Normes à respecter pour les envois par l’Internet

 

pour revenir au menu précédent cliquer sur "retour" en fin de page

 

Tous les documents écrits sont composés sous Word (ou équivalent), en respectant les normes suivantes :

·         police Times New Roman, taille 12 ;

·         marges de 2 cm sur tout le pourtour ;

·         titre centré, composé en majuscules et caractères gras ;

·         titres des parties composés en majuscules et caractères gras ;

·         titres des sous-parties et sous-sous-parties composés en minuscules et caractères gras ;

·         trois sauts de lignes entre chaque partie ;

·         deux sauts de ligne entre chaque sous-partie ;

·         un saut de ligne entre chaque sous-sous-partie ;

·         signature, alignée à gauche, en caractères gras, sous la forme suivante :

 

Prénom NOM

Khâgne, promotion 2008-2009, La Perverie (NANTES)

 

·         pour la fiche d’oral, bibliographie et éventuelle sitographie (mention en majuscule et caractères gras) après la signature :

 

BIBLIOGRAPHIE

 

SITOGRAPHIE

 

 

 

 

 

Sont à proscrire

- italique, sauf pour les titres d’ouvrages, les citations (entre guillemets) et les mots étrangers ;

- les soulignements ;

- les retraits et tabulations de toute sorte ;

- les tableaux ;

- les cadres ;

- et de façon générale toutes les fioritures (s’il y a des documents imagés ou des tableaux de données, les remettre à part, prêts à photocopier).

 

Par contre les appels de note automatiques sont à utiliser.

 

Les travaux non composés selon ces normes seront renvoyés pour remise en forme

De façon à éviter les erreurs un modèle est donné ci-dessous

 
 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

L’abbé Grégoire, la révolution et l’empire

 

 

1 : L’ami des Noirs

 

 

1.1 : Un militant actif

 

1.1.1 : Lutter contre les préjugés

Grégoire lutta sans relâche sa vie durant contre le préjugé sur la couleur de la peau. A la fin de 1789 il adhère à la Société des Amis des Noirs et se lie avec les abolitionnistes anglais, notamment Clarkson.

Grégoire n’hésite pas à exprimer des idées qui sont plutôt à contre-courant de l’opinion, comme l’illustre le fait que le principe de représentation des colonies à l’Assemblée Nationale ait du mal à s’imposer. La Constituante souhaite en effet éviter la délicate question des nègres des Antilles. Le Décret du 15 mai 1791, déclare que l’Assemblée Législative ne délibérera « jamais sur l’état politique des gens de couleurs qui ne seraient pas nés de pères et de mères libres, sans le vœu préalable libre et spontané des colonies... »

 

1.1.2 : Un propagandiste

Mais Grégoire reste actif et par ses interventions à l’Assemblée et la publication de mémoires, il revendique l’égalité civile et politique pour les hommes de couleur. Il écrit par exemple une Lettre aux philanthropes sur les malheurs, les droits et les réclamations des gens de couleur en octobre 1790. Sous la Convention, il appuie vivement la suppression des primes pour les négriers.

 

 

1.2 : La question de l’abolition

 

1.2.1 : De la lutte contre l’esclavage...

Même s’il n’est pas l’auteur du décret d’abolition de l’esclavage du 4 février 1794 (16 pluviôse an II), son intervention a néanmoins été décisive. Grégoire jouit ainsi d’une grande popularité dans les colonies, en témoignent sa correspondance avec Toussaint-Louverture et le fait que, à sa mort, Saint-Domingue et Haïti décrétèrent un deuil public.

Par le décret du 20 mai 1802 (30 floréal an X), l’esclavage est rétabli par le 1er consul Bonaparte, ainsi que la traite et le Code Noir. Grégoire ne peut plus continuer son action dans le cadre des assemblées. Mais en 1808, il publie De la littérature des Nègres, au contenu nettement politique. L’ouvrage obtient un franc succès relayé par la presse et les sociétés abolitionnistes en France et à l’étranger. Grégoire y démontre l’absurdité du préjugé de couleur et critique la politique de l’Empire.

 

1.2.3 : ... à celle contre la traite

Pendant les Cent-Jours, la France abolit de nouveau la traite par le décret impérial du 30 mars 1815. En juillet, Grégoire rédige une lettre demandant à la Chambre des Représentants la constitutionnalisation de l’abolition de la traite. En effet, le décret impérial n’a pas tout à fait le caractère de loi.

Cependant, ce n’est que le 15 avril 1818 qu’une loi abolit la traite, complétée par la loi du 4 mars 1831, car la première est mal ou pas exécutée, ce que Grégoire rappelle en 1822 dans Des peines infamantes a infliger aux négriers.

 

 

1.3 : Un homme marqué par le programme des Lumières

 

1.3.1 : La nécessité d’une éducation publique

Le développement de l’instruction publique : Humaniste convaincu, Grégoire disait : « il faut que l'Éducation Nationale s'empare de la génération qui naît. » Il croit à l’éducation du peuple comme moyen de vaincre la tyrannie et l’ignorance. Il était partisan de l’éducation dans tous les domaines, y comprit la technique (pour les filles aussi).

Pour lui, c’est dans le cadre d’une éducation publique que devaient être formés les jeunes, c’est pourquoi il défendit les écoles normales et les maisons nationales. Il devient membre du Comité d’instruction publique, et il se fait alors farouche adepte de la diffusion de la langue française sur tout le territoire national.

La promotion des arts et des sciences : Grégoire s’illustre à la Convention en participant à toutes les grandes créations : le Conservatoire des Arts et Métiers (qui devait promouvoir les arts mécaniques à l’égal des arts libéraux), le Bureau des longitudes, l’Institut de France auquel il appartient jusqu’en 1816.

 

1.3.2 : La nécessité d’une langue uniforme

L’uniformisation de la langue sur le territoire français : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et haine de la République parlent allemand... La Contre-révolution parle l'italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreurs » affirme Barère de Vieuzac, parlant au nom du Comité de Salut Public, le 27 janvier 1794 (8 pluviôse An II).

Le 13 août 1790, Grégoire lance un Questionnaire relatif aux patois et aux mœurs des gens des campagnes composé de 43 questions. En 1794, il prépare pour la Convention Nationale un rapport au titre sans ambiguïté: Sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française (séance du 4 juin 1794/16 prairial An II). Avec une sorte d'effarement incrédule, Grégoire semble découvrir dans ce rapport qu'on ne parle « exclusivement [le français que dans] environ 15 départements » (sur 83). A travers la question de la disparition des langues régionales au profit d'une langue nationale exclusive affleure celle de l'unification idéologique des populations pour en faire « des individus dont les lois sont communes, les espérances communes, des citoyens attachés à la chose publique, dévoués à la patrie et prêts à périr pour sa gloire. » De fait, Grégoire a été très régulièrement considéré, au nom de sa politique de la langue, pour le représentant d’une centralisation jacobine, héritière de l’esprit des Lumières françaises.

 

1.3.3 : Une volonté d’action politique

Sous son impulsion, les curés lorrains se syndiquent dès la fin de 1787 et l’élisent aux états généraux en 1789. Grégoire a joué un rôle déterminant dans le ralliement du bas clergé au tiers état et lors du serment du 20 juin. Aux états généraux, il est parmi la minorité des ecclésiastiques qui siègent avec le tiers état dès le 19 juin 1789.

Le 19 septembre 1789, il s’élève contre la gabelle, le 28 contre le droit de franc-fief. Il critique le cens électoral qui, à ses yeux, rétabli la distinction d’ordres et défend le droit de pétition et d’afficher pour tous.

 

 

 

2 : L’ami du clergé ?

 

 

2.1 : Une certaine vision du patrimoine

 

2.1.1 : De la lutte contre une certaine forme de vandalisme...

Homme de culture (il est impliqué très tôt et de manières très diverses dans la sociabilité littéraire et scientifique de son temps), il lutte avec vigueur contre les destructions d'œuvres d'art et de bibliothèques commises par l'Armée Révolutionnaire et invente pour cela le mot « vandalisme ». Grégoire est l’auteur de trois rapports sur les destructions imputables à ce « vandalisme révolutionnaire », notamment en ce qui concerne les monuments religieux.

Le Rapport sur les inscriptions des monuments publics dit bien cependant qu’il faut détruire- mais avec maîtrise et système. C’est pourquoi il adhère le 10 janvier 1794 au projet de l’Assemblée qui programme la destruction « de tout ce qui portait l’empreinte du royalisme et de la féodalité », formulation qui permit tous les abus.

 

2.1.2 : ... à une tentative de conservation

La transmission de l’héritage ne va pas sans un travail préalable. Si l’idée moderne de patrimoine au sens d’un héritage à transmettre est effectivement tout à fait affirmée chez l’abbé Grégoire, elle s’y avère inséparable d’un « monument public », bien différent du monument historique qui avait connu les honneurs en 1790.

Au peuple qui a été acteur de la Révolution, les monuments publics ne doivent que « rappeler » ses propres mérites, son courage, ses triomphes, ses droits, sa dignité. Et pourtant, ils doivent aussi lui parler un langage « qui soit le véhicule du patriotisme et de la vertu dont le citoyen doit se pénétrer par tous les sens. »

Et c’est à son instigation, dans un même souci de préservation du patrimoine, que la Convention décrète, le 14 octobre 1794, la création du Conservatoire des Arts et Métiers. Michelet reconnaît même à l’abbé Grégoire d’avoir été le sauveur de la mémoire de la toute jeune révolution, en mettant à l’abri ses premières archives, comme le rappelle l’abbé Grégoire dans ses Mémoires : « on laissa à ma prudence le soin de soustraire ces papiers. Je les fis envelopper sous le sceau de l’Assemblée et le mien. »

 

 

2.2 : La Constitution Civile du Clergé

 

2.2.1 : En retrait pendant la discussion

Dans le débat qui s’étend du 29 mai au 12 juillet 1790, Grégoire est certes présent, et tout à fait vigilant, mais il n’a que bien peu demandé la parole, selon Rita Hermon-Belot. Le dictionnaire de Vacant et Mangenot parle même de véritable « silence » alors qu’on le voit continuer à s’occuper très activement d’autres causes. Il n’a jamais fait partie du Comité ecclésiastique, et ses interventions constituent le plus souvent moins de véritables propositions que des rectifications allant dans un sens nettement modérateur.

Les plus importantes de ses initiatives se sont le plus souvent heurtées à un refus. Ce devait être notamment le sort du seul projet vraiment systématique qu’il ait présenté, son Mémoire sur la dotation des curés en fonds territoriaux, dont l’Assemblée a pourtant accepté la longue lecture, le 11 avril 1790. Grégoire veut doter les curés d’un fonds en terre cultivable, dont ils ne seraient qu’  « usufruitiers sous la surveillance nationale », pour une valeur représentant la moitié de leur rémunération.

 

2.2.2 : En pointe après l’adoption

Mais une fois la réforme votée, sa loyauté se veut absolue. Le 1er juin 1790, à la séance du matin, il promettait de rendre compte le soir « de l’adhésion de plus de deux cent curés aux décrets de l’Assemblée nationale. »

Il ne se contente en effet nullement de prononcer son adhésion à titre personnel, mais veut mettre tout le poids de son crédit à tenter d’entraîner la masse des prêtres de France. C’est d’ailleurs à lui qu’il revint d’accomplir le geste le plus spectaculaire et le plus symbolique. Le 27 décembre, il monte à la tribune de l’Assemblée pour y prêter le serment à la Constitution Civile du Clergé. Il rédige aussitôt une justification argumentée pour rassurer et encourager ses confrères.

 

 

2.3 : Un évêque constitutionnel

 

2.3.1 : Un pasteur actif

Grégoire fut ainsi l’un des premiers à se soumettre au nouveau protocole. Après avoir signé son acceptation aux électeurs du Loir-et-Cher, le 16 février 1791, il reçoit la confirmation canonique par acte notarié de Laurent, évêque de l’Allier, est sacré en l’église de l’Oratoire le 13 mars par Gobel, assisté de Massieu et d’Aubry.

Contrairement à son prédécesseur, il s’investit énormément pendant l’année 1792, sillonne son diocèse en tous sens, visite et dirige son clergé, répétant la nécessité de lier étroitement la religion et l’amour de la patrie. Trop accaparé par se tâches politiques, il n’a cependant pas le loisir de poursuivre son œuvre en profondeur et s’en remet à une équipe de vicaires épiscopaux.

 

2.3.2 : La question pontificale

Le 24 mars, il envoie à la fois sa lettre au souverain pontife et sa première Lettre pastorale à ses diocésains, en se désignant à présent comme, « par la miséricorde divine, dans la communion du Saint-Siège apostolique, évêque du département du Loir-et-Cher. » Grégoire devient ainsi évêque constitutionnel du Loir-et-Cher et de la Sarthe et opte pour Blois.

Sur la question brûlante de la nécessité d’un accord du pape pour l’entrée en vigueur des nouvelles mesures, il affiche toujours la même souplesse pragmatique, en assurant avoir lui-même, « dans l’espérance de voir arriver cette réponse », engagé le ministre à ne pas presser la sanction du roi.

 

2.3.3 : Les autres questions religieuses

Le 12 décembre 1794, Grégoire ose prononcer son discours en faveur de la liberté des cultes dans une séance fort houleuse ; la liberté des cultes est proclamée en février 1795. Dès lors, jusqu'en 1801, une grande partie de son activité aura pour but la reconstruction de l'Église constitutionnelle, consacrant de nouveaux évêques et des prêtres, et cherchant à rouvrir des lieux de culte.

Sous le Directoire, il s’efforce de réorganiser l’Église constitutionnelle. Il organise avec des évêques constitutionnels deux conciles nationaux, en 1797 et en 1801 (qu’il sera invité à dissoudre par le Premier Consul), pour tenter de former une véritable Église gallicane.

 

 

 

3 : Le premier des démocrates chrétiens ?

 

 

3.1 : Aux sources de la démocratie chrétienne ?

 

3.1.1 : La Révolution... achèvement de l’évangile

Pour les prêtres patriotes, les évènements révolutionnaires s’inscrivent dans le cadre d’une volonté divine. Cette parole de l’abbé Grégoire, tirée d’un sermon patriotique prononcé en 1789, témoigne de cette croyance : « Et si Dieu est pour nous, qui osera s’élever contre nous ? » Ainsi la Révolution n’est pas contraire à sa foi. Au contraire, il considère la Révolution comme l'accomplissement du message évangélique, associant  du même coup l’idéal républicain et ses convictions religieuses.

 

3.1.2 : L’idée de « chrétienté républicaine »

L’abbé Grégoire se met au service d’une certaine idée des nouveaux rapports entre l’État et la religion et entre la politique et la religion. L’une des deux instances prime-t-elle sur l’autre ?

Alors évêque constitutionnel de la Sarthe et du Loir-et-Cher, il devait tenter la construction d’une véritable « chrétienté républicaine. » Pour lui, la loi n’est que l’expression de principes qui sont antérieurs et transcendants, ainsi il ne conçoit pas de gouvernement sans références religieuses.

Chrétien sincère, moraliste rigide, Grégoire, dira Michelet, « s’était fait deux divinités : le Christ et la démocratie, qui, dans son esprit, se confondaient en une seule, puisqu’elles étaient sensées incarner, à ses yeux, l’une et l’autre, le même idéal d’égalité et de fraternité. »

 

3.1.3 : Un fils de Rousseau ou de Saint-Cyprien

Au sein de l’Assemblée, Grégoire fait tout pour préserver par des actes le fil reliant la Révolution à la religion. Il obtient par exemple qu’on mentionne le nom de Dieu dans la Déclaration des Droits.

Rita Hermon-Belot affirme que, si son choix dans la sphère politique et dans une certaine mesure dans l’Église, est sans réserve celui d’une démocratie, il répond à une vision d’un ordre bien plus fondamental encore que celui de la plupart de ses collègues.

La référence de Grégoire n’est, selon l’auteur, pas Rousseau mais saint Cyprien, chez qui il affirme avoir trouvé « que tous doivent choisir celui à qui tous doivent obéir. » Le critère décisif à ses yeux, et auquel il attribue une portée d’ordre foncièrement spirituel, est celui du libre  consentement.

 

 

3.2 : Le régicide honteux

 

3.2.1 : Régicide par procuration

Élu à la Convention, il appuie la proposition de Collot d’Herbois d’abolir la royauté : « L’Histoire de la Révolution Française crédite Grégoire d’avoir transformé le procès du roi en procès de la royauté. En demandant le jugement au nom des principes, il aurait déjà prononcé le réquisitoire. Fut-il pour autant régicide ? La question en tout cas a empoisonné jusqu’au bout son existence. » (Rita Hermon-Belot). Il est en Savoie pour organiser le département du Mont-Blanc au moment du vote final du procès du roi, et comme tous ses compagnons de mission, il est noté absent à la plupart des scrutins. Il envoie cependant une lettre approuvant la condamnation du roi, ajoutant que sa religion lui interdit de répandre le sang, ce qui n’empêche pas qu’on l’accusera de régicide. Il écrit avec ses compagnons : « Nous déclarons que notre vœu est pour la condamnation de Louis Capet par la Convention nationale sans appel au peuple » (procès-verbal de la Convention du 19 janvier 1793).

 

3.2.2 : Une attitude débattue

Les pièces du débat ont été rassemblées et publiées une première fois en 1801, par l’évêque de Saint-Claude, Moyse, qui affirme en avoir reçu le mandat de plusieurs de ses pairs. La réponse paraît largement donnée dans le discours de Grégoire sur le jugement  du 15 novembre 1792, lorsque, dans ce qui était déjà un réquisitoire, il demandait l’abolition de la peine capitale : « Et moi aussi, je réprouve la peine de mort, ce reste de barbarie disparaîtra de nos lois… Louis Capet partagera le bienfait de la loi, si vous abrogez la peine de mort ; vous le condamnerez alors à l’existence, afin que l’horreur de ses forfaits l’assiège sans cesse, et le poursuive dans le silence de la solitude. » Quant à sa position lors du procès, on ne dispose que du récit qu’il en donne dans ses Mémoires. Alors qu’il était séparé de ses collègues restés à Chambéry, ceux-ci auraient établi une première rédaction spécifiant la condamnation à mort. Grégoire affirme qu’il a refusé de signer, et « qu’alors on en substitua une autre dans laquelle les mots à mort ne se trouvent pas. » Hippolyte Carnot donne en 1840 le texte de la lettre en affirmant « qu’elle existe encore aux archives du royaume. » Selon Camille Viox en janvier 1882, « l’original de la lettre, avec la rature, existe encore aux archives Nationales. » Augustin Gazier affirme aussi que « les mots ″à mort″ sont bien rayés. » Mais Alphonse Aulard aurait déjà cherché en vain ce document décisif.

Jean-Daniel Piquet[2] annonce des preuves définitives trouvées dans deux études publiées en 1893 et 1907. Ainsi, une lettre, signée par Hérault, Grégoire, Simond et Jagot aurait été envoyée à Jeanbon Saint-André, de Chambéry, le 13 janvier : « Cher Saint-André, le courrier part, je saisis une minute pour m’adresser à vous de préférence ; votre opinion pour la mort du monstre est bien connue, vous y avez mis votre courage et la constance d’un vrai républicain. Que tout le monde ne vous ressemble-t-il ? Nous avons cherché à vous imiter et nous écrivons à la Convention notre vœu formel sur la délibération de demain. Il est pour la mort de Louis sans appel au peuple. Rendez-nous le service de faire en sorte que cette lettre soit lue. »

 

 

3.3 : L’abbé Grégoire et Napoléon

 

3.3.1 : Un déçu de Bonaparte

Membre du Conseil des Cinq-cents, il se consacre surtout à l’organisation de l’Église constitutionnelle, organise un concile en 1797, fonde une revue hebdomadaire, les Annales de la religion, pour défendre ses positions.

Tout d’abord admirateur de Bonaparte, il devient son adversaire après sa prise du pouvoir par la force. Par l’intermédiaire de Grégoire et Sieyès notamment, Fouché avait fait croire aux sénateurs que Bonaparte ne souhaitait qu’une simple prolongation du pouvoir pour ne pas porter atteinte aux principes républicains. Le Sénat avait alors proposé dix nouvelles années, quand Bonaparte attendait le consulat à vie.

 

3.3.2 : L’opposant au Concordat

Jusqu’au bout, l’abbé Grégoire s’efforce d’entraver les négociations entre Bonaparte et le pape, et de faire échouer le Concordat, pour lequel il fut cependant consulté. En effet, dès le 20 juillet 1801, Fouché annonce la signature imminente du Concordat et presse la délégation de conclure le concile, « afin d’avoir l’air de se séparer librement. » Ce que fait l’Église constitutionnelle le 16 août, à Saint-Sulpice. Le 8 octobre, l’abbé Grégoire, comme ses collègues, donne sa démission de l’épiscopat, ce qui ne l’empêchera pas par la suite de signer jusqu’à sa mort « ancien évêque de Blois. »

 

3.3.3 : Le fossoyeur de l’Empire

Il devient sénateur en décembre 1801, et, au Sénat, il se montre un adversaire acharné du régime, votant systématiquement contre le Consulat à vie, contre l’Empire, contre le rétablissement de la noblesse héréditaire, ce qui ne l’empêche pas d’accepter le titre de comte de l’Empire en 1808 et de recevoir la légion d’Honneur. L’abbé Grégoire sera l’un des premiers à voter la déchéance et l’expulsion de Napoléon du trône de France en 1814 (depuis 1812, il avait préparé un projet de déchéance contre Napoléon et il le présente à la séance du Sénat du 2 avril 1814).

 

  

Marion PROVOST

Khâgne, promotion 2005-2006, La Perverie (NANTES)


 

 

BIBLIOGRAPHIE :

Bénot Yves & Dorigny Marcel dir., Grégoire et la cause des Noirs : Combats et projets, 1789-1831, SFHO / APECE, Paris, 2000.

Hermon-Belot Rita, L’Abbé Grégoire, la politique et la vérité, Le Seuil, Paris, 2000.

Tulard Jean, La France de la Révolution et de l’Empire, 1995, réed., Coll. « Quadrige », PUF, Paris, 2004.

retour