. A l'extérieur des régions occupées

 

 

1.1.L'oubli, le déni de l'occupation

L'occupation lors de la première guerre mondiale a été totalement oubliée, surtout quand on la compare avec l'importance du souvenir des souffrances des combattants. Ce déni provient d'abord des populations elles-mêmes : elles ont honte des sévices infligés, et veulent oublier leur solitude du temps du conflit. Une fois la guerre terminée, ils veulent se fondre dans l'immense souffrance nationale de la guerre et rentrer dans le moule de l'histoire nationale, qui les oublie (p. 14). Ceci d'autant plus qu'on les a traité de « Boches du Nord » (cf.  1.2.). redite plus loin

De plus, après la clameur exagérée des atrocités allemandes à la sortie de la guerre, on est passé au silence, notamment en ce qui concerne les exactions allemandes du début de la guerre : elles ont été tellement mythifiées (mythe des enfants aux mains coupées, des crucifiés) pendant la guerre elle-même, où l'on avait une idée de la situation, qu'on ne peut plus croire à leur existence par la suite (même si ces mythes sont nés de « représentations collectives qui préexistent à [leur] naissance » (p. 31)).

 

 

1.2.Les « Boches du Nord »

Les gens du Nord de la France sont rapidement considérés comme des « Boches du Nord ». redite plus loin En effet, quand les Allemands évacuent les « bouches inutiles » en France (vieillards des hospices, enfants très jeunes, familles particulièrement démunies), ces populations misérables qui ont déjà vécu l'occupation, qui sont généralement malades, ne sont pas accueillies en France comme des blessés de guerre à protéger, comme on aurait pu le penser. Il règne en France cette idée que ces populations, qui ont été au contact des Allemands, auraient été « embochées », contaminées par le virus de l'occupant. Cette idée naît aussi de la honte : ces réfugiés sont ceux que les hommes (ces hommes qui manquent atrocement, parce que se battant au front) n'ont pas pu protéger, ils sont « reproches vivants pour la Nation » (p. 75), et on ne veut pas les voir. Les penser comme des « Boches du Nord » règle le problème redite plus loin. On les accuse de prendre le travail des ceux qui les accueillent, alors que, paradoxalement, le manque de main-d’œuvre est patent pendant tout le conflit. Il reste que la plupart d'entre eux ne peuvent pas travailler (c'est d'ailleurs pour ça qu'ils ont été évacués par les occupants) et ne peuvent prétendre à guerre autre chose qu'à l'assistance.

A la fin de la guerre, on juge et on dénonce les collaborateurs. Ces procès confortent l’idée de Boches du Nord, ce qui explique, dans les anciennes régions occupées, le faible nombre de procès (avec le patriotisme : il y a eu très peu de trahisons). Sens ?

 

 

1.3.Les organisations humanitaires dépassées par l'ampleur des évènements

 

1.3.1. L'aide aux réfugiés

L'aide aux réfugiés se met lentement en place en France, leur donnant 1,25 francs par jour, une misère. Les réfugiés au Royaume-Uni sont aidés par le War Refugees Committee, qui devient « une œuvre gigantesque » (p. 70) appuyée sur le bénévolat. En France, ce sont des initiatives personnelles de certains intellectuels qui se distinguent (Jeanne Halbwachs, André Gide (au Foyer franco-belge), Edith Wharton), surtout de 1914 à 1916. Ainsi, Edith Wharton crée un ouvroir pour donner du travail aux couturières et ouvrières de la confection, et fait travailler une centaine de femmes ; elle fonde en novembre 1914 les American Hostels for Refugees (environ 9000 Belges et Français hébergés, nourris et logés la première année). Cela n'empêche pas des institutions philanthropiques et caritatives de se constituer comme l'Œuvre du secours de guerre. Les réfugiés se prennent aussi en charge eux-mêmes (par exemple le comité des réfugiés du Nord). Si les œuvres se multiplient à l'égard des réfugiés, il s'agit souvent de pouvoir exhiber la barbarie allemande à travers eux.

Cependant ces aides se raréfient à partir de 1916 : la sollicitude, liée à un esprit patriotique de « fraternité », devient vite du rejet pour ces hommes et femmes qui ont perdu leur statut, leurs propriétés, et qu'on voit désormais plus comme des vagabonds. Ceux qui peuvent travailler sont utilisés comme main-d’œuvre, notamment dans les champs désormais vides des hommes mobilisés, et sont souvent exploités. Les autres, considérés comme des indigents, des pauvres, deviennent bien vite des étrangers que l'on rejette. Ainsi, Gide abandonne en 1916 le Foyer franco-belge. Pour quelle raison ?

 

1.3.2. Le droit humanitaire

La Convention de Genève de 1864, et la Convention de la Haye (négociations de 1899 et 1907) s'appliquèrent à ce conflit la suite dit le contraire au moins pour partie (au nom du « droit des gens »), protégeant surtout les blessés et les prisonniers de guerre, plus que les civils. Henri Dunant il faudrit peut-être préciser qu’il est mort en 1910, fondateur de la Croix-Rouge, avait voulu « civiliser » les guerres. Le CICR (Comité International de la Croix-Rouge), la papauté et de très nombreuses organisations charitables ont essayé de réaliser cet idéal (p. 85). Cependant, dès le début du conflit, tous les belligérants ont fait des entorses à ce droit, quand ils ne l'ont pas ignoré totalement (ainsi, on a exécuté des civils soupçonnés d'être des francs-tireurs, malgré une clause de la Convention de la Haye qui l'interdisait).

Le droit de la Haye n'a pas été appliqué. Un des problèmes qui se pose aux congrès de la Haye concerne le fait qu'on ne peut obliger un civil à se battre contre son propre camp (que ce soit en lui en demandant de fournir des informations ou en l'obligeant à participer à l'effort de guerre ennemi). Déjà au moment de la signature de la convention, l'Allemagne, la Russie et l'Autriche-Hongrie avaient émis une réserve sur cet article (art. 44), ce qui présageait du non-respect des civils par la suite, et ouvrait la porte à la violation des autres articles de la Convention, que les populations occupées ont toujours essayé d'agiter devant l'ennemi pour se protéger, sans effet. A la Haye, on avait bien essayé de trouver en compromis entre les intérêts des populations et ceux des armées d'occupation, mais dans les faits c'étaient ces derniers qui prévalaient. Ce passage est particulièrement obscur

Il reste donc le droit de Genève, auquel s'accroche la Croix-Rouge qui en est le gardien. Les civils n'avaient pu être placés sous sa juridiction comme les prisonniers militaires et les blessés, le CICR « se contente d'enregistrer sans juger » (p. 91) : sans mandat, il ne peut intervenir, et on n’a pas pensé avant 1914 à inclure les populations civiles dans les textes. On ne peut donc que témoigner, sans agir.

Dès 1915, la papauté essaie bien de faire libérer parmi les civils pris comme otages les « victimes innocentes » : femmes, garçons de moins de 17 ans, les hommes de plus de 55 ans, les médecins et les prêtres, sans succès. De plus, elle est limitée par sa neutralité (impartialità), qui la place « en dehors de la réalité de la guerre mondiale » (p. 100). Sens ?

Le Commitee for Relief of Belgium (CRB), dont la cheville ouvrière était Herbert Hoover rappeler que c’est un Quaker américain très engagé dans les œuvres humanitaires, futur président des Etats-Unis d’Amérique, fut créé pour venir en aide aux populations occupées (Relief signifie à la fois ravitaillement et secours, ce qui correspond à la mission du CRB ; 10 millions de personnes en ont bénéficié). La branche française fut créée en mars 1915 (p. 147), et était d’une grande importance pour les populations, même si celles-ci ne distinguaient pas toujours le CRB des autres aides (comme la Croix-Rouge).

 

 

1.4.La propagande

La photographie a été utilisée par la propagande des deux côtés. Les Allemands s’en servent pour montrer aux pays neutres à quel point ils sont proches de la population occupée, utilisant notamment le thème de la nourriture (photo de soldats allemands nourrissant des enfants…) : ils montre que malgré le blocus, ils prennent soin de ces populations. Cette propagande n’est pas destinée à leurs concitoyens qui subissent le blocus, qui n’apprécieraient pas de voir leur nourriture dont ils manquent tant donnée à l’ennemi. A l’inverse, la propagande française montre les allemands en train de photographier ces scènes sous la menace, ou en montrant des actes de barbarie en arrière plan. On exacerbe la brutalité de l’ennemi, pour convaincre les alliés et surtout les Américains d’entrer en guerre (p. 233). On utilise les destructions d'églises, quand bien même elles seraient involontaires dans les destructions générales de la guerre, pour stigmatiser les Allemands, on montre des images de viol comment cela est-il possible ?, des cadavres de femmes… Pendant la guerre oui, mais aussi après, pour justifier l’occupation de la Ruhr (1923-1924).

 

 

 

  1. Les souffrances des régions occupées

 

 

2.1. La guerre comme laboratoire, prémisse de la Seconde Guerre Mondiale

 

2.1.1. La totalisation de la guerre

Les territoires envahis sont presque totalement occupés amusant !. Lors de la fixation des fronts, ils sont devenus l’arrière-front, du côté des troupes ennemies. Cette « bande de terrain extrêmement large » (p. 103) composée de la ligne de front et l’arrière-pays forme un tout confus : l’arrière-front est lieu de ravitaillement industriel et alimentaire, et aussi lieu, pour le soldat allemand, de repos, de loisir, d’hôpital ou de cimetière vous avez le sens de la formule !. Les populations qui y vivent sont totalement coupées des leurs qui sont été mobilisés, et se battent de l’autre côté (il y a le moyen de faire passer des lettres par les pays neutres et aux organisations humanitaires, mais cela reste minime). Les populations sont donc renfermées sur elles-mêmes, sans recours possible.

Ces victimes qui ne portent pas l’uniforme et qui ne font pas la guerre ordinaire deviennent les proies d’une guerre devenue totale (p. 192). Leurs lieux de détentions ne diffèrent pas de ceux des militaires vous parliez de « populations » qui « vivent dans l’arrière-front » et maintenant de « victimes » qui seraient « emprisonnées », tout cela est bien confus, et cela ne gêne pas les enregistrements du CICR qui les décompte de la même façon. Cependant, à la différence des soldats qui peuvent exalter leur héroïsme et le bien-fondé de la lutte pour la patrie, les civils n’ont rien pour s’appuyer, c’est le paradoxe des civils prisonniers des camps d’où sortent ces camps dont vous n’avez pas encore parlé ? : « la Grande Guerre est celle du consentement » (p. 193). Sens ?

 

2.1.2. Les départs de la zone occupée : fuites, évacuations et déportations toute cette sous-partie doit-être synthétiser, en l’état elle est beaucoup trop confuse

Dès 1914, on se dit qu'on devra quitter son foyer, pour fuir les destructions de la guerre, laissant sa maison en proie aux pillages voire à la destruction par les canons, cependant ce n'est pas ce genre de guerre « moderne » qui se met en place : il s'agit « d'assassinats, de viols, d'incendies, de prises d'otages, de boucliers humains » (p. 23) est-ce une « guerre » ?. La Grande Guerre a généralisé le phénomène des les déplacements de population, qui fuient leurs villages à pied, à cheval, en charrette ou en train, « inaugurant le XXe siècle des réfugiés » (p. 55) c’est un phénomène propre au XXème siècle ?. On a prit la décision de partir, ou bien on a été forcé d'évacuer par les autorités. Le départ est toujours un déchirement car on laisse des proches derrière (tout le monde n'évacue pas) ou au moins les objets du quotidien. Et il s'agit alors de fuir vers le Sud, mais pas trop, car il reste toujours l'espoir que les armées françaises arrêtent l'avancée ennemie, et qu'on puisse rentrer ; mais au bout de quelques mois, dès septembre 1914, on sait qu'on ne reviendra pas, et de fuyards on devient réfugiés, fixés dans un exil qui devient de plus en plus long (p.61).

Les populations qui ne peuvent pas travailler sont rapidement évacuées en France, en dehors de la zone occupée, les Allemands ne gardant que les gens qui pourront leur servir, et même parmi eux, on évacue aussi ce qui le veulent et qui peuvent payer le voyage, car on n’a pas de quoi nourrir tout le monde. Ceux qui restent doivent participer à l'effort de guerre allemand. Si tout le monde ne part pas, c'est en partie par patriotisme, en partie par peur de laisser sa maison en proie au pillage. L'auteur souligne qu'il est « souvent difficile de faire la différence entre évacuations et déportations » (p. 79) : les conditions de transports sont similaires (la plupart du temps dans des wagons à bestiaux, on peu imaginer l'état déplorable des gens qui en sortent, surtout quand il s'agissait d'évacués qui n'étaient pas capable de travailler à la base).

 

2.1.3. Les travaux forcés

On réquisitionne les hommes comme les marchandises, pour travailler les champs d’abord, et puis parfois pour des travaux d’intérêt militaire ; dans ce cas là les populations se plaignent, c’est contraire au droit de la Haye amusant ! (qui interdit de faire travailler les occupés pour l’effort de guerre), mais les répressions les font taire (p. 160) : amandes !!!!, prises d’otages, menaces, qui se durcissent quand le besoin en main-d’œuvre se fait sentir. Dès les premières semaines d’octobre 1914, on réquisitionne les populations pour remettre en état les voies ferrées et les routes. C’est un travail rétribué, donc autorisé par la convention de la Haye (p. 170), mais le texte est ambigu, on peut considérer que cela fait partie de l’effort de guerre est-ce le texte qui est ambigu où l’interprétation qu’en font les Allemands ?La légalité internationale s’effondre rapidement devant la guerre, elle n’est pas assez proche des réalités. Au final on en vient à considérer que chaque travail demandé est fait à la place de celui d’un allemand, lui permettant d’aller au front, et donc supporte l’effort de guerre.

Au début, les Allemands ont appelé des volontaires, mais par patriotisme (et probablement peur du regard des autres), les volontaires ont été très rares. Alors on a mit les réfractaires au travail de force ; sur place d’abord puis dans des camps de travail forcé. En ce qui pour le payement, « les bons sont aussi dérisoires que ceux qui sont utilisés au même moment pour les marchandises réquisitionnées » (p. 172) sens ? : la légalité n’est qu’apparente que visez-vous ?. Aux contraintes du travail forcé en lui-même qui n’est guère accepté, il faut ajouter les dangers de graves accidents du travail, pour ces travailleurs non qualifiés (travaux dans scieries…).

Le mémoire de la Commission allemande des réparations pour la France compte 25 bataillons de 2000 « brassards rouges » (50 000 travailleurs forcés). Ces « brassards rouges » sont des travailleurs forcés encasernés (contrairement aux autres, ils ne peuvent rentrer chez eux le soir), « ils sont à proprement parler des soldats de l’armée allemande, mais […] prisonniers dans leur escouade » (p. 181). La plupart sont des garçons qui étaient trop jeune pour être mobilisables et qui ont atteint 17 ans pendant la guerre.

 

2.1.4. Les camps de concentration

Mélangés aux militaires, des civils sont aussi enfermés dans des camps de concentration (qui ont été longtemps oubliés, la Grande Guerre étant la guerre des combattants). Pourtant, « les camps de concentration, les barbelés souvent électrifiés, les miradors, appartiennent au paysage de la Grande Guerre » (p. 193). On considère les civils comme des militaires, car ils sont soit des francs-tireurs, soit au mieux des appuis des armées ennemies. Dans ces camps, ils vivent le travail forcé, la privation de liberté et la séparation des leurs. Si la volonté n’est pas alors de les faire souffrir, encore moins de les tuer, leurs conditions de vie sont souvent déplorables : « manque d’hygiène et de nourriture, entassement, maladies » (p. 194). Le concept de « concentration » existe alors déjà elle date en fait de la guerre de la seconde guerre des Boers (1899-1902) : on concentre les populations dans ces camps. « L’expression « déporté en camps de concentration » entre dans le vocabulaire français » (p. 196). On peut citer le camp de Holzminden (p. 202-211) où sont enfermés en 1916 des otages civils (en 1914 les Français ont prit des fonctionnaires allemands en Alsace, et les tractations n’avancent pas, il y a aussi quelques personnes qui résistaient pas très clair on a l’impression qu’il s’agit d’un cap français, alors qu’il est allemand). Les conditions n’y sont pas difficiles (nourriture, place, activités…). Mais c’est la présence de femme qui « constitue une caractéristique de ce conflit : elles sont passées du « front domestique » au camp de concentration » (p. 207).

 

 

2.2. La vision des populations par les Allemands

 

2.2.1.                 La peur du civil

Les Allemands s'auto-persuadent de l'existence de francs-tireurs en Belgique, quand ils sont confrontés à la résistance de l'armée belge, une résistance demandée par les gouvernements belges puis français, et organisée par les élus locaux. Ainsi, la limite entre civils et militaires disparaît, ce qui explique le traitement des populations. Les civils sont vus comme des espions, des traitres qui cherchent à tirer dans le dos des soldats, et il reste une seule protection contre eux : l'attaque préventive. L'auteur cite les chiffres de John Horne et Alan Kramer pour les atrocités commises par l'armée allemande quand « elle se croit (ou veut se croire) confrontée à une résistance des populations » (p. 39). Ils notent 129 incidents « majeurs » (plus de dix civils tués) dont 101 en Belgique et 28 en France, au cours desquels 6 146 personnes ont été tuées on a un peu de mal à s’y retrouver : 10 ou 6146 ? (plus de 4000 en Belgique, 725 en France). Avec les incidents « mineurs », on compte 6427 victimes de ce mythe des francs-tireurs.

 

2.2.2.                 La population occupée, un outil pour l’effort de guerre

Le manuel du KEO ? refuse de respecter les Conventions de la Haye qui peuvent ralentir les armées : on pensait que la guerre serait courte, et il n’a pas préparé les soldats allemands à une guerre aussi longue, laissant les officiers présents dans un secteur s’occuper au mieux de celui-ci. Il n’y a donc pas de protection des civils, ni des moyens de contrôler les réquisitions, pas de coordination générale (p. 122). C’est en France du Nord que l’occupation a été la plus dure, les armées pouvant faire à peu près ce qu’elles voulaient (p. 124).

Les civils ne sont pas à l'écart du conflit ; tout au long de celui-ci, ils ont été des otages, victimes des représailles allemandes (p. 94). Ces représailles témoignent aussi de la mondialisation du conflit : on se venge pour les méfaits commis au loin, comme dans les colonies (exemple du Maroc donné p. 96) que visez-vous ?. On n’espère pas faire plier l'ennemi ainsi, en se vengeant sur les populations civiles, on sait bien que la logique de la guerre est avant tout celle du front, on sait aussi que ça ne désolidarisera pas la population de son pays en guerre que voulez-vous dire ?. Les tensions sont d’autant plus importantes que l’Allemagne subit le blocus des Français et des Anglais comme un crime de guerre : on estime à 1 million la surmortalité en Allemagne à cause du blocus, qui a coupé les approvisionnements en nourriture et éléments de première nécessité.

Les civils ont aussi subit les réquisitions. Celles des produits agricoles ont eu le plus de conséquences pour la famine ?. Dès l’été 1914, le manque d’homme, les destructions liées aux combats ont affecté la production agricole qui s’est effondrée (p. 131). Avec les réquisitions, la situation devient tout de suite très difficile dans les villes ; cela reste supportable dans les bourgs les deux premières années. A cause du blocus, et de la longueur de la guerre, les occupant eux-mêmes sont aux abois et ne vivent plus que sur les habitants. On réquisitionne aussi tout ce qui peut servir (les matériaux, les objets du quotidien, puis les œuvres d’arts pour décorer le front ?, on finit par couper les arbres, récupérer les cloches des églises…); les réquisitions légales et celles des soldats pour leur profit personnel se mêlent.

 

 

2.3. La résistance

La résistance passe par le refus, le refus de se lier avec les Allemands qui logent chez l’habitant, de toujours les considérer comme des ennemis. « Ce refus cardinal de l’occupation s’explique par une sorte de fidélité à des valeurs transmises, morales, politiques, religieuses. » (p. 250). Le fait de tenir un journal intime est en soi un acte de résistance, un moyen de témoigner, dans le but de dénoncer ensuite ????. Les actes de « petite résistance » se multiplient : on fait des bouquets tricolores aux couleurs de la France, on célèbre les fêtes françaises… La résistance de plus grande importance, organisée, qui a pour but de nuire aux Allemands (« Résister à l’occupation c’est participer à la « guerre de civilisation » contre les Allemands, les barbares » (p. 258)), qui refuse la défaite française, reste rare (p. 257). Cette résistance forme des réseaux de renseignement, compte les trains, sauve les soldats alliés prisonniers et les fait passer en France « libre » (on estime que 35 000 soldats anglais ont pu passer au Pays-Bas pour retourner en Grande-Bretagne, malgré les 300 km de barbelés électrifiés à la frontière), sabote quelques voies ferrées et coupe quelques lignes téléphoniques, mais ça ne va jamais jusqu’à la lutte armée caractéristique de la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

 

CRITIQUE : Cet ouvrage décide de traiter le sujet de l’occupation lors de la Grande Guerre et apporte de nombreuses informations sur les mentalités et la vie des populations pendant l’occupation. Cependant, peut-on vraiment lire l’occupation comme un laboratoire qui annonce la Seconde Guerre Mondiale ? C’est lire l’histoire par rapport au futur, alors que rien n’est dit sur les évènements d’avant la Première Guerre Mondiale qui auraient pu entraîner de tels comportements. L’autre but de l’auteur est de montrer que l’occupation de la Première Guerre Mondiale a été totalement oubliée au profit des souffrances soldats, ce qu’elle fait bien, son ouvrage étant complet, détaillé, et rédigé de façon claire. J’ai tout de même décidé de changer le plan du livre : en effet, Annette Becker a choisit de faire un plan thématique, mais celui-ci tend à se recouper et n’est pas forcément aussi clair qu’on le voudrait. On aussi regrettera dans cet ouvrage le manque d'une bibliographie complète : Annette Becker ne fait que mettre en note les références des documents qu'elle cite ou évoque. Elle affirme qu'on doit se méfier des textes de propagande qui ont parlé de l'occupation (p. 17) ; elle dit  baser majoritairement son ouvrage sur les documents écrits par les occupés pendant la guerre (journaux intimes, souvent écrits par des femmes) et aussi sur les archives allemandes et françaises de l'époque. De fait, elle se base quasi exclusivement sur des témoignages, ceux notamment de trois personnes : Clémence Leroy, Suzanne Beck et David Hirsch, qui sont longuement cités, surtout pour introduire ses chapitres. Ses autres sources sont des artistes qui ont eux aussi témoigné (l'écrivain américaine Edith Wharton, Apollinaire), des caricaturistes (ce qui est assez étonnant puis qu'elle nous dit de se méfier des textes de propagande), et des extraits archives françaises (de fait, elle ne fait quasiment aucune référence aux archives allemandes). Ces sources posent question : arguments principaux pour sa démonstration, les témoignages sont-ils toujours une source fiable ? Surtout que le nombre de témoins est relativement faible. Les illustrations placées au centre du livre sont citées dans le texte, mais c’est au lecteur de les reconnaître selon leur description, l’auteur n’indiquant jamais si elle est en train de décrire un des document mis en annexe ou un autre que le lecteur devra chercher lui même. Ces illustrations servent à appuyer sa démonstration, souvent pour montrer la barbarie des Allemands. On faut noter aussi la présence d’une carte de la France et de la Belgique occupée qui peut être utile.

 

Prénom NOM

Khâgne, La Perverie (NANTES), promotion 2012-2013.


 

 

Audoin-Rouzeau Stéphane et alii, La violence de guerre, 1914-1945 : approches comparée de deux conflits mondiaux, Complexe, Paris / Bruxelles, 2002.

 

En jaune : fautes formelles ou passages peu compréhensibles

En rouge : fautes de fond ou passages appelant au moins une remarque

 

De nombreuses fautes d’expression, parfois à la limite du charabia, et plusieurs parties rédigées de façon très confuse. Toutefois, la vraie faiblesse de cette fiche est ailleurs :

·         vous avez oublié de référencer les citations ;

·         vous n’avez pas vu que l’approche d’Audouin-Rouzeau se situe, sans le dire, dans le droit fil de la pensée de Clausewitz, selon lequel, « la guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens » (De la guerre, 1832, p. 37) ;

·         vous n’avez pas montré qu’Audouin-Rouzeau fait l’économie des pertes allemandes, japonaises et américaines (au moins sur le front du Pacifique)... ce qui fait une jolie approximation ;

·         vous n'avez pas intégré de critique universitaire ;

·         enfin, la partie psychologisante consacrée aux « traumatismes, deuils et réactions » aurait dû faire l’objet de votre art d’une critique sévère : les propos des auteurs que vous rapportez confinent au délire.

 

Note sur 20 : 03

 

 

Avant-propos : d'une guerre l'autre, et les mots de la violence

Anne Becker et Henry Roussot soulignent l'inégalité des recherches sur la Grande Guerre, avec donc une prégnance de ceux réalisés au sujet de la Seconde Guerre Mondiale. Un changement de perspective s'est néanmoins opéré ; causé par l'émergence d'une nouvelle historiographie recherchant de nouvelles interprétations des sociétés en guerre dans leur globalité avec une « culture de guerre » mise en avant, s'intéressant « à la formation de l'opinion publique et des imaginaires sociaux, à la construction de la figure de l'ennemi, à l'accommodation face à une violence d'ampleur, d'intensité et de durée inédites, à la gestion individuelle et collective de la souffrance, de la mort et du deuil, ou encore à sa mémoire » (ref ?). Le but étant de redonner une linéarité à l'Histoire, en expliquant les sources et l'inscription dans une continuité des conflits ; alors que les analyses de ces deux événements avaient jusqu'alors été traités pour la plupart séparément. La comparaison des deux conflits proposée dans l'ouvrage, réalisé à partir d'un colloque, est une « tentative pour combler ce relatif fossé, et entreprendre une analyse comparée des deux guerres mondiales » (ref ?) non en repoussant une origine par une autre mais en approfondissant ce changement de perspective. Le « front » s'étend ici au sens le plus large et englobant possible : ce sont les combattants des premières lignes mais aussi tous les peuples engagés dans le conflit. C'est la « violence de guerre » (ref ?) qui constitue le terrain de comparaison des deux conflits. L'étude propose de s'attacher à la guerre vous avez le sens de la formule ! (moyen d'atteindre des fins politiques) et d'analyser les violences spécifiques engendrées par la guerre et dans la guerre. Jean-Clément Martin lui insiste sur l'importance des mots et l'absolue nécessité de toujours les replacer dans le contexte où ils ont été prononcés, et par qui. Aussi, les mots qui désignent les violences sont nés après un temps de recul sur les événements. La Première Guerre Mondiale a conduit à introduire la notion de brumisation !!!!! rendant compte des phénomènes de massification, de technicité militaire et de déshumanisation à l'oeuvre dans la guerre; et la notion de génocide pour la Seconde Guerre Mondiale quel est le lien avec le début de la phrase ?.

 

 

1- LES VIOLENCES DU CHAMP DE BATAILLE

 

1.1 La guerre anticipée : normes juridiques et violence de guerre

Une table ronde constituée de quatre juristes et d'un politicologue permet de se poser la question du rapport entre droit et guerre: «la violence qui s'exprime dans les comportements peut-elle prendre toutes les formes, est-elle sans limites ?» (ref ?). Les professeurs de droit de l'avant-guerre font preuve d'une clairvoyance déconcertante: ils savent pertinemment que la guerre est probable et la paix durable impossible: l'ordre international leur paraît instable, les courses à l'armement caractérisent les dernières années du siècle, et le militarisme est en pleine montée. Se met déjà alors en place le couple «barbarie-civilisation» (ref ?) qui va structurer la culture de guerre de France de 1914 à 1918. Les juristes imaginent très justement la guerre comme «nationale, radicale et totale» (ref ?): toute la nation sera mise à contribution, l'intensité de la guerre sera sans précédent tant le déchaînement de violence sera inédit. La radicalité de leurs discours est d'autant plus choquante qu'elle s'oppose au développement de sentiments humanitaires c’est choquant ou réaliste ?. Si jusqu'en 1904 ce sont plutôt les anglais que l'on pourrait désigner comme futurs adversaires, dû à leur inflexibilité de la libre circulation en mer et de leur conception de la guerre différent de la française; c'est l'Allemagne qui sera désigner comme ennemi potentiel après la publication des théories de la guerre du Grand-état major allemand qui préconise de «frapper durement, sans ménagement, l'ennemi pour que la guerre dure le moins longtemps possible», mais aussi après la prise de conscience du retrait par rapport aux derniers développements du droit de la guerre, le rejet en bloc du droit international et de l'arbitrage obligatoire. Néanmoins Guillaume II participe quand même à la seconde  conférence de La Haye. L'avis des juristes sera alors plus modéré. Mais l'Allemagne a montré des indices qui l'accusent: le «plan Schlieffen» de 1905 en particulier anticipe une double guerre contre la France et contre la Russie dont l'Allemagne serait victorieuse, décrivant son attaque par la Belgique avec un encerclement final des forces françaises puis son report des troupes sur le front de l'est pour battre l'armée russe. L'Allemagne pensait donc bel et bien à mener une guerre dans un futur proche, et exprimait un mépris pour une solution pacifique qu'elle soutenait. Aussi, un recueil publié par le Grand état major allemand montre une méconnaissance ils ne savent pas lire ? totale des règlements adoptés à la Haye. Le rôle du droit va alors être immense et dérisoire !!!!!: il est une frontière entre l'humanité et sa négation mais il est pourtant un pis-aller de la guerre: à défaut de l'éviter justement, les juristes vont tenter d'en limiter les dégâts. C'est dans ce contexte que va émerger pour la première fois le droit international durant les conférences de La Haye de 1899 et de 1907; et bien que les juristes soient convaincus que «les procédés formels de conclusion des engagements internationaux seront insuffisants à contenir les violences à venir» (ref ?), ils ont conscience du progrès accompli depuis la fin du XIXe siècle, les juristes voient en celles-ci «une indéniable vertu morale et pédagogique» (ref ?), et soulignent cette idée de «civiliser» (ref ?) et d'humaniser la guerre (objectif paradoxal). On assiste à une multiplication et une diversification des engagements internationaux souscrits par les Etats (par exemple création d'une Cour permanente, adoption du principe de conférences de la Paix). Cette évolution vers l'aspect moral se traduit par certains articles du traités de Versailles, et plus concrètement, le jugement des vaincus par une «Commission sur la responsabilité des auteurs de la guerre et sanctions». La première tentative de faire comparaître en justice un ancien chef de l'Etat a échoué avec Guillaume II. Aussi, au lieu d'extrader les incriminés aux Alliés, l'Allemagne préféra juger elle même les inculpés, mais les procédures se soldèrent de non-lieu ce qui suscita de nombreuses critiques chez les Alliés. Par ailleurs, il est important de noter que la politique commande et façonne le droit: les décisions sont prises par les vainqueurs indépendamment des vaincus, eux contraints de les accepter confusion de domaines. Enfin, il faut retenir le lien complexe qui unit droit international et justice. Ce droit est ambivalent: il interdit des pratiques mais il lui est pourtant impossible d'empêcher leur accomplissement. Pourtant même si on peut voir dans le recours à la justice une faillite du droit car il a été transgressé, le droit international (tout comme le droit interne d'ailleurs) pousse à sensibiliser et à demander son respect. La justice et le droit international sont complémentaires: la première est au cœur de l'édification de l'ordre international.

 

1.2 la violence du champ de bataille pendant les deux conflits

L'historien Audoin-Rouzeau développe ici une réflexion démontrant la continuité entre le Première et la Seconde guerre mondiale par la violence du champ de bataille, pourtant séparées par plus de deux décennies. «Tout se passe comme si la Première Guerre Mondiale avait constitué la matrice de comportements, d'attitudes, de représentations et de pratiques destinés à prendre une plus grande extension lors du conflit suivant, sans toutefois que ce dernier s'inscrive systématiquement dans un pallier supplémentaire» (ref ?). Que cela soit en terme de pertes de guerre, d'atteintes corporelles, ou de violences interpersonnelle, le second conflit ne l'emporte pas nécessairement sur le premier. Dans le cas français, en dépit de la très grande différence de situation d'un conflit à l'autre: l'armée perd environ 2000 hommes par jour de septembre 1939 à l'armistice de 1940, chiffre comparable avec ceux de la guerre de mouvement d'août-novembre 1914; l'avantage reste alors au premier conflit mondial avec 2737 morts par jour durant cette période. Au total, les chiffres des pertes ne basculent en faveur de la Seconde Guerre Mondiale qu'à cause de l'exception russe (lié à des techniques d'attaque «très peu économes en vie humaine» c’est une litote (ref ?)). L'intensité du feu de la Première Guerre Mondiale a marqué un tournant décisif: grâce notamment à l'artillerie et aux mitraillettes, le type d'atteinte est sans précédent à une telle échelle, qui sont responsables à 70-80% des blessures pendant les deux guerres. En revanche, l'emploi des gaz durant la Grande Guerre contraste avec la non-utilisation de ceux-ci durant la Seconde Guerre Mondiale. Il est étonnant de noter que le période 1939-45 ne modifie pas le nombre de blessés/tués et disparus malgré l'évolution des pratiques médicales depuis 1918 ce qui contredit la thèse de l’auteur. Nombre de types de pratiques qui ont pu connaître une extension n'était pas inconnues des protagonistes de la Première Guerre que visez-vous ?. Enfin il existe un aspect qui différencie nettement le front de l'ouest de celui de l'Est ... c’est l’inverse !: la cruauté, non plus une violence comme réponse à une menace mais devenant sa propre fin. En dépit d'une hostilité bien réelle, le front Ouest entre 1914 et 1918 montre que les adversaires partageaient un sentiment d'appartenance à une humanité commune.  Georges Mosse a développé dans ses thèses de brutalisation que «les violences commises entre 1914 et 1918 ont joué un rôle clé dans la dynamique de violence de nouveau enclenchée en 1939» (ref ?) tout ceci est extrêmement confus et c’est malheureusement un des cœurs de l’ouvrage.

 

 

2- LES VIOLENCES CONTRE LES POPULATIONS

 

2.1 Les civils et la violence de guerre mal mis en forme, c’est confus

John Horne développe ici dans un premier temps des pistes concernant les cadres de la violence de guerre contre les populations. Il y en a quatre: l'invasion (avec par exemple la prise de villes comme Lille en octobre 1914, bien que le siège ait été prescrit !!!! dans la convention de La Haye en 1907), les invasions en France se classant dans les invasions territoriale ou politico-militaire et pas d'ordre racial et idéologique (invasion allemande des Pays-Bas en 1940, ou de l'Allemagne par les Alliés occidentaux en 1945), aussi les invasions de la Grande guerre et la violence déclenchée contre les civils belges et français furent plus brutales que celle de 1940; la retraite, celles des allemands de France en 1918 fut marquée par des destructions d'envergure ; l'occupation, menant à différents niveaux de violence selon les buts recherchés (politique, exploiter économiquement, etc) et selon les dispositions de l'occupés (la résistance suscite de la répression par exemple); et les stratégies de guerre: tel les bombardements. L'auteur distingue dans un second temps trois processus de violence contre les populations. Le premier est le «conditionnement politique de la guerre- ou la logique de levée en masse» (ref ?). Cette levée en masse peut se diviser en deux volets: la volonté de l'Etat de mobiliser pour la guerre, et le volontarisme. Cette extension de la lutte tend à gommer la distinction entre soldats et civils. Le second processus est «celui qui fragilise la cohésion interne lors de la mobilisation des communautés nationales pour des guerres ''totales''» (ref ?); l'ennemi est soit extérieur soit intérieur (avec l'affaire Dreyfus par exemple). Le troisième processus de violence contre les populations est «celui de l'exploitation économique des populations vaincues» (ref ?). Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le sentiment de disparition d'une opinion internationale laissa à l'Allemagne nazie les mains libres pour pratiquer dans les pays occupés, une «économie de pillage» (ref ?).

 

2.2 Les populations civils, enjeux du bombardement des villes (1914-1945) mal mis en forme c’est extrêmement confus

Danièle Voldman énonce que le bombardement peut être appréhendé de deux manières : l'un sous l'angle militaire, l'autre sous l'angle psychologique et politique. L'historienne a choisit la seconde vous avez vraiment le sens de la formule !. Le premier volet de sa réflexion se concentre sur la stratégie militaire qu'est le bombardement des civils. Les bombardements sont essentiellement liés à l'urbanisation : l'apparition d'une arme permettant de détruire massivement les centres urbains et les bases de l'adversaire où les industries participant à l'effort de guerre sont localisées, et permettant d'économiser la vie des soldats en visant l'adversaire de loin, a déterminé une nouvelle façon de lutter contre l'ennemi par l'avènement de la mort de masse la campagne napoléonienne de Russie a coûté 500 000 hommes : c’était en 1812, et il n’y a pas eu de bombardement de populations civiles. Les populations civiles devinrent des cibles au même titre que les armées ça oui, c’est une nouveauté. La conférence de La Haye de 1907 les stigmatisa ...après 1914 ? et pour la première fois tint compte des «risques normaux encourus en temps de guerre par les populations civiles» (ref ?), mais cela n'empêcha en rien leur utilisation. Celle à quoi faites-vous allusion ? de décembre 1922 à février 1923 établit un article les interdisant d'endommager tout ce qui n'avait pas de «caractère militaire» (ref ?) (expression trop globale), mais là encore il ne fut aucunement respecté. Les bombardements de cibles civiles furent utilisés dès la Première Guerre Mondiale, lors de laquelle apparurent les aéronefs (désignant à la fois les dirigeables, les ballons captifs et les avions). C'est suite à l'échec de la guerre de mouvement qu'ils prirent sens et se développèrent. Néanmoins, un temps de perfectionnement fut nécessaire aux belligérants. Le bilan total des bombardements de Paris lors de la Première Guerre s'élève à 520 tués et 1224 blessés; la progression technique se fit sentir dans les dégâts de plus en plus croissants, surtout en 1918 (tout comme dans les autres villes françaises comme Reims, Nancy, Dunkerque etc). Le bombardement permettait de terroriser la population et lui faire comprendre qu'elle était un otage entre les mains de ses gouvernants.  A la veille de la Seconde Guerre Mondiale il n'existait aucun texte interdisant clairement la guerre aérienne contre les villes, ainsi les bombardements entraient dans les mœurs !!!. Le second volet repose sur l'idée de banalisation des bombardements. L'innovation technique était au cœur des préoccupations des différents belligérants. Du côté allié, c'est le système de navigation Gee apparut en 1942, permettant des bombardements à moyenne altitude par vagues successives, avec l'aide de fusées éclairantes. Il faut ici noter qu'ils étaient testé sur des usines françaises, tel à Boulogne-Billancourt le 3 mars 1942 ou le 17 octobre sur les usines du Creusot. L'année 1942 marque un tournant dans l'utilisation des bombardements: la morts des civils était explicitement programmée. En France, l'unique fait du bombardement eu pour conséquences 70.000 tués pour le second conflit. Les bombardements pouvaient avoir des objectifs différents: militaires même s'ils comportaient la destruction de civils (aérodrome, casernes …), paramilitaires (usines), psychologiques contre les populations. L'effet de surprise et de terreur était décuplé par le secret du lieu et de la durée des raids, et le peu de temps de réaction entre les alertes et le bombardement en lui même (souvent à peine quelques minutes). Les bombardements constituaient une arme de propagande humour noir je suppose ?: souvent des tracts étaient lâchés au dessus des zones qui allait peu après être bombardées, expliquant ce recours à la violence, et encourageant à gagner les abris, à se retourner contre leurs gouvernements pour faire cesser le combat; en somme expliquant que la fin (la victoire) justifiait le moyen utilisé. En France tout particulièrement : «sa situation de pays occupé, avec un gouvernement favorable à l'Occupant, lui fit subir les feux croisés allemands et alliés. Ces derniers ne suscitèrent pas de violentes réactions de rejet, décevant les autorités de Vichy, qui voulurent s'en servir comme moyen de propagande contre les Anglo-Américains» (ref ?). Les allemands mettaient alors en place des aides à la population, montrant leur participation à l'organisation des secours, encourageant celle-ci à suivre l'apaisante politique de collaboration prônée par Vichy. Par exemple les deux bombardements de Boulogne-Billancourt de 1942 et 1943 furent largement couverts par la presse collaborationniste, insistant sur les dégâts causés par les Alliés; auquel répondit la voix de Radio Londres. Les militaires eux-mêmes éprouvaient des difficultés à admettre que les populations civiles fassent partie des buts à atteindre par les bombardements (notamment lors du débarquement en Normandie en 1944). Les réactions de la population furent sans doute plus fortes lors de la Première Guerre Mondiale puisque ces modes d'administration de la mort étaient nouveaux. La passivité aurait prédominé durant la seconde, même si elle restait une manière «ignoble» (ref ?) de faire la guerre. Le troisième volet développé est le bombardement des civils comme affaire de l'Etat. La défense organisée face à ces événements tragiques, quel que soit le régime politique, assure la continuité entre les deux conflits, «le premier ayant servi de banc d'expérience au second» (ref ?): formation d'abris, maintient de certaines bouches de métro ouvertes la nuit, réduction des lumières émises par la ville, mise au point de systèmes d'alarmes furent mis en place par la municipalité de Paris.

 

 

3- TRAUMATISMES, DEUILS, REACTIONS

 

3.1 Clinique du traumatisme et survivance sens ? : d'un après guerre à l'autre

Jean-Marc Berthomé, psychanalyte, aborde les conséquences de la guerre au niveau psychique. La clinique du traumatisme a pour but de faire émerger une souffrance individuelle et un genre de traumatisation qui serait collectif sens ?. Bien que cette tentative d'énoncer objectivement un discours rate la dimension subjective, elle est nécessaire à cette réflexion si vous le dites !. L'histoire de la clinique du traumatisme est une «répétition de découvertes et d'oublis successifs» c’est beau comme de l’Antique (ref ?). Le concept de névrose traumatique (répétition traumatique) apparaît en effet en 1890.  La notion de misère apparaît aussi c’est une plaisanterie ?, désignant la misère moral et psychique, introduisant une manière de comprendre comment le fait d'avoir survécu dans le mourir conduit à ne plus cesser de mourir du fait de survivre merci de traduire en français. Le refoulement du concept ça a dû faire mal ! correspond en fait à un refoulement de la vérité de l'événement, à savoir que «les crimes perpétrés le furent d'une manière industrielle, anonyme et absurde» (ref ?). Durant le second conflit, le traumatisme a touché bien plus de gens: militaires mais aussi civils (à cause des bombardements et de la déportation). De nombreux civils d'après-guerre portent des séquelles neuro-psychiatriques, qui témoignaient sûrement d'un nouveau type de violence de guerre, et d'une incapacité du bellicistes à symboliser et métaphoriser celle-ci mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?. Trois types de clinique étudièrent l'entité morbide mon Dieu quelle horreur ! spécifique de la déportation: scandinave, français et américain. La française met en avant une pathologie spécifique de la déportation afin de garantir un statut, et marque ainsi une reconnaissance sens ?. La République rend hommage à ceux qui ont souffert pour la liberté contre la barbarie nazie.

 

3.2 La violence comme réponse la violence : les tontes de la Libération

Fabrice Virgili se pose la question suivante: peut-on les quoi ? envisager «comme des violence de guerre, c'est-à-dire inscrite dans l'affrontement général entre adversaires» (ref ?)Deux tiers des journées de tontes eurent lieu lors des journées libératrices humour noir ?, bien qu'elles aient commencé dès 1943; en cela elles s'inscrivent dans la guerre. Les tontes témoignent d'un «transfert d'ennemi» de l'occupant sur des femmes les gens simples appellent cela la vengeance accusées de collaboration avec celui-ci: certes elles cristallisent le reproche d'avoir choisi le camp adversaire et par la même occasion d'être resté insensible au sort du pays, le reproche d'une trahison; mais c'est aussi indirectement un reproche adressé à l'occupant lui même, par une vision globalisante de l'ennemi c’est vraiment n’importe quoi : est-ce l’occupant que l’on a tondu ?. On peut y lire le «rejet de toute forme de rapprochement avec l'occupant». En cela, les tontes s'inscrivent dans la guerre totale.

 

3.3 Rituels funéraires de sociétés de guerre 1914-1945

Luc Capdevilla et Danièle Voldman soulignent d'abord le rapprochement entre funérailles militaires et civils:

l'attribution de «mort pour la patrie» n'est plus réservé au premier. La loi du 28 février 1922 stipule en effet que «la mémoire de ''tout civil ayant succombé à la suite d'actes de violence commise par l'ennemi'' pouvait être honorés par le report de la mention ''mort pour la France'' sur son acte de décès» (ref ?). Même les tombes sont confondues, l'ensemble des victimes pouvant être rassemblées dans des carrés communaux, où enterrées de manière alignée. Les manifestations patriotiques rendent également hommage, par le biais des pouvoirs publics cette fois et plus des autorités militaires, aux morts de la Libération. La presse nationale  pendant la Première Guerre Mondiale dressait quotidiennement la liste des morts «pour la France», dans une ferveur patriotique. Les funérailles étaient célébrées en grande pompe, souvent financées par les municipalités. Sous l'Occupation, les funérailles provoquèrent des manifestations de solidarité, qui prenaient une dimension de résistance et ainsi donc un acte politique. Le deuil a favorisé l'expression d'une opinion résistante, mais des répressions à partir de septembre 1942 ont été engendrées. Les rites de mort sont la poursuite de l'effort militaire en mobilisant les vivants autour des morts dans l'attente de la cessation des combats de tels propos laissent penser que les auteurs n’ont jamais perdu un proche. Les rites ne furent jamais banalisés malgré la mort en masse, bien au contraire, ils étaient de plus en plus grandioses. La recherche des corps invisibles des morts mais dont les cadavres n'avaient pas été ramenés du front, s'intensifia durant l'entre-deux-guerre. Les respects du droit à l'inhumation, et le respect de l'identité du mort étaient perçus comme un signe de civilisation. Aussi, les corps des ennemis étaient eux aussi enterrés dignement.

 

3.4 Les guerres, les morts et le deuil : bilan chiffré de la Seconde guerre mondiale extrêmement confus

Au total, la Grande Guerre aurait causé de 8 millions de morts dont 4 pour la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Sur un ensemble de  65 millions de mobilisés, dont 8 en France. La deuxième guerre, elle s'élève à 40 à 50 millions de victimes. Mais il faut bien garder à l'esprit que la guerre à l'Est entre la Russie et l'Allemagne a été particulièrement meurtrière (l'Union Soviétique et la Pologne comptent à la fin de la guerre plus de morts que tous les autres belligérants réunis). La Seconde Guerre Mondiale a causé non pas 600 000 morts en France mais 400 000 pourquoi dites-vous cela ?, dont 150 000 militaires (y compris les troupes coloniales et les Alsaciens-Lorrains enrôlés dans le Wehrmacht), 100 000 victimes civiles en France métropolitaine, et le nombre de Français morts déplacés par l'occupant hors des frontières s'élève à moins de 150 000, dont 75 000 juifs et 21 000 prisonniers de guerre, et probablement 200 000 détenus français non-juifs dans les camps et prisons allemands, et 10 000 à 20 000 travailleurs civils. Le nombre total des victimes françaises de la Seconde Guerre Mondiale ne dépasserait donc pas les 400 000 personne. Pieter Lagrou attire notre attention sur le fait que les deux catastrophes sont donc comparables ???. Le débats autour des statistiques de morts est néanmoins loin d'être clos. La différence est que durant la Seconde Guerre Mondiale, des périodes particulièrement meurtrières ont eu lieu: campagne de mai-juin 1940 et les mois de l'été 1942 (période des grandes rafles des juifs en France).

 

Conclusion : retour sur la comparaison et réflexion sur les héritages(par Jean-Jacques Becker)

La continuité apparente des deux conflits, avec par exemple l'expression ''guerre de trente ans'' tend à effacer la Première Guerre Mondiale par son prolongement. D'autre part, l'usage du mot violence permet de replacer ces épisodes tragiques dans l'histoire de l'humanité, et de ne pas oublier la violence qui a toujours été présente; certaines violences des deux guerres n'avaient rien d'innovant comparé à avant. L'accent porté sur la Seconde Guerre Mondiale repose dans la reconnaissance du dépassement d'un seuil de violence, «amplifiant dans presque tous les domaines ce qu'avait initié la première» (ref ?). Militairement, la seconde a globalement été moins violente que la première (pas d'utilisation des gaz de combat, stratégies élaborées permettant l'économie de vies grâce à de nouvelles techniques, comme les bombardements). Mais d'un point de vue plus global, la seconde a été bien pire: tout cela est bien confus l'engagement des peuples était bien plus grand (l'assistance de la Grande Guerre s'est transformé en un véritable combat à l'arrière); l'utilisation de l'aviation a provoqué des destructions matérielles énormes mais aussi la démoralisation; les méthodes de répression et les génocides dépassèrent l'inimaginable (bien que des génocides aient eu lieu durant la première à part celui des Arméniens par les Turcs, à quoi pensez-vous ?); c'est l'extermination qui prodigue une spécificité incomparable à cette guerre faut-il croire que le génocide arménien n’est rien ?. Mais mise à part cette dernière, la violence peut être expliqué par trois propositions selon lui: le progrès de l'idée nationale d'une part (pouvant aller jusqu'au nationalisme extrême et agressif que l'on sait); la guerre devenue une guerre de masse d'autre part; et enfin une guerre nationale fondée sur la mobilisation générale et donc ''totale'': société militaire et civile sont concernés, la guerre devient radicale (de la défense féroce peu à peu se détachant de l'humanisme, à la guerre raciale. En somme, ce sont les caractères nouveaux des sociétés du XXe siècle qui expliquent le niveau de violence atteint par la Première Guerre Mondiale, et diversifiée par la seconde. Mais cette montée de la guerre est «moins le fait de la guerre que l'état des choses préexistantes» (ref ?). La violence de guerre n'a été que «le paravent de  la violence du siècle» (ref ?)

 

CRITIQUE

L'ouvrage, dirigé par Audoin-Rouzeau est très construit et clair. L'organisation en trois parties est pertinente dans l'optique choisie, pour mettre en valeur (malgré leur séparation) le lien qu'il existe entre les violences du front et de l'arrière. Le livre apporte un recul sur les deux conflits essentiel à la compréhension de l'évolution de la violence. L'approche pluridisciplinaire de la question est d'autant plus intéressante car elle aborde  avec différents points de vue comme aurait dit monsieur de La Palice la violence. Les références à des œuvres vous n’y avez guère fait vous-même référence, au cour de chaque réflexion, sont nombreuses, rendant possible l'approfondissement d'un point précis. La présence d'un index des noms de personnes et des lieux peut faciliter la recherche d'informations.

Un aspect important développé dans l'introduction, même s'il ne touche pas directement au sujet d'année, peut être souligné: les guerres révolutionnaires ont marqué un relatif tournant puisque l'individu met en avant ses droits naturels, et «le conflit des conceptions inspirées du droit naturel et du droit positif rend compte de cette ouverture dans laquelle s'engouffrent des potentialités de violence» (ref ?) cette aspect est plus qu’important, il est même déterminant car il invalide largement l’idée centrale chez Audouin-Rouzeau, selon laquelle la violence guerrière du XXème siècle trouverait sa racine dans le nationalisme. La lutte entre droit positif et droit naturel revient cependant du certaine manière au même qu'une guerre entre deux nations le problème de cette thèse... c’est qu’elle reste  démontrer: ce n'est pas le même cadre c’est peu de le dire mais c'est toujours le pouvoir qui en est l'enjeu.

L'intervention de Danièle Voldman autour de la question des bombardements est très riches d'informations, de dates et de chiffres (P. 151 à P.173). Le bilan chiffré français est aussi très fourni (P. 316 à P.327). Cependant, certaines interventions ne sont pas mentionnées dans cette fiche car hors de l'espace français étudié (à propos de la Russie notamment, et de l'Allemagne).

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2012/2013, La Perverie (NANTES)

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[1] En particulier ce dernier, défenseur par ailleurs de la théorie de la brutalisation.

[2] Compte tenu du nombre extrêmement élevé des fautes de français, les phrases mal écrites sont désormais seulement surlignées et non plus corrigées.

[3] Cette pratique syntaxique, qui s’est épandue dans les médias, n’est pas encore avalisée par l’Académie.

[4] Ce n’est pas parce que Annette Becker use de ce solécisme que vous êtes autorisée à faire de même.